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S EH Ë
4 V
BIJOUTERIE FRANÇAISE
AU XIX e SIÈCLE
(1800-1900)
LA
BIJOUTERIE FRANÇAISE
>
AU XIX e SIÈCLE
( I 80O- I C)00)
PAR
HENRI VEVER
BIJOUTIER-JOAILLIER
111
La Troisième République
PA RIS
H. FLOURY, LIBRAIRE- EDITEUR
I, BOULEVARD DES CAPUCINES, I
i g 0 8
Tous droits de traduction et de reproduction réservés
LA
TROISIEME REPUBLIQUE
Il n'est certainement pas besoin de
rappeler de quelle tragique façon se ter-
mina cette période de luxe inouï. Je
jouissance enfiévrées que fut la fin du
Second Empire. Le réveil fut brutal
pour la France, bercée jusqu'alors par
le joyeux accord des fêtes ininterrom-
pues, et aussi par les chants de victoire
qui célébraient le succès de nos armes.
A la joie, a la vie facile et insouciante,
« l'a j-oRCJi pîïlme le droit w à ] a f erme confiance dans l'avenir du
MÉDAILLON ( I S7Î ) T , . , , -
par Piui ie S nmd pays, succédèrent brusquement les patrio-
tiques angoisses, les préparatifs inquiets,
et bientôt, hélas ! les larmes et le dcuiL Ce lut la guerre !
guerre préméditée et longuement préparée par un ennemi
redoutable, guerre sans ami, sans allié, car nos campagnes
antérieures de Crimée, d'Italie, de Chine, du Mexique,
avaient successivement éveillé contre nous la méfiance des
autres nations, quelque peu jalouses aussi de noire gloire
et de notre richesse. Aucune voix en Europe ne s'éleva
pour protester ni pour intervenir en notre faveur; et ta
France terrassée dut subir, saignante encore, la cruelle
amputation de deux de ses plus belles provinces L
Mais ses malheurs ne devaient pas s'arrêter lâ et Paris,
après les souffrances d'un siège rigoureux stoïquement
supporté, connut les horreurs de la guerre civile et vit
l'incendie sacrilège détruire, sous les yeux même du vain-
i, Indépendamment de l'indemnité de guerre de cinq milliards, concédée
par le traité de Francfort, la France dut abandonner à l'Allemagne le départe-
ment du Bas-Rhin tout entier, celui du Haut-Rhin moins Belfort et son territoire,
les trois quarts de celui de la Moselle, un tiers de celui de la Meurthe, deux
cantons de celui des Vosges; soit une perte de 14.S75 kilomètres carrés, avec
une population de plus de 1.6*00.000 habitants.
338 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
queur, les monuments séculaires qui faisaient sa parure et
son orgueil.
Dans cette tempête effroyable, il sembla vraiment que la
patrie allait sombrer.
C o m me il a r r i v c
après les grands cata-
clysmes, il y eut un
premier moment de
stupeur et de recueil-
lement : puis, après
la répression défini-
tive de la Commune,
Paris, accessible de
nouveau à tous ceux
qui s'étaient mis ù
labrien prov ince ou à
Tétranger, commença
à se ressaisir. La vie
industrielle et com-
merciale du pays re-
prit ; les salons se
rouvrirent peu à peu.
Certes, le tcmp> des
fêtes était loin, mais
on était heureux de
se retrouver après la
tourmente, de savoir
coin ni en t s'étaient,
passés les jours mau-
vais, de s'entretenir
aussi des chances possibles de restauration impériale ou
monarchique, blanche ou tricolore, d'échanger ses espé-
RROCHE A FILETS D ÉMAIL,
P ! ■: H L B S i: T BAILLANTS.
rances alors très justifiées
l'avenir souhaité 1 .
0l\
de préparer les voies de
i. La République ne fut proclamée définitivement par l'Assemblée Natio-
nale., en 187?, qu'il une voix de majorité.
BIJOUX « ALSACE-LORRAINE », A V F* G K M I> L t H E S K T DEVISliS PATRIOTIQUES*
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
Dans ces réunions mondaines,
presque intimes, on se contentait
de porter sans ostentation les pa-
rures d'autrefois, ou du moins ce
qu'il en restait, car nombreux
furent ceux qui, partis précipi-
tamment à L'étranger, n'avaient
pu v vivre que grâce à la vente
de quelques-uns de leurs joyaux.
Il n'tst peut-être pas hors de pro-
pos de signaler ici qu'après avoir
constaté par expérience de quelle
ressource le bijou peut être dans
les circonstances difficiles, beau-
coup s'empressèrent, dès leur
retour, non seulement de recon-
stituer leur écrim mais même de
l'augmenter dans de notables pro-
portions.
Rappelons aussi que, pendant
l'Année terrible, il y eut, à Paris,
une telle pénurie de numéraire
qu'on avait la plus grande diffi-
culté à acheter même les objets
de première né£e$$i|é qui? d ail-
leurs, avaient atteint des prix
excessifs. Il était donc pour ainsi
dire impossible aux Parisiens de
réaliser leurs bijoux. A ce moment,
le malaise était devenu tel. qu'une
délégation de la Chambre syndi-
cale: de la Bijouterie lit une dé-
marche auprès du Ministre des
Finances pour lui proposer de
faire fondre et convertir en
espèces, par la Monnaie, les matières dY>r et d'argent qui
CHATKLAWK KN OR RKMCItfjK.
Composition de J. Début;
éxecution de ChalveL
{Maison houchtron.) — Haut-, 19 cent.
3 4 2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
MEDAILLON
>VBC ÉMAIL PEINT
par K. Fonienay.
se trouvaient sans emploi, par suile
du chômage absolu,
La délégation fut, selon Fusage,
reçue « d'une façon charmante »,
avec promesse de donner suite a sa
très intéressante proposition, dont,
selon l'usage aussi, on n'entendit
jamais plus parler.
Après la mort de Napoléon III,
en 1872 l 1 l'Impératrice Eugénie,
réfugiée en Angleterre et se trou-
vant dans une genc relative, se
défit de ses bijoux personnels, désor-
mais inutiles d'ailleurs. C'est ainsi
que son grand collier de trois rangs
de perles, comprenant 121 perles
pesant 4.260 grains â (plus de
35 grains de moyenne par perle),
fut acheté par Lnew. un ancien
employé de Baugrand, pour le
compte de la Païva. devenue
1. Lorsque Napoléon Ml mourut à
Chislehurst, le 9 janvier 1872, « l'Empe-
reur portait trois bagues à Panniilâire de
la main gauche. C'étaient son anneau de
mariage, celui de sa mère, la reine Hor-
tense, et celui de son aïeule maternelle,
rimpératrice Joséphine. On offrit au Prince
Impérial de les lui remettre, mais, par un
pieux scrupule, le fils de Napoléon III les
refusa et émit le désir que son pète fut
inhumé avec ces précieux souvenirs. »
[Napoiron II h par Jean Guétary. Paris,
Librairie Universelle.)
1. Voici quelle était la composition du
collier a ce moment ;
I er rang , t . , 33 perles, 1 . 1 3 o grains.
2 e — - , . 3g — 1408 —
3 e - ■ - ■ 47 - 1-7*4
Ensemble. . 121 perles, 4.262 grains.
M K D A I L L 0 N OR MAT,
AVEC ROUTONS D i; R O S i: S
EN PKRLKS R O S i: S
par Gay et Morgan.
MODES DE
\ Médaillons tout- k- s d'oreilles.
344 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
par son mariage, Comtesse Hcnckel de DonnersmarcL
Personne n'ignore le rôle joué vers la fin Je l'Empire
par cette Juive polonaise qui, partie de rien, mais douée
d'un esprit d'intrigue remarquable, d'une volonté tenace et
d'une ambition sans bornes, comme aussi sans scrupules,
devint successivement la reine des femmes entretenues Je
Paris, puis Marquise
Je Païva, enfin Com-
tesse Hcnckel de Bon-
nersmarck et cousine
du Prince de Bismarck !
Elle, dont la jeunesse
s'était passée dans la
misère, fut invitée aux
Tuileries et reçut dans
l'intimité la fleur de la
brillante société d'alors,
Les notabilités des let-
tres, des sciences, des
arts, Je la finance et du
monde diplomatique se
retrouvaient dans le
somptueux hôtel qu'elle
s'était fait construire
par Crouzet. (Maison Bouèfaeron*] allX ChtUTipS - ElyséCS
par Mauguin et Le fuel,
et que Baudrv décora Je peintures célèbres. Les attaches Je
la Païva avec l'ambassade d'Allemagne et avec le Prince de
Hohenlohe ne sont un secret pour personne ; certains ne se
gênaient même pas pour l'appeler « l'espionne ». Le Comte
Henckel de Donnersmark fut. en 1870 — nous nous le
rappelons trop bien, — le premier gouverneur allemand de
Metz, après la capitulation. Ce poste et le titre de Prince
qu'il reçut par la suite récompensèrent les services, plus
importants que glorieux, rendus à l'Allemagne parle couple
funeste, pendant son long séjour à Paris.
P A R L R K ' D ' E M E R A U 0 12 S] E T BUILLANTS
par Bapst (1872)*
3 4 6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
On prétend que la Païva, qui avait cherché à circonvenir
Gambctta après la guerre, fut im itée par le Gouvernement
français à quitter le territoire,
N'ya-t-il pas une sorte de fatalité tragique dans les vicis-
situdes de ce collier qui, après avoir rayonné sur les épaules
de la Souveraine aux jours
de sa splendeur, vint parer
— trophée insolent — la
femme qui avait été un des
principaux instruments de
sa déchéance et de notre
perte !
La Comtesse de Don-
ne rs marc k mourut quelques
années plus tard en Alle-
magne. Son mari, malgré
les souvenirs qui pouvaient
s'attacher à un pareil joyau,
le vendit, en 1889, à ICramer
qui, nous l'avons dit. avait
été joaillier deTImpératrice,
bien que sujet prussien :
ce dernier le revendit immé-
diatement 5 00. 000 freines à
Boucheron , qui dispersa
cette collection de perles en
différents colliers.
Naturellement, dans l'état d'esprit général où chacun se
trouvait au sortir de la guerre, il n'était pas question, pour
les bijoutiers, de s'ingénier a découvrir quelque formule
d'art inédite. Toutes leurs tentatives de nouveauté, nom-
breuses d'ailleurs, furent à ce moment inspirées beaucoup
plus par le sentiment patriotique que par une préoccupation
décorative. On créa beaucoup de bijoux où figuraient des
éclats d'obus, des débris d'armes, des attributs militaires,
ou encore, se mêlant au lierre, au myosotis, à des emblèmes
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
347
lî P U ('LE D ORKILLB
Il M AUX CLOISONNÉS
pnr Falize.
de souvenir et d'espérance, les armoiries enlacées et souvent
enchaînées de l'Alsace et de la Lorraine; le mot « France»
inscrit dans un écusson dont l'angle
de droite supprimé rappelait les
provinces enlevées. Ces bijoux sym-
boliques étaient, en général, plus
intéressants par ridée respectable
et touchante qu'ils cherchaient à
exprimer, que par la beauté de leur
composition ou la perfection de leur
exécution. On en vendit d'innom-
brables quantités en vieil argent
estampé, avec les couleurs fran-
çaises é mai liées : croix, médaillons,
bracelets, châtelaines, broches, ca-
chets, bagues, épingles de cravate, etc.
La maison Piel en avait dix modèles
différents, et un atelier entier fut
employé pendant plus de deux ans
à la fabrication exclusive et ininter-
rompue de bijoux « Alsace-Lor-
raine ». Ces bijoux éveillèrent la
susceptibilité toujours aux aguets de
l'autorité allemande, qui les interdit
dans les pays annexés.
A propos de ces bijoux patrio-
tiques in>piré> par les tragiques évé-
nements de 1870. rappelons une
anecdote qui circulait alors et dont
le feld-maréchal de Manteuffel fut,
paraît-il, le héros.
Dans un repas officiel, le futur
latthalter d'Alsacc-Lorraine était
assis auprès d'un de nos [Mus tins
diplomates. Celui-ci s'évertuait à convaincre son illustre
voisin de la supériorité française pour tout ce qui récla-
ÉMAUX CLOISON N É S
par Fiiîizc.
348 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
niait de la délicatesse et du goût.
Sous les doigts habiles de nos
ouvriers, soutenait-il, il n'est rien
de laid qui ne puisse être trans-
formé en objet gracieux. Quelque
peu agacé^ le vieux soldat, arra-
chant un poil de sa barbe grise,
le remit à notre compatriote en
s'écriant. avec une pointe d'ironie :
« Eh bien ! pour démontrer l'exac-
titude de ce que vous avance/,
qu'ils me fassent quelque chose
de joli avec cela ».
Acceptant la gageure, le Fran-
çais envoya «cela» à un joaillier
parisien, au patriotisme duquel il
(it un pressant appel, afin que
le bijou commandé fournit une
preuve irréfutable de l'habileté et
du goût dont il s'était porté garant.
Peu de jours après, le maréchal
recevait de Paris un petit colis conte-
nant une magnifique épingle de cravate,
très finement ciselée. L'aigle de Prusse
v était représenté, tenant dans ses
serres le poil germain, aux extrémités
duquel étaient fixés deux minuscules
écussons d % or aux armes d'Alsace et de
Lorraine ; mais sur le roc où se dressait
fièrement l'héraldique oiseau, on pou-
vait lire en français ces mots, hélas!
moins invraisemblables alors qu'au-
jourd'hui : « Vous ne les tenez que
par un cheveu ».
Cependant, le succès prodigieux de
l'emprunt de guerre de quatre milliards
I I ; N [1 A N L D'OREILLB £N O It *
Genre ferrure tourné ;i h\ pince,
par Chah et.
iMaiéon liouchtron.)
MEDAILLON
ÉMAUX CLOISONNÉS
pur FatiiSe.
LA TROISIEME RÉPUBLIQI E
3 4 o
et demi couvert quatorze fois, la libé-
ration anticipée du territoire r , la recon-
stitution rapide de nos forces militaires
et de notre armement, la réédification
des monuments détruits par l'invasion
et la guerre civile, entreprise au lende-
main de nos désastres ", donnèrent au
monde des preuves indiscutables de la
vitalité extraordinaire de la France.
Les étrangers revinrent en foule à
Paris, poussés en partie par la curiosité
de visiter le théâtre où venait de se
dérouler un des plus grands drames
de Thistoire moderne, et de voir les
ruines, pour ainsi dire encore fumantes,
amoncelées par le siège et la Commune.
Ils étaient désireux aussi de se procurer
à nouveau tous les objets de luxe dont
ils avaient été privés pendant les longs
mois où Paris était resté fermé. C'est
ainsi que notre riche clientèle cosmo-
polite, celle d'Orient, de Grèce, J" Kgvpte,
d'Espagne, de Russie, des deux Amé-
riques, dont nous étions alors les four-
nisseurs habituels, et presque exclusifs»
pour les articles d'élégance et de mode,
nous firent des commandes et des achats
importants, donnant à notre industrie
une impulsion aussi heureuse qu'ines-
pérée.
1. On fît, à cette occasion, des bijoux avec inscrip-
tion ir La France libre! », de même que, en 1^74 et
1875, au moment où il était question d'une restau-
ration monarchique, on en fit de fleurdelisés avec la
devise : « La Parole est à la France et l'heure est
BAILLON à DiCU ^
émaux cloisonnés ^ L'emprunt de liquidation de 35o millions,
par Faitze, émis par la Ville de Paris, fut souscrit quinze fois.
PENDANT D 3v COU
JÛAILLERJIi B T OR.
[Maison Dea)iayes 1
de îHy 2 ii t v^.j
356 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE A V XIX* SIECLE
D'autre part, toutes les parties du pays n avaient pas été
également éprouvées par les événements; si les départe-
ments envahis par l'ennemi avaient beaucoup souffert, les
autres, tout en prenant part aux tristesses ci aux efforts
communs, avaient profité matériellement de l'émigration
des Parisiens et des achats d'approvisionnements et d équi-
pements de toutes sortes nécessités par la formation de nos
armées improvisées. ïj y eut aussi un certain nombre de
Français riches qui, rentrés chez eux, se trouvèrent avoir
MÉDAILLONS TURQUDJSKS C A L I li H É E S t DEMt-PH R L K S ET R tj S I-: S ;
MÉDAILLON OR MAT AVIvC Œ 1 L-DE-C II A T
par Paul Ifobin *(t8$$}*
fait sur leurs revenus, par la force même des choses, des
économies involontaires et importantes et leurs habitudes
de dépense étaient trop invétérées pour qu'ils n'eussent
pas considéré comme anormal de conserver ces ressources
inattendues. Ce fut un moment de grande prospérité pour
le commerce de luxe et en particulier pour la bijouterie.
Une autre circonstance vint encore favoriser cet essor
inespéré de la joaillerie française ; ce fut, vers 1872, l'appa-
rition, sur le marché de Paris, des diamants du Cap' 7 dont
1 . On en avait vu déjà en 1869 quelques échantillons, mais comme on
en ignorait alors la provenance et l'abondance, les affaires n'en furent pas
influencées*
MODES DE 1872.
Colliers, pendants d'oreilles, bracelet.
352 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
le premier avait clé découvert en 1867, sur le territoire
d'une ferme hollandaise, située à 1,200 kilomètres environ
G 13 A I N K S (f LhOMtNES » A GLANDS ET MÉDAILLONS,
A Y K C COULANTS, POUR D A M H S ( l 8 7 5*1 i
au nord du Cap de Bonne-Espérance. L'enfant qui ramassa
ce caillou aux lueurs voilées ne se doutait pas de la nature
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
353
de sa trouvaille. Reconnue un peu plus tard par un docteur
anglais, la précieuse substance devint rapidement Tobjet de
recherches actives et donna lieu aussitôt à des spéculations
effrénées et à des entreprises considérables. Les premiers
COLLIER 1ÎT DEMl*l>AHUHi-;, AVEC EMAUX TRANSLUCIDES
par RîilHulr (\Jâis<fti Bvacheron).
spécimens que Ton trouva étaient en général de grande
dimension, mais ils avaient malheureusement une teinte
jaunâtre qui jeta une défaveur sur ces nouveaux diamants,
tandis que, de leur côté, ceux-ci, en raison de leur grosseur
inaccoutumée, faisaient du tort aux grandes pierres plus
blanches des anciennes mines qui devenaient ainsi moins
23
35 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
rares. Il s'ensuivit une baisse géné-
PENDANT l> li C O U U » M A
ET GRENAT CAiîOCEÎON
par Soulcns.
raie du diamant, dont les joailliers
eurent à souffrir, mais qui eut pour
résultat de rendre ta merveilleuse
gemme plus accessible au public, el
les acquisitions augmentèrent de
jour en jour. C'est ce qui hâta la
t ra n s t o r m a t i o n des m on tu res . Eti
ellch les pierres étant pins grosses
et moins chères, on ne chercha plus
à augmenter leur apparence, leurs
dimensions réelles étant bien suffi-
santes. De sorte que révolution com-
mencée par les maîtres dont nous
a vons pari é p r é c é d e ni ment , eiH r e
autres par Massin dès i86ï 3 et à
laquelle l'Exposition de 1867 avait
donné une grande impulsion, s'ac-
centua encore et parvint, pour ainsi
dire, a un épanouissement complet.
Les montures plus légères en argent^
les chatons à grilles de platine, rem-
placèrent avantageusement les mon-
tures loin des et banales qui existaient
jusqu'alors; de jolis bouquets dans
lesquels on s'appliquait à imiter la
nature, des colliers et des bracelets
souples à emmaillements invisibles,
sortirent des magasins de la rue Je
la Paix, du boulevard des Italiens,
et de ce Palais-Royal, aujourd'hui
abandonné et désert, et dont la
vogue avait été si considérable sous
Napoléon III 1 .
t. Lorsque la Reine d'Angleterre vint à
Paris en 1 S 5 5 ? elle fut vivement impressionnée
MANDANT DH COU COQUlLLli
Brillants, perles
cl tatquûîâes calibrées (vers 1*7?).
LA TROISIKM E RKPT îilJHUE
335
Les réceptions qui eurent lieu à TKlysée par les dillcrcnis
Présidents de la République 1 ne pouvaient évidemment pas
se comparer à celles que per-
mettait l'importante liste civile
impériale ; elles ne furent cepen-
dant, ni sans utilité, ni même
sans éclat, sous le Maréchal de
Mac-Mahon, Les fêtes données
au profit des Alsaciens-Lorrains
et, en 1875, l'inauguration du
nouvel Opéra, furent en quelque
sorte des événements semi-otïi-
cicls et semi-mondains, qui
réunirent momentanément des
éléments de la société séparés
d'ordinaire par la politique. Les
dames tinrent naturellement à y
figurer dans tous leurs atours, et
beaucoup d'entre elles, s'aper-
cevantalors qu'un grand nombre
de leurs bijoux, restés jusque-là
dans les eolfres-forts, étaient dé-
modés, s'empressèrent de les
faire remonter. Il serait toutefois
très exagéré d'attribuer a ces
fêtes les progrès sensibles réa-
lisés à cette époque par les indus-
tries de luxe et par la bijouterie.
CHATELAlNb
par Fontenay (vers 1874U
par le Palais-Royal; aussi la Ville de Paris
en fit-t-eîle faire une exacte réduction en
relief et le lui offrit en souvenir de sa visite.
1. Un des joyaux les plus célèbres
admirés à r Elysée fut le collier de
M m * Thiers, actuellement au musée du Louvre. En voici la composition :
i cr rang : 41 perles, ?Cj grains (perle du centre, 3o gr. 1/2).
2 e — 40 — 690 — | — — 3o — ).
3° — 5 3 — 840 — ( — 3i — ).
143 perles, 2,097 grains.
35ô LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
îï O tj C l,K S r> OREILLES
ÉTRUSQUES
par K. l'onlcnav.
Suivant nous, ces progrès incontestables sont dus en partie
aux Expositions de Vienne en i8y3, de Philadelphie en
1876, qui facilitèrent les comparai-
sons et stimulèrent les producteurs
mais aussi, et principalement, aux
réformes profondes apportées alors,
sous rinspiration et la direction de
M. Eugène Guillaume, réminent
sculpteur, à renseignement des
Beaux-Arts, ainsi qu'à l'action effi-
cace et féconde de V Union centrale
des Arts décoratifs, réorganisée en
1872 et considérablement dévelop-
pée en 1877.
Nous nous excusons d'avoir peut-
être donné un peu trop de dévelop-
pement à ces considérations géné-
rales, cl nous reprenons notre élude
spéciale en continuant, comme nous l'avons lait jusqu'ici,
de passer en revue les principales maisons de bijouterie,
parmi lesquelles la maison Marret a sa place tout indiquée.
Sa réputation datait déjà de loin: nous avons signalé dans
notre premier volume qu'en 1810. Bénier et Riondclct avaient
fondé, cour des Fontaines, n" ï, une fabrique de bijouterie
q u e I > é n 1 e r l r a r s ! é r a .
en 1822. 10. rue
Yivier.nc. Quelques
années plus tard, en
1826, Bénier s'asso-
cia les deux frères
Hippolyte et Charles
Alarrct, et la 'maison
prit alors le nom de
Bénier et Marret frères, jusqu'en 1829, époque à laquelle
Bénier se retira complètement.
Les deux frères Marret restèrent, sous la raison sociale
I1RACELJJT
pur limile Fromcnt-Mcurice. Modèle de H. Camcrè
LA TROISIEME RÉPUBLIQUE
Marret frères, puis, en i8?4, transportèrent leur maison
dans l'ancien hôtel deCnlbert. au n (l i(k rue Yivienne. C'est
HRACBI.BTS S E RPi-NTS
par Paul Robin. (Grandeur d'éxecution.)
alors que Charles Marret se sépara de son frère Ilîppnlvte
qui continua avec Bènier comme commanditaire), pour
358 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
se rendre acquéreur de la maison Gloria, rue de la Paix, 1 9,
qui prit le nom de son nouveau propriétaire.
Un autre frère, Justin Marret, fabricant d'ordres au
Palais-Royal, étant mort en 1844, Hippolytc, tout en conser-
vant rétablissement de la rue Viviennc, racheta son fonds et.
quelques années plus tard, en 1849, s'associa les frères Jarry
(Fugène et Gustave), dont il avait
épousé la sœur en 1 83 2 . La rai-
son sociale devint alors Marret et
Jarry frères, qui subsista jus-
qu'en 1 858 !,
A la suite de la Révolution
de 1848, une succursale fut fon-
dée à New-York; mais après des
débuts assez brillants, elle fut
liquidée au cours des années
1 856- s 837 sans avoir eu de suc-
cesseur.
L'historique de la maison
Marret est assez compliqué et
difficile à établi r v à cause du grand
nombre de frères, neveux, beaux-
trères, qui y furent associés. De
plus, les enfants portaient parfois
les prénoms de leur père ou de
leur oncle, ce qui prête à coniu-
l M aïs on Marret Irercs et Jarry») J
sion. Aussi, pour l'intelligence de
ces notes, il nous paraît nécessaire de donner ici, malgré
leur aridité, des indications généalogiques précises, ainsi que
les raisons sociales successives de cette importante maison,
qui tint une si belle place dans la bijouterie et la joaillerie
du xix c siècle.
1. Il existait un Jarry aîné, fabricant bijoutier rue des Deux-Portes-Saint-
Sauveur, dont la spécialité était les face à-main, les boucles de ceinture, les
pommes de cannes et les articles de fumeurs genre riche et soigné. 11 e&posâ
avec succès en 1 85 5 et en 1862, mais il n'était pas allié aux frères Jarry de la
maison Marret, et on l'appelait parfois Jarry-Calle, du nom de son prédécesseur.
LA TROIS! KM K R K IMT li L I Q [' I
53Q
Le chef de la famille, on pourrait presque dire le fondateur
de la dynastie, fut Pierre Marret (r 764-1857). Il eut cinq en-
fants, dont quatre fils, qui, tous, furent orfèvres ou joailliers.
i° L'allié. Auguste Marret. dirigeait une maison d'orfè-
vrerie quai des Orfèvres ; malheureusement, aucune trace
n'en subsiste : ni archives, ni tradition, ni documents, ni
PKNDANTS t> K C O V Ç A M Ê K S Et T \* K R L £S*
(Maison Marret frères ei Jarry,}
renseignements d"aucune sorte. Nous savons seulement que
Auguste Marret eut un fils unique, Paul Marret (j r853),
qui, après lui avoir succédé comme orfèvre d'abord* entra,
au moment du décè> de son oncle (Charles Marret. en 1847,
dans la maison que celui-ci avait reprisé, en 18^4, à Gloria,
rue de la Paix, ig. Il fut associé avec sa tante, restée veuve,
et devint ensuite son successeur'.
i. Cette maison donna lieu plus tard h l'association M arrêt et l'îaugrand.
36o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
2" Justin Marret (1802-1844), succéda comme bijoutier
fabricant d'ordres à Peck-Olivier, 1 19, Palais-Royal.
Il fut le père de MM. Ernest (né en 1 835) et Hippolyte
(1841) Marret, 2 e du nom.
M. Ernest Marret eut trois fils dont les deux propriétaires
actuels de lamaison : MM. Charksf 1 86 1 ) et Paul Marret(i863).
3 Û C h, -Hippolyte Marret, 1 er du nom (1804-1883.), qui
épousa M Uc Jarry en i832.
4 0 Charles Marret (1807-1846), qui eut un fils bijoutier,
Alfred (1836-1876). Ces deux frères, Hippolyte et Charles
Marret, furent les associés et successeurs de Renier.
Par ce qui précède, on voit que de Pierre Marret sont
issus tous les bijoutiers du nom de Marret. II s'en trouve dix,
auxquels il convient d'ajouter les deux veuves, qui exercèrent
aussi la profession ; il y eut^ en outre, divers associés 1 .
1. Voici les raisons sociales de la maison Mar ret depuis 1810 jusqu'à 1007.
1810-1826. liénier et Riondelet, cour des Fontaines» t. Lti 1822» rue Viviennc, iô*
1826-1829. / Bénîer,
Bénier j Hippolyte J gr Marret,
et Marret Itères f Charles Marret.
1829-18^4. j Hippolyte l« r Marret,
Marret frères i Charles Marret.
1834-1846. Hippolyie Marret seul. Transfert de la maison au ir 16, rue Vivien ne.
1846-1850. | Hippolyte I ,r Marret,
Marret, .lu n'y . Murène Jarry, son beau-frère,
et Gaime ' Gai me, parent de Pierre Marret, 1 ancêtre.
1 85 £ - 1 838* / Hippolyte 1" Marret,
Marret ) Eugène Jarry. > . ■ , B .
/ , 3 - ■ ; ses deux beauxtreres.
et Jarry frerès ( Gustave Jarry, \
(858-1872. | Hippolyte H Marret,
Marret, \ Eugène et Gustave Jarry,
Jarry frères i Ernest Marret, tils aîné de Jusiin,
et Marret neveux ( Alfred Marret, tils unique de Charles.
1*7*>1*7* ( fe**^ 1 .ils de Justin.
Marret frères ) Hippolyte II Marret, \
et Jarry / Gustave Jarry, neveu de kugenc et Je Gustave Jarry. precc-
( demmem associés, de i85t à 187:2.
1879-1889. \ Ernest Marret,
Marret frères j Hippolyte H Marret.
,oo l Charles Marret. /
1000,-1004. 1 - . t fils u hrnest, gui se retire.
Marret frères ^ti» Marret, \
{ Hippolyte 11 Marret, leur oncle.
0 t r ,, i 1 leur oncle Hippolyte 11 Marret s'étaut retiré
1894-10.. Charles Marret, fi, . - , ' . .
m c x ï .-ri 1 +m ! les deux Ireres continuent seuls, hn mot, le
Marret treres t Paul Marret, l , . p , r „ . ,f
sieiie social est ira ci stère jo2. rue bai nt- Honore.
PKNDANTS D'OREILLKS EN JOAILLERIE
(Maison Marrct frères et 5jarr,y.)
362 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Les Marre t ont toujours fait de
la belle joaillerie ; ils ne cherchaient
pas a innover, mais s'appliquaient
plutôt a suivre les goûts d'une clien-
tèle sérieuse et riche, qui n'aurait
pas admis qu'on changeât ses habi-
tudes. C'était du bijou essentielle-
ment classique et soigné. Un grand
nombre d'élèves habiles se for-
mèrent dans leur atelier, tels que :
Baucheron, Menu, Auger, Gran-
jean, Hippolyte Martel, qui devin-
rent à leur loin* bijoutiers ou joail-
liers connus, et Paul EcgranJ. l'ex-
cellent dessinateur de Boucheron,
dont
PENDANT DR COU
SAPHIRS i;t brillants.
(Maison Marret frères et Jarry . )
nous
parle-
rons
plus
loin.
Les frères Marret ont su
maintenir d'une manière cons-
tante leur belle réputation. En
] 85 5 , la maison obtenait une
médaille d'honneur, la plus haute
récompense accordée à cette
époque. Pour des raisons parti-
culières, elle ne participa pas ù
l'Exposition de 1S67, mais en
1878 elle obtenait une médaille
d'or. En 1889, M. Ernest Marret,
notre aimable confrère, qui lut
président de la Chambre syndi-
cale de la Bijouterie de 1 883 à
1887, était nommé membre du
mm
mm
B R O Cil R J O A I I. LE RM-;,
OLiihon Marret frères t-l Jnrry.)
B II A C K L E T S JOAtLLKRtE K T
(Maison Marret ir^rcs et Jatry;)
364 Ï-A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Jury des récompenses et rapporteur de la classe, et recevait
bientôt la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Enfin,
en 1900, la belle exposition de MM. Charles et Paul M-arret
leur valut un des grands prix de
la section.
Le rapporteur de la classe.
M* Paul Souffiot 3 s'exprime ainsi
a leur sujet : « MAL M arrêt frères
ont exposé une collection de bijoux
en joaillerie, dont le jury a su
apprécier les mérites. En 1889.
l'exposition de la maison M arrêt
avait été très admirée: niais, de-
puis celte époque, des progrès très
importants, que FLx position ac-
tuelle a permis de constater, ont
été réalisés.
h M AL Al arrêt se sont affirmés
pa r d h e u r e u s e s innovations
comme genre et forme de bijoux;
la légèreté de leurs montures,
1 heureuse présentation des pierres
au moyen de fils d'acier, qui dis-
simulent les attaches, sont d'un
très bon effet. Une collection de
brillants de taille fantaisie, quel-
ques colliers de perles et une série
de bijoux moins importants, en
art moderne, ciselés et émail lés,
ont complété cette exposition.
)> Nous citerons aussi une très
belle pièce de corsage et de jolis colliers en brillants, qui
permettent de juger de la recherche apportée par MAL Alar-
ret dans la composition de leurs mndèle> et des soins donnés
à leur exécution. »
CHATELAINE JOAILLE
A V iù C (i MAUX*
(Maison Marrcl fK-rus i
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
365
Un autre nom, bien connu dans la bijouterie, est celui
d'Alphonse Fouquct, qui \ it aujourd'hui à l'écart, en philo-
COL LIS fi DRAl'KttlB OU liT FILIGRANE
par K. Fontenay u^7?).
sophe, après avoir fourni une longue et brillante carrière.
Dans un opuscule très intéressant, Alphonse Fouquet
a raconté l'histoire de sa vie industrielle. On v voit la
366 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
différence entre la vie d'autrefois et celle d'aujourd'hui, le tra-
vail persévérant, opiniâtre, qui était nécessaire pour n'obtenir
parfois qu'un modeste résultat. Les journées étaient longues
et dures, lessalaires faibles, et il fallait un réel courage pour
arrivera sortir de la médiocrité. Nous croyons devoir donner
quelque développement aux emprunts faits à ce petit livre, non
seulement parce qu'ils nous renseigneront sur leur auteur, mais
surtout parce qu'ils nous
initieront aussi ù l'existence
que Ton menait dans les ate-
liers de son temps. Nous
laissons la parole au narra-
teur; il nous semble que,
racontés par lui-même, les
faits auront encore plus de
saveu r.
« Né de petits commer
çants de cinquième sur sept
enfants», à Aleneon, le
22 juin \ H'2H, je vins à Page
de dix ans à Paris, avec
toute ma famille. $ L'année
suivante, ses parents déci-
dèrent de le placer chez un
patron, « parce qu'il serait
une bouche de moins i\
nourrir », et le jeune bambin de onze ans fut accepté par
M. Henri Meusnicr, bijoutier, 119. rue Saint-Martin, dont
la spécialité était la monture du camée coquille, genre napo-
litain, et la demi-parure estampée. On y Taisait aussi quelque
peu le genre liligrane et eannetille.
« .l'entrai donc chez ce patron le r r juillet i83c>, afin cVy
faire mon apprentissage, avec la convention de donner cinq
années et demie de mon temps 1 .
t. I /apprentissage ,i été réduit, actuellement, a trois ans; mais, en Angle-
terre, il est encore de sept années.
ciu:hé ReiHltogàri
m"* LATO OR,
PAHÉK DE SUS llîJOUX,
m o i> i: s d li J H 7 4 .
Boucles d'oreilles, bracelets.
368 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
u Mon patron , homme
rude, petit, trapu, fort comme
un lutteur, d'une instruction
et d'une éducation des plus ru-
dimentaires, menait ses élèves
comme les hôtes d\m chenil.
Les gifles, les taloches , les
coups de pied ne leur étaient
pas ménages; les ouvriers imi-
taient le patron : c'était dans
les mœurs d'alors. La durée
de la journée d'un apprenti
était, l'été, de quatorze à quinze
heures ; l'hiver, de dix-sept à
dix-huit heures, et quelquefois
vingt heures (quand Pou v rage
abondait), ce qui eut lieu tous
les deux jours, d'octobre à fin
décembre i83g, dans les con-
ditions suivantes :
» La petite journée était
de sept heures du matin à une
heure après minuit; le lende-
main, la grande était de huit
heures du matin à quatre
heures après minuit. Les ou-
vriers couchaient : les uns avec
les apprentis dans leur lit de
sangle, les autres par terre, sur
des matelas ou des paillasses;
c'était inouï !
» La nourriture consistait :
i° le matin, à neuf heures, en
un morceau de pain dur (quel-
quefois rassis de plusieurs
jours i et un , deux ou trois
C II A 1 g L AI N E EN 0 R
par g. l-'oiitcnay (1S76).
B R A Q B LE T 8 I> E J Û a i l L i ; R I ] : ANTÉRIEURS a I 8 6 O .
(Maison Vevcr.)
24
3 7 o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
sous, suivant Page, pour acheter du fromage, des pommes
de terre frites, des confitures, une saucisse, etc., selon le
pourboire accordé le
d i m a n oh e ; 2° a u go ù-
ter de deux heures,
un morceau de pain
sec « pour dégraisser
les dents » , disait le
patron ; 3° le soir, à
sept heures, au dîner :
soupe, viande, légu-
mes et un peu de vin
d abondance ; jamais
de dessert.
(f Le pourboire
dominical, qui servait
BRACliLKTS RIGIDES, OR MAT J1T I 1 K k IU S . à TCndrC lC pcUA filOUTS
sec, était ainsi distri-
bué : la première année, l'apprenti touchait o fr. 5o ; la
seconde année, o fr. y5 ; la troisième, i franc: la quatrième,
t f r . 5n ; la ci n -
quième, 2 francs ;
jamais plus*
» C'était avec ce
pourboire qu'il de-
vait, durant toute la
semaine , graisser
le pain du déjeuner
et du goûter. Mais,
pour la moindre
peccadille, il était
retranché et ce, pen-
dant UI1C, deUX, bracelets avkc g h e n a t s cabochons.
trois, quatre semai*
nés et quelquefois davantage, selon le caprice et le mouve-
ment de colère du patron.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
» Lorsque, le 3i décembre 1845. mon apprentissage prit
tin. mon patron me donna 2 fr. 5o par journée de douze
M "" , 1HLLY, K S 1874,
Pendant de cou en joaillerie éi pampilles, bouck-s d'oreilles, bracelets.
heures. Mais comme à ce moment de Tannée (janvier [8461
on travaillait deux heures Je moins, mon ^ain n'était plus
que de 2 francs pour dix heures de travail* »
3 7 2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE
Après avoir été successivement ouvrier chez différents
patrons, avec des gains de 3 à 4 francs par journée de douze
heures, le jeune Fouquct, par suite d'un chômage de deux
mois, dul, pour vivre, entrer dans une maison de roulage
où il copiait des lettres de voiture moyennant i fi\ 5o par
B R O i; 1 1 B E T PKNUANTS D ' Û R \i J L L R S EVENTAIL,
JOAILLERIE f£ T l'KRLIiS.
(Maison Ciiillol, Pt^k et (ïuilk min .)
jour. C'est après ce chômage qu'il se présenta comme ouvrier
chez AL Pinard, bijoutier, rue Sainte-Avoye, lequel avait la
spécialité de bracelets-maillons argent enfilés sur des élas-
tiques de caoutchouc. Ce moment est un des plus impor-
tants de sa carrière, car le hasard lui suggéra ridée de se
faire dessinateur.
Kcoutons-le encore :
ce Quand je me présentai à M. Pinard, le colloque sui-
I. A T R O ï S I K M E R E PU BU (} V E
3-3
è
vant Rengagea entre nous : — Jeune
homme, je n'ai point besoin d'ou-
vriers, j'ai besoin d'un dessinateur
ou de quelqu'un qui m'apporte des
idées ; dessi nez- vous ? — Non,
répondis^ je. En elléu je n'avais
jamais touché un crayon de dessi-
nateur. — Kh bîcn ! reprit-il. je n'ai
pas de place pour vous. A ce mo-
ment, il se fit une lueur rapide dans
mon cerveau et je me demandai,
dans mon for intérieur, si je ne
pourrais pas essayer de dessiner
un peu. Je le questionnai sur le
genre qu'il
dés lia yt :
— Je ne
sais, me
PENDANT LU: £ 0 U ? dU-ÎL Je le
éinaïl à Alfred Meyer. iMâison Vever.)
quittai et
me proposai de dessiner quelques
petits trophées ou attributs pour
épingles de cravates. Le jour même
je me rendis aux Musées de marine
et d artillerie et là, croquant tant
bien que mal ce que j'y voyais, je
me lis une provision de documents
susceptibles de me servir. Je rentrai
chez moi et dessinai une vingtaine
de trophées, composés de trois ou
quatre objets : casque romain ou
^rec avec bouclier; enseigne romaine
avec couronne de laurier: casque
Moven-Age avec armes ad hoc ; tro-
phées ou attributs tenant aux armes
de guerre, de chasse, de pèche, de
PENDANT DE COU
J O A 1 L L \\ R I B
ET TURQUOISE
p;ir Gif.
>4 I A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SÏÈGLE
M K I) A I LLON
K N'
ÉMAUX CLOISONNAS
pijf Lucien Fatfase.
marine, etc. Ces compositions avaient 20 millimètres de
hauteur. Quand je présentai mes dessins. M, Pinard me dit :
— Ce n'est pas mal ça, jeune homme;
mais sauriez-vous les exécuter ? — J'es-
saierai, dis-jc* J'entraî donc dans son
atelier, et j'y réussis si bien, qu'au bout
de trois mois je gagnais 5 francs par
jour; c'était ou delà de mes espérances. »
Voilà donc dans quelles conditions
Fouquet devint dessinateur. Cela se pas-
sait vers le milieu de 1847. Malheureuse-
ment, les événements de 1848 survinrent
et firent de lui un garde mobile. Pendant
une année, il fut obligé de cesser tout
travail de bijoutier et toutes études de
dessin. II les reprit
en 1849, le soir, chez
lui, après de longues
journées passées dans
une fabrique de doublé où il avait du
entrer, la fabrication d or chômant beau-
coup à ce moment-là.
Apres maints essais dans le modelage
pour bijoux estampés, restés improduc-
tifs, pécuniairement parlant, îl entra chez
M. Charles Murât. Pendant le séjour qu'il
y fit, il continua à s exercer au modelage
tous les soirs, et. finalement, parvint à
acquérir une habileté qui lui permit de
s'affranchir de l'atelier vers mai i852.
Dès ce moment il vendit ses modèles en
cire, cela jusqu'à la fin de 1857, où il
commença à les présenter sous forme de
dessin.
« En 1854, dit-il, je suis entré chez M. Jules Chaise,
io. rue de Richelieu, qui avait alors une grande réputation
M K D A I [,LON flNVX
ET J O A T L L E R I K .
{Maison Viïver. |
LA TR OISIK M H RÉPUBLIQUE
3 7 5
de fabricant. Duron père y avait été graveur-dessinateur.
Je succédai dans cette maison à Hector Giacomelli, qui
devint plus tard le célèbre peintre des oiseaux, et qui a si
artistement illustré V Insecte et les Oiseaux de Michelet,
et des œuvres exquises de François Coppée et d'André
Theuriet. » Mais étant à ce moment-là plus modeleur que
dessinateur, contrairement a ce que voulait M. Chaise,
Fouquet entra, en i855, chez M. Léon Rouvenat, afin d'y
apprendre la joaillerie dont il n'avait alors qu'une faible
COLLIER D'OR
pat È, l onicnay.
connaissance et aussi pour voir exécuter des pièces d'art
comme il s'en faisait dans cette maison.
« Jusqu'alors, dit-il, je n'avais jamais modelé de figure
humaine quand, vers la fin de juillet, l'occasion se présenta
d'en tenter l'essai.
v Un samedi, à quatre heures après midi, M. Rouvenat
me fit monter dans son bureau. Là, je vis assemblés
MM. Jules Peyre, dessinateur éméritede la manufacture de
Sevrés; Julienne, célèbre dessinateur-décorateur industriel ;
Félix Closson, dessinateur et chef d'atelier.
» Il nous exposa que, appelé il concourir avec ses prin-
cipaux confrères de la place a la fourniture de la corbeille
de mariage dMsmaïl-Pacha. il devait présenter, le surlen-
demain, à neuf heures du matin, des dessins pour pièces de
l 7 G LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AT XIX* SIÈCLE
coiffure en joaillerie, comportant une quantité déterminée
de brillants pour une somme très importante. Il commanda
ces dessins à ces messieurs sans s'adresser a moi, modeleur,
pensant sans doute que je n'aurais pas le temps d'exécuter
en cire un projet présentable en moins de cinq ou six jours.
» Au moment où il prenait congé de nous pour partir à
^^^^^^^_ m ^^^^^^_^ sa campagne, qui était à
mMS^^BBnSÊ^HS^m Saint-iMichel(Scmc-et Oise),
relie également. Cette gerbe se composait de deux épis de
blé barbu, de liserons, de marguerites, de boutons d'or et
d'avoines folles : les Heurs et les feuilles à différents degrés
d éclosion. Il y avait des guirlandes, des grappes de chatons,
qui s'enchevêtraient comme des lianes et retombaient dans
la direction de l'épaule, Ktant à mon premier modelage de
tête, ainsi que je bai déjà dit, je pris pour modèle, en le
modifiant, le profil de l'Impératrice Eugénie, dont j'avais un
» Piqué au vif, je des-
cendis dans mon cabinet et
méditai sur ce que je pour-
rais exécuter. Je conçus
immédiatement mon projet ;
le voici : modeler grandeur
nature un profil de tête de
femme, haut relief, et grou-
per d a n s 1 a c h e v e 1 u r e , d e p u i s
le côté droit de la nuque
jusqu'au haut du front, en
le contournant entièrement,
une gerbe de fleurs des
champs, de grandeur natu-
je lui demandai si je devais
m'en occuper. « Si vous
voulez », me répondit- il
d'un ton délibéré, qui vou-
lait dire qu'il ne faisait pas
fond sur moi.
PENDANT DE COU É M E R A U D E S t
BRILLANTS ET OR É M A I L L É
par k-s frères Fan nié r« (ï%&j.
LA TROIS! KM K R \\ IM IU IQI T R
petit médaillon
dans mon cabinet.
Dès quatre heures
et demie, j'atta-
quai ma tâche :
j'allai dîner de six
à sept heures, et
travaillai ardem-
ment jusqu'à mi-
nuit et demi. Le
lendemain, di-
manche, j'étais a
mon poste a six
heures du matin ;
je déjeunai et dînai
a mon cabinet,
ayant prié le con-
cierge de me faire
a p porter m e s re pas
du restaurant, afin
Je ne pas perdre
de temps, et le
soir, à minuit et
demi, je partis, ma
tâche presque en-
tièrement ache-
vée, mais aussi
courbaturé de par-
tout : des jambes,
du dos, de la poi-
trine et des mains.
J'avais accompli ,
en vingt-six heures
de travail, la beso-
gne de quatre-
vingt-dix à cent heures de ma production ordinaire; je
f 1 R A N D B CHAT li LAIS K « BIANCA CAPK|,Ul «
par Alphonse Fouquet (1878J.
Émaux de Bé ranger ( de Sevrés)*
Hauteur, No millimètres; largeur, r8? millimétrés.
38o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XÏX* SIÈCLE
n'avais pas perdu une seconde. Cinq minutes après mon
départ, M. Rouvcnat, rentrant pour son rendez-vous du
matin, apprit du concierge, qui me le répéta, que je venais
de partir et dans quelles conditions j'avais travaille le samedi
soir et toute la journée du dimanche; il en parut étonné,
n'ayant pas compté sur ma coopération dans le concours en
question.
» Le lendemain matin, a six heures, j'arrivai terminer
mon travail, n'ayant, comme la veille et l 1 a van veille, dormi
que quatre heures à peine chacun des jours consacres a ma
BRACELET CÛOUtLLE ET DAUPHINS EN JOAlLLKRIB
par Alphonse louquet { 1 878 K
tâche. J'achevai cTemmailler tous mes chatons en cire au
moyen de petits fils de fer passés au minium, et fixai les
guirlandes là où elles devaient être placées. Puis, avec un
blaireau, je fouettai de poudre de bronze la téte et de poudre
d'argent la gerbe, de manière à bien faire ressortir Tune sur
l'autre.
» A huit heures du matin, M. Rouvenat vint rôe voir et
savoir ce que j'avais bien pu faire depuis son départ, « Eh
bien, notre artiste, nie dit iL vous ave/. paraît-iL beaucoup
travaillé hier?... » Puis, jetant un coup d'œil sur mon che-
valet, qui était recouvert de lustrine, il ajouta : « Voila
l'œuvre? Peut-on voir? » Je me levai pour lui éviter d'en-
lever la lustrine qui aurait pu accrocher quelques aspérités,
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
et découvris mon travail. Un rayon de joie illumina son
visage, et il me dil dans un clan d'enthousiasme : « Nous
serons Les vainqueurs! II n'y aura rien de comparable à
cela! » 11 voulut emporter de suite mon modelage pour le
taire voir au magasin ; mais, ayant encore trois quarts d'heure
à passer dessus, je le gardai jusqu'au moment du départ, qui
eut lieu à huit heures quarante-cinq, ['ne heure après, il
DIA D È llË C 1 1 L M k R i£ S K N J t j A 1 L L li R I L
p t ir AJplioHsc l onguet 11*7*1. — I Jimvnsioîis : largeur, iGo milliiii.; luiutt-ur, *s milliin.
était de retour avec la commande de cette pièce et d'autres
de moins d'importance, formant ensemble un total d'une
centaine de mille francs, nVa-t-on dit.
» Mon cher patron, que j'aimais beaucoup, me remercia
par un sourire, une bonne poignée de main, et ce fut tout.
Il ne tint pas autrement compte de l'effort suprême que
j'avais lait pour obtenir ce résultat, ni du temps que j'y avais
consacré au détriment de mes heures de repos dominical*
» Cette pièce de coiffure fut exécutée sous la direction
de mon éminent collègue Janin, chef spécial des joailliers,
38s LA BIJ0UTKR1E FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
avec tonte l'exactitude de forme et de galbe donnée par la
nature. Cette exécution lui lit le plus grand honneur.
» En 1 8 5 7 , la plupart
de mes travaux pour la
joaillerie - bijouterie se
composaient de dessins;
j'avais presque aban-
donné le modelage de
bijoux, comme étant plus
long d'exécution j moins
productif, moins rému-
nérateur que le dessin, et
ne modelais plus que pour
mes études de figures.
Voici comment j'em-
ployais mon temps :
» En toutes saisons, je
me levais avec le jour et
me couchais tard, ainsi
que je l'ai dit. Lorsque
j'avais des dessins de com-
mande, je les exécutais de
suite ; quand je n'en avais
pas, je faisais du mode-
lage de figure, des médail-
lons et des bustes d'après
nature, quelques compo-
sitions de statuettes et des
études d'après les écor-
chés de Michel- Ange et
de Houdon. Je n'arrêtais
mes travaux de modelage
qu'avec la fin du jour.
Quand les jours étaient
courts, j'allumais ma lampe et dessinais jusqu'à l'heure du
dîner, qui avait lieu de sept à huit heures. Puis je rentrais
GRAND I
oll CISELÉ
]ï ]i o t.: el j; K k s .\ i s > a m; E
PERLES liT BK1LLANTS,
Composition d'Alphonse Fouquet ( t*"* 1 -
Email de Grandliommc, sculpturedc Carrier-Bellcuse,
ciselure de Michaut.
(Musée dus Arts décoratifs,)
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
383
et redessinais jusqu'à minuit, une heure ou deux du matin,
selon que j'étais entraîné par ma besogne de composition
ou d'exécution. C'était le
soir enfin que je travaillais
pour mon stock. Je variais
le genre de mes dessins, afin
que Tœil de l'acheteur ne
fût pas lassé, rassasié par le
même mode d'exécution.
» Pendant une saison , je
faisais de La mine de plomb
sur papier végétal avec des
rehauts de gouache blanche.
Pendant une autre, c'était
de l'aquarelle seule. D autres
fois, enfin, de la gouache
seule ou mêlée à de l'aqua-
relle. Ce à quoi je m'atta-
chais, c'était, je le répète,
de ne pas être uniforme ni
dans mes compositions, ni
dans mon papier, ni dans
mon exécution : « L'ennui
naquit un jour de l'unifor-
mité ». a dit Boileau ; c'est
ce que je voulais éviter.
» Je faisais présenter
mes dessins par un placier
à qui je donnais 20 °/ 0 de
remise. Leurs prix variaient
de 3 à 20 francs, selon leur
importance et leur valeur
artistique. Les acheteurs du
quartier du Palais-Royal et dans son rayon, qui en avaient
la fleur, payaient plus cher que ceux du Marais. Ceux qui
choisissaient les premiers dans une série de broches, pavaient
B H K LOQUE. SPHINX KN OR CISK t. g
par Alphonse Fouquet (187b).
Ciselure de Brard.
(Musée des Arts décoratifs.)
384 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
io, 9, 8 francs; les seconds, 7, 6, 3 francs; les troisièmes,
4, 3 francs. L'important pour moi était de garder le moins
possible de mes productions.
» Pendant les mois de juin et de juillet 1 858, j'ai étudié
les grands carnassiers au Jardin des Plantes, Voici ù quelle
occasion : M, Frotnont, boutiquier, rue des Petits-Champs,
en face du passade Choiseul, nVayant apporté une perle
baroque qu'il voulait faire monter en épingle, me demanda
comment on pourrait Pulil iser. Lui trouvant l'aspect d'une
roche, je lui donnai le conseil de faire modeler dessus un
lion aux aguets. Il accepta mon idée, mon prix (3o ou 40
francs), et m'en donna la commande.
» N'ayant jamais modelé d'animaux et ne voulant pas
m'en tenir aux documents que j'avais : un lion de Barye, un
de Mène, un de Roui 1 lard, clans des attitudes différentes de
celle dont j'avais besoin, je résolus d'étudier d'après la
nature même; ei pour ce faire, j'allai demander au Jardin
zoologiquc une carte d'artiste en vue d'étudier le matin, de
six à onze heures, avant l'arrivée du public, devant les cages,
quand le temps le permettrait, oll les jours de pluie, au
Muséum, devant les squelettes, afin de connaître l'ostéologie
de ces fauves et les mouvements qu'ils pouvaient accomplir.
» Ces études me permirent de faire un lion et non un
caniche, voulant toujours me rapprocher autant que possible
de la nature et de la vérité, dut-il m'en coûter cher. Et ce
fut mon cas, puisque, pour une commande de 3o ou 40 Iran es,
j'avais, pendant prés de deux mois, consacré six heures par
jour (mes courses comprises) pour en faire l'étude, »
A cette époque, Kouquet était insouciant de la valeur du
temps, ce n'était pas le lime ts money des Anglais, C'est ainsi
qu'il modela, sans profit pécuniaire, mais à titre d'étude, des
statuettes, des médaillons, de grands bustes, entre autres
celui de Wcbcr, qui a figuré pendant vingt ans à l'ancien
Théâtre Lyrique ; sculptures dont nous avons vu quelques-
unes lors d'une visite que nous fîmes à ce vénérable et sym-
pathique confrère et qui nous laissèrent l'impression qu'il y
MODES DU 1 «S 7 5 -
Ornements de eoitïure en joaillerie, colliers, bracelets, pendants d'oreilles.
38b LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
avait en lui l'étoffe d'un statuaire de valeur. S'il avait suivi
cette voie, nul doute qu'il n'eut conquis dans cet art la place
qu'il a occupée dans la bijouterie; c'était aussi l'opinion de
son ami F^ontenaw
C'est en 1860, après avoir été ouvrier, puis dessinateur
et modeleur industriel, que Fouquet s'établit pour son propre
compte, 176, rue du Temple, et prit pour associé Eugène
Deshayes, alors commis chez M. Lefebvre aîné, rue des
Archives.
« J'avais alors trente-deux ans, écrit-il ; mon associé en
avait vingt-six. Mon apport social était de 7.000 francs
espèces et 3. 000 francs de dessins, de modelurcs et de maté-
riaux divers. Lui n'avait que 3. 000 francs, dont bon francs
lui étaient prêtés. C'est donc avec 10.000 francs espèces que
nous commençâmes notre maison. Sur cette somme, nous
dûmes payer six mois de loyer d'avance, 65o francs environ,
et. d'autre part, <S5o francs de matériel, plus nos frais de
contrat et d'installation. Ce fut, en réalité, avec 7.500 francs
que nous nous présentâmes chez M TÎU ' veine Kvon-Alemand,
à qui j'avais été recommandé par M. lingot, son préposé
aux matières précieuses.
» Nos débuts furent des plus modestes. Nos prélèvements
mensuels étaient de \ 5o francs, sur lesquels j'en donnais 25
à ma mère, afin d'augmenter ses petites ressources et en
attendant que je lisse mieux dans l'avenir. Je n'avais donc
que 125 francs par mois pour ma nourriture, mon entretien
et mes autres dépenses, aussi trouvait-on que je n'étais pas
habillé a la dernière mode. Pendant la durée de l'association,
je n'eus pas d'autres prélèvements.
» Le budget mensuel de ma nourriture, que je ne dépas-
sais jamais, ou dans de très rares exceptions, était de 60 a
65 francs. Mes repas étaient pris dans le premier établisse-
ment que Duval avait fondé, boulevard du Temple, à côté
de l'ancien Théâtre Lyrique. Je dépensais régulièrement,
pour mon déjeuner o fr. 80, et pour mon dîner 0 fr. g5 ;
ensemble 1 fr. 75, v compris o fr. 10 de pourboire à chaque
LA TROISIEME RÉPUBLIQUE
3S 7
repas. Le matin, comme premier déjeuner, o fi\ 25 de café
au lait et de pain, soit 2 francs par jour, sauf les extra s les
jours d'invitations.
» Ma condition de dessinateur m'ayant mis en rapport
d allaires avec quelques commissionnaires en bijouterie et
D I A I> K M S
pur AJphoa.se Fooquet (ltf83)«
Dimensions: largeur, ifiu millim.; luiutctir, i|5 millim.
quelques bijoutiers de province, ces messieurs devinrent des
clients de notre maison. Mon associé, lui. étant également
connu par d'autres commissionnaires, il s'ensuivit que nous
eûmes de suite des commandes et ce, dans de telles pro-
portions, qu'après six mois d'établissement nous avions
cinquante ouvriers; et quelques mois plus tard notre per-
sonnel s'élevait à soixante-quinze, dont douze graveurs,
quinze polisseuses et cinq apprentis. Nous avions dù louer
388 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
d'autres logements dans la maison pour installer tout ee
monde. Cet énorme succès s'explique ainsi : c'est que nous
travaillions sans bénéfice; nous ne savions pas établir nos
prix coûtants. Mon associe, qui en était chargé, ne comptait
rien pour les déchets de fabrication et rien pour les frais
généraux. Aussi, après avoir fait un chiffre assez considé-
rable (250.0OO francs), n'avions-nous gagné chacun que on^e
cents francs, pendant notre exercice semestriel.
y) Surpris d'un si mince résultat, des amis nous en firent
connaître la cause et nous apprirent à établir nos prix. »
Ensuite, Fouquet alla rue aux Ours, n" 36.
« C'est dans ce local, occupé de 1862 à i8()<S, où j'avais
en permanence de trente à trente-cinq ouvriers et apprentis,
que je fis les genres fantaisie avec remploi des améthystes,
des grenats, des topa/cs et des lapis incrustés, sur lesquels je
dessinais personnellement les motifs à graver, afin que le
caractère en fût bien conservé ; où je fis le genre découpé
et ramolayé très apparent, quoique léger d'or; puis, enfin,
le genre Campana. »
Par suite des exigences excessives de son propriétaire,
il se transporta au n n 53 de la même rue.
« C'est en entrant dans ce nouveau local, où j'occupais
le deuxième et le troisième étage, que je fis, d'une part, des
fantaisies onyx incrustées et appliquées de roses, et, d'autre
part, le genre turquoises taillées, avec diamants et perles,
cl enfin des croix on y \ avec applications, ou tout en joaillerie,
genres dans lesquels j'eus également a>sex de réussite. C'est
vers cette époque que j'exécutai le premier, et dans la per-
fection — sans succès, hélas! — les lézards qui curent plus
tard tant de succès pour d'autres.
» La cause de mon insuccès fut que je créai ce genre
deux ou trois ans trop tôt. Kn dieu voici ce qui >e passa.
La première demi-parure qtic je fis était en or ciselé. La
ciselure, une merveille, avait été exécutée par Lachausséc
(maître de Cosson et de Prévateaui. Llle lut livrée a Hippo-
lyte Martel, place de l'Opéra, La seconde demi-parure fut
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
3Sq
livrée à MM. Fabre frères, de Buenos-Avres. Une troisième
fut exécutée pour mon stock.
>i Six mois après, Martel, qui l'avait encore, demanda à
mon commis Descartes de réchanger contre d'autres mar-
chandises, parce que sa clientèle n'en voulait pas, alléguant
qu'on ne pouvait se mettre des reptiles sur La poitrine et aux
oreilles. Quelques mois plus tard, M. Fabre aîné, de retour
en France, demandait a échanger la sienne pour la même
cause. De notre coté, nous n'avions pu vendre que très
difficilement celle du stock.
» Je repris donc ces lézards, persuadé que j'avais commis
une erreur, une hérésie, lorsqu'au contraire je n'avais que
devancé l'heure de l'apparition dé ce bijou* Dix-huit mois
après, mon commis Descartes me quittait, et le fabricant
chez lequel il entrait reprenait mon idée et obtenait un
succès inouï
» Fors de la réapparition de ces lézards, ne croyant
pas à leur succès, je n'en relis point: puis après, lorsqu'il
i. Ce fabriennt était Vaubourzeix, beau-frère du commis qui m'avait quitté*
B R A r: K t. KT J> I A N K
3uo LÀ BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XTX« SIÈCLE
s'accusa, je crus qu'il serait éphémère- Finalement, déçu
dans mes premières tentatives, j'abandonnai ce genre à son
heureux sort, sans avoir pu en profiter, quoique j'en eusse
été le créateur 1 . »
Alphonse Fouquet prit part avec succès a l'Exposition
de 1878; sa joaillerie avait un caractère très personnel : les
formes en étaient généralement découpées de façon nette et
lisible, soit qu'il s'agît de guipures et de dentelles endia-
mantées, soit qu'il eût serti en diamants des sphinx, des dra-
gons, des sirènes, des chimères; sa vitrine offrait de nom-
URACIÎLKT MANCHETTE, GUIPURE DE V EN ï SE TOUT EN J O A J L L 11 R I Jï
par Alphonse Fouquet < 1878k
breux et intéressants spécimens de son art, c< art qui est bien
à lui, dit Falize; on peut le discuter, mais non le blâmer, car
l'exécution en est absolument parfaite». D'autres joyaux el
des bijoux, dans lesquels dominait le style de la Renais-
sance, furent également remarqués. Le jury attribua à Fou-
quet.à l'unanimité et par ordre de mérite, une des premières
médailles cTor de la classe.
Ajoutons que, avec une générosité qui l'honore, Alphonse
Fouquet à olfert tout récemment au Musée des Arts déco-
1. Dans Y Histoire de ma vie industrielle, Fouquet nous apprend aussi qu'il
est l'inventeur d'un perce-oreille ingénieux, qui permet de percer le lobe de cet
organe auditif sans répandre de sang. Voici ce qu'il dit : « J'eus ridée de ce
perce-oreille en lisant une page de Quînte-Curce, où l'auteur relate, dans son
histoire d'Alexandre, qu'à la suite d'un combat, lorsqu'on retira d'une blessure
le javelot que le héros avait reçu, une hémorragie se produisit et amena une
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
ratifs quelques-unes de ses plus belles œuvres de celle époque.
En 1879. Fouquet s'installa avenue de l'Opéra, n° 35.
continuant sa fabrication de joaillerie et de belle bijouterie
ciselée avec mélange de camées, d'émaux, de miniatures
et de pierres de fantaisie. En 1 SS3, ses envois à T Ex posi-
tion S \mstL-rdam furent très remarqués. Depuis longtemps
déjà il avait, ainsi que les Fannière, Froment-Meurice et
quelques autres, utilisé la
figure humaine dans ses
bijoux. Certains e< >n frères
le critiquèrent et. se ran-
geant à l'opinion vraiment
trbp exclusive de Charles
Blanc, déclarèrent que
c'était là une hérésie et que
les règles de l'esthétique
n'admettaient pas qu'une
femme put porter sur sa
tête, son cou et sa poitrine,
la reproduction quelconque
d'une figure humaine. Et,
cependant, la Renaissance
nous a laissé des exemples
concluants de bijoux où les
ligures et les têtes sont de
pures merveilles. Lalique a
montré victorieusement depuis cette époque qu'on pouvait
ne pa£ partager cette manière de voir.
Nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1888,
Fouquet prit une part des plus honorables à l'Exposition
de 1 88g. Enfin, dit-il, « en 1891, je m'associai mon fils aîné
et mon gendre. En i8cp, je prenais définitivement ma
syncope. D'où je conclus qu'en ne retirant pas Je perforateur (en or ou en pla-
tine) d'un lobe d'oreille, en IV maintenant comme obturateur jusqu'à cicatri-
sation, soit vingt-quatre heures, il n y avait aucun saignement possible : ce qui
est tranquillisant pour l'opéré, l'opérateur et les assistants. »
3qï LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X1X« SIKCLK
retraite à soixante-sept ans d'âge et cinquante-six ans de
carrière , fatigue par un labeur qui m'avait passionne et pour
lequel j a\ais consacré chaque jour dix-sept et dix-huit
heures, sans en excepter les dimanches et les fûtes. »
Voilà, en omettant bien des détails, quelle a été lu vie
de travail de notre estimable confrère. Il est absolument
rhomme de ses œuvres. Mis en apprentissage dans des
conditions déplorables, tant au point de vue des traitements
DIADÈME PO M P é I B N Ji N SOA 1 LLBfil B
par Alphonse Kouquct |ig33).
physiques qu'à celui de l'enseignement professionnel, il a
su. par son énergie, son ordre, son économie, sortir de la
condition infime où le de>tin Taxait placé. Seul, sans guide,
sans conseil, il s'est fait d'abord excellent ouvrier, puis
dessinateur, modeleur, sculpteur, et cela sans avoir reçu les
enseignements de fécole ou ceux d'un professeur, travaillant
avec la foi, la conviction que, quel que soit le travail entre-
pris, on le mène à bonne fin, lorsqu'on en a la passion,
lorsque la volonté guide et que La persévérance soutient...
Ces trois facteurs font assisté dans toute sa carrière et
lui ont fait surmonter toutes les difficultés inhérentes à la
: <H I A BIJOU I KRI É FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
triple condition d'artiste, de fabricant et de marchand.
Complétons ces notes biographiques en révélant qu'Al-
phonse Fouquct manie la plume aussi bien que le crayon
et l'ébauchoir. Aussi amoureux de la Muse que de son
métier, il a, sous le pseudonyme de Jules Dagron (Tun de
ses prénoms et le nom de sa mère), et sous celui de Tcuquof
(son nom renversé i, ciselé de fort jolis vers, dont nous
sommes heureux de donner ici un spécimen.
SOUVENIRS n\\ [ P H K N T I S S A G K f I 8 3 Q )
LES PRITES
Joseph, un beau gaillard de Saveme, en Alsace,
Mon aine de trois ans, plein d'astuce et d'audace.
Vers la lin de novembre entrait à l'atelier.
Je n'allais donc plus être, enfin ! le tout dernier,
C'est-à-dire chargé des plus humbles corvées,
Des courses, notamment, au dernier réservées.
Or, le premier matin qu'il sortit avec moi
(Je devais Le guider dans son nouvel emploi ,
11 m'offrit, 6 bonheur ù délices licites
11 m'offrit... un sou de pommes de terre frites.
Sans un denier en poche et me liant à lui.
J'entrai sans hésiter dans le petit réduit
Où le marchand dorait, en sa chaude friture,
Le tubercule blond, béni dans la nature.
Alors j'en demandai pour deux sous en deux parts...
Il me servit d'abord, non sans quelques égards
^Car il faut cajoler la jeune clientèle;
L'amadouer, afin qu'elle reste fidèle
Et ne s'en aille pas vers quelques concurrents
Qui semblent du quartier les nouveaux conquérants;.
J'avais dans chaque main un cornet de ces frites.
Je regardais Joseph du fond de mes orbites,
Anxieux de ne point voir sortir son quibtts,
Car je le supposais riche comme Crésus.
11 était demeuré sur le seuil de la porte,
Prêt à fuir, ce qu'il fit, me laissant de la sorte
Aux prises avec le friturier berné.
LA TROISIÈME R K PUBLIQUE
3g5
Cet ex-vieux soldat, triplement chevronné,
Fit un pas à l'écart pour me barrer la route
Persuadé de ma complicité sans doute) ;
Prestement de mes mains il reprit les cornets.
Les vida,... vexé,..* puis, rrfappliquant deux soufflets,
Deux sou fri et s vigoureux sur ma petite lace :
« Voilà pour te payer, dit-il 7 de ton audace. »
Quand je revis Joseph, ironique et «ausseur,
11 me plaisanta fon sur ma mésaventure.
Mais sachant pardonner à l'humaine nature,
Je n'ai point conservé rancune à ce farceur.
Une des personnalités les plus considérables de la cor-
poration fut. >ans contredit, iïrédéric Moucheron iicSHo-
iqo2). A quatorze ans, il fut mis en apprentissage chez Jules
Chaise, l'excellent bijoutier dont nous avons parlé précé-
demment 1 et avec lequel son père, marchand drapier,
était en relations suivies. Ils étaient d'ailleurs cousins*
Boucheron conserva toute sa vie un souvenir très vivacc de
son séjour dans cet atelier réputé. Il y apprit son métier
à fond, car Chaise dessinait bien, avait des connaissances
professionnelles très complètes et, de plus, était un homme
de i^out.
Le petit apprenti, qui devait franchir tous les échelons
de la fortune et des honneurs à force de travail, de loyauté,
o Voir tome I=». p, 3©4 et suiv.
B B A C K L li T EN JOAILLKRIK
par Alphonse Fouquct (1&S9),
3gb LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
d'intelligence et Je goût, rappelait souvent, avec une bon-
homie sous laquelle perçait une nuance d'orgueil, ses débuts
a râtelier, les courses et les achats qu'il faisait alors pour
les ouvriers (deux sous de pommes de terre frites ou un peu
de charcuterie !), Il s'v prêtait d'ailleurs de la meilleure grâce
du monde, tout en travaillant avec ardeur.
Mais ses aptitudes le portaient vers une autre direction.
A vingt-trois ans. Boucheron quitta la cheville pour entrer
H R A c f; l e t manchette en JOAILLERIE.
(Maison Boucheron.)
comme commis chez Tixier-Desehamps au Palais-Rojal,
où ses qualités furent très appréciées. La maison Tixier
était fort honorablement connue, sans avoir cependant une
place prépondérante. Deschamps la reprit et lui donna un
grand essor. Aidé par ^a lemme, très intelligente, activé, et
qui avait de grandes capacités pour le commerce, il vit ses
affaires prospérer, et dut bientôt faire des agrandissements.
Il fut le premier bijoutier ayant deux arcades 1 et une devan-
ture en glaces, ce qui lit sensation, car à cette époque on ne
songeaii guère au luxe déployé depuis dans l'installation Je-
I. I)au\ à son tour eut deux arcades et fut le second bijoutier dans ce cas.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
magasins. Les bijoutiers du Palais-Royal avaient des bou-
tiques généralement très simples, avec un plafond blanc et
des vitrines inté-
rieures en bois
noir : elles ne dé-
passaient pas une
arcade et, dans les
autres professions,
il était rare qu'on
en eut plusieurs :
Y Escalier de cris-
la! était célèbre
par ses trois ar-
cades.
D e s c h a m p s
donna beaucoup
d'extension à sa
maison , toujours
connue s o u s 1 e
nom de Tixier-
Deschamps, et qui
devint la plus im-
portante du Palais-
Royal. Sa vogue
fut très grande,
surtout entre i 850
et 1 868. On y trou-
va i t des bijoux
soignés et de bon
goût et des pierres
d'une qualité peu
commune. Les camées avec tète de négresse, incrustés de
petites roses, qu'exécutait Pctitot, furent une des spécialités
à succès de la maison.
En 1 858, Deschamps céda sa maison à André'; à ce
i. M. Dus Kontaines succéda à André en 1873.
BRACliLBT AVEC M B I> A I L L tJ N
OR HO U G E P O M REPERCÉ
par Menu» (Maison Boucheron.)
$9'S LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
moment Boucheron, dont la nature ardente et active s'était
beaucoup dépensée dans cette maison depuis cinq ans. déçu
peut-être dans le secret espoir qu'il
avait nourri de voir son patron la lui
céder, résolut de s'établir. Mais il lui
manquait pour cela une chose essen-
tielle
Tardent, S'en étant ouvert à sa
famille et à quelques amis, il plaida si
éloquemmenl sa cause, qu'il parvînt à
réunir la somme de cent mille lianes.
C'était peu; néanmoins, c'est avec ce
capital relativement restreint , qu'en
i S5S il fonda, galerie de Valois, la
maison qu'il devait illustrer plus tard,
réfutant par ses actes le pronostic pes-
simiste de M. Deschamps son patron,
qui avait dit : « M. Frédéric est un
excellent -commis, mais il n'a pas l'étoffe
nécessaire pour faire un patron. »
I h u ic héron commença modeste-
ment et ne prit d'abord qu'une petite
boutique d'une seule arcade. Il s'était
rendu compte qu'avec les fonds piétés
par sa la m il le. il ne pouvait songer à
avoir un assortiment de pierres de
grande valeur, qui absorberait immé-
diatement ses ressources avec peu de
pièces; il se limita, au contraire, dans
un assortiment judicieux d'objets de
haute fantaisie, puis, comme il était
plein de confiance dans l'avenir, il se
mit courageusement à l'œuvre et se
lança, tète baissée, dans la lutte pour la vie.
Son intelligence et son activité amenèrent le succès
qui s'alîïrma, ainsi que nous bavons vu, dès 1 Imposition
de 1867, où il obtint une médaille d'or. Pourtant, les débuts
C II A Tii L A I N K «
O>nipo*il ion
de Jules Début (i*;?),
y<>ni S. M. rKmpurvnr^.- U lishl
(Maison Houcheron.)
LA TR0IS1KM L K K ]> l lî L I (} l' E
furent assez dilîicilcs et Ton peut dire que Boucheron fut
maintes fois favorisé par les circonstances. Il en convenait
d'ailleurs volontiers et déclarait même que sa réussite, sa
veine exceptionnelles, étaient un « mauvais exemple > pour
les autres. Ne nous racontait -il pas que certain jour
d'échéance, n'ayant en portefeuille que quelques centaines
de francs et devant payer une traite importante, son caissier.
ti H A G i: I. K T , JOAILLERIE, PERLES ET PIERRES D K COULEURS.
Genre de Crouzct. (Maison Moucheron.)
fort inquiet, ne cessait de le harceler pour avoir les fonds
nécessaires et levait les bras au ciel en se lamentant, Bou-
cheron, imperturbable et souriant, lui disait de ne pas se
tourmenter. Cependant Un gâfçon de banque se présenta au
guichet pour rencaissement et le malheureux caissier alfolé
accourut demander ce qu'il fallait faire. « Donnez-lui une
chaise et qu'il attende ». lut la réponse. Or. au même instant,
paraît-il, un client entrait dans la boutique et achetait un
collier de trente mille francs, qu'il payait séance tenante.
Boucheron, le plus tranquillement du monde, vint poser
4 oo LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
sous les yeux ébahis de son caissier les liasses de billets
bleus en disant d'un air détache : «C/esL je crois, vin^t mille
qu'il vous faut : En voici trente. »
On voit, par cet exemple, que Bou-
cheron était en elfct ne sous une bonne
étoile, comme il se plaisait à le dire lui-
même à toute occasion, et ce n est pas
sans raison qu'on l'appelait souvent « un
veinard ».
On affirme d'ailleurs que ce ne lut
[vis la seule lois que les échéances se
firent à point par reflet d'un hasard heu-
reux, et qu'il fallait avoir une solide
confiance en soi
pOUi! rester im-
passible et plein
d'assurance en
présence de cer-
tains cas dont la
solution parais-
sait inextri-
cable,
De plus, comme il était très
entreprenant et qif il paraissait bien
réussir dans ses affaires, les fabri-
cants venaient de toutes parts lui
apporter leurs nouveautés. Ils les
lui confiaient même sans qu'il eût
besoin de les acheter, et comme il
les plaçait presque toujours assez
vite dans sa clientèle, on continuait
a lui en donner d'autres, avec em-
pressement. Il ne les réglait que par
à -comptes très espacés, afin de
ménager ses capitaux, tout en se procurant le plus possible
de marchandises.
BOUC I.Ë D UREILLB
EN Oft.
Genre ferrure.
Travail a la pi net. 1 par Chah cl.
(Maison Boucheron.)
MEDAILLON
par Jules Début.
[Maison Boucheron, t v ; &
LA TROIS! È M E U I S I* OBLI Q U E
40 [
Cette confiance absolue des
fabricants dans « rétoile » de
Boucheron lui tut, surtout dans
les premières années, un appoint
énorme.
D'ailleurs. Boucheron était,
comme on dit, un « enfant de
la balle ». Ayant fréquenté les
ateliers, il connaissait pour ainsi
dire tous les fabricants et les
considéra toute sa vie comme
d'anciens camarades. Son carac-
tère gai et bon enfant, ses qua-
lités d'homme d'affaires aux
vues larges, sa nature généreuse
et loyale, sa réussite constante
dans tout ce qu'il entreprenait,
lui attiraient toutes les sympa-
thies, Ses fournisseurs et ses
collaborateurs ne cherchaient
qu'à le satisfaire ; toutes les
demandes qu'il faisait étaient
réalisées ; il suffisait de faire
quelque chose de joli, d'original
et d'inédit, même un peu excen-
trique ou tapageur, pour être à
peu près sur que Boucheron te
vendrait.
C'est ainsi que M™ V ve Hip-
polytc Nattan travailla beau-
coup pour Boucheron lorsqu'il
tut établi. Nous Y avons vu pré-
cédemment, son atelier occu-
pait plus de cent ouvriers. Cette
maison exécutait toutes les
commandes qu'il plaisait a Bou-
chât E [. A I NB OR G t SE LÉ *
I ïessin J tries DebtjLt<
Tuijs |o ni(jnogr;nnmt's son) pris sur piewe
tt ciselés par Giraudon.
Les uariaiidcs sont dv RauEl,
Hauteur : 17 t\en&
1 Mi i •on fïuiJL henni, r-yr^-j v^, if
*6
402 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
chcron de donner, d'après les dessins qu'il fournissait, et il
n Vivait d'autre charge que de prendre ferme de 5o à 80 pour
cent, selon les modèles, des pièces
exécutées spécialement pour lui.
(Tétaient là des conditions extrê-
mement avantageuses pour un débu-
tant.
Nous avons dît que Boucheron
s'était en quelque sorte spécialisé, tout
d'abord, dans les articles de riche fan-
taisie. 11 en avait un choix considé-
rable et. comme c'était un homme de
lioùt. ses modèles furent très appré-
ciés. Il osait faire des bijoux que bien
peu de ses confrères eussent risqués
à cette époque, mais, malgré leur prix
élevé, ces pièces trouvaient alors faci-
lement des acquéreurs, ce qui était un
encouragement indiscutable à persé-
vérer dans cette voie. Une certaine
clientèle élégante, celle qui lance les
modes et qui est toujours à l'affût des
nouveautés, savait qu'un genre parti-
culier de bijoux ne se trouvait alors
que chez Boucheron; cette clientèle
devint très nombreuse et lit la réputa-
tion du bijoutier qui dut bientôt aug-
menter son capital et agrandir son
magasin. Il prit avec lui. en [865. M>n
neveu Georges lîadius 1 , alors âgé de
24 ans et, tout en continuant à faire fabriquer au dehors, il
installa, en 1866. un atelier où furent exécutés en partie les
P I! N D A P) T t> U C 0 0
PARLES i: T Bïïl L I \ N 1 S
par Jules l kefrut
(Maison Boucheron, 1*7*.}
t. Georges Radius 1 1 1 vaillamment son devoir pondant le siège do Paris en
1871. Blessé à Bu/enval en rapportant son capitaine tué h o>té de lui, il reçut
la médaille militaire. Il fut fait chevalier de la Lésion d'honneur en lêcpi a (a
suite de l'Exposition de Chicago.
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
4o3
objets qui! exposa en 1867 K II ajoutait en même temps
une deuxième arcade à son magasin, qu il voulut le plus
beau du « Palais ». et s'adressa à cet effet à Penon, le tapis-
COLLIER AVEC PAkTlK 11 K T C> M R A f? T E
pur Jules Début» (Maison Boucheron, 1877O
sier le plus réputé d'alors, en lui donnant carte blanche.
lustres et les lampadaires turent faits sur les modèles de
ceux que le Prince Napoléon avait commandés à Lerolle
1. Voir au chnpître sur le Second Empire ce que nous disions de cette
Exposition.
4o 4 LA BIJOUTERIE I-RANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
pour sa maison pompéiennejÇfaprès les dessins de Ch, Kos-
signeux ; toute la décoration fut particulièrement soignée 1 .
Les affaires de Boucheron devinrent de plus en plus
prospères ; il serait impossible de citer, je ne dirai pas tomes
les belles pièces qui sortirent de sa maison, mais même
d'énumérer les principaux types de fabrication, dus souvent
a son initiative ou à son in-
fluence : bijoux repercés,
bijoux faectés, acier incruste,
émaux lapidés, émaux trans-
lucides, etc. On peut dire que
tout a été entrepris et réalisé
de la façon la plus heureuse
dans cette maison .
Les rapports de Bouche-
ron avec tous ses fabricants,
fournisseurs , employés ou
courtiers, étaient des plus
cordiaux: il ne cessa de les
regarder comme de vrais col-
laborateurs ayant contribué
a sa fortune. Chaque année il
les réunissait, au nombre
d'une cinquantaine, dans une
grande partie de campagne,
une « ballade » aux environs
de Paris, où Ton faisait bom-
bance toute la journée. Tous étaient heureux de se retrouver
ensemble, « causant manîque » , c'est-à-dire parlant de>
hommes et des choses du métier, racontant des histoires
d'atelier, des anecdotes vingt fois répétées, ainsi qu'on le
faisait au moment du « pâté de veille », dont la tradition
i. En 1899, lorsque Boucheron fonda une succursale â Moscou, on y
transporta les boiseries de l'ancien magasin du Palais- Roy al, et elles contri-
buèrent à la décoration de la nouvelle installation, une des plus belles de la
ville.
l'IÎNDANT DR 1 1 0 U
SCARAHÉK £N (jRENAT.
(Maison Moucheron,)
LA TROIS! KM F- RKPKBLIQFF
s'était conservée chez Boucheron ; ils s'amusaient comme Je
COL LIER
par Jules llehut. (Maison Moucheron.)
grands enfants en vacances. Dans ces réunions, Boucheron
donnait l'exemple de la gaieté;. Souvent il faisait apporter
4 o6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
PENDANT D K COU
GRENAT CABOCHON.
(Maison Boucheron.)
Pavancc ; on en parlait longtemps
après.
Nous avons dit que Boucheron
avait été favorisé par les circon-
stances. En effet, c'est au moment
où des fortunes se créaient colos-
sales et rapides de l'autre côté de
l'Atlantique, qu'il fit la connaissance
de M. Rced. représentant a Paris de
la maison Tiffanv & O, de New-
\ork. Cette maison, d'une impor-
tance exceptionnelle 1 , était en rela-
tions constantes avec les plus riches
familles américaines, avec les prin-
cipaux brasseurs d'affaires des États-
Unis,
i. Voir le Rapport officiel de V Exposition
internationale de Chicago en i8§3* Comité 24.
Bijouterie- Joaillerie, par IL Yever. Paris, Im-
primerie nationale, 1S04,
un billard sur l'herbe : on riait, on
jouait, on chantait, chacun montrait
ses talents de société. Tout distrayait
et réjouissait, on s'amusait d'un rien.
On trouvait tout à fait extraordinaire
de voir un certain Lhomme, bijou-
tier, lancer avec son pouce une bou-
lette de mie de pain par- dessus
l'aqueduc de Mari y. Bref, la fête
était complète, grâce à l'entrain et à
la générosité de Pamphytrion, qui
pourvoyait a tout. Les liens de cama-
raderie se resserraient chaque fois
plus étroitement, tous se sentant unis
par une amitié presque familiale.
On s'entretenait de cette journée
longtemps à
PENDANT D 8 COU
J " A I L L E H 1 1: . PERLKS
kï GRENAT CA HOC H ON
(Maison Itouchvron.)
M Q D K 15 D EC I S 7 G .
Bandes cTordllus.
40$ LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SI ÈC LE
En dehors de ses affaires de New- York, elle faisait pour
sa clientèle américaine, dont les besoins augmentaient de
jour en jour, des achats considérables d'objets de toute
nature, en Europe et principalement a Paris; tous se trai-
taient par l'entremise de M, Reed, qui était un homme
charmant, sachant faire les honneurs de la capitale à ses
compatriotes avec une bonne grâce parfaite. Connaissant
D1ADKM B L 0 T Û S t
Composition do Dostape*. (Maison Raucheroiï, vers 1K76.)
i\ fond « la place ». en sa qualité de commissionnaire, il les
dirigeait pour leurs acquisitions, et, lorsqu'il s'agissait de
bijoux, il les conduisait invariablement chez. Boucheron. On
voit 1 appoint que ce fut pour lui. Il dut bientôt s'agrandir
encore et ajouta une troisième, puis une quatrième arcade à
sa maison en \Hy3.
Ces nouveaux millionnaires, fils d'anciens émigrants. de
ces conquérants du Far-West, au caractère aventureux et
énergique, éprouvaient le besoin bien naturel de dépenser
leurs dollars et de jouir de leur fortune. Ils avaient des
appétits de luxe qu'il eût été impossible de satisfaire dans
LA TROISIÈME H K 1M T B \ . K M T K
409
leur pays, encore trop neuf, trop absorbe par les affaires
industrielles et qui ne s'intéressait qu'aux choses pratiques.
rosi: é p a m o U 1 12
par Lœulliard. (Maison Boucheron.}
La chose artistique, ou même simplement la chose de
^oût, n'y existait pas. Lorsque ces parvenus venaient sur
le continent pour la première fois et qu'ils se trouvaient en
4 io LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
contact avec notre vieille civilisation, avec le raffinement
des races latines, avec notre
amour et notre admiration
pour les œuvres d'art ? c'était
pour eux comme une révéla-
tion. Si Paris a été nommé,
avec quelque raison, la Capi-
tale de l'Art, on lui reconnaît
aussi la suprématie du luxe, du
vrai, de celui qui n'est pas fait
d'extravagances, mais qui, de
bon aloi. révèle le ^oùt et la
distinction, et est, en somme, le
résultat d'un atavisme de plu-
sieurs siècles. On comprend
donc que Le réve des citoyens
du Nouveau-Monde fût de
connaître la seule chose peut-
être qui n'existât pas chez eux.
le pays privilégié où ils pou-
vaient trouver, sa ils effort, tout
ce qui était susceptible de ilatter leur vanité et de donner
s a t i s f a c t i o n aux
moindres comme
aux plus extrava-
gants de leurs capri-
ces. Les premiers
qui firent le voyage
retournèrent chez
eux pleins d'en-
thousiasme et pro-
voquèrent ainsi de
nouveaux départs ;
si bien que, la riva-
lité aidant, les diffé-
rents « rois » de l'or
PENDANT DE COU JOÀILLERIB
K T GRKSATS C A B O G H O N S .
{Maison Boucheron.)
R R A I : E L K T EN H M A I L l&OUG Z TRANSLUCID E
AVEC ORNfîMEKTS
EN BRILLANTS SERTIS DANS l/ KM AIL
vers j S - ? - i s S ' .
(Mftïsorï Moucheron.}
l'or, de l'acier* des chemins de fer, du blé
BRANCHES PB CAPILLAIRE EN JOAILLERIK
par Octave Lœulliard. (Maison Moucheron.)
4 i2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
ou des boîtes de conserves, etc.,
vinrent successivement à Paris.
Certains même s'y fixèrent par
la suite. Ayant des sommes
énormes à leur disposition ,
conseilles par un de leurs com-
patriotes en qui ils avaient toute
confiance, tous ces Yankees
firent des achats considérables.
C'était L'époque où l'emploi
du diamant trouvé en abon-
dance dans les mines du Cap,
récemment découvertes , avait
donné à la joaillerie un nouvel
essor. L'utilisation des gros dia-
mants avait amené la mode des
parures comportant des pierres
de grandes dimensions; les
Américains appréciaient ces
parures d'une extrême richesse,
mais comme ils avaient la sa-
gesse de rechercher en même
temps la qualité des pierres, ils
ne pouvaient faire leurs acqui-
sitions que dans des maisons
de premier ordre.
La participation de Bouche-
ron à l'Kxposition de Phila-
delphie en 1875, qui lui valut
la croix de chevalier de la Légion
d'honneur, ne fit qu'augmenter
sa clientèle américaine. Les
grosses commandes affluèrent.
C'est ainsi que l'on put voira l'Exposition de 1878, à Paris,
des objets très importants, exécutés pour des Américains,
entre autres la fameuse parure de M m - Mackay. avec des
I- H l.' I L L K D i: U A S A N I li H
par LœulIiartL (Maison Boucheront
GRAND COLLÏKF SAPHIRS ET BRILLANTS.
Composition de Juins hcbut.
Le saphir du cenlrc pèse lôo carats et mesure 3a millimètres de hauUur.
(Maison Boudiefon, Exposition de rS;
4 i4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
saphirs énormes 1 de très belle couleur, enchâssés dans des
rubans et des feuillages de diamant et qui valait plus d un
million. Toute l'exposition de Boucheron était splendide et
BRACELET JOAILLERIE ET CRISTAL D li ROCIIIi.
(Maison IJoucIiltoti.)
lit sensation ; la vt^uc du joaillier s'en accrut encore. Le
rapporteur, M. Martial Bernard, en parle en ces ternies :
« . C'est un véritable ëblouissemenl de diamants étînee-
lants. de saphirs énormes, de perles et de pierres de couleur
d'une beauté remarquable, enchâssées dans les montures les
plus variées, qui toute* se distinguent par l'élégance et la
grâce du dessin. On se trouve devant l'œuvre d'un homme
de goût, habile à s'associer des collaborateurs de mérite,
BRACELET A Al O T 1 PS DK JdAlLLKRlK SUR KMAIL 1M-EU.
(M ei bon Boucheron.)
auxquels ils communique ses idées : soigneux des détails, il
arrive à produire des joyaux, des bijoux, des objets d'art,
des pièces d'orfèvrerie même, qui, pleins de fantaisie et
parfois de hardiesse, tendent à attirer au commerce français
une nouvelle clientèle de riches acheteurs.
I. Le saphir du centre pesait 159 carats 1/8.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
4^5
» . L'œil est séduit par la variété des couleurs des
pierres précieuses d'un juste-au-cou en fleurs des champs,
et par l'éclat des émaux translucides dans des bijoux d'une
COLLIER DE SI 1 " S A R A II lïiilîNI! AftDT
ES JOAILLERIE, KM AUX TRANSLUCIDES, RUHIS EMERAUDES
ET SAPHIRS CALIIîlïKS,
Composition de Jules Début. (Maison Moucheron, 1878.)
grande légèreté L'amateur découvre un travail très fin
dans une montre en acier damasquiné et ciselé, dans des
flambeaux en argent avec ornements repercés et ciselés, et
1. Ce "juste-au-cou » en émaux translucides et pierres précieuses était une
merveille de fabrication. Jl avait été exécuté pour Sarah Hernhardt. Le dessin
était de Jules Début.
4i ô LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
un gmnd effet dans un riche service à bière du genre persan,
orné d'émaux translucides. »
URACBLliT EN K M A 1 1. « Q U E U K D E PAON ï) *
(Maison liouclieron .)
Le Jury des récompenses lui décerna un des trois
Il H A C ES L t
PAVÉ DE DIAMANTS, A Y K C DECOR D ' É M A I f r .
(Maison Boucheron.)
grands prix dont il disposait. Les deux autres avaient été
URACKLLT A P L A fj i U E S A R T t C U L & K S ,
CRISTAL DE ROC il E ET ROSES*
Les Quatre Saisons, miniatures sur ivoire de P ail Jet*
{Maison Boucheron, vers iByî-i^Ho.j
attribués a Massin en première ligne et a Lucien Kalize 1 .
i. Pour couper court aux réclamations des exposants, ce ne fut pas Tordre
de mérite qui fut adopté pour Je palmarès, mais Tordre alphabétique. Cette
mesure regrettable fut continuée par la suite.
FEUILLES EN JOAILLERIE
par Lcculljard. (Maison Moucheron.) — Hauteur : 0^2 centimètres
2 7
4iS LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
Nous avons déjà parle [p. 166 et suivantes) de ces émaux
à jour, dénommés depuis émaux translucides. Rappelons
que, depuis longtemps, on avait essayé de les refaire tels
qu'ils existaient à l'époque de la Renaissance. Mollard, bijou-
tier distingué, doublé d'un chercheur, ayant lu dans les
mémoires de Ccllini les explications que le célèbre orfèvre
donna à François I er au sujet d'une coupe décorée d'émaux
HRUC1IE I" A i* V K R li T T K K S JOAILLERIE.
par Octave Lœulliard. (Maison Huuchcroii.)
a jour, résolut à son tour d'en faire. 11 y réussit vers i S 5 5 ,
et même avant cette date, si nous en croyons M. L, Houil-
lon. Témailleur de grand talent de qui nous tenons ces détails
et qui pratique son art depuis plus de cinquante années.
Mollard fit le dépôt légal du résultat de ses recherches, dont
il négligea de tirer parti. Plus tard, Briet, puis RiHauIt. s'oc-
cupèrent de cette question, et ce dernier exécuta un certain
nombre de bijoux décorés d'émaux à jour, pour la maison
Samper, qui n'en rendit d'ailleurs presque pas, Après entente
LA TROIS! È M E RÉPUBLIQUE
4i9
avec Mo]iard,qui réservait sçs droits, RifFauIt prit un brevet
qu'il céda ensuite à Boucheron.
Cest à dater de ce moment, vers 1864, que les émaux
translucides commencèrent à avoir un certain succès; plu-
BRANCHE D B P L' C H S l A S , f 0 A 1 L L H U I g K T j£ M A LT X T H A N S I. U C I D K S .
[Maison Uouchcron,) -- Largeur du bijou : o,i6ci-nt.
sieurs figurèrent dans la vitrine de Boucheron à F Exposition
de 1867. Leur vogue s'accentua et ne cessa de s'accroître;
elle fut très grande aux environs de 1878, et, à partir de cette
époque, les principaux émailleurs en firent couramment,
sans d'ailleurs se préoccuper de la question de brevet, très
discutable du reste, puisque ce travail était déjà connu du
temps de CellinL
4 2o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
A l'Exposition de 1889, Boucheron
remporta un nouveau succès et obtint
encore un grand prix ; de plus, il reçut
la rosette d'officier de la Légion d'hon-
neur. Les gravures qui ornent cette
étude nous dispenseront de décrire les
pièces de joaillerie qui furent le plus
admirées. Signalons toutefois une inno-
vation : des rondelles enfilées ou, pour
mieux dire, de petits disques en dia-
mant, percés d'un trou au centre et
taillés à facettes sur la tranche, s'in-
tercalaient dans un merveilleux
rangée perles et les isolaient entre
elles. I, éclat discret de ces dia-
mants, allié à la douceur de la
perle, produisait un eilel char-
mant. Cette très jolie fantaisie,
I! R 0 C H li
AVEC DIAMANTS lï H A V Ê S
pur M. Itordinkx»
[Maison liouchcron.ï
dont Paul Legrand. le dessinateur
It ROCHE AVtSC DIAMANTS GRAVES
pur M . tëordinckx^
1 Maison Boucheron»)
de Boucheron, avait eu ridée,
obtint beaucoup de succès. D'ail-
leurs, le caprice se donnait libre
cours dans cette vitrine où se
trouvaient des diamants qui, en
dépit des difficultés d'ex étutioa,
étaient taillés tic toutes façons
et en toutes formes, pour figurer
des ailes de mouches, des tor-
tues, etc. M. Boucheron avait
encouragé dans cette voie son
lapidaire-diamantaire M. Bor-
dinckx, et celui-ci était parvenu
même à graver quelques-uns de
ces diamants. Il perfectionna
encore son travail par la suite
et. à T Exposition de 1900., on
URQCIIE AVEC DIAMANTS GRAVÉ!
par M. Bordinckx.
(.Maison Moucheron. j
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
vit chez Boucheron des broches, des bagues et d'autres
bijoux présentant, au centre, un diamant sur lequel des
ornements ou des fleurs avaient été gravés. S'il ne faut pas
voir là un emploi très judicieux du diamant, du moins ces
tentatives montraient-elles une grande ditliculté vaincue.
L'ambition des joailliers, surtout depuis une vingtaine
d'années, avait été de faire, en diamants, des fleurs dont la
forme et le modelé se rapprochassent le plus possible de la
D I A D fe M ÎS K N J O A I L L K RIE,
[Maison liouUieron.i
nature. Ils étaient parvenus, dans cet ordre d'idées, à une
grande perfection, maison oubliant que Fart du bijoutier et
du joaillier ne consiste pas à faire des reproductions pure-
ment botaniques. Il ne faut pas perdre de vue. en effet, que
la destination d'un joyau étant de servir de parure à la
femme, il doit par conséquent, une lois porté, conserver un
caractère décoratif et être d\m dessin facilement lisible. Ce
n'est pas l'imitation servile de la nature qui est artistique ou
même simplement intéressante, mais la manière dont elle
est interprétée. La copie fidèle d'une (Mante ne nécessite
aucun effort d'imagination ni d'invention: elle ne demande
4 -22 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
qu'un ouvrier habile, soigneux et patient. On peut obtenir
ainsi un objet curieux, agréable à voir, mais peu propre
dans sa forme à l'orne-
mentation d'un corsage. Il
y a là un tour de force, un
« chef-d'œuvre » au sens
ancien du mot. mais dans
lequel, a notre avis, le goût
n'entre pour rien.
Le maître- joaillier Mas*
sin , dans sa remarquable
étude technique sur La
joaillerie à l'Exposition de
1889, bien qu'il se fût lui-
m c m c inspi ré abp 11 d a m -
ment de la flore, critique
cette manière de faire et
signale dans la vitrine de
Boucheron des pièces
pleines de qualités, mais
ayant aussi ces défauts :
entre autres, un pied de
cyclamen avec ses feuilles,
ses fleurs et ses tiges gran-
deur naturelle ; une très
jolie branche de mimosa,
enfin et surtout une œuvre
i mportante , remarquable
d'exécution une grappe
de raisin avec feuille de
vigne, qui pèchent préci-
sément par l'excès d imitation de la nature, sans préoccu-
pation suffisante de 1 emploi et de la destination du joyau.
1, Cette pièce de joaillerie présentait de grandes dilïïcultés : elle fut exé-
cutée par Gallois* un des meilleurs ouvriers de Boucheron, v.|ui resta plus de
trente ans dans ses ateliers.
HliANCEtK DE MIMOSA.
(Maison Bouchtron.)
G R A M' £ D 15 RAISIN K S JOAlLLERl K
par Gallois. (Maison Boucheron. — Exposition du iHSr^j — Hauteur : o,:3 cent.
r >4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE A II XIX* SIÈCLE
« La recherche de l'originalité peut-elle excuser l'excen-
tricité ? dit Massîn. je ne le crois pus. Dépasser le but, c'est
manquer la chose et, avant d'étonner le public à la façon
cTAlcibiadc. il m'a toujours semblé préférable de lui plaire,
Je n'apprendrai rien aux audacieux qui ont eu l'idée, l'un,
de faire un amour aux formes rebondies et aux allés dia-
mantées \ « sujet d'une bien grande effronterie pour se
poser au corsage d'une femme » ; l'autre, l'idée aussi
risquée d'une immense feuille de vigne ornée de sa
grappe, en leur disant comment les visiteurs ont souligné
DIADÈME BU H ANS.
(Maison |îoudicron.|
ces exhibitions. Le publie a bien vu où Ton voulait poser
l'amour, il en a souri, mais pour la feuille de vigne il s'est
fâché tout en s'amusant, car les réflexions allaient leur
train. Le mieux eut été de cacher l'espiègle callipvge derrière
la feuille, tout le monde aurait ri et eut été désarmé... »
Mais Massin loue sans réserves les autres oeuvres en
joaillerie de Boucheron : «... Une autre feuille, de platane
celle-là. avec ses fruits tombants, admirablement réussie à
tous les points de vue, est à mes yeux la critique en œuvre
de la première. Celle-ci a tenu tout ce qu'une belle exécution,
luxueuse en diamants, pouvait promettre de charme et d'cllet.
i. Celte œuvre, dont la composition était due à I alkjue, figurait dans la
vitrine de Th. B ourdi er.
COLLIER PLATANE KN JOAILLKR1E, AVEC TOUR DE COU A Il |- S SORT.
(Maison Boucheron, 188?.)
4 2Ô LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X1X« SIÈCLE
a L'expression artistique dans la joaillerie se rencontre
entière dans deux belles eouronnettes. Si la forme de ces
beaux joyaux est connue, elle n'a fait que servir de cadre à
deux genres essentiellement différents , ad mi rablemcnt
réussis tous les deux. L'une aux ornements enroulés, em-
pruntés ou tout au moins inspirés de Karl du serrurier,
terminés par des trèfles qui s'affrontent et se répètent, est
d\m beau dessin, net, distingué, facile à lire*
COURONNKTTr: A H K Ç0 ft blî TR^I^S, Il N J<>A ILUvR I K.
Composition de Basset. (Maison Moucheron, — Imposition de i£Bg:J
» Minutieusement exécutée dans tous ses détails, cette
pièce m'offre le double régal de l'appropriation d'un style
et de l'exécution, dans le genre sérieux K
» L'autre est composée de rubans brillants et torsades
perles, d'une légèreté aérienne ; c'est une œuvre de pure
imagination, d'un tour de main d'une rare adresse; c'est
l'art et le métier dans la fantaisie. Le contraste de ces
ouvrages contribue à faire ressortir les mérites particuliers
qui les distinguent entre eux, et témoignent ainsi d'une
i. La composition Je cette courormette étaiî de Basset Cest LçclèEC,
ouvrier chez Boucheron depuis qui l'avait exécutée-
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
42;
diversité d aptitudes bien remarquable chez le dessinateur
et les exécutants. C^est très beau et c'est très bien \ »
La renommée de Boucheron allait toujours grandissant;
l'extension de ses affaires et le désir qu'il caressait depuis
longtemps de venir rue de la Paix, ramena, en i8g3, à quitter
le Palais-Royal pour s'installer somptueusement place Yen-
dôme. Son départ fut comme un signal pour un grand
nombre de ses confrères; ils abandonnèrent à leur tour le
COURONNE TTE EN JOA1LLER1K, RUBANS ET PERTES,
Composition de Paul Lcgrand. {Maison lîondicron. — Imposition Je i&Sfy)
vieux « Palais » témoin de leur fortune et qui, autrefois si
florissant, ne tarda pas à devenir désert comme une nécro-
pole. Aujourd'hui, on ne peut plus y retrouver les vestiges
mêmes du magasin de Boucheron !
Boucheron, qtrï déjà s'était fait construire un magnifique
hôtel particulier avenue du Bois-de-Boulogne, installa luxueu-
sement sa maison de la place Vendôme. Mais il n'était pas
dans son caractère de jouir en égoïste de la grande fortune
qu'il avait acquise en cinquante années de travail; toujours,
1. Cette eouronnette avait èîè dessinée par Paul Legrand, un des meilleurs
collaborateurs de Boucheron, sur lequel nous reviendrons plus loin.
4 2S LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
au contraire, il s'était occupé activement des intérêts géné-
raux de la corporation ; il n'oubliait pas ses anciens cama-
rades, ses anciens compagnons de cheville, les vieux ouvriers
pour lesquels il avait une affection sincère et profonde*
Pendant trente- six ans, il lit partie de la Chambre
syndicale, dont il fut vice-président et président dix-sept
lîIJOCT DE cou.
Composition de J, Début.
années durant ; il fut nommé à l'unanimité président hono-
raire, lorsqu'il se retira en iSijo. Là aussi, ses rares qualités
personnelles, son caractère plein de franchise et de bienveil-
lance, lui avaient attiré les sympathies de tous. Recherchant
sans cesse les occasions de faire le bien, d'encourager le
travail et la solidarité sous toutes ses formes, Boucheron
fut l'infatigable bienfaiteur de toutes les œuvres philanthro-
piques de la corporation,
Président de la caisse de retraites « La Fraternelle »
4 3o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
pendant vingt-sept ans, c'est -a-dire depuis Tannée même de
sa fondation, il était l'âme
de cette société, L'Orphe-
linat, la Société d'encou-
ragement, l'Ecole profes-
sion n elle et bien d 3 autre s
le comptèrent parmi leurs
plus généreux souscrip-
teurs, II fonda une bourse
an n elle de voyage, desti-
née à faciliter à un jeune
ouvrier les moyens d'aller
à Két ranger étudier les
langues et les procédés de
fabrication. Enfin, admi-
rable couronnement de
cette carrière entièrement
consacrée au bien, il fit,
en igoo ? un don de cent
mille francs pottr partici-
per à la fondation d'une
maison de retraite pour
les vieux ouvriers ; de
tout temps, il s'était
préoccupé des conditions
parfois pénibles dans les-
quelles se trouve La vieil-
lesse laborieuse, et il
cherchait avec sollicitude
les moyens de lui venir
en aide,
Boucheron prit une
part brillante à l'Exposi-
tion de igoo, à la suite de
laquelle il fut promu au
grade de commandeur de la Légion d'honneur. Cette haute
GRAND PENDANT JOAILLERIE ET I* URL ES
(Maison Boucheron. — Exposition de i<joo.}
LA TROISIÈME RK PUBLIQUE
distinction, si rarement accordée a Lin commerçant, reçut
f > t >
l'approbation unanime de la corporation ; elle était la
récompense de toute une vie de travail et de loyauté,
dont le grand objectif avait été l'incessante recherche du
PEIGNE EN OR CISELÉ, ÉMAUX ET BRILLANTS.
(Maison lioudieron. — Exposition du njoo.)\
beau dans le bijou français, pour l'extension de son prestige.
Le rapporteur. M. Paul Sou fil oL s'exprime ainsi à son
sujet : « \L Boucheron est l'un des v étérans de notre indus-
trie, et alors qu'il était permis de supposer qu'il avait donne
son maximum de production, il a exposé une remarquable
série de bijoux et d'objets d'art. La variété en est telle que
432 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
l'on peut dire de M. Boucheron qu'il semble avoir voulu
donner une preuve nouvelle de ce qui peut cire réalisé,
lorsqu'on a pour objectif le maintien de la suprématie
dîme industrie aux progrés de laquelle on n'a cessé de
participer.
» Sa vitrine charme les yeux, justement en raison de cette
variété dont nous venons de parler: nous y trouvons des
joyaux de la plus grande richesse, des pierres d'une valeur
exceptionnelle, tant en raison de leur qualité que de leur
importance; des bijoux plus modestes, mais d'un travail
I N S li C T li A. Al I- Kh D'ÉMAIL T R A N S L U G 1 b E .
(Maison Boucheron,)
achevé, pour l'exécution desquels la gravure, la ciselure,
1 émail, ont été mis à contribution, et tous d'une exécution
si soignée qu'il semble que Ton ait atteint les limites de la
perfection.
» Parmi les objets exposes par la maison Boucheron, en
dehors de ceux en or et en argent, il en est en acier, en
ivoire, en marbre, en bols, en diamant même ; tous ont subi
sa volonté; ils ont dû se prêter à ses exigences, ù ses fantai-
sies même, et le résultat de cette soumission, due aussi a
d artistiques collaborations, a été de réunir une série d'objets
d'art uniques en leur genre et taisant le plus grand honneur
à la téte qui a dirigé comme aux mains qui ont exécuté... »
De tout temps, Boucheron avait m s'entourer d'une
4 3 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX 0 SIÈCLE
pléïade d'artistes et de praticiens émérites; indépendant
ment de ceux que nous avons cités ea et là, au cours de ce
travail, nous nommerons ceux qui axaient exécuté tant de
belles choses.
Ce fut pour les ivoires, en [900, Alexandre Garon ,
qui exécuta de charmantes compositions, auxquelles l'or
et â laquelle une négresse présente un peignoir; une drui-
desse, une esclave, etc.
Ce fut Edmond Becker, dont l'élégant ciseau sculpta,
dans des bois aux essences variées, de ravissants bibelots :
manches d'ombrelles, cachets, coupe-papier, boites diverses,
encriers, délicieux objets aussi agréables à la vue qu'au tou-
cher ; manifestation toute nous elle comme interprétation et
fort intéressante, montrant que pour faire une oeuvre d'art
ou même un bijou, il n'est pas absolument indispensable
La lèle de lion csl !>culpiée da:is une é m cran de, par ]>urdv,
(MûSsoii Moucheron. — Exposition Je itjju.)
BOUCLE D li C lit N T U R l£ •
et Témail donnaient
u n c o m p 1 é m e n t
d'harmonie : des lor-
gnettes, des bonbon-
nières, des boîtes d'al-
lumettes, en ivoire
finement travaillé et
incrusté d'émaux et
de pierreries. On se
souvient d'un Kros en
embuscade, ayant
quitté pour un instant
ses Mèches et son arc,
pour faire scintiller
un miroir à alouettes
endiamanté et attirer
denouvelles victimes;
un autre groupe, fort
gracieux, représentait
u 11 e j e une et joli c
aimée sortant du bain
LA TROISIEME RE P U BLlo i; E
435
d'employer une matière précieuse. On en avait d'ailleurs
lait jadis, au x\Y siè-
cle, dans un style
bien différent, et l'on
peut voir, à Nurem-
berg et au Louvre
dans la collection
Sauvageot, des spé-
cimens merveilleux
de bijoux de ce
yenre, sculptés dans
du buis; ils sont in-
spirés des œuvres
des grands maîtres
d'alors, tels qu'Al-
bert Durer. Alde-
$tm§i Etienne De-
laune, etc.
Mais nous nous
sommes laissé entraî-
ner; il est juste et
logique de retourner
en arrière pour re-
trouver quelques-
uns des plus anciens
coJ laborateurs de
Boucheron, Parmi
ceux auxquels on
doit le plus s'intéres-
ser, il faut placer en
première li^ne les
dessinateurs, qui ont
créé toutes ces belles
«uuvres et ont su les
mettre au point, et
aussi les chefs d atelier qui en ont assuré la pari ai te exécution.
C II AT y. L A 1 N Iv fi t I- t 1 E H li K »
par H, t3fe€k«r< Ciselure d*. \[. KiJmrd.
LA BtJOUTKRIE 1 " U A N Ç A I S E AU %ÎX« £TÈÇLE
Parmi les dessinateurs de Boucheron, Jules Début ( 1 838-
19001 lut un des plus remarquables. Apprenti pendant trois
ans chez Hippolvie 1 éteri;er. puis commis chez son oncle
Louis Rouzé, joaillier, boulevard des Italiens, il avait les
connaissances professionnelles suffisantes pour réussir: mais
il possédait au plus haut point la passion du dessin, qu'il
apprit loin jeune et sans maître. (Juidé par son instinct
naturel, il se perfectionna sans cesse, produisant des œuvres
dune composition originale et
d'un goût charmant : son crayon
alerte traçait chaque jour des mo-
tifs nouveaux.
Entré en 1 858 chez Boucheron,
Jules Début y resta [Mus de vingt
dos (sauf Tannée j 863 passée chez
Daux). Pendant ces longuesan nées,
Boucheron sut apprécier ses qua-
lités et lui confia le soin d'organi-
ser son atelier en 1-866. Plusieurs
des [Mus jolies pièces exposées par
Boucheron en 1867 étaient dessi-
nées par Début, qui obtint une
médaille de coopérateurà la suite
de cette exposition et contribua
également aux Expositions de
Vienne et de Philadelphie. Désirant Panacher à sa maison,
il lui donna non seulement des appointements fabuleux, mais
encore une part d intérêt sur les affaires. Lors de l'Exposition
de 1878, Boucheron, qui était grand admirateur de son talent,
le présenta en léle de la liste de ses collaborateurs, demanda
pour lui La croix de la Lésion d'honneur \ disant de lui.
dans la notice qu'il remit aux membres du Jury : « Bijoutier,
dessinateur chez moi depuis quinze ans. Il est depuis long-
temps intéressé dans ma maison ; il y jui^ne 28.000 francs
î. Ce fut Honoré qui l'obtînt, comme étant plus âgé que Début qui, ffàïî
leurs, s'était effacé devant lui.
lli'lTi: I) A I. L I.: M K 3 'M: S
EN lidIS S CU LPT K HT OH
par K. BecJkèr»
(Maison Boucheron. - Ivxp du uiooj
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
43;
par an. Il doit cette posi-
tion importante essen-
tiellement à son goût, à
ses idées nouvelles, à son
dessin ; c'est un cher-
cheur : il est bijoutier
dans l'âme, il ne pense
qu'aux bijoux et aux
pièces d'art. Son genre
de talent et son goût sont
des dons naturels; il sait
se livret résolument a
la fantaisie sans craindre
lorigi nalitc\ et son savoir
l'a toujours mis a l'abri
de créations hasardées,
soit au point de vue du
goût, soit à celui de la
vente.
» Pour motiver la
haute récompense que
j'ai l'honneur de sollici-
ter de vous, il me faut
le sentiment pmt< >n J que
Jules Début est pour une
très grande part dans le
progrès que la bijouterie
a fait depuis vingt ans.
11 est l'auteur d'une
quantité de beaux bijoux
qui resteront Sans
vouloir énumérer les
modèles qu'il a faits
chez moi, je puis cepen-
dant dire qu'une grande
partie de ses idées s'est
4 38 LA BIjÔUTERÎE FRANÇAISE AU X!X« SÎÙCLE
répandue, a été et est exploitée actuellement, telle, par
exemple, que For repercé, lor rouge plat poli, certains
t y p e s d e c h â t e 1 a i n e s
d'un genre spécial,
en dehors de lout
ce qui s'est fait jus-
qu'à présent.
» Nous nous
complétons, Jules
Dehut et moi , l un
par l'autre ; c'est
mon bras droit dans
toutes les créations
de la maison.,. »
La presque tota-
lité des pièces qui
figuraient dan> la
vitrine de Bouche-
ron en 1878 étaient
de Jules Début :
bijoux, parures,
pièces de style, ob-
jets d'art, o rte vie-
lle, qu'il traitait
avec un é^al talent.
Malgré la situa-
tion enviable que
Boucheron lui avait
faite chez lui. Début
le quitta à la fin de
1879, pour s'établir
avec Cou Ion, éga-
lement commis de
I moucheron. Mais
leurs caractères s'accordaient mal et, en 1890, Début ouvrit,
rue de la Paix, n° i, un magasin de joaillerie alors très
feftOCHH AVEC D ' A M A S T BLEU DE 22 CARATS t/fi
ET DEUX J'OJRES «RI LIANTS BLANCS DE b<J CARATS I 2
VALANT g3G.QOO FRANCS,
(Maison Boucheron. - Exposition de 1900,)
440 I . A BÏJOHTERIE FRANÇAISE AU XIX* SJÈCLË
1> fi N I) A N T DE COU,
r.RENAT CABOCHON
KT JOAILLERIE.
(Marson Marrei frères.)
remarqué, grâce à sa décoration exté-
rieure toute en fer forge. Mais, plus
artiste que commerçant. Début ne
réussit pas et. ayant du vendre son
fonds, il entra en 189 3 chez Kro-
ment-Meurice, où il resta jusqu'à sa
mort (janvier iqoo).
Il fut remplacé comme dessinateur
chez Boucheron par Paul Legrand
qui, précédemment, avait fait déjà
un séjour assez long dans la maison.
Paul Legrand, né en 1840. émit
un fanatique du métier. Son père,
Joseph Legrand (181 0- 1 S74K graveur-
ciseleur et dessinateur de talent, tra-
vaillait sous Louis-Philippe pour les
principales maisons de Paris et, entre
autres,
pour un
fabricant de bijoux ciselés, Pape-
gay ? qui demeurait sur le même
palier que lui et dont il épousa la
fille, Paul Legrand vécut, dès sa
plus tendre enfance, dans un
milieu essentiellement profession-
nel (son oncle, Auguste Legrand,
sculpteur-dessinateur, travaillait
pour l'armurier Lepage) ; il fré-
quentait assidûment Roycr, ce
bijoutier original, propriétaire de
l'ancien théâtre Séraphin, et qui
promenait ses marionnettes dans
les foires: tous les amis de ses
parents étaient bijoutiers. La belle-
sœur de Papegav avait épousé
« le nègre » du boulevard Saînt-
II i ; U A I L I- 0 N
0 N V \ K T B r< l I, L A X T S
(Milieu n Marrel fffcres.)
-A
LLTKR fcl VrOLKTTBS EN A M É T II V S T E S K T J < ' A I L L E R I E ,
M Ù NT K si; r tiC i:s I M- X I Itl.ES.
Omipo*Uioïi de .1. |KlnU 1 Réduit aux deux luis)
44^ I-A BIJjQUTERTE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE
Denis, comme 6ïi appelait couramment alors M. Dutroy,
d'ailleurs parfaitement hlanc. à qui appai tenait la maison
où I on peu i voir encore aujourd'hui la fameuse enseigne j le
petit Paul racontait que son père avait encore vu dans celte
maison des pierres précieuses provenant vraisemblablement
des pillages commis par les Cosaques lors de rinvasion
Je i N j 5 et dont ceux-ci ax aient imposé Tachai par leurs
exécutés pur Menu, pour Jîouclièrrtn uie 1*70 a rtfSo)*
menaces; il se rappelait surtout une superbe émeraude qui
fut vendue plus lard pour orner, paraîl-iL la tiare du Pape.
I n ami des Legrand, M. Calmus. alors emplové chez
Lapar, 2 ? rue de la Paix, s'întéressâil au jeune Paul qu"il
avait vu naître, et le lii entrer comme apprenti . en ]H??. chez
MM. Marret et Jarry, qui le gardèrent pendant trois ans.
c'est-a-dire jusqu'à la dissolution de leur Société en 1 858-
Calmus, qui venait d'acheter la maison L&ff8&& 86. paierie
de Beaujolais, le prit alors dans >on nouvel établissement
c < 1 m m e c o m m i s-d e s s i n a t e u i\
A cette époque, et depuis longtemps d'ailleurs, lesécrins,
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
recouverts invariablement d'un cuir noir ordinaire, avaient
des formes tout à tait dépourv ues d élégance. Ceux des
parures notamment i broches superposées sous le bracelet
RROr.UKS EN OR CTSKLÉ.
Sujet-, lires des Fah'es Je La Fontaine du Gustave lïnré- (Miiîso» Mi-mi.j
avec pendants d'oreilles assortis), ressemblaient véritahle-
ment à des bottines; lorsqu'on les ouvrait, il semblait qu'un
crocodile ou qu'un monstre étrange eût ouvert la gueule.
Le jeune Paul se trouvait un jour chez une cliente de Calniûs
et là, pendant qu'il attendait, il déballa d'un grand sac de
H4 '-A IMJOUTKlilK FRANÇAISE A V XIX* SIÈCLE
lustrine noire une série de longs écrins qu'il posa sur la
table. Trompée par les apparences, et sans en demander
davantage, la bonne, qui était novice, alla prévenir sa maî-
tresse que le « cordonnier » était au salon. Intriguée et
peu satisfaite, elle vint et trouva le bijoutier qu'elle con-
naissait d'ailleurs fort bien; le quiproquo finît dans un éclat
de rire.
Le jeune homme avait un goût très vif pour le dessin et
K M N (i I . i: s i> i : G fi A P E A U tN < > R < : i s f: l . il .
(Maison Menu.)
le modelage, et voulait absolument être artiste décorateur:
il suivait les cours du fameux Julienne qui. nous Pavons
vu, compta tant de bijoutiers parmi se> élèves. M* Charles
Robin 1 de fabricant de bijoux avec camées, de la rue
]. Il n'était pas de la famille de Paul Robin; on l'appelait aussi Robin-
G ueu d et. Il s'est confiné dans la monture des bijoux avec camées à deux ou
irois couches, qu'il encadrait soît d'un simple jonc en or poii, soit d'un entou-
rage de demi-perles ou de roses et brillants. Son fils Alfred Robin, dit Robin-
Chabannais, en raison de la rue où il demeurait, faisait de jolies demi-parures
fantaisie. Apres la guerre de 1870, il eut un certain succès avec des bijoux en
onyx rehaussé de quelques brillants : bracelets, croix, médaillons, pendants
d'oreilles, etc.
f-MaUoD Menu.?
LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X1X« SIÈCLE
Grqix^des- Petits-Champs, que Ton désignait couramment
dans la a parti £ » sous le nom de Robin-Camée, pour le
distinguer de ses homonymes), était persuadé qu'avec dé si
grandes dispositions le jeune Legrand devait arriver a une
belle situation; il insista pour le faire entrer dans une
maison plus importante, chez Daux, d'où il passa en ï 863
chez Boucheron, pour prendre la place de Début, qui
venait d'être vacante. Il dessina différents objets qui figu-
rèrent à l'Exposition de 18^7 : un important service à thé
pour la durée de Y I Exposition de 1867, Mais comme rien.
parail-iL n'est plus durable que le provisoire, ce ne lut
qu'en 1871 que Paul Legrand quitta cette maison pour
revenir, définitivement cette fois, chez Boucheron, jus-
qu'en i8():>. époque à laquelle il put prendre enfin un repos
bien mérité.
Il serait impossible de rappeler, tant elles sont nom-
breuses. Les œuvres de joaillerie, d'orfèvrerie, de bijouterie,
dues à Timagination féconde de Paul Legrand. Nous en
signalerons quelques-unes seulement. Parmi les pièces
d'art, la veilleuse japonaise avec émaux transparents, d une
composition vraiment heureuse et nouvelle, figurant un
K imm; l B S DE CRAVATI:,
émail lé, genre étrusque,
un collier Renaissance
avec mascarons émaillés,
etc. Mais, en 1867, Bou-
cheron ayant repris De-
but, Paul Legrand ne
voulut pas rester. Après
un court passage dans
plusieurs maisons, entre
autres chez Baugrànd,
d'où le mauvais vouloir
du personnel le lit partir,
il entra chez Lroment-
Meurice, où il ne devait
tout d'abord rester que
LA TROISIÈME KÉPUBLIQU K
-147
groupe de femmes et d éniants attentifs a une représentation
d'un guignol nippon (Imposition de 1878^ Le grand vase au
dragon démail (Kxposition de }8Bg) \ l'enfant japonais
peignant sur un écran; des coHrets. des services d'orfèvrerie
persans, égyptiens^ japonais, néo-grecs, etc., d'une extrême
If II 0 C 1 1 U S li IS N A l S S A N C M L M U te £t $ I; L A \ h Ç LUIS N » B U I I -h .
(Maison .Menu.)
variété; d'innombrables bijoux et joyaux, des diadèmes,
des guirlandes, des parures en tous genres, en or, en
pierreries, somptueuses ou diserètes; bijoux facetés, bijoux
repercés sur cuir ou étoiles, bracelets et colliers de joaillerie
sur velours, châtelaines, porte-monnaies, porte-cigarettes 1
etc.; il employa avec beaucoup de goût les émaux transpa-
rents et avait souvent des idées ingénieuses : c'est lui qiitî
.H* LA UlJOtJTERiE FIiAM:AISK Al: \î\c â!Eç:tVtv
inventa les colliers de joaillerie sans fêfitioirs à ressort,
dénommés points d^interro^alion, que Boucheron utilisa si
souvent avec des Heurs, des feuillages ou des plumes de pai>ti
en joaillerie; il eut aussi l'idée de séparer les perles d'un
collier par des rondelles de diamant. Enfin, et d une
manière générale, ce lut un artiste de talent et un produc-
teur incomparable.
Nous ne citerons que pour mémoire Gabriel Joly, dessi-
nateur ardent et fécond, qui quitta Boucheron en 1887, et
É I» 1 N G L t S A C II A l> K A U X E S JÙ A I L t fe R I S ■
• K.Jui: d'un quart,) [Maisof] Durb^c]
nous arri vous ma i ntenant ù ceux, plus récents, qui. en dehors
des artistes n'appartenant pas spécialement à la maison Bou-
cheron, ont fourni les principaux dessins des objets fabri-
qués dans l'atelier.
Nous avons déjà parlé de Basset* qui composa de très
jolis motifs de joaillerie 1 ; Auguste Biignîot (né en 1873),
entré chez Boucheron en 1890, s'appliqua à chercher des
formes nouvelles et originales pour les grandes parures de
joaillerie. On lui doit, ainsi qifà Lucien Hirtz (1864}, les
pièces les plus importantes de iqoo. qui furent très appré-
ï« H quitta Boucheron pour s'établir avec M: Mo: eau.
I
2 9
4Sci LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SïÈCLE
ciées 1 . Les préférences de Lucien Hirtx, entré en i8g3,
furent d'abord pour la recherche de bijoux de toutes sortes :
coiffures^ peignes, colliers, broches et bracelets en or, émail
et pierreries. Il composa aussi de nombreuses pièces d'or-
fèvrerie et objets d'art : vases, gobelets, pendules, etc. Hirt/
est un artiste de valeur et un émailleur de yrand talent.
Ancien collaborateur de Lucien Falizc, il ne se contente pas
de créer sur le papier des modèles d'une extrême variété et
ÉPINGLES DE COll-TURE
par Déplantes.
d un goût parfait, il exécute dans une gamme toute person-
nelle des émaux remarquables, dont il expose chaque année
de tort beaux spécimens au Salon de la Société Nationale
des Beaux-Arts, Le musée du Luxembourg le musée de
Limoges, le musée des Arts décoratifs possèdent de ses
œuvres.
Mais la composition n'est pas tout dan> un bijou ou un
joyau; l'exécution tient une place importante et une part de
i. M, Bugniot, tout en créant des dessins de joaillerie, s'occupe d'impres-
sions artistiques et d'applications décoratives nouvelles pour les cuirs, velours,
étoffes, etc.; c'est un travailleur et un chercheur infatigable.
LA TROIS! b!Mt; RÉPUBLIQUE
-Pi
mérite doit revenir légitimement aux chefs d'atelier qui
dirigent la fabrication, conseillent les ouvriers, mènent à
bien jusqu'à leur complet achèvement tant de pièces déli-
cates, souvent difficiles, et sont ainsi des collaborateurs
précieux. Boucheron en eut deux, surtout, dont les noms
doivent être retenus. Le premier, Octave Lœulliart, fut chef
d'atelier de i S 6 5 à 1875. C'était un joaillier parfait et un
b_ROCl) E S E H OR.
{M akoii fjurbec.)
modeste. Il excellait dans les fleurs, qu'il prenait sur le vif
d'après nature, et dont il étudiait avec amour et conscience
les formes, les attitudes, les feuillages, pour les traduire
ensuite dans le métal avec beaucoup d'habileté. Peut-être
la reproduction de ces plantes et fleurs était-elle un peu trop
textuelle, mais toutes, fougères, chardons, graminées, étaient
exécutées avec une légèreté de main extraordinaire, Chalvet.
qui était un des meilleurs ouvriers de Boucheron depuis
1867, devint son chef d'atelier en 1S78. Il ne quitta la cheville
qu'en 1907. Sachant rechercher les mains les plus habiles.
4 52 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
FM) UC L ES
D'O U li I I. L K
n R [MH.I u l: V l. U C h
par Ku\I.
[Maison Bouc h en m.)
il conduisait à bien les pièces les plus dif~
licilcs et montrait beaucoup d'ingéniosité
pour combiner et agencer les parties d'un
même bijou pouvant s'employer dans des
applications différentes. I Excellent bijou-
tier, il maniait la pince comme personne.
Il exécuta un grand nombre de bijoux
traités de main de maître, des pièces artis-
tiques et. en particulier, pour l'Imposition
de 1878, d'après un dessin de Début, le
bougeoir en ferronnerie d'or poli, qui v
fut remarqué comme travail de bijouterie
parlait.
Quant aux ouvriers qui, successive-
ment, firent partie de l'atelier Boucheron,
il nous est bien difficile de tes citer tous.
Un certain nombre d'entre eux s'établirent et devinrent des
collaborateurs indépendants dont les
noms se retrouveront sous notre plume
au cours de ce travail.
Kuyl était ouvrier chez Jules Chaise
lorsque Boucheron y lit son appren-
tissage : c'est là qu'ils se connurent.
Devenu patron , Boucheron ? nous
l'avons dit. n'oublia pas ses anciens
compagnons d'atelier, il se souvint de
Kuyb dont il estimait tout particuliè-
rement le travail et le caractère, et qui
s était établi rue de TArbre-Sec. C'était
un très bon fabricant, consciencieux et
exact, de relations agréables; il réus-
sissait particulièrement bien le bijou
très simple, tout en or rouge repercé
et poli, et savait varier ses modèles,
toujours de bonne vente. Il exécuta
dans ce genre spécial de jolies chùte-
1 1 K N II A N T Û B COU
Q'B lî l\ V K H C K P O L I
par K 113 l .
(Maison Boucheron,
H 0 r> E s [> e i ^ y 1 1,
Médaillons, bracekts, bouton* d'oreilles.
<P4
LA BIJOUTKRIE FRANÇAISE AU XIX" SIECLE
laines, des bracelets, des boutons de man-
chettes, etc. Yacherot et Lotisse!, ainsi que
Menu, firent aussi lui grand nombre de ces
bijoux reperces en or rouge poli, de fabri-
cation très soignée.
Alfred Menu, ne en 1828, entra comme
apprenti chez Louis Renoist en 1840. Après
être resté dix ans dans cet atelier, il passa
huit ans chez M arrêt et Jarry ; puis, en 1862,
îl fonda rue du Chaume une maison réputée
pour son beau travail* Excellent praticien
lui-même, Menu recevait des commandes
de Marret, Calmus, Rau-
cheron,Daux et d'autres
maisons importantes.
Roucheron l'employait
constamment : il lui fit
faire vers 1870, d'après
les dessins de Paul Le-
grand, ces bijoux en or
rouge poli à facettes lapi-
dées, broches, pendants
d'oreilles, châtelaines
souples et mobiles, qui étaient des pièces
remarquables comme fini et dont le
succès de vente fut énorme; aussi s'em-
pressa-t-on de les copier, mais ces imi-
tations, obtenues par l'estampage,
n avaient plus ni intérêt ni caractère.
Menu a beaucoup produit; son exé-
cution très soignée a toujours fait recher-
cher les pièces de sa fabrication : il
excellait dans le bijou tout or, qu'il a
1 3 l < U ,". I I [.Al N K
traité de toutes façons et dans tous les 0* P 0 M A FACETTES
styles : étrusque, Renaissance, Louis XV, i >Eir Men ^
T ■ vTrr f -i [Maison UouiIktot],
Louis XVI, etc., en reperce, en ciselure, de ^ ?ûkMQt)
BOUCLA D'ORKILLB
OR ROUtiE POLI
A -MAILLONS SOUPLES
par Menu
fde 1S70 à t£#01;
COLLIERS EN JOAILLERIE [ V V. H S I 8 8 0 )
456 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
qu'il s'agît de bonbonnières, de broches^ de pendants de cou,
de bracelets- de peignes et même d'objets d'art importants.
Lors de l'Exposition de 1889, il travailla pour Boucheron à
la veilleuse japonaise et aussi au vase avec dragon, pièce
sur laquelle on avait volontairement accumulé les difficultés
d'exécution afin d'avoir le mérite de les vaincre; virtuosité
bien inutile à notre avis, car un objet d'art n'est pas un pro-
blème à résoudre; seul, le résultat obtenu est intéressant, et
non les moyens plus ou moins compli-
qués mis en œuvre pour y parvenir.
Menu sut diriger ce travail considé-
rable et donner satisfaction ù ses nom-
breux collaborateurs ciseleurs, émail-
leurs, etc., en conciliant leurs exigences
parfois contradictoires. Pour donner
une idée du soin avec lequel fui élaboré
ce vase, nous signalerons que Paul
Legrand, qui était l'auteur du projet,
fit sept ou huit maquettes successives.
\a\ dernière fut fondue en cuivre ci.
précaution peut-être supertlue, on y
peignit très exactement toutes les colo-
rations, toutes les nuances, tous les
détails que les émailleurs devaient
obtenir. Cette œuvre, dont Menu père fit la bijouterie, fut
ciselée par Honoré et émaillée par Tard et Houillon.
Michel Menu, fils du précédent, né en iS5j, a fait son
apprentissage dans l'atelier paternel ; entré aux affaires
à l'âge de dix-huit ans, il s'associa plus tard avec son père
sous la raison sociale Menu et fils. Bijoutier remarquable
pour sa bonne fabrication, il a exécuté un grand nombre des
pièces qui figurèrent en iqoo dans la vitrine de Boucheron;
il a monté, entre autres, la jolie pendule en bois sculptée
par Becker.
Il faut aussi signaler, parmi les artisans les plus particu-
lièrement habiles de cette époque. Théophile Picot qui,
MKDAtLLON
EN PLATINE R E P E II Ç k.
SUR ÉMAIL, BLEU
par Tîssot;
V A S K K N A C ï E R INCRUSTÉ d'or
par Tissol. (Maison Boudu-ron,}
4 5S LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XtX* SIÈCLE
apprenti d'Edouard Meyer en i852, le quitta en 1860 pour
entrer chez Bàticheron et Gui 1 lai n, fabricants très justement
réputés. En 1862, il s'établit avec Combler; les nouveaux
associés eurent dès le début pour principal client Boucheron,
qui leur faisait exécuter, d'après les dessins de Paul Legrand
ou d'autres, les objets d'une lin esse extrême, exigeant une
grande habileté de main. Ces petites merv eilles de précision
et de fini étaient traitées avec goût et talent : c'étaient des
épingles de cravate, des casques de tous styles, des insectes
aux détails microscopiques, et surtout des accessoires de
l'ouvrier et des employés également attentifs. Mais toujours
avant de partir, le maître, après avoir froissé ses dessins,
les mettait dans sa poche au grand désappointement des
assistants. Picot n'avait pas seulement une très grande
habileté manuelle, il était aussi un ouvrier ingénieux. Lin
chercheur patient, un mécanicien adroit: ce qui lui per-
mettait de réussir admirablement les bijoux à secret, à
compartiments et fermetures invisibles.
Dans un autre genre, citons aussi Tissot (1815-1887)
qui, graveur habile, faisait des incrustations rasées d'or sur
acier, d'une finesse et d'une sûreté de main remarquables.
Les armuriers s'adressaient à lui pour les armes de grand
luxe, mais ses principaux clients étaient les bijoutiers.
BRACELET EN ACIER INCRUSTÉ D'OR
harnachement en
platine : é tri ers,
mors, très appréciés
par le peintre Meis-
sonier, dont les
explications minu-
tieuses étaient ap-
puyées par des cro-
quis enlevés avec
une verve incroya-
ble dans le magasin
même de Bouche-
ron, en présence de
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
Ancien combattant de 1848, il vît en 1870 un grand nombre
de ses amis politiques arriver au pouvoir, et il eût pu alors,
comme beaucoup d'autres, obtenir quelque situation profi-
table si. artiste modeste et convaincu, il n'eut préféré rester
volontairement à l'écart pour se consacrer tout entier au
travail qu'il aimait. C'est surtout entre r865 et 1880 qu'il
exécuta, principalement pour la maison Boucheron, un
grand nombre d'objets en acier incrusté d"oi\ avec motifs
Y
C L O W N S E N ACICR C I S E I. K
y.iv L. Rauhi Maison Boucheron à \A la dimension des originaux,)
Renaissance ou sujets de chasse : châtelaines, bracelets,
bonbonnières, liseuses, cadres, coffrets, boutons de man-
chettes, etc. Le vase dont nous donnons la reproduction est
peut-être son chef-d'œuvre; l'exécution en est irréprochable,
le travail délicat : l'ornementation, gravée d'abord assez
profondément dans l'acier, est ensuite recouverte d'or fin,
refoulé au marteau dans les creux, puis repris par de la
gravure en taille-douce qui complète les détails de la com-
position.
Ce vase fut dessiné par Paul Legrand, qui en avait trouvé
la forme, d'ailleurs originale, dans un ancien tableau de
4 Go LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
KPI NG LE Ll E C R A V A T K
par L, lîauït.
{Maison Boucheront
Técole hollandaise, tandis que, pour
^ornementation, il s'était inspire de
Stephanus et de Michel Blondus. Ces
sortes de vases servaient, paraît-il, sous
Louis XIII, à mettre les plumes dont
les cavaliers ornaient leurs chapeaux.
Tissot est mort à Saint-Etienne 3 sa
ville natale, qui conserve dans son
musée quelques œuvres de l'aniMc
dont elle a. croyons-nous, donné le
nom à une de ses rues.
Un émule de Tissoi lut Boussard,
qui incrustait aussi sur acier, mais en
laissant en relief l'or qu'il reprenait en-
suite par la ciselure. Il décora ainsi de
très jolis poignards de style oriental. Malheureusement. Cet
artiste si bien doué, qui aurait pu
gagner beaucoup d'argent, ne tra-
vaillait que lorsqu'il lui en prenait
fantaisie et finit par mourir de mi-
sère : c'était un bphême,
Nous avons vu quelle place a
tenu le camée dans la bijouterie pen-
dant de longues années: Lechevrel.
élève de Saimson, Hue, Burdy. gra-
vaient les pierres dures avec un réel
talent. Les camées et les intailles de
Hue étaient exécutés avec une si
réelle maîtrise qu'on aurait pu le>
prendre pour des antiques. Quant à
Burdy, qui, du reste, était second
prix de Rome, il exécuta de petites
merveilles; il lit, entre autres, pour
Boucheron, après la guerre, un
camée ovale à deux êouches, mesu-
rant à peine deux centimètres et
a t< L 1-; Q u I S
K N ACIER C I S E L K
par !.. Kuult. r\|;uM r jn Moucheron.
LÀ TROIS I K M K R K PU B LI Q U E
461
demi de long, sur lequel il avait représenté la célèbre chargé
des cuirassiers de Reischolfen. Telle était la finesse du tra-
vail, qu'à l aide d une loupe on parvenait à lire le numéro
du régiment sur le tapis de selle d'un des chevaux.
Un des plus grands ciseleurs de notre époque, le plus
grand peut-être, bien qu'il ne soit connu que d'un public
BIJOUX l\ N OU CISK L 6
par L If au II.
restreint, fut Louis Rault (1847-1903). Cet artiste admirable,
lils d'un cordonnier de Saint-Oalais, avait reçu une édtica-
tion artistique â peu près nulle, niais il sut se former lui-
même. Arrivé à Paris à 1 âge de huit ans, il manifestait
Je> cette époque sa vocation et Min goût, pour les arts en
exécutant, à l aide d'un vieux tranchet et d'un tronçon
d alêne, outils de rebut de l'atelier paternel, une naïve
sculpture en hoi^ représentant une grappe de raisin et deux
feuilles de vigne. 1] avait quatorze ans lorsqu'il fut mis en
4 <>2 LA BIJOrTI£RIL FRANÇAISE AC XIX* S1KCI.E
apprentissage chez un graveur sans talent qui remployait a
nettoyer l'atelier et à faire des courses et ne lui enseignait
rien. Le jeune Kault, déçu dans son très vif désir d'apprendre,
fut bientôt découragé, au point d'abandonner sa profession.
11 suivit cependant des cours de dessin et de modelage chez
Lequien père, travaillant avec une ardeur extraordinaire.
Apres deux années d'études, reprenant le burin et le ciselct,
il entra en 1868 comme ciseleur dans l'atelier de Boucheron,
où il resta jusqu'en 1875. L'année suivante, il obtint une
mention honorable au concours
Crozatier, Ce premier succès rai 1er-
mit le cœur de l'artiste et lui redonna
confiance en lui-même. Kn 1877, il
remportait le prix Willemsens, en
1878 le prix Cro/atier. d'une valeur
de cinq cents francs, et une médaille
d'argent à l'Exposition de l'Union
centrale des Arts décoratifs. Enfin,
en 1884, une mention honorable au
Salon venait récompenser la persé-
vérance de ses efforts. La rapidité
de ses progrès fut telle qu'il se vil
bientôt hors de pair et considér é par
ses confrères 1 comme leur maître a
tous. A une exposition de ses œuvres, organisée en îBgS
par la Réunion des fabricants de bronzes, les principaux
ciseleurs vinrent longuement visiter les merveilles sorties
de ses mains, ne se lassant pas de les admirer et même de
lès étudie i\
C'est que ce maître charmant et délicat., non seulement
maniait l'outil comme personne, mais aussi composait lui-
même les motifs délicieux de ses œuvres : c'était un artiste
complet. Tantôt il caressait le métal avec amour , d'un
ciselet à la fois savoureux et savant, et faisait naître de
souples figures féminines dans l'or lin malléable comme si
1. Rauh travailla souvent pour Honoré, le maître ciseleur.
tiijUT oNS I> K M A X C IJ H T T tt S
« LKS QUATRE SAISONS»
par L. Kuult.
IMàTson Paul RpÎJÎfï.J
LA TROISIEME RÉPUBLIQUE
46 :î
c'eut été dans une cire vierge. Tantôt, au contraire, satta-
quant au dur acier, il sculptait à même, en plein bloc, avec
une sûreté de main extraordinaire, de petites figurines
hautes de quelques centimètres à peine et qui, malgré leurs
proportions minuscules, restent des merveilles de savoir et de
goût. Le clown que Boucheron avait dans sa vitrine en i8g3,
à l'exposition des Arts de la Femme, en est un spécimen,
LU. CLOWN A U C A N J C H li f A 0 I K R PRIS SUR JM È C li )
par L, Rauît. Maison Boucheron j (A la dimension de ] original.)
et combien d'œuvres équivalentes et exquises exécutées
depuis !
« Il a l'ait revivre le poinçon », nous a dit Brateau, et, de
tait, il a >v\ exécuter d'une façon personnelle et avec une
maîtrise incontestable le travail ingrat et difficile de la
gravure en matrices. C'est ainsi qu'après avoir mis d'abord
son talent au service de l'estampeur Louvet, il créa, de 1882
jusqu'à sa mort, pour la maison JaqueL un grand nombre
de modèles, des plus simples jusqu'aux plus compliqués,
parmi lesquels de remarquables séries d'animaux, des
ornements, des figures, un charmant coffret avec scènes de
chasse, des médailles, des sujets d'une grande variété. Après
4 <4 LÀ BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
avoir dcbmc par des journées de deux francs cinquante, il
gagna par la suite comme ouvrier jusqu'à trente francs
par jour, et même au-delà, ce qui ne s'était jamais vu.
Le Musée des Arts décoratifs possède, entre autres œuvres
de Rault, une branche d'éventail en or repoussé par lui : le
Musée du Luxembourg lui acheta, eti 1892, au Salon, une
coquille d Or dans laquelle une sirène lutine un crabe ; nous
en connaissons une autre analogue,
sculptée dans un lingot massif d'or
forgé, où Vénus, nonchalamment cou-
chée, joue avec un amour. Toutes
ces pièce* sont de véritables chefs-
ci œuvre. Plusieurs sont allées enri-
chir les belles collections de M. Cor-
royer, membre de l'Institut, qui les
prisait à l'égal de ses meilleures pièces
anciennes. M. Corroyer s'intéressait
d'ailleurs vivement à toutes les mani-
festations de l'art moderne ; architecte
éminent,il ne dédaignait pas de mettre
son talent et mhi expérience à la dis-
position des orfèvres oû des bijou-
tiers a qui il fournissait même parfois
des dessins, et dont il n'accepta de
construire l'Hôtel syndical, rue de la
Jussienne, qu'à titre gracieux. Il se plaisait aussi à encou-
rager, par ses achats et par ses commandes, un grand
nombre d'artistes contemporains peu connus et peu fortunés.
Bel exemple d'initiative à donner à tant d'amateurs qui ne
veulent rien connaître en dehors de l'« ancien ».
A la suite de F Imposition des Arts de la Femme, les
meilleurs ciseleurs de Paris, voulant rendre au talent de
Rault un hommage spontané, adressèrent une pétition au
ministre de l'Instruction publique pour lui faire décerner la
croix de la Légion d'honneur. Cette distinction lui lut
donnée Tannée suivante, après l*Ëxpô$itÎ0n de Chicago.
« [■- A N I A S I A »
paï L, EtaulL
Seu l pli dans l or fin [« s <i
MODES DE l8$2.
Bracelet, colliers, médaillons, boucles d'oreilles.
3o
466 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE
La maladie vint frapper l'artiste en plein succès, au
moment où il voyait arriver la célébrité, et peut-être aussi la
fortune. Il se retira à Marlotte et continua à travailler avec
la même ardeur et la même modestie, vivant dans son atelier,
au milieu de ses œuvres qu'il aimait et ne parvenait à vendre
que difficilement. C'est là qu'il mourut, dédaigneux de la célé-
brité tapageuse et de la réclame bruyante. qui aident quelque-
fois à la gloire, niais n'accompagnent pas toujours le talent.
imACKLBT M A N C II lv T T E , OK R E P G U S S E HT Cl SEL B
par J. Itrulciiu (Maison HoudKTort. - imposition d< i v t^.i
Un autre ciseleur de grand talent, ami intime de Raulu
mérite également une mention toute spéciale. C'est Jules
B râteau, né a Bourges en 1844, Son père voulait qu'il fût
boulanger, comme il Tétait lui-même, comme l'avaient été
ses parents, ses frères, ses oncles et tous les membres de sa
famille : mais le jeune homme, ayant pu voir de près com-
bien ce métier était pénible, manifesta le désir de suivre
une autre voie. Aussi, lorsqu'il eut 14 ans, ses parents, qui
s'étaient fixés à Paris, décidèrent-ils de lui faire apprendre
un état. Il entra chez. Honoré, le maître ciseleur, un peu au
LA TROISIEME RÉPUBLIQUE
467
hasard, « aussi bien, dit-il. qu'il lut entre chez un cordon-
nier ou chez un tailleur ».
Après ses trois années d'apprentissage. B râteau cisela
successivement dans différents ateliers réputés, entre autres
chez Diomède K qui travaillait beaucoup pour Odiot. 11
retourna ensuite chez Honoré, dont il devint l'ami et en
quelque sorte l'associe.
Brateaiu qui avait suivi avec succès les cours de Tlicole
BilACBLEÏ «ANCIIKTTIÎ, OR REPOUSSÉ ET CISELÉ
par J. lirateau. {Maison Boucheron. — Kxposilion de 1878.)
des Arts décoratifs et fréquenté l'atelier du sculpteur Na-
daud, second prix de Rome, exécuta en 1 86g le buste en
bronze, très ressemblant, de son patron Honoré Bourdonclc.
Établi en 1874, il ne tarda pas à voir affluer chez lui les
commandes que lui confiaient les principales maisons de
Paris. Son talent .souple et délicat a toujours été fort apprécié.
Artiste consciencieux et modeste, Jules Hrateau aime
passionnément son métier. Durant sa carrière déjà longue^
entièrement consacrée à l'art, il a exécuté d'innombrables
[, Cet excellent ciseleur se nommait Dîomède Guillemim
468 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
bijoux et objets artistiques, non seulement d'après des
dessins qui lui ont été fournis, mais ordinairement d'après
ses propres compositions. Bien qu'il se soit inspiré souvent
des maîtres de la Renaissance, il a su cependant conserver
une grande liberté d'interprétation et produire des œuvres
personnelles et d'une distinction parfaite, qui Font fait
1' |,AT DATAIS, AVEC DKCOR DE NOISETTES
par .lules Bnitcau,
rechercher comme un collaborateur précieux. Aujourd'hui
encore, il continue, avec une ferveur recueillie, à créer des
pièces charmantes qu'il caresse d'un ciselet savant et adroit.
Bien que l'orfèvrerie ne soit pas du domaine de cette
étude, rappelons cependant que Brateau fut le rénovateur
de l'orfèvrerie d'étain. Cest vers 1878 ou 1879 qu'il tenta de
reprendre la tradition de François Briot, dont il admirait
depuis longtemps les œuvres et étudiait patiemment les
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
460
ÉVENTAIL
EN OR RE POUSSÉ
par Jules Brateau.
(Maison Yever. 1889.)
Haut,, b*3o.
procédés. Sa première pièce
d'étain fut une assiette Re-
naissance, d'après une gra-
vure de Théodore de Bry,
qui tut exposée a l'occasion
d'un concours organisé par
TUnion centrale des Arts
décoratifs, en iS8i ou 1882.
Dès lors, perfectionnant sans
cesse sa fabrication, il parvint
à une maîtrise absolue- Son
succès à l'Exposition de 1889
fut considérable et très légi-
time; une foule d'objets char-
mants, aiguières, gobelets,
plateaux, salières, etc., sor-
tirent de ses mains et conqui-
rent immédiatement les
suffrages des artistes et des
amateurs.
Brateau, chevalier de la
Légion d'honneur en 1894, à
la suite de l'Exposition de
Chicago, fut membre du Jury
pour l'orfèvrerie en 1900.
Son poinçon de maître
représente un gibet, façon
plaisante de rappeler ses deux
initiales : J. B.
A côté de Rault et de
Brateau, artistes hors pair,
d'autres noms intéressants
seraient à ajouter à ceux qui
se rencontrent au cours de ce
travail; les principaux sont :
Mi chaut, Giraudon, Brard,
K VE NT A t ti
par Jules Brateau,
(MâTSOJO VlylT,
Haut., o' n 3o.
470 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
virtuoses du ciselet ; Deraisme; Claudius Marioton, sculpteur
de talent en même temps que ciseleur habile, puisqu'on ï 876
if était lauréat du concours Willemscns. et en 1879 du con-
cours Crozatier; il forma des élèves remarquables, tels que :
ÉTUI A CIGARETTES
par i 4 llratcau, (Maison Vcver. — Exposition de iâ8g,)
Dupré, ciseleur et médailleur, qui remporta le Prix de
Rome; Herlemont et KerleL Citons encore Jean (îarnicr;
Peureux; Cosson, collaborateur de Louis Wièse; Nodiot, qui
excellait dans le repoussé sur acier et les bracelets à sujets
de chasse Renaissance: Lantéron, Joe Deseomps, Vernier,
à qui fut décerné. Tan dernier, la médaille d'honneur du
Salon, et bien d'autres encore.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
Nous avons parlé à plusieurs reprises de O. Massin et de
la place prépondérante qu'il tint dans la joaillerie et nous y
revenons, puisque Tordre chronologique, que nous désirons
BRACELET EN JOAILLERIE SOUPLE
dans, îç çniH des broderies anglaises, par Mnssin (1878).
respecter autant que possible, nous oblige à scinder l'examen
de sa longue et brillante carrière. Apres avoir vu de quelle
façon magistrale et féconde il rénova l'art du joaillier sous
le Second Empire., ûotls le retrouvons, sous la troisième
République, toujours au travail, toujours soucieux de
HRACKLKT ARTICULÉ A PALMES, GENRE PERSAN
travail lili^runt-, y-w O. Massin (i*7 k ).
perfectionner son métier, ne cessant de créer des œuvres
bien personnelles pour lesquelles il n'avait d'autres collabo-
rateurs que ses ouvriers, et présentant a l'Exposition de
1S78 un ensemble de pièces remarquables, dont un certain
nombre sont reproduites par nos gravures. Rien qu'il eût
472 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
encore beaucoup travaillé pour plusieurs de ses confrères,
tant parisiens qu'étrangers, Massin avait réalisé de nouveaux
progrès, notamment dans la légèreté visible et matérielle des
CROISSANTS ET ARC, DlADÈMli EN JOAl LLER I li
par O. Massin.
montures Déjà, en 1SG7, il était arrivé à en abaisser le poids
bien au-dessous de celui des pierres employées, parvenant
parfois à une moyenne de trois milligrammes de métal par
pierre, en comptant toutes celles, petites ou grosses, qui
entraient dans la composition dîme pièce de joaillerie. Ce
BROCHE SERPENT ET PERLE GRISE DE I4J (» R 4 J N S
par O, Massin (1878), — Longueur, 0"m5.
tour de force fut réalisé, notamment dans un groupe de
deux plumes; il était vraiment imposable de faire mieux au
point de vue technique, aussi Massin consacra-t-il tous ses
474 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
efforts à la recherche de l'élégance des formes et de lorne-
m en talion.
K O S E TU K E N JOAILLERIE
par O. Mnssin (187Ô).
C'est à cette même Exposition de 1 8 78 que figurait une
très belle rose en rondc-hossc , entièrement pavée en dia-
mants. Certes, on avait bien essayé avant lui de faire des
roses en joaillerie, mais avec plus ou moins de succès :
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
47 ;
généralement, on voulait y mettre un trop grand nombre
de pétales, ce qui rendait l'objet lourd et confus. Massin, au
contraire, après avoir choisi comme point de départ une
rose thé, variété déjà simple en elle-même, l'observa, l'étudia
ires attentivement et imagina de supprimer les pétales qui
N *i: U D l> K DSNTËLLB S U & TULLE EN J O A 1 1* L K R 1 S
par O. Massin (fS/H).
restaient invisibles lorsqu'on regardait la rose dans un cer-
tain sens. Il parvint ainsi à produire une véritable mer-
veille, irréprochable d'exécution, d'un dessin net, facilement
lisible et d'une grande légèreté. Ce beau travail de joaillerie
employait i5o carats de brillants. Ce fut M m * Boucicaut qui
l'acheta pour la somme d'environ 3o.ooo francs; c'était, à
peu de chose près, le prix coûtant. Elle eut l'attention déli-
cate d'inviter Massin à la première soirée qu'elle donna au
47^ LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Bon Marché après son acquisition, afin que l'artiste pût
Fad mirer sur elle.
C'est également pour T Exposition de 1878 que Massin
tenta de faire participer directement la joaillerie à l'orne-
mentation du costume,
en exécutant des den-
telles souples avec
motifs en diamants ap-
pliqués sur un tulle
d'or ; elles revenaient de
10.000 à 20.000 francs
le mètre courant. Kn
raison peut-être de
l'exagération que cette
nouveauté apportait
dans le luxe du costume
féminin, elle n'eut pas
tout le succès qu'elle
méritait, bien que le
Shah de Perse, Nasser
ed Dine, eût voulu
en emporter, séance
tenante, lors de sa visite
au Salon de la Bijou-
terie. Massin refusa
cette proposition, afin
de pouvoir soumettre
au Jury sa nouvelle et
heureuse tentative.
Indépendamment de ces dentelles souples et de belles
pièces de joaillerie, fleurs, serpents, bouquets, etc.. d'un pur
dessin et d'une main-d'œuvre parfaite, dont quelques-unes
avaient été exécutées par lui personnellement, il avait pré-
senté, dans sa vitrine, nombre de pièces dont les motifs
étaient cernés ou bordés de filigrane. C'est dans cet ordre
d'idées que Ton vit toute une corbeille de fleurs, un narcisse
FXEUB DE NARCISSE, JOAILLERIE FILIGRANES
par O. Massin (18781.
H Q DBS t> E I 8 S 4 .
47* LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
fort élevant, la branche de chêne que nous reproduisons,
ainsi qu'une riche ceinture indienne, tout en or liligrané,
qui employa 822 carats de diamants. La dirïîculté d'une
pièce aussi considérable était très grande; elle se trouva
augmentée, en ce qui concerne la composition, par ce fait
FEUILLUS DK CMÙNi: KT GLANDS PBRLliS
A i' l 1 L I C A T L Q N DU l j " M. I (i R A \ E A L A «ONTUB K D U l> t AMANT
pur O. Massin {i s 7 s ;. — Longueur, u ,n i.\
qu'on apporta à Massin une sébille pleine de ^ro> brillants,
la plupart taillés en poires, en lui disant : « Voici des
pierres, arrangez-vous pour les employer toutes, sans en
laisser ni en ajouter une seule et faites-en une belle pièce
de joaillerie a destination de 1 Inde. » Cette ceinture de rajah
fut entièrement faite par le même ouvrier, qui avait été
auparavant ouvrier orfèvre et dont Massin avait fait un par-
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
479
fait joaillier'. Il avait mis sept ou huit mois pour mener à
bien ce travail et y avait apporté autant d'attention et de
BOUQUET DE PRIMEVÈRES
Joaillerie en préparation Travail en bhinc, par O. Masûn [tbjhi.
soin le dernier jour que le premier. Indépendamment d'un
Grand Prix, décerné en première ligne dans Tordre de
i. 11 se nommait Ostcrbcrg et obtint une médaille d'argent comme colla-
borateur.
4 Ko LA BIJOUTERIE FRANÇAISE A U XIXe SIÈCLE
mérite, Massin reçut, en 1878, la croix de la Légion d'hon-
neur.
Bien qu'il eût pris deux brevets d'invention pour les
dentelles en diamants et L'application du filigrane à la
monture des pierres, Massin ne s'en servit jamais contre les
imitateurs de ses ou-
vrages, s'estimant plus
heureux d'être copié que
d'en être réduit à copier
les autres. 11 donna
même toute liberté à ses
confrères de continuer
leurs efforts dans cette
nouvelle manifestation
de fart du joaillier.
En 188g, Massin n'ex-
posa pas personnelle-
ment, mais son talent
fut encore utilisé par
plusieurs de ses confrères
pour leurs expositions.
Un grand nombre de
pièces importantes,
branches fleuries ou pa-
rures dans le goût plus
classique, bien que ne
figurant pas officielle-
ment sous son nom,
montrèrent que, pendant trente ans, cet artiste infatigable
n'avait pas cessé de progresser. Il avait repris, en particu-
lier, son idée de f ornementation du costume et exécuté une
pièce de joaillerie de très grande dimension, inspirée d'une
passementerie ancienne, dont le dessin, très élégant, se
composait de grandes palmes souples, les unes serties en
brillants blancs, les autres en brillants bruns et jaunes. Cette
parure, destinée à être appliquée en bordure d'un corsage
bROCHK HIBOU
par O. Massin (1878).
( Perle noire de 1 1 ; grains.
DENTELLES ' ' ^ \
Q GUIPURES .BRODERIES ^ V
. EM BIAMÀKTS
CarnUai-e^Kobîs.Maatcaux Cour Coiffuxes t eïc- *
lrivejtrigtc Breveté S.GD.û
BRO DEKl E (TomT vémitei*) 1^000 Fà. tu MÈTRE »îl
1. bS DKNTELLES DE Çr, M A 5 S I N A
l ' i; x v o s i r i o S de i H 7 !
1. Collier jpoint génois).
2. Galon bradé de trèfles fpojnt vénitien).
3 et h Tours dt bras, point d application sur tulle souple*
(Aux trois quarts dti lext:cution,j
LA BJJOUTERIK FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
décolleté, avait près de cinquante centimètres de dévelop-
pement.
Massin avait réuni dans son atelier les meilleurs ouvriers
joailliers, qui se perfectionnaient d'ailleurs sous sa direction,
et considéraient comme un honneur de travailler chez un
tel maître. Il serait su perdu de citer les principaux d'entre
eux ; nommons seulement ses chefs d'atelier : Hippolytc
Touet, excellente main, ancien compagnon de Massin chez
Tottis qui, vers 1869, s'établit et prit la suite des affaires
D 1 A U h M K H S î 0 A I L L Z R IL A V K C BRILLANTS P 0 I R E 5 W 0 U I L K S .
pur O. Miiss'm. (Exposition de 1878.)
de Janim Ensuite, Wolk, de i865 à 1876; enfin. Osterberg.
celui qui exécuta la grande ceinture orientale et resta chez
Massin jusqu'au licenciement de son atelier, en 1S91.
Nous avons dit que Massin se retira des affaires en 1892;
cet excellent maître joaillier, qui, selon sa propre expres-
sion, « trouvait plus de joie dans son métier que dans son
commerce », ne cessa pas pour cela d'étudier les principales
questions intéressant la corporation et pour lesquelles il est
d'une compétence absolue. Il rendit de grands services à la
Chambre syndicale, dont il avait été nommé vice-président
honoraire en 1 884, s'occupa de L'École de Dessin, des concours
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
4 83
professionnels, ainsi que de tout ce qui avait rapport à l'amé-
lioration du sort des ouvriers. Rappeler ses états de service,
dans cet ordre d'idée, nous entraînerait en dehors de noire
programme. Il est le président très actif et très dévoué de la
Société d'Encouragement de la Bijouterie 1 . Si nous nous
sommes arrêté spécialement sur la personnalité de Massim
COL IJI-: Yi S K H [• BN'T, ]' i; Il I . K S r< ii K T H LA N Cil Ji
par O, Mîifisln (1889} <
ce n'est pas seulement parce qu'il est un des plus illustres
joailliers du xix e siècle, mais surtout parce qu'il a créé un
genre spécial, en empruntant à la nature tout ce qui présen-
tait une forme, un motif quelconque pouvant se traduire
it Mâssin avait été, en un des membres fondateurs de TKcole de
Dessin, Nommé secrétaire de la Commission, qui fut alors instituée à cet effet,
il en devint quelques années après le président et conserva ces fonctions
jusqu'en 1884. Il fut aussi chargé d'organiser, à In Chambre syndicale, les
concours professionnels d'apprentis, en 18H7; puis, en ($$&, ceux, plus
4S4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
et se cristalliser en diamants, pourvu que cet emprunt fut
Fait avec le sentiment du beau et que cette forme, ce motif,
fussent agréables avoir et d'un heureux effet dans la parure.
Par la sûreté de son goût et les perfectionnements successifs
qu'il apporta à la main-d'œuvre, il peut être considéré
comme le principal réformateur de la joaillerie contempo-
raine, dont il résume l'histoire.
ORN E J1KM DE COI ! I U R K
pur O Massin (1889). -* Longueur : 18 cent,
Un des compatriotes de Massin, qui fut aussi son a m î ,
Lucien Falizc (1839-1897) a tenu comme lui une place
considérable dans l'histoire de la bijouterie et de l'orfèvrerie
intéressants, des ouvriers, dont il fut le promoteur à la Société d'JCncourage-
ment de la Bijouterie, lorsque M. Kmile Fromcnt-Meurice fonda un prix de
400 francs à la mémoire de son père, prix que Massin proposa de consacrer
ci ces concours d'ouvriers, qu'il organisa et lit réussir.
A l'Exposition de 1S89, Massin reçut une médaille d'or à titre exception-
nel, décernée par le jury, classe V du groupe I er ( Beaux-Arts), pour application
de l'art à l'industrie.
BRANCHE LUI M SERONS
par Q, Massin. — l'rvparsrtiun d'une pitrce de ioailkrie.
486 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
contemporaines. Fils J Alexis Falize quu nous l'avons vu*,
était un dessinateur hors ligne et un fabricant Je premier
ordre, îl eut la noble ambition de taire mieux encore que
son père.
Les événements politiques qui agitèrent la France, de
1848 à 1832, eurent leur contre-coup sur les études des
jeunes collégiens d'alors; Lucien Falize dut interrompre et
1.1 [i ( ) C 1 1 j; C <> '.> I : J 1 . I . K K l A L. < ; U I- iv N JOAl I. L K 1U H , A V H C 1» K U LE N 0 1 R K
parO, Mussin (18*9}.— Longueur: cent.
reprendre bien des fois le cours des siennes; élève studieux
cependant, désireux de s'instruire. îl compléta lui-même ses
connaissances et s adonna avec passion à la littérature et à
l'histoire. Il voulait aussi se présenter à I FcoIc (Centrale,
mais son père, fidèle aux traditions en honneur a cette
époque et voyant en lui un futur associé et successeur, lui
fit abandonner ses études dès 1 856 et le prit avec lui. pour
Tinitier aux affaires.
Le jeune Falize commença par un apprentissage à
i . Voir chapitre I tr ? p, Go et suiv.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
4*7
l'atelier, ce qui fut pour lui une excellente école, mais il n'en
resta pas moins assidu aux cours de dessin et de modelage
si nécessaires à tout homme de notre profession. Peu à peu,
DEVANT U F ; CORSAGE, PERLES ET BRILLANTS
pur 0. Massin. — Hauteur: 26 cent.
aidé des précieux conseils et de l'expérience de son père,
il s'initia a tous les détails de la maison, surveillant
râtelier, dessinant, s'occupant de la comptabilité, de la
fabrication et de la clientèle, « Mes parents étaient gens de
bon sens et d'ordre, écrit-il dans une lettre, et nous formions
4 SK LA HÏJOl TKRIK IRÀNCAISE AI' \ I X 1 S I I . ( 1 I K
la famille la plus étroitement unie, pensant de même,
travaillant du même effort, et allant sans grande ambition
vers un avenir qu'on espérait plus heureux, mais dont les
coups de fortune ne s'annonçaient guère. Mon père était très
estimé, on avait recours à lui pour les choses difficiles,
ORNEMENT D k COR 5 A CE
par 0. M as si n fiSSg 1 . — Largeur : 3r cent.
mais son genre d'affaires ne donnait que de minces profits et
les satisfactions d'amour-propre étaient infimes. Bien des
années se passèrent ainsi, de 1 8 56 à 1870, pendant lesquelles
nous fîmes, mon père et moi, l'ordinaire et monotone
besogne du fabricant-bijoutier qui cherche des commandes,
invente des modèles, exécute des travaux ingénieux et
difficiles, et a peine à recevoir son argent et ù réaliser un
bénéfice. »
MODES DU f S S 5 .
Boucles d oreilles, broche, châtelaine, bracelets*
4<<o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
En 1867, le jeune orfèvre fit ses premiers efforts d'inven-
tion et sentit naître en lui des aspirations vers un art plus
élevé.
Ses idées s^étaient formées, avaient pris une orientation
nouvelle. C'était le temps où commençait cette passion pour
«■ la curiosité » qui, depuis, prit une telle extension. I n
voyage que Lucien Falize lit à Londres, lors de l'Exposition
de 1862, avait préparé cette évolution de son esprit, et il en
était revenu impressionné, non seulement par les œuvres
P lî A C K L R I* is S 0 Ù P L K S C S JUAI I. t. E U I B
d'orfèvrerie et de bijouterie qu'il avait étudiées au Crvstal
Palace, mais surtout par les visites révélatrices qu'il
avait faites au musée de Kensington où nos trè> pratiques
voisins appliquaient déjà les théories du Comte Léon de
] .aborde.
De retour en France, il éprouva une autre émotion en
présence des bijoux antiques de la collection Campana, que
Napoléon III venait d'acheter et de taire installer au Louvre.
Lnfin, les publications successives et rapprochées de trois
ouvrages importants : la Grammaire de l'ornement* de Owen
Jones; tes Arts Industriels, de Labarte ; le Dictionnaire
d'Architecture, de Viollet-le-Duc, continuèrent ce qu'avaient
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
49 1
commencé les visites fréquentes que Falize. toujours avide
d'augmenter ses connaissances, Taisait dans les musées et les
bibliothèques, (Tétait le début d'une ère nouvelle pour
l'éducation artistique, et nos jeunes dessinateurs d'aujour-
d'hui, qui ont à leur disposition un enseignement si bien
fait et tant de documents si bien choisis et classés, ne
peuvent s'imaginer au prix de quels tâtonnements et de
quels efforts on parvenait à acquérir quelques notions un
ill-DAILLONS BN K M AUX fc L O I S Û H N B S b'OR, GtiNRB JAPONAIS,
pWt Lucien FaJize ( tBtjG), cmaillcs par Tard,
peu précises sur l'histoire ou les règles de 1 art, aux environs
de i8G5.
1/ Union centrale des Beaux- Art?* appliqués à l'Industrie
avait commencé en 1 863 des expositions périodiques; elle
lit, en 1 865 et en ï86g., deux séries rétrospectives qui mon-
trèrent aux artistes et aux ouvriers les trésors ignorés des
collections particulières. Lucien Falize y apprit beaucoup et.
en 1867, à I mposition du Travail, le très savant M. Alfred
Dareel devint son ami : s'il rte fit pas de l'orfèvre un archéo-
logue au sens strict du mot, il lui communiqua du moins son
goût des choses du passé et sa grande science du discernement.
49? LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Vers la même époque aussi, a la suite de la révolution
du Japon et de l'ouverture de ses ports aux étrangers,
arrivèrent en Kurope des spécimens jusqu'alors inconnus
de Part nippon, qui produisirent une impression profonde
et eurent par la suite une influence très considérable sur
révolution de l'ornementation décorative.
Lucien Falize, séduit par les merveilles de cet art à ia
fois si délicat et si puissant, voulut partir pour étudier les
procédés techniques de l'émoi .1, de la ciselure et des alliages
si variés de ces « Grecs de 1" Extrême-Orient w; il projetait
H î J 0 U X KN K M A U X CLOISONNÉS D*OR, GLSR E JAPONAIS
par Lucien Falize (1*74!.
même de ramener des ouvriers japonais ! Mais ses parents
s'opposèrent à un si lointain voyage, cl. respectueux de leur
volonté, il renonça à la réalisation de son rève. malgré la
déception qu'il en put avoir.
Il se mit néanmoins a étudier avec passion les émaux
cloisonnés, dont il lit. avec le concours de l'cmailleiir Tard,
un très judicieux emploi dans le bijou : il traduisit en cloi-
sonné d'or, et avec beaucoup de yoût. les ornementations m
variées des artistes japonais, pour en décorer dès médail-
lons, des flacons, des bonbonnières, des châtelaines. Ce fut
pour lui une belle année de travail et d'enthousiasme.
Christofle et Barbedienne, également saisis par le charme
élégant et imprévu de la décoration japonaise, en firent,
C 0 L L I B S A DOUBLE F A C E , BJUUX CLOISONNÉS SUR l'.ULLONS
par Lucien T alizé 11880),
4 'j4 LA H J J 0 V T 11 H I E FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
chacun de leur coté, de très intéressantes applications sur
des meubles, des vases, etc. Ils obtinrent des patines remar-
quables.
En 18551 j après la guerre et la Commune, qui avaient
vidé tous les ateliers et amené un chômage complet, Lucien
Falize se maria et, peu après, quittant la vieille maison
conférences très écoutées sur le bijou, sur l'émail et sur
l'orfèvrerie,
L "Exposition de 0S78 lut ta première à laquelle Falize
prit une part importante et personnelle. Il y présenta un
grand nombre d'objets d'art, de bijoux et de joyaux, disposés
avec goût dans une vitrine dont l'ensemble artistique fut
une véritable révélation. On y admirait les quatre cadres
d'orfèvrerie exécutés pour le Prince de Bcarn. tableaux
dans lesquels se mêlaient harmonieusement l'or, l'argent, le
paternelle de la rue Montes-
quieu, où il était né, il
s'installa avenue de t'Opéra.
Mettant en pratique les con-
naissances qu'il n'avait cesse
d'acquérir, il conquit rapide-
ment un des premiers rangs,
s'efîorçant sans cesse à pro-
duire des œuvres d'un art
plus complet et plus raffiné.
6 11 ATBLAI N i: ,
KJIAUX CLOISONNÉS D ' Q tt ,
Son érudition était consi-
dérable: il publia des études
critiques qui furent très
remarquées et écrivit sou-
vent, d'une plume élégante et
alerte, tantôt sous son propre
nom, tantôt sous le pseudo-
nyme de « Monsieur Josse »,
de> articles appréciés parus
dans différents journaux et
revues. Il lit aussi plusieurs
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
bronze, le fer damasquiné, l'ivoire et l'email, et qui figuraient
Marguerite de Navarre. Gaston de Foix, Marguerite de Foix
D I A [J \: M K AVEC FËRKONNlh li
par Lucien Pallie (i&8o)>
et Gaston de Béarn, monuments remarquables par leur
belle conception, la diversité des matières étroitement
mariées et l'irréprochable exécution. Puis YUranic, somp-
tueuse horloge dans le goût du xvT siècle, en or, argent,
émaux, lapis, cristal de roche, dont Carrier-Belleuse avait
49*3 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XI X* SIÈCLE
sculpté la figuré en ivoire ; une autre petite pendule porta-
tive, en ivoire, genre xili c siècle, dénommée VAngfi.lu$ f était
une œuvre véritablement exquise; des statues d'argent et
des pièces intéressantes et nombreuses, dont on trouvera la
description dans les rapports de l'époque. Pour ces œuvres
importantes, Fali/e s'était entouré de collaborateurs et de
sculpteurs éminents : Frémiet, Delaplanehe, Aime Millet,
MONTRE KS <>R CISELÉ :
«LES TROIS PARQUES M, «APOLLON ET DIANE »
par Lucien Falize (1882), ciselure de Oms.
Claudius Popelin, que la Princesse Mathilde honorait de
son amitié, Joindy, Chédeville, artistes réputés; Honoré,
B râteau, Hubert, Ver nier, H raid, Mercier. Richard Désandre.
Pye, Michaut, Barré, Point, ciseleurs remarquables; les
émailleurs Meyer, Houillon, Gàgneré, Tard, etc., sans
compter Tannée des bijoutiers, des graveurs, des lapidaires,
des orfèvres- des joailliers : Glachant, Emile Carlier, Olive,
Chardon, Auxenfants, Orseni, Le Saché, etc. Des bijoux
complétaient cet ensemble de pièces d'art, bracelets avec
49$ LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
noms, dates ou devises en émail cloisonne sur paillon ;
châtelaines d'or ciselé, telle la châtelaine aux Trois Parques;
coiffures Henri II, pendants de col dans la manière d'Etienne
Delaune ou de Hans Collaërt, « enseignes » et diadèmes,
bonbonnières et cachets, tous ces bijoux révélaient un goût
impeccable et une grande personnalité, malgré rinspiration
volontairement cherchée aux sources classiques et parti-
culièrement dans les belles œuvres de la Renaissance, que
Falize connaissait et préférait entre toutes.
Cette exposition, absolument remarquable, eut un succès
BRACbLHT O 11 C i S li L É AVEU M Û, 1> A 1 L L 1£ S A N T I Q 0 K S
[W Lucien l ali/.e.
très vif et très mérité, et obtint à Falize un grand prix et la
croix de la Légion d'honneur. « Cela dépassait ce que pavais
rêvé! y> s'écria-t-il tout heureux, et il se remit à l'ouvrage,
ne songeant qu'à faire encore mieux. A celte époque, une
circonstance imprévue amena la transformation de sa mai-
son et lui permit de l'agrandir.
M. Alfred Bapst occupait alors une très belle situation
dans la joaillerie et portait un nom célèbre et estimé dans la
corporation; il avait apprécié Lucien Falize pendant les
travaux du Jury dont il était président et. l'ayant pris en
amitié, l'avait mis en rapport avec son iils aîné, Germain.
Celui-ci. après la mort de son père, survenue presque subi-
tement à la fin de 1879, proposa à Lucien Falize de réunir
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
499
leurs deux maisons. C'est alors qu'ils firent construire, avec
un £oùt parfait, leur hôtel de la rue d'Antin où, dans un
cadre archaïque propice au recueillement et à l'étude, se
trouvaient réunis ateliers, magasins et bureaux.
5oq LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
Il y avait là une association qui s'indiquait excellente :
Bapst, descendant des joailliers de la Couronne de France,
à la tête d'une des plus riches et de h: plus ancienne maison
de bijouterie de Paris, pouvait compter sur une aristocra-
tique et iidèle clientèle qui comprenait l'élite de La noblesse,
de la finance et de la haute bourgeoisie, tandis que Falize,
PENDANTS DE C (J L R K N A J S S A N* C K , OR, K AT A I : X li T (' 1 K itRKftIES
par Lucien l'iiliKc (i886)«
dans tout l 'éclat de sa jeune réputation, apportait sa connais-
sance profonde ,de l'histoire de son art et des ressources de
son métier, ainsi que sa science de composition, son imagi-
nation et son goût,
Bien qu'ils fussent de tempérament très différent et de
tendances souvent opposées, ils vécurent tous deux en par-
faite intelligence, et l'accord entre eux ne se démentit jamais
pendant toute la durée de leur association, ce qui, en pareil
cas, est moins fréquent qu'on ne pourrait le supposer.
PENDANTS UÊ COL, OR, K MAUX ET PIERRERIES
par Lucien Falize. (Exposition de iS8(>.|
5o-2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
A l'Exposition de 1889, Lucien Falize montra dans ses
vitrines de nombreuses pièces d'orfèvrerie, des bijoux ci des
objets d art. Nous citerons, parmi les plus remarqués, la
GalUci) figure svmbolique sculptée dans l'ivoire par Moreau-
Vauthier, et dont la beauté fièrc s'habillait d une magnifique
URACELETS K N OR G l S ! •: | , Y
par Lucien l'alizé (189P).
armure en orfèvrerie. Cette figure, dont on parla beaucoup
alors, est maintenant au Musée du Luxembourg: ce l'ut la
première acquisition faite par l'État pour les collections
nationales, en dehors des œuvres de peinture et de sculpture.
Près de la Gallia figurait le Vase Sassanidt\ reconstitution
savante de l'art des orfèvres au temps dc> Scythes^ deux
cents ans après le Christ. Il c>i sculpté de main de maître
m -r
- /
5c>4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX° SIÈCLE
par V&fangoz dans un bloc de cristal de roche et décoré
d'émaux de toutes sortes. I /exécution de cette pièce avait
demandé près de trois années de travail. Dans la même
vitrine voisinaient des objets de sculpture, de ciselure et de
grande orfèvrerie, pour lesquels Bapst et Fàlize axaient
demandé la collaboration d'artistes et d'amis, comme Bar-
rias.Chapu, Cordonnier. Delaplanche. Levasseur, Quinton,
Hirtz et d'autres. Longue serait renumération des bijoux les
plus variés qui s'olTraient à l'admiration, et a l'exécution
desquels avaient coopéré toute une pléiade d'excellents art i-
HltACKLKT OR CISKLÎâ
pur Lucien l jilize, cnuuix de GrandlionniK 1 [l%û ,
sans : Routhicr, Houillon, Tourrclte, < iarnier, (îrandhomme,
émailleurs; (îlacbant, Cartier, Bin»cn, Gautruche, etc.. et
le chef d'atelier Bouchon, Quant au triptyque représentant
les Trois Couronnements, c'est une merveille dans laquelle,
pour la première fois, Fali/e réalisa en émaux de basse-
taille sur or fin d'une extrême richesse de tons, l'har mo-
nteuse symphonie de couleurs d'une des plus étonnantes
tapisseries du xv e siècle conservées dans le trésor de Sens 1 .
Lucien Fali/e n'aimait pas la joaillerie modelée telle que
l'avaient comprise Massin, Boucheron, Vever et d'autres
joailliers réputés; il préférait le diamant seul ou accompagné
î. On a revu cette belle œuvre à l'Exposition Centennale de 1900, à coté
de la tapisserie qui avait servi de modèle.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
5o5
seulement de quelques ornements à plat, selon la mode
ancienne.
« La pierre n'a pas besoin d'un dessin savant, disait-il ;
elle trompe toutes les combinaisons du modèle. Ses feux
PENDANT DE COL, « SAINT GEORGES TERRASSANT LE DRAGON »,
OR, É MAIL BT PI E R R B R l E S
par Lucien Falize (1890!,
dérangent les ornementations; c'est une pyrotechnie qui se
compose de dessins géométriques et de silhouettes, mais où
les douceurs de la forme, les ciselures des détails, les modu-
lations des plans, sont perdues comme en un gigantesque
feu d'artifice, où disparaissent les dessins de l'architecture,
pour ne plus laisser qu'un éblouissement et une >urprise. »
î Mâssin riposta du tac au tac ù son ami dans le remar-
5ô6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
quable rapport technique sur la joaillerie qu'il écrivit la
même année, et remit les choses au point.
« La joaillerie, dit-il, n'a rien perdu des mentes qui lui
furent reconnus ; mais tout d'abord, et à propos du caractère
de la joaillerie mo-
derne, qui est le
genre modelé, une
sentence technique
et esthétique ayant
été prononcée, il y
a lieu d'essaver de
la discuter. Voici
les faits : dans un
très remarquable
article paru sur la
joaillerie à l'Impo-
sition, l'auteur, que
tout le monde re-
connaît comme le
maître es- arts et
es-lettres le plus
autorisé de notre
corporation, et dont
l'œuvre comprend
des orfèvreries, des
bijoux, des émaux,
qui contribue ni à
faire l'honneur de
notre temp>. émet
en principe que le diamant n"a pas besoin d'un des>in savant,
et que quelques chatons disséminés dans la coifiïire parent
mieux une femme que les plus lins morceaux de joaillerie.
« L'arrêt est excessif, mais n'est pas sans appel. Venant
d'un artiste passionné pour l'art ancien, qu'il a fait revivre
dans ce qu'il nous offre de plus pur et de plus noble ? on
n'en regrette pas moins de L'y voir si exclusivement consacré:
IlOUCLB DE CErNTlRB
DÉCOR DE LIS 1ÎM AlLLlU
par Falize fre-res (1900),
5o8 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XtX* SIÈCLE
mais on comprend pourquoi il apporte le même goût domi-
nant dans les choses de la joaillerie, goût qu'il partage avec
son ami et associé.
a Cependant, ni l'un ni l'autre ne peuvent ignorer que
c'est jeu d'enfant pour les joailliers modernes de refaire tout
ce que le passé nous a légué.
77
PLAQUE Di: COU JOAlLLhHIK ET KM AU, BLEU,
(Maison Falizc frètes, \uo'\)
(( Ils savent aussi que ta recherche J un travail délicat
n'a jamais nui au prestige et à 1 éclat du diamant, et m j'avais
à les en convaincre, il me suffirait de les conduire devant
leur propre vitrine, remplie de chefs-d'œuvre d'or, d'argent,
d'émaux, mais qui n'éclipsent pas si complètement leurs
montures en diamants qu"on ne puisse y admirer toute une
série de bracelets des plus finement exécutés, un collier aux
découpures savamment dessinées et beaucoup d'autres
MODES DE f 886.
Aigrettes, collR-r*, bracelets.
5io LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE
pièces : concession si Ton veut au goût moderne, mais qui
ont plus de mérite a mes yeux que les réminiscences de
Ci il les 1, égaré du xvn' 1 siècle. Ces derniers objets, reproduc-
tions de chosesanciennes.
ne sa 1 1 r a Lent r e m p I a e e r
les Meurs presque vi-
vantes, les rubans noués
comme par la main d'une
modiste, les colliers et
bracelets souples comme
des galons. Mais en lin
si tout cela ne suffit pas à
nus confrères, qu'ils nous
donnent autre chose : ils
en sont bien capables et
nous roçevroils aveç plai
sir le nouveau-né. En
attendant, je ne nierai pas
l'effet d'un beau diamant :
mais s'il n'avait pour lui
que son éclat, on s'en lati-
guêraît assez vite. Art et
effet sont deux choses
nécessaires en joaillerie,
une seule ne saurait suf-
fire, et j'estime davantage
l'accent décoratif d'une
simple marguerite piquée
dans les cheveux que les
feux aveuglants du plus beau diamant.
« Souvenons-nous aussi que tous ceux qui sont épris de
leur art cherchent à le glorifier, les uns en lui rendant tout
ce qu'il avait pu perdre de ses belles traditions, les autres
en l'enrichissant d'une expression qu'il n'avait pas, ce qui
est le plus grand mérite des joailliers modernes. »
Fidèle aux principes un peu trop absolus qu'il détendait,
p H N lï E N T J K « D A P H N Ê U ♦
i Maison I Ji u v-, iooo.)
!
I
S±2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
Falixe exposa dans sa vitrine des joyaux de tradition clas-
sique, la reconsti-
tution de nœuds en
forme de papillon,
d'après Gilles Lé-
i;aré. des ornements
de corsages copiés
sur des tableaux an-
ciens, et le Sancy,
suspendu dans un
collier, tel qu'il est
représenté dans le
portrait de Marie
Leczinska. femme de
Louis XV. par Van
Loo ? et que la Reine
portai t <i dans les
grandes cérémonies
où elle était obligée
de paraître ».
Lucien Falize
reçut la croix d'of-
ficier de la Légion
d'honneur lors de
TLx position de 1889,
Mis hors concours
comme membre du
Jury pour la classe
de l'orfèvrerie, sa
compétence indiscu-
table le désigna pour
être rapporteur; il
écrivit à cette occa-
TOUR »R COU, FIGURE VOILÉE. - - i
sion une étude rc-
rMaîsoti Fiilize Irères, tBtjçi.)
m a r q uable, vé ri table
monument de critique et d'histoire, qu'on ne saurait trop
CHAINE A FLEUftS Il ' A N C O I- 1 K
par Lucien \ ,
M4 I A ! > I I O l 1 K U 1 K Ik.WCAISK AT XIX* SIKCLK
consulter : c'est une œuvre d'érudit, de penseur et d'artiste.
t rois ans plus tard, à l'expiration de son traité d'asso-
ciation avec Falize, Germain Bapst se retirait des alla ires
afin de se consacrer tout spécialement à des travaux litté-
raires et à des recherches diverses d'archéologie et d'histoire.
Fali/e resta par conséquent l'unique chef de la maison
et le continuateur qualifié des anciens joailliers de la COU-
PS 1 G N li & MAIL RT OP A L Iv S .
[Maî^otl Fôlîze frferes, Salon de 1902.)
ronne de France, Lourd fardeau pour les épaules d'un seul ;
l'orfèvre l'accepta cependant avec vaillance, en songeant à
ses trois iils qui grandissaient et allaient venir, dans peu
de temps, s'instruire auprès de lui et le seconder jusqu'au
jour où ils seraient en mesure de le remplacer a leur tour.
Mais Falize était très artiste et par conséquent peu fait pour
les soucis d'affaires: îl n'en continua pas inoins à se vouer
à la tache ardue qu'il avait assumée; peut-être y laissa-t-il
une partie de ses forces et de sa santé.
En dehors de ses travaux, Fali/e donna une grande part
de son temps et de ses peines à l'Union Centrale des Arts
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
5 1 5
décoratifs, qif il aimait et qu'il voulait voir pn ispèreet féconde
comme le South Kensington de Londres. Il avait été de la
période de transformation et s'était depuis lors consacré a
l'œuvre de propagande, d'enseignement, de l'Union. L'estime
et la confiance de ses collègues Pavaient fait entrer très
PfilG N E GXÏÎ «
(Maison FaUze frères. Salon de IgciàJ
vite dans le Conseil. Il s'y occupa activement des expositions
technologiques réalisées avec tant de succès de 1880 à 1 886,
et soumit au Conseil, en 1893, le programme d'une Expo-
sition de la Plante et de ses applications décoratives. Nous
croyons que l'exécution de ce programme aurait eu une très
appréciable influence sur les industries d'art, mais ce magni-
fique projet ne put malheureusement pas être réalisé.
5i6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AL* XIX' SIÈCLE
A celle époque, PUnion Centrale fournit à Fali/e le
thème d'un de ses plus beaux ouvrages : le Hanap, d'ôr et
d'émail, de la Vigne et des Métiers. « Un gobelet de tète,
disait le programme, qui sortirait de sa vitrine les soirs de
grand banquet et que le président lèverait, empli de Cham-
pagne, à la santé des maî-
tres de l'art, »
Falî/e se mit a Fn'Livrc
avec joie, et produisit un
vase à boire ciselé, revêtu
de somptueux émaux de
basse-taille, dont il avait
demandé les cartons a
Luc-Olivier M erson .
Nous ne pouvons en
entreprendre ici la des-
cription qui a été faite
ailleurs ; disons seulement
que cette pièce admirable
résume parfaitement tout
1 art, un peu rétrospectif
peut-être, mais toujours
élégant et distingué, de
Falize. File figure dans
le salon du Musée des
Arts décoratifs consacré
i> b s ù b n t 1 1 ^svi.niiu h » . aux œuvres conte m po-
\mm Wfa* km*, i-sk&i raines. Le peintre Merson
y a introduit un excellent
portrait de l'orfèvre, représente sous la robe et le bonnet
de ces vieux maîtres à qui il ressemblait tant par son
visage d'une souriante gravité, et aussi par son caractère,
ses idéesel ses goûts. Combien il eut aimé vivre comme eux
au temps des Médicis. délivré des lourds soucis commer-
ciaux et préoccupé seulement des belles œuvres à créer!
La coupe d'or de bUnion Centrale fut exposée au Salon
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
5i;
des Artistes Français, en 1896, en même temps qu'une col-
lection de trente verreries de Galle, montées par Falize avec
une ingéniosité et un goût parfaits. Hélas! Lucien Falize
était à cette époque peu
éloigné de sa fin.
Le grand rapproche-
ment de la France et de
la Russie lui fournit F oc-
casion d'exécuter une
œuvre, qui fut sa der-
n ière création. M avait fait
déjà quelques belles or-
fèvreries officielles dans
le cours de la précédente
année : le surtout du
couronnement de Ni-
colas II, noble compo-
sition, ou le Ciel était
figuré apportant la cou-
ronne de la Paix à la
Terre et à la Mer ; puis
le marteau et la truelle
qui avaient inauguré le
pont Alexandre III. à
Paris ; les vases que la
Ville avait offerts à l'Im-
pératrice et la couronne
que Nicolas II avait dé-
posée au Panthéon sur
la tombe de AL Carnot.
Cette fois, ce fut la palme d'olivier d'or, offerte a la
Russie, et que le Président Félix Faure emporta en août 1897
à Saint-Pétersbourg, où se proclama pour la première fois
devant l'Europe l'alliance avec la nation amie.
Bien que très las et déjà malade, Falize préparait de
grands travaux en vue de l'Exposition de 1900; de plus, il
I* E NDtJNTIf K M A 1 L L É .
par Lucien ['alizé {iHgb).
5ï8 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
était désigné pour occuper aux Arts et Métiers la chaire
d'enseignement d'art industriel qui allait y être instituée.
La mort arrêta ses derniers élans et ne lui permit pas
même d'apparaître ù cette place où il eût certainement fait
œuvre intéressante et utile.
Lucien Falize, noble figure d'artiste, mourut le 4 sep-
tembre 1897 sans avoir accompli ce qu'il souhaitait, ce
qu'on attendait encore de lui, et sans avoir ^oùté le repos
PLAQUK DE i: G U Kil AI I. ] 5 T J 0 A I L L E RIE.
(.Maison r;i]ize frères, 190!?.)
que savourent à la fin de la vie ceux qui voient perpétuer
parles leurs les traditions auxquelles ils étaient attachés.
Il sétait complu à donner à ses fils une éducation artis-
tique très complète, il en avait fait ses élèves; ils étaient
donc aptes à suivre la voie tracée, ce qu'ils firent d'ailleurs,
mais, malheureusement, sans que leur père ait eu la joie de
se voir continuer par eux !
L'aîné, André Falize, né en 1872, après avoir terminé
ses études classiques, fit un apprentissage de deux années
à Lucerne, chez l'orfèvre Bossard, qui lui enseigna tes diffé-
rentes spécialités concernant l'orfèvrerie et la bijouterie.
Entré en 1894 dans la maison paternelle, il y mena de Iront
LA TROISIÈME R K PUBLIQUE
l'étude des maîtres anciens, celle de la nature et de ta
composition d'après la plante. Comme son père, il a le goût
MODES DE 1887.
l'rucUcts, boucles, lorgnon, broche,
des lettres et fait avec succès des conférences relatives à
sa profession et des études critiques pour les revues d'art.
5"2fl LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE
Jean Falize, né en 1874, élève d'Edme Couty pour la
composition décorative, s'occupa quelque temps de chimie
industrielle et de recherches d'alliages nouveaux au Comptoir
de matières précieuses Lyon-Àlemand.
D 1 A D K M B K N J Û A I L L E & 1 E 1
(Maison Mdkrio dits Melkr,;
Pierre Falize, né en 1 *S 7 f> . s'adonna d'abord à lu peinture,
Elève de l'École des Beaux-Arts, il eut pour professeurs
Jules Lefebvre et O, Merson ; s'étant pris de passion pour
l'émail, il Tétudia chez Grandhomme et éniaille lui-même,
depuis, les pièces qu'il compose.
À la mort de Lucien Falize, les trois frères s'associèrent
DIADÈME SOUPLE EN J O A I L 1. K R l E .
(Maison Mdk'Ho dits Mdler.)
et se consacrèrent entièrement à l'orfèvrerie cl au bijou.
Unissant leurs aptitudes spéciales et s'entourant, comme
avait tait leur père, de collaborateurs choisis, ils ont montré
parles deux grands prix qu'ils obtinrent a l'Exposition de
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
521
1900, que la maison Bapst et Falize est en bonnes mains.
C'est à eux qu'est due Tépée d'or et d'ivoire enlacée d'un
BIJOUX EN OR C1SELK ET K M A I T. L , GENRE RENAISSANCE
pur Louis Wièse.
rameau d'olivier, que le Président Kmile Loubct déposa en
1902 sur la tombe d'Alexandre III.
Au cours de notre étude sur Falize. nous avons cité un
522 LA BJJOUTERÏR FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
n&OOHE L K Z A Jl U
par Paul JRobîn.
grand nombre de ses collaborateurs ; il ne nous paraît pas
inutile de donner quelques détails sur quelques-uns de ces
intéressants artistes.
Charles Glaehant, ne en 1826^
entra en apprentissage en 1842, chez
Lenglet et Turquet; associé de Cros-
ville en l86i^ il resta seul en 1867.
Ce fut un orfèvre remarquable, un
marteau de premier ordre, colla-
borateur très apprécié des princi-
pales maisons d'orfèvrerie, ou son
talent était requis lorsqu'il s'agissait
dVeuvrcs artistiques importantes et
difficiles. Fromeni- M eu ri ce rem-
ploya beaucoup pour son exposition de 1S67 et pour le
service qu'il exécuta dans ses ateliers, pour le Sultan, de
186S à 1869. A la même époque, Glaehant faisait pour
Mellerio des aiguières, des coupes, des bénitiers, des prix
de courses, des encriers, etc., et pour Philippe, pour Dupon-
cheb pour Rouzé-Janin, pour Kray, des pièces d'orfèvrerie
parfaites. Il collabora, de 1874
à 1880, à la plupart des pièces
d'art de Falîze, entre autres aux
cadres du Prince Je Béarm
dont nous avons parlé, et à la
fameuse pendule Uranie, pour
laquelle le Jury de 1878 lui
accorda une médaille dOr de
collaborateur; enlin, de 1872
à 1889, il lit pour Boucheron
quantité de pièces remar-
quables. C/cst Glaehant qui
exécuta, d'après le modèle du
sculpteur Sa 1 m son, le cadre offert en 1874, par souscription
nationale à Thiers, « Libérateur du territoire ».
l< Glaehant est mort il y a quelques années,
ISROCUK III» Oi;
par Paul Robin.
Hi.ui i:x iiivnHs.
{Maison Paul Robin. )
5i4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Le Sache fut pour Falîze un précieux collaborateur
bijoutier, dessinateur de goût à l'imagination féconde,
Georges Le Sache, fils et petit-fils d'artistes peintres et
graveurs, montra de bonne heure les aptitudes quil tenait
de ses ascendants.
Son grand-père était graveur en médailles à la monnaie
de Paris 1 ; son père, Emile Le Saché, né en 1817, élève du
Baron Gros, dessinait bien , faisait de jolies aquarelles et
avait un réel talent de graveur en taille-douce, avec un
tempérament de véritable artiste. Son aversion pour le
AGRAFES DE C E [ N 1 1 ; r e: ,
(Maison Paul îîobîn.)
commerce était telle qu'il ne voulut jamais s'occuper des
affaires de sa femme, qui était établie au Palais-Royal à
1. Jean-Jacques Le Saché, né à Caen en 1789, exerçait la profession de
graveur, lorsqu'il fut incorporé, en 1808, au 22* régiment de chasseurs à cheval.
Il prit part aux campagnes d'Allemagne en 1S09, d'Espagne de îSm à 1812,
d'Allemagne en i$%3 et de France en 1814, au cours desquelles il reçut de
nombreuses blessures : coups de feu, coups de lance, coups de sabre, coups
de baïonnette, pieds gelés, etc. 11 se lit remarquer dans Jitférents combats et
fut proposé pour la croix « pour s'être distingué par des traits de courage et
de bravoure » (voir le Carnet de la Sabreiachc, n° 177, sept. 1907, p. 568),
Rentré dans la vie civile, J. Le Saché reprit sa profession de graveur* Mais
en iSio, pendant qu'il était en garnison à Gîtnd, ville faisant alors partie de
T Empire français, le maire l'avait chargé d'exécuter une médaille comme mo-
rative d'une exposition de dessin. «. Ce jeune militaire qui embellit ses loisirs
par la culture des arts, s'est acquitté de cette tache honorable d'une maniéré
qui ne laisse rien à désirer, dit l Oracle de Bruxelles, quant a l'invention du
sujet, à l'élégance et au fini de l'exécution. »
LA TRQI&! Ê M E R É P U BLIQU E
523
l'enseigne de la Belle Ferronnièrt\ où elle vendait de menue
bijouterie. Leur fils, Georges Le Sache, ne en i*Sqo, se desti-
nait aux Bcau\-Ai ts. Il passa les premières années de son
adolescence dans les ateliers
de peinture, entre autres
dans celui de Bouguereau,
et ses débuts dans une car-
rière qui lui plaisait faisaient
déjà concevoir les plus légi-
times espérances, quand ses
parents, désirant pour lui un
avenir plus assuré que ne
semblait le promettre l'art
du peintre a cette époque,
renvoyèrent en Allemagne
en tS(")(5. Il entra en qualité
de dessinateur dans l'im-
portante maison de bijou-
terie de Friedman, bien
connue des producteurs
français de ce temps, ôù il
fit ses premières armes dans
nos industries.
Revenu d'Allemagne, le
jeune homme, curieux de
voir et d'apprendre, passa en
Angleterre où il utilisa avec
succès sescon naissances déjà
sérieuses du dessin, du mo-
delage et de la composition,
exerçant la souplesse de son talent dans les branches 1res
diverses de l'art décoratif. C'est à Londres que vint le sur-
prendre la déclaration de guerre de 1870. A cette nouvelle. Le
Sache rentre en France où son patriotisme rappelle et, incor-
poré au i" bataillon des mobiles delà Seine, fait bravement
son devoir de soldat, du 9 septembre 1S70 au 7 mars 1871*
ClUTi: LAINK S N OR CISELE
par G, ïi« Sache,
526 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
La guerre est finie, mais fuyant la Commune, Le Saché
retourna en Angleterre chercher à nouveau du travail que
Paris ne pouvait lui offrir dans ces moments si profondé-
ment troublés.
C'est lors de son retour à Paris, en 1872, qu'il entra
comme dessinateur chez Lucien Falize, dont il devint le
collaborateur et Paroi.
Il y passa cinq années — heureuses, dit Le Saché lui-
même, — dans Fintîmité
profitable et laborieuse
de ce grand artiste, qui
était aussi le meilleur des
hommes, s'initia m avec
lui au métier d'orfèvre-
joaillier par l'étude des
plus belles œuvres d'or-
fèvrerie anciennes et
modernes. Grâce à cette
direction affectueuse du
maître qu'il aimait aussi,
Le Sache devint lui-
même, non seulement un
artiste de goût, mais en-
par Le sacfoé. corc un savant praticien,
connaissant à fond la
technique de nos arts et métiers.
En 1877, il épousa la fille de Baucheron qui, associé
avec Guillain 1 , avait alors une des fabriques de bijouterie
\c> plus réputées de 1 époque, et il entra dans cette maison
qu'il était destiné à reprendre.
À partir de ce moment, on ne compte plus les ouvrages
1. Baucheron et Guillain ont travaillé pour les principales maisons de la
capitale, entre autres pour Boucheron, C'étaient d'excellents joailliers, qui
formèrent un grand nombre de bons ouvriers. Louis Baucheron (iSaô-iejoS)
entra en apprentissage vers 1840, chez Marret et Jarry, et ne tarda pas, sous
la direction de son père, qui y était chef d'atelier, à devenir très habile. Il s'éia-
blit en 1SO0 et s'associa à Guillain, qui sortait de la maison Deschamps, C'est
LA TROISIÈME RKPlïBUniK
52 7
remarquables qui sortent de ses mains. Il est Tun des fabri-
cants favoris des grands bijoutiers parisiens, qui lui deman-
dent ses meilleures inspirations, ses efforts les plus artis-
tiques à l'occasion des Exposi-
tions de Paris, de Chicago, de
Moscou, ete M et ses œuvres ano-
nymes, reconnues seulement par
les personnes du métier, contri-
buent partout à assurer le juste
triomphe de nos industries d'art
sur nos rivaux de l'étranger.
Aujourd'hui encore, après trente
années d'établissement, Le Sache
reste Tun des maîtres les plus
justement appréciés. Son atelier
est une école du beau savoir
technique, au grand avantage des
nombreux apprentis et ouvriers
qu'il a formés, et les parures
somptueuses qui en sortent
s'adressent encore, par intermé-
diaires, aux plus hautes person-
nalités d'Europe et d'Amérique,
alors que lui-même, volontaire-
ment , obstinément , veut en
demeurer ignoré, s'estimant heu-
reux de sa vie d'artiste, consacrée
au grand commerce et au profit
du beau renom français. C'est
ainsi que s'exprimait Massin à la distribution des prix de
la Chambre syndicale de la Bijouterie en 1 90 £ -
Baucheron, qui inventa le système, si employé aujourd'hui, pour le montage
des boutons d'oreilles « à clous » appliqués sur l'oreille et dans lequel la tige,
après avoir traversé l'oreille, est introduite au centre d'un petit disque creux,
où elle est maintenue par un cliquet ou ressort intérieur. 11 prit, en 1868, un
brevet pour ce système, que son chef d'atelier, nommé Traus, tenta de modi-
fier pour prendre lui-même un autre brevet.
m.
m
CHATELATNB
par ht Sache, ciselure de Bratâau.
i . a hmoi't r: u 1 1 1-: i \< a n c a i sk a i x i \- s i ï;<: i . i:
Pour reconnaître les rares mérites et l'honorabilité par-
faite de L'excellent artiste-praticien qu'est M* Georges Le
Sache, la Chambre syndicale de la Bijouterie et la Société
d'Encouragement, à la
suite d'un vote una-
nime, et voulant « qu* il
soit lait a chacun selon
ses œuvres », lui ont
décerné en séance pu-
blique, le j-j juillet i 901 ,
la grande plaquette
d'honneur en vermeil.
Cette plaquette, dont
M . I ,e Sache est le pre-
mier titulaire, est des-
tinée à rendre un hom-
mage exceptionnel et
public, au nom de la
corporation, à ceux de
ses membres qui. au
cours île leur carrière.
m se seront distingués
par des cU'ons servant
la cause du progrès »,
>()'][ par leur mérite
professionnel, soit au-
trement.
Cette distinction, la
plus haute dont dispose
la corporation, est la
plus en v iable q u 1 u n
confrère puisse souhaiter, puisqu'elle lui est décernée par
se- pairs.
M. Georges Ce Sache en est digne en tôtïs points
Le dessinateur qui succéda à Le Sache chez Kali/.e tut
Emile Olive (1853-1902. Artiste d'infiniment de goût, d'une
HROCllË HRIM.ANTS
ÉllE B A UD E S CABOCHONS
par G. Le Sâclié.
34
53o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
intelligence très vive, il mit pcndanl Ire nie ans sa main et
son cerveau au service de Part que nous aimons.
Olive, dès son enfance, témoignait
pour la géométrie des aptitudes spéciales
que son père, comptable, était loin d'ap-
précier, car il le plaça comme employé
chez un marchand de fromages et de
légumes secs de la rue de la Verrerie.
Bien qu'un tel milieu ne semble pas
propice au développement d'une voca-
tion artistique, le jeune homme éprou-
vait un tel besoin de dessiner et avait
le sens décoratif si développé < qu'il
trouvait des motifs de décoration fort
curieux en observant les taches et les
fissures des vieux murs du magasin, et
même les moisissures des fromages de
son patron, ce qui prouve que tout peut
être un sujet d'inspiration pour un
artiste bien doué.
Ces dispositions précoces lui per-
mirent de devenir plus tard un des
élèves les plus distingués de l'Ecole des
Arts décoratifs, dirigée par M. Louvrier
de Lajollais, qui ratïectionnait tout par-
ticulièrement et dont il resta l'ami.
Le commerce alimentaire ne lui
ayant pas convenu davantage que les
opérations de banque vers lesquelles
son père avait voulu le pousser, son
oncle Larchcvèque, fabricant de joail-
lerie, le prit dans sa maison, où il resta jusqu'en 1873. A cette
époque, il entra chez Otterbourg, pour préparer spéciale-
ment les objets que cette maison destinait à l'Exposition de
Vienne, et que le goût et l'originalité de ses compositions
contribuèrent à faire remarquer, si bien que lorsqu'il se
FACE A MAIN J:N JOAILLERIE
par G. Le Sudic,
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
présenta chez Falizc pour la place de dessinateur laissée
vacante par Le Saché, il fut immédiatement agréé.
Cliché K&ur.liriy*i\
L I A N K DE P U V G V ( I 8 C| 2 ) .
Dans cette maison, ou 1 art tenait une si grande place,
Olive put donner un libre essor à son talent, qui se développa
02 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
encore avec les conseils d'un maître tel que Lucien Falize.
11 prit une part des plus actives à l'exposition si justement
admirée du célèbre orfèvre, en ifS-N. Pendant les dix ans
qu'il resta avec lui, il composa un grand nombre d'objets
Tort intéressants, où toutefois le diamant et les pierres pré-
eieuses n'occupaient qu'une place secondaire, car ses ten-
dances personnelles le portaient de préférence vers l'émail
et la ciselure. Olive quitta la maison Fali/c en 1 885 3 pour
Olive créa la plupart des modèles qui ont contribué à la
prospérité de la maison Fonsèque et Olive, tels que les
broches t< grain de café », en 1 885 . dont récrin, complétant
le bijou, représentait une balle de café et. en 1889, « le
raisin », présenté dans une petite caisse de chasselas de
Fontainebleau, qui eurent une si grande vogue pendant
plusieurs années. 11 fut également l'initiateur, en 1886, du
bijou-médaille, dont la Diane de Vernier est le prototype,
genre si largement exploité depuis et auquel est due en
grande partie la renaissance de Fart du médailleuren France.
On lui doit aussi un grand nombre de jolis modèles de joail-
s'associer avec A F Fonsèque,
son ami de longue date et
excellent fabricant joaillier-
bijoutier ; mais Falize appré-
ciait à un si haut degré les
qualités de son ancien colla-
borateur, qu'il lui lit épouser,
en 1887, une amie de sa
famille.
li H O C II K G R A F N S DE CAFÉ ( J 8 S ? ■
BROCHE RAISIN f ï v> 8 9 ) .
(Maison Fûnsèqtte est Olive.)
A celte époque, il colla-
bora à certaines œuvres pré-
parées par MM- Vever pour
leur exposition de 1889, en
particulier à une pendule
Renaissance, a un missel avec
émaux de basse-taille, et i\
diverses pièces de ciselure.
53 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE
lefie : broches, bracelets, colliers, conçus dans une note
nouvelle et qui furent très apprécies.
Olive était épris de Tort dans toutes ses manifestations;
BRACELET AUX CRABES
par Lefort u888).
il aimait les livres, les gravures, Les bibelots, qu'il collec-
tionnait dans la mesure de ses moyens. Il écrivait et causait
avec esprit, et ses réparties, vives et originales, faisaient
rechercher sa conversation. Artiste des mieux Joués, confrère
affable et spirituel, sa mort prématurée provoqua d'una-
nimes regrets dans la corporation.
M. Douv-Pascault. aujourd'hui professeur de compo-
sition à l'Ecole Je dessin de la Chambre syndicale de la
Bijouterie, est un élève d'Emile Olive.
BRACELET SOUPLE « ^ANSf-Hli: «
par Édouard Cacn (1882).
Un excellent ouvrier, qui devint un fabricant parfait, fut
Eugène Soulens (1829-1906). Entré en apprentissage à dix
ans et demi chez Alexis Fali/e. il apprit, dans cet atelier
réputé et sous la direction de ce maître, tout ce que le
meilleur bijoutier doit connaître. Dans ce temps-là. l'appren-
tissage était dur : il ne ressemblait guère a ce qu'il est aujour-
LA TROISIÈME RKPl'BLin! I
d'hui : a On avait, nous a raconté Soulens. le pain à discré-
tion — et l'eau — et deux sous par jour. Nous étions trois
apprentis chez le père
Falize ; nous prenions la
semaine à tour de rôle,
et ce n'était pas une petite
affaire que de comman-
der et de rapporter le
déjeuner de dix-huit ou-
vriers, car les repas se
prenaient alors à l'ate-
lier. Gare au « clampin s
qui s'attardait, on lui
appliquait immédiate-
ment un sou d'amende
— la moitié de son sa-
laire ! — Même les ap-
prentis étaient astreints
a nn/e heures de travail
par jour ; il est vrai qu'ils
avaient les courses pour
prendrel'uiretaller juiier
aux bille-. ; e'etait L'usage
et personne ne songeait
à s'en plaindre: même,
dans certains ateliers,
les journées étaient en-
core plus longues, mais
dans la journée n'était
pas compris le temps
nécessaire au nettoyage
de râtelier et des lampes.
lampes à huile à cette époque, minutieuses a faire et bien
malpropres. Mais on était jeune — et Parisien, — c'est-
à-dire dégourdi et de bonne humeur quand même, et de
plu- on aimait son métier.
PENDANT Q E C O ri K N & C I E R BLEUI
JiT BRILLANTS
< Maison Arfvidson
536 LA BIJOUTERIK FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE
Soulens devint un des bons ouvriers de Fali/,e. chez qui
il resta jusqu'en 1848, Se trouvant pris du désir de voyager,
il pensa judicieusement que le meilleur moyen de voit du
pays a peu de trais était de s'engager dans la marine, ce
qu'il s'empressa de faire* Mais l'ambition de ses vingt ans
fut vite déçue ! Kn effet, la Révolution qui éclata a ce
GltU^PK DE TRETZR FETICHES, AVEC CHAINETTES
moment maintint le jeune marin à Paris, et. comme il nous
le répétait encore avec sa honne humeur coutunnere quel-
ques mois avant sa mort, la seule traversée qu'il ait jamais
faite est celle de Vincennesù Saint-Cloud. On ne lui ménageait
pas les plaisanteries à ce sujet, mais il en riait toujours. Le
corps de marins auquel il appartenait ayant été licencié en
1849, Soulens voulut reprendre du service dans la bijou-
terie; mais les ateliers étant désorganisés partout, il dut
entier dans une fabrique de boutons à armoiries pour tous
COLLfEIt S ET BHACKLETS
par Auguste Lion.
r. Bracelet frisette, 5 rangs (1K75L — 2. Collier guirlandes or vert, marguerites (1886).
3. Bracelet ballon, croix (i$85fe — 4, Collier {iH-j3\.
5. Collier palmes (i&83). — 6. Ôracelct (iS*5}. - 7, Bracelet lr*83).
538 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
pays. Ce genre de travail ne lui plaisait guère, aussi, dès
que les affaires semblèrent reprendre, retourna-t-il chez
Kalize. Malheureusement la clientèle manquait d'entrain,
la pénurie de commandes lit que Ton dut congédier succes-
sivement tout Je personnel. Soulens partit donc, ainsi que
BROCHE BRILLANTS ET SAPHIRS
par Georse* HleJ.
Rey, le chef d'atelier, homme très intelligent, « véritable
encyclopédie universelle », disait Soulens, et tous deux
entrèrent chez J.-P. Robin, maison de premier ordre pont
la belle bijouterie et la bague. Soulens y resta quatorze ans*
Il y était souvent chargé d aller à la Bibliothèque Impériale,
au Cabinet des Antiques, pour y découvrir de q nouveaux »
modèles ; et il en rapportait en effet des choses inédites ou
très peu connues* et réussissait parfois a prendre avec de
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
53o
la cire des empreintes de camées, d intailles et même de
montures.
En [864, Soulcns quitta Robin pour s'établir. Il reprit, rue
du Temple, 79. la maison de Gralf, ancien chef d'atelier Je
Duplessis qui faisait, comme Robin, du beau bijou d'or et
aussi des bracelets jonc et demi-jonc, bien soignés, pour les-
D 1 A D K M K J »> A ! L L E H t 1 5 K T NiRltS
par E Llvii> { i ^v,>.
quels il fallait des mains habiles, car, à cette époque, on ne
se servait pas encore d'outillage.
Les affaires de Soulens prospérèrent rapidement puis-
qu'il occupa jusqu'à dix-huit ouvriers. Fournisseur des
principaux magasins du Palais-Royal, de la rue de la Paix et
des grands boulevards, il chercha à se rapprocher de sa
clientèle et se transporta, en 1 866. rue Yivienne, 7, à côté
de la Bibliothèque; mais, dix-sept ans plus tard, lorsque
furent décidés l'agrandissement et l'isolement de ce grand
établissement national, il lut exproprié, le voisinage d'un
54© LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
atelier de bijouterie semblant constituer un danger perma-
nent d'incendie.
Soulens s'installa alors 26, avenue de TOpéra, où il
resta dix ans; il se transporta ensuite rue d'Antin, 1 4^ qu'il
quitta en 1894, époque à laquelle il se retira définitivement
des affaires.
Élève de Fali/e père et de Paul Robin père, Soulens
D 1 A D K M K RUUANS E N J O A I L L li R l tt
par Edmond Lccas.
avait bien profité des leçons et des conseils de ces deu\
maîtres, car il lut un fabricant de valeur et de goût, dont
les œuvres de bijouterie et de joaillerie lurent toujours
irréprochables. Il avait la passion de son métier, si for t que,
devenu rentier, il fît installer chez lui un petit établi à une
place, qu'il garnit de tous les outils et accessoires dont il
s'était servi pendant de si longues années : limes, pinces,
bouterolles, marteaux, etc. Il fallait voir avec quel m, in
méticuleux cet alerte vieillard entretenait dan* un état de
propreté reluisante les Jidcles instrument* de travail de toute
JJ 0 d i; S DE I £> f) 2 .
Aigrettes, colliers, bracelets.
542 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
sa vie, et comme il aimait à s'en servir encore souvent,
uniquement pour le plaisir de les manier.
Nous avons encore à parler d'un grand nombre de nos
confrères contemporains, tous intéressants à des titres divers.
11 est très difficile de trouver un classement qui donne toute
satisfaction. Celui que nous adoptons iV implique aucune
préoccupation de supériorité ou de préférence; nous nous
D I A l> ii M K I N J O A J L L B B I li
par K* Lccas ;ibs<>}. — Largeur : uSi miJlim.
sommes simplement efforcé de conserver, dans la présenta-
tion des gravures, l'ordre chronologique, autant du moins
que cela nous était possible.
Une des maisons auxquelles on s'adrc>saii pour les bijoux
distingués fut la maison Jacta. fondée par Kugcne Jacla
(i 8 i5-i8g3). Fils d'un avocat champenois \ mort subitement
en laissant quatorze enfants. Jacta, qui était le plus jeune,
fit son apprentissage chez Crouzet père, le fabricant bijoutier
i. Le grand-père était vigneron aux environs d'Épernay,
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
543
réputé dont nous avons déjà parlé. Vers 1 834, désireux de
se perfectionner, il partit à pied, sac au dos, suivant l'usage
d'alors, et travailla en Allemagne, en Italie, et surtout en
Suisse, à Genève, qui était un centre important de fabri-
cation.
Revenu en France en 1 8.36, il passa quelque temps chez
BAGUES « M U D E k N STYLE » i£ N J O A 1 t, t. E l< I Ji .
iMiiis^J] l Gentil id, à I^OO.}
Jacquet, fabricant bijoutier perc du peintre actuel Gustave
Jacquet), qui, l'ayant pris en grande amitié et lui ayant
reconnu des aptitudes spéciales pour la vente, lui conseilla
d'abandonner l'atelier où il ne pouvait avoir qu'un avenir
limité. C'est ainsi qu'il le lit entrer comme commis chez Le
Cointe', joaillier de la famille d'Orléans; Kugène Jacta ne
quitta cette honorable maison que sur les instances très vives
1. Voir tome t er , p. 3jû et 3n, *
5 4 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SLÈCLE
de Janissct 1 qui lui offrait, indépendamment de certains
avantages matériels, la place de premier employé. Le Cointe
Tayant engagé à accepter d'aussi belles conditions, Jacta
resta chez Janisset comme directeur gérant jusqu'en 1846.
A cette époque, très encouragé parla haute société pro-
testante, il s'établit en appartement, boulevard des Italiens,
au n° 17 (devenu aujourd'hui le n M l>5), et épousa M He Achard,
tille et petite-fille de négociants en diamants. Ayant pris,
en 1848, un petit magasin rue de la Paix, 17, il dut l'échanger
IM » M II K S DE CANNES CISELEES E I É M A I L L É E S .
(Maison G. .lacta.)
en 1-862 pour un plus grand, dans la même maison. C'esl
que. depuis ses débuts très modestes. ^>a maison avait pros-
péré graduellement ; déjà, en iS55. il avait participé à l'Expo-
sition du Palais de l'Industrie, où il est signalé pour « un
diadème d'étoiles en brillants avec résille », (jràce à la
recommandation du Comte de Nieuw erkerke. il était devenu
fournisseur de la Princesse Mathilde, puis de l'Impératrice
Eugénie et de l'Impératrice de Russie. Des personnalités
influentes s'étaient intéressées à lui, entre autres l'émincnt
avocat Berryer, ancien collègue et ami de son père, et le
1. Voir tome I er , p. 2y5 et suiv.
AGRAFES DE MANTEAU EN ARGENT CISELE
par Erhart (1899). — Réduction d un tiers.
35
5 4 6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX 6 SIÈCLE
marquis H. de la Rochejacqueleiïi, qui avait gardé un sou-
venir reconnaissant des services rendus à >>a famille pendant
la grande Révolution par l'avocat Louis Jacta.
Eugène Jacta avait de jolis modèles dont il était ires
jaloux. Connaissant sa grande susceptibilité sur ce point, les
ouvriers du quartier et même certains fabricants se taisaient
un malin plaisir, pour le taquiner, de s'arrêter ostensible-
En 1862, Jacta exposa à Londres et y obtint une récom-
pensé pour sa joaillerie el pour des bijoux de genre étrusque
à filigrane J'or\ alors tout nouveaux* La fortune semblait
lui sourire, lorsque divers événements fâcheux vinrent le
surprendre, notamment la mort imprévue, en 1867, de son
protecteur, le marquis de la Rochejacquelein, Il dut céder
sa maison Tannée suivante à Léon Bassot, auquel succéda à
son tour M* Edgar Morgan en 1886. (I /aménagement intérieur
du magasin est resté tel que Jacta l'avait installé en 1862.)
PETITE T R 0 U S is i; DE DAME
(Maison G, Jacta.]
ment, ù l'heure du
déjeuner > devant la
devanture de son ma-
gasin, rue de la Paix,
Jacta, qui faisait sen-
tinelle, mobilisait aus-
sitôt ses employés et
tous, m un isde grandes
feuilles de papier de
soie préparées à
l'avance, se précipi-
taient pour cacher
l'étalage aux indis-
crets, dont la joie ne
connaissait plus de
bornes lorsqu'ils
étaient parvenus a lui
taire recommencer ce
manège plusieurs fois
de suite.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
547
Jacta termina sâ carrière commerciale en appartement,
rue Basse-du-Rempart. 26, non sans sans avoir rempli son
devoir de Français
en 1 870 , s'enga-
geant, malgré ses
55 ans, dans l'artil-
lerie volontaire. Il
suivait e n c e 1 a
l'exemple de son
père qui, bien que
r o y a 1 i s t e e o n -
vaincu, avait pris
part, comme soldat
de la République,
à la bataille de Jcm-
mapes, en 1792. Eu-
gène Jacta, envoyé
au fort de la B riche,
se comporta brave-
ment sous le feu
de Fenne mi et fut
blesse à la jambe.
Son fils, Georges
Jacta, né en 1848,
fut mis en appren-
tissage à 1 5 ans, chez
Lepage. rue Mon-
conseil, qui fabri-
quait le bijou et la
j( taillerie d'or. 1 1 en
& n tit en 1 $68 pour
entrer dans la maison paternelle. Pendant la guerre de 1870,
il prit part, comme garde mobile, aux opérations du siège
de Pari-, a--i.-ti.inl aux combats de Chutillon, du plateau
d'Àvrom de Montietout. du Bourgct, ou il fut blessé à la
main et proposé pour la médaille militaire.
NECESSAIRE I> K D A M I! . M N OR CISELÉ)
GRAVI-; ET É M A I L L É ,
548 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE
Apres la guerre, il partit pour Londres, et y séjourna
quatre ans; Il acquit de nouvelles connaissances profession-
nelles^ tant chez un bijoutier italien très habile, nommé
Rinzij que par la fréquentation assidue de l'atelier de
Al. Prégnot, dessinateur français pour ameublement, très
apprécié, et aussi par ses visites au Kensington Muséum, où il
dessinait, le soir, en compagnie de Galland* lui 1873, G. .lac ta
revint a Paris pour être chef d'atelier chez Auguste Lefebvre,
Û T U l a £ I C A R H î TE S EN OR C L s H i. É , 1. 1< a v j': KT à M A 1 L L &
iM,iibon G. taçtfl )
rue du Grand-Chantier, qui fabriquait surtout de la joail-
lerie pour 1 exportation ; enfin, il entra comme dessinateur
cl employé chez Gabriel Jarry ainé, dont il reprit la maison
en 187g. Il continua le genre de cette maison, qui exécutait
de la belle bijouterie d'or : boucles de ceinture, châtelaines,
trousses, étuis, miroirs de poche, face à main, pommeaux
de cannes, etc. I n peu plus tard, vers 1 89 1 ? il fit des bijoux
importants, entre autres des colliers et des collerettes, tissées
en dentelles de til d'or avec applications de joaillerie: mais
le grand travail que nécessitait leur exécution n'était pas en
proportion avec le résultat obtenu, Venu en 1887 rue du
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
Quatre-Septembrc, puis en 1 899 rue des Pyramides, Georges
Jacta perfectionna continuellement sa fabrication de petite
orfèvrerie d'or et de bijouterie de fantaisie, qui a un cachet
de distinction et de fini très apprécie.
Il n'est peut-être pas inutile de dire ici quelques mots
sur la maison de Jarry aine Gabriel}. lequel n'avait aucun
L> 1 A D K M E .
(Maison Paul Hamclin )
lien de parenté avec son homonyme, associé de Marreî.
Cette maison avait été fondée en 1826 par Monthiers. fabri-
cant de pommeaux de cannes, de tabatières, de lorgnons
et autres objets cToptiquç, exécutés principalement en
argent et dans le genre assez ordinaire répandu à cette
époque. Vers 1846. Monthiers la céda à Galle qui, pris de
peur au moment de la Révolution de 1848, la vendit à
Gabriel Jarry et s'adonna à l'agriculture,
Jarry aîné était alors premier commis chez Caillot et
55t) LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
connaissait bien « la place ». Secondé par un contre-maître
capable, nommé Devitte, il éleva le niveau de fabrication
delà maison, entrant même en concurrence avec Froment-
Meurice. 11 lit, à l'occasion de l'Exposition de 1 855, un
grand effort qui lui valut une médaille d'argent, ce qui
était très beau pour un début, et lui acquit une certaine
notoriété. Le rapport officie] signale : « un guéridon en
argent, avec dessus de mosaïque en lapis, pièce composée
de trois enfants à mi-corps, soute-
nant un cornet d'abondance. Char-
mant aspect ; ciselure et main-
d'œuvre d'une grande perfection,
bandeau en double d'or, d'une
admirable pureté de lignes. Un
porte-cigares très ingénieux. »
A l'Exposition de Londres, en
1862, il obtint de nouveaux succès
et quelques grosses commandes
d'orfèvrerie d'or pour l'Orient Mais
Jarry ne s'en tint pas à l'orfèvrerie
artistique, il apporta tous ses soins
à la petite orfèvrerie d'or : bon-
bonnières, flacons, étuis, glaces à
main, pommes de cannes et d'om-
brelles, dont il fournissait les prin-
cipales maisons de Paris, entre autres Verdict", boulevard
de la Madeleine, et Laurent, au Palais-Royal. Nous venons
de voir comment la maison Jarry aîné passa aux mains de
Georges Jacta.
Un excellent fabricant que nous ne saurions oublier est
Louis Desbazeille. En 1872, associé avec Derouen, 27, rue
des Petits-Champs, il s'était adjoint la maison Bourgeois,
fondée en 1860: puis, en 1877. il la laissa à Derouen, qui la
conserva jusque vers 1889 et en fonda de son côté une
distincte, rue Monsigny, 6.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
55i
\a\ maison Desbazeille adopta trois genres succe>sifs de
C E r A I N K S D'il OMJISS DITES « RKGKNCB ».
{Maison G, I teshnadllu.)
à 1889, les bijoux divers; a partir de 1889. les bijoux avec
médailles et ceux obtenus par la frappe, comme les médailles.
Après la guerre, sa spécialité était le bijou d'homme
3b2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE
avec camées, întailles et sardoines unies : boutons de
manchettes, médaillons et cachets tournants, bagues, [épin-
gles de cravate, etc. Dans ces bijoux, généralement en or
rouge poli, les pierres étaient retenues par des griffes ou
par des sertissures en or ou en platine* En 1880, elle monta
des grenats gravés en bas-relief sur fond çhevé, c'est-a-dirc
creusé en forme de cuvette. M. Vaudet, lapidaire, graveur
sur pierres fines, avait un tour de main spécial pour ce
genre de travail.
A la même époque, elle fit des bagues ù tète cintrée,
dont la pierre - - sardoine unie ou intaille — suivait la
h \ g 1; es d'iiomui ■;•>,
(Maison G. Desba;:eil]e.)
courbure du doigt au lieu d'être plate, puis d'autres bagues
dont la tête, montée sur pivots, permettait d'obtenir a
volonté des empreintes de Tune ou l'autre des gravures creu-
sées sur les deux faces de la pierre.
En 1881 3 Louis Desbazeillc prit comme associé son fils
Germain, alors âgé de 29 ans. et tous deux, sans cesse à
la recherche de l'inédit, créèrent un genre de bijoux
d'homme (boutons, médaillons, épingles), dans lesquels les
sardoines gravées ou unies étaient serties avec des grilles
massives d'or rouge, incrustées dans la pierre, puis lapidée-,
de manière à supprimer toute saillie de métal, l'or et la
pierre étant au même niveau.
Plus tard, Desba/eille employa pour des bijoux de
dames (bracelets et boulons d'oreilles*, des grilles de même
BIJOUX DIVERS,
(Maison G, Desbazeilli:.)
554 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
genre , mais en argent incrusté dans des grenats cabochons
et serties de roses.
Vers le milieu de 1882, on vit paraître à Paris une pierre
nouvelle, dénommée œil-de-chat du Cap, puis œil-de-iigre.
Cette pierre, que les minéralogistes appellent crocydolite, est
une sorte de bois pétrifié à cha-
toiements jaune brun. D'abord
présentée par petites quantités,
elle se vendait au carat et assez
cher; puis, brusquement répan-
due à profusion, elle descendit
à des prix très minimes, ce qui
permit de la substituer à la
sardoine. Peu après, apparut
une variété de cette pierre, dont
les reflets étaient bleus ou ver ts
et quelquefois mélangés de vert
et de jaune.
De 1882 à 1 885, Dcsbazcille
et fils exécutèrent une série de
bijoux d'émail translucide d'un
joli effet. Repercés dans une
lame de plané à'<n\ ils repré-
sentaient généralement des or-
nements empruntés a f art arabe
ou persan, ou tirés d'écrans
PENDENTIF DRt'IDSSSK
par je hescomp*. japonais. Ce furent d'abord des
cpinglcsdccoiffure,des liseuses,
puis des épingles de chapeau dans lesquelles l'émail accom-
pagnait parfois nn cabochon de « pierre de lune » (variété
d\>rthose) entouré de roses.
Louis Desbazeille se retira en 1886; son fils continua
quelque temps encore à employer le camée dans ses bijoux,
mais, pour le rajeunir, il le lit repercer à jour. Ce fut le
dernier effort tenté pour maintenir au camée une vogue
qui allait décroissant depuis plusieurs années.
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
555
A partir de ce moment, Desbazeille s'adonna avec ardeur
et succès an bi jou-médaille et aux objets fabriqués en utili-
sant le tour à réduire dont nous parlerons plus loin, exécu-
B A G U K S i; N OU CISELÉ POUR HO M MES.
tant ainsi des broches et de charmants boutons de manchettes
de modèles très variés et d'une grande linesse d'exécution,
soit tout en or de patines diverses, soit rehaussés d'émail.
Il fit aussi d heureux essais dans la joaillerie ; par exemple,
certaines épingles de coilTure en écaille, ou encore ces bou-
556 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE
quets de violettes naturelles (ou artificielles) dans lesquels
étaient mélangées fort agréablement des violettes en diamants,
et qui plurent beaucoup*
Nous venons de signaler la défaveur croissante où se trou-
&R(iCTlK [>|ANK BHOCHK PARISIENNE BROCH K PRINTEMPS
pyr Vcrnicr llSSlï); par Jules Chérct. par Wriiicr.
vèreni le camée et les intailles vers 1880. Beaucoup de fabri-
cants en éprouvèrent un préjudice considérable et durent
chercher à les remplacer. C'est alors qu'ils songèrent aux
médailles antiques, grecques ou romaines, sortes de camées
admirables, dont la chaude couleur d'or fin devait rcm-
B R 0 C H E I1ROCHE RONCE H R O C M E
par Victor MrouvO. par hampl et If i vau d par Victor Prouve 1 1 ^^i.
placer avantageusement l'aspect un peu froid de la pierre
dure. Ils utilisèrent aussi les monnaies d'or françaises allant
depuis Charles Y jusqu'à Louis XY1. Non seulement il était
assez facile de s'en procurer de bons exemplaires chez les
antiquaires, mais on pouvait faire frapper les plus récentes par
la Monnaie de Paris, qui en possédait encore les coins. Puis,
LA TROIStÈMK RÉPUBLIQUE
35 7
l'ancien lit place au moderne, et cette évolution naturelle
amena pour les graveurs en médailles une ère
particulièrement prospère et des commandes
importantes auxquelles ils n'étaient guère habi-
tués.
En même temps, le perfectionnement du
tour à réduire permit d'obtenir des résultats
bien supérieurs, au moins comme finesse
sinon comme stvle, à ceux donnés par la
matrice gravée directement à la main. Dès lors,
tout artiste sachant modeler put composer et
établir des médailles sans avoir besoin d'un
apprentissage spécial. En iSSb. Fonsèque et
Olive axaient demandé a Yernier un modèle
de « Diane » qui n'obtint d'abord aucun succès;
mais on y revint un peu plus lard et ce fut là
le point de départ des innombrables bijoux
avec médailles dont la mode s'affirma ensuite
et dura longtemps. Cette vogue était du reste
justifiée, car ce genre permettait de donner au
public une véritable œuvre d'art pour un prix
peu élevé. Les mêmes bijoutiers éditèrent en-
core d'autres modèles très réussis et s'adres-
sèrent aussi à Jules Chéret; il traduisit dans
le métal les plus fantaisistes et les plus « pari-
siennes » de ses compositions, qui sous la forme
d'affiches multicolores et éclatantes, métamor-
phosaient, illuminaient alors tous les murs de
la capitale*
G. Desbazeille, qui avait été un des pre-
miers a entrer dans cette voie nouvelle, avait
commandé en 1889 à Vernier une médaille
« Cléopâtre », puis les modèles des c< Quatre
Saisons », des « Arts », des « Femmes aux
fleurs», du « Saint Georges», etc. A partir de i8q5, Des-
bazeille demanda à Rotv diverses plaquettes et médailles à
558 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
sujets religieux : la Vierge, l'Ange Gardien, etc.. suivis un
peu plus tard de sujets profanes : la Vestale, l'aune et
LES Q 11 A T li K A R T S .
Composition de Vvrnicr. (Maison G, DesbazfillïM
Nymphe, etc. D'ailleurs, Rotv auquel sadi ressaient plu-
sieurs fabricants, se servait depuis longtemps du procédé
delà réduction et exécuta ainsi, a l'occasion de l'Exposition
de i88() destinée à fêter le centième anniversaire de la
Révolution Française, un bijou, un bracelet dit du Cente-
naire, que Charles Rivaud édita, comme il édita dans de
charmantes montures de sa composition, des médailles de
Dampt, la broche du ce Souvenir » de Victor Prouve et
bien d'autres. Charles Rivaud est du reste un artiste, doublé
d'un artisan, dont les productions sont pleines de recherche
et d'originalité.
LA NUIT (ï*<j<j). f*A L L I A (Jttl)7). L T AMOLJi iS^S).
Médaille* par Vtefiiôn. [J. Diival, è4it»ar«-]
Dès iSgï, Duval et Le Turcq, tous deux élèves de
l'École des Arts décoratifs où ils s'étaient liés, et qui
LÀ TROISIÈME RÉPUBLIQUE
55 g
s'étaient établis bijoutiers en iS85, firent
une médaille qu'ils intitulèrent « la Vierge
des Catacombes », Cette médaille, très
épaisse, contrastait absolument avec celles
très minces que fabriquaient alors les spé-
cialistes des médailles religieuses ; elle
obtint un succès complet, et fut vendue en
quantité énorme en France et à l'étranger.
Duval et Le Turcq, bons dessinateurs, et
ayant du goût, s'étaient donné pour pro-
gramme de créer du nouveau. Ils le réali-
sèrent en fabricant un nombre considérable
de bijoux d'une exécution très soignée.
Sans les rappeler en détail, nous citerons
seulement, comme se rattachant au genre
médaille dont nous parlons, un bracelet
« Gaulois », obtenu par l'estampage, qu ils
tirent en 1890, et dont nous donnons la
reproduction. Des orchidées et des papil-
lons, avec des émaux mats et des émaux
sur paillons, eurent beaucoup de succès
vers 188g.
Les deux associés se séparèrent en 1894
et continuèrent chacun à produire de jolies
choses, A l'occasion de la millième repré-
sentation du Faust de Gûïioo.d, à l'Opéra,
en 1895, Le Tureq eut l'idée de faire, avec
la collaboration de Vernier, un bracelet
(( Faust » j obtenu par la f rappe et qui
reproduit les ligures de Marguerite, de
Faust, de Méphistophélès et de Valentin.
Georges Le Turcq (1 85g) exécuta aussi,
vers 1900, de belle joaillerie et des bijoux
avec émaux très intéressants. De son côté,
Julien Duval fi856), s'étant adressé à son
camarade Vernon (de son vrai nom Frédéric
-a
Mi
56o (.A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
>
de Yernon, 1 858)^ qu'il avait connu à l'école des Arts déco-
ratifs, lui demanda une série de médailles admirables dont
DK^ KLÛPPI^ MENT AGRANDI DU D K DE LA KKINE W I [.H K L M I N E ,
Composai on in K. Vernon • 1900 . (Maison .1. huvaL)
nous rappellerons les principales : la « Sainte Cécile », en
i S 96 : la d Gallia en 1S97 ; « l'Amour », la « Vierge », en
1 ÎStjfS : le « Jour «, la « Nuit », «. l'Aurore », le « Crépus-
cule », en ï 899 et en 1900, le fameux dé que le Président
D L D E LA H Û 1 N E W J L El K LSI Ifl K •
Composition de E* V r ërnon (r,gou}« (Maison J. Duval.)
Kriïger offrit, dit-on, à la jeune Heine Wilhelmine, lors de
son mariage. Ce dé. qui représente de charmantes coutu-
rières parisiennes gracieusement groupées, n'avait jamais
eu d'analogue, aussi son succès fut-il encore plus grand que
a h g c i e i; s ls joaillbrik: i-amehs kt attributs louis xvi,
36
562 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
LA V I 1£ Jt G të
DES CATACOMliKS
par Julien Duvul (1891).
(Maison ^^Ll^i^^ et Le Tu ru].
celui des autres «ouvres que Vernon continuait de faire pour
Du val.
Avant de terminer ces lignes consacrées à remploi des
médailles dans le bijou, citons encore
une « Parisienne», que Foisil exécuta
en 1 899 pour NL Ë. Mari incourt et
dont la vogue très accentuée s'adressa
beaucoup moins à la médaille elle-
même, cependant jolie, qu'à l'idée
qu'avait eue le fabricant de sertir en
roses le collier de cette Parisienne,
ainsi que les fleurs de sa coiffure.
Pour une certaine clientèle, cette
addition de diamants faisait préférer
ce modèle et les autres similaires qu'on
fit depuis, à des productions d'un
mérite artistique parfois supérieur.
L'examen des œuvres des différents maîtres graveurs en
médailles n'entre pas dans le cadre de notre travail; nom-
breux turent ceux qui fournirent
aux bijoutiers des créations très jus-
tement appréciées des amateurs :
nous nous bornerons à ajouter aux
noms que nous avons cités, ceux de
Legastelois, de Yencesse, de Rivet,
de loindy : enfin, celui de Louis
P>ottée, artiste de grande valeur,
qui a composé des pièces d'orfè-
vrerie et des objets remarquables,
sans parler de nombreuses et inté-
ressantes plaquettes et médailles,
en particulier celles de « Bellone »
et «Cvbèle», qu'il exécuta au commencement de 1891 pour
Vever,
C'est par une pente toute naturelle qu'on fut conduit à
utiliser le tour à réduire, non plus seulement pour fabriquer
BROCHE
A VKC B À $- R E L 1 E F b 1 1 V 0 1 R lî
par Vernon,
LA TROISIEME RÉPUBLIQUE
563
des médailles nu des plaquettes, niais même pour exécuter
des bijoux entiers, aux contours mouve-
mentés et aux reliefs assez accentués parfois
pour nécessiter une retouche de ciselure.
Il s'est toujours fait d'excellente bijou-
terie dans l'importante maison dirigée par
MM. Bottentuit et Plisson de [872 à 18S6,
puis par M, Plisson seul jusqu'en 1898: à
cette date, celui-ci s'adjoignit M. Hartz. son
collaborateur depuis de longues années, et
qui devenait son associé lorsque, en 1004. la
mort emporta M. Plisson, après 32 années
bien employées à la recherche de la nou-
veauté et au souci d'une fabrication irrépro-
chable.
Le nombre des jolis bijoux et des mo-
dèles à succès exécutés dans cet atelier
réputé est considérable. M. Hartz en fut
presque toujours le créateur ou l'inspirateur
ingénieux. Tous les genres furent traités
avec une égale réussite : ciselure, émail,
petite joaillerie, etc. C'est de là que sortirent
pour la première fois les chimères en or
ciselé, si froidement accueillies au début
de leur apparition et qui par la suite
firent véritablement fureur. Le succès fut
également complet pour ces animaux en
ronde bosse , entièrement pavés de dia-
mants 1 , que rehaussaient des lignes de
rubis, de saphirs ou d'olivines : lapins, chats,
lézards, tortues, crabes, insectes de toutes
sortes, ainsi que pour les charmantes
petites corbeilles fleuries et tant d'autres
jolies tantaisies d'un goût bien parisien
que M, Hartz continue à exécuter avec un goût parlait.
m
V, 4 LA niJOï'TKRIK FRANÇAISE A IJ XIX e SIÈCLE
La maison Fontana est une des plus connues de Paris.
Elle fut fondée par Thomas Fontana (i8i3-i86i) qui, venu
de Suisse, avait débuté très modestement galerie Beaujolais
au Palais-Royal en 1840 et dut, en raison de la prospérité
H iî 0 C ! I IL S A N I M A U X li N J O A ILL ]•: H I I : H T I' I K H B I- S [) K <; U l L K U R S ,
Chats, lnpins + lorlues, grenouilles, Cfttbcs, lé^Lird, lK (
(Maison Plisson m\ H art 2»)
de ses affaires, agrandir successivement SCS magasins d'un
nombre croissant d' « arcades » : il finit même par acquérir
plus tard l'immeuble dans lequel il était installé,
A la mort de Thomas Fontana. son (ils aîné t Charles
11849; étant trop jeune pour pouvoir lui succéder, ce furent
j. Henri lontana, le second tîls de Thomas, est notaire à Paris.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
.V,5
MM. Joseph Kontana, son neveu, Alexandre Templier, son
CIUINKS u H il f, i: s C K » -
•M ii i sun ! 'lit-son c-t Hurtz.)
neveu par alliance, et ses autres héritiers qui, sous la raison
sociale T. Kontana et C ic , assurèrent la bonne marche de
566 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
la maison. Charles Fontana y entra en 1867 et en prit la
direction en 1 871 ; il conserva toutefois comme associés les
anciens collaborateurs de son père.
Lorsque le Palais-Royal eût perdu complètement la
laveur du public. Charles Fontana, suivant l'exemple de la
plupart de ses confrères, se résigna à l'abandonner et. en
1896, s'installa rue Royale dans un spacieux emplacement
où il continue, en association avec son neveu André Baudrier
et son cousin Jules Templier, à soutenir le renom de son
importante maison.
Les Fontand ont toujours été réputés pour leur joaillerie
DKO C H E£ S CHIMÈRES EN U R CISELÉ.
(Maison Plisson et Hartz.)
classique et riche: ils ont une grosse clientèle dans la bour-
geoisie parisienne.
Nous venons de dire qu'au décès de Thomas Fontana
sa maison avait été en partie dirigée par un de ses neveux,
Joseph : son oncle l'avait fait venir à Paris en [855 pour lui
taire compléter ses études, puis l'avait pris avec lui comme
collaborateur. Devenu associé des héritiers en 1861. Joseph
Fontana 1 1840-1897) conserva cette situation dans la société
Ch. Fontana et 0\ formée en 1871. A l'expiration de cette
société^ en 1881. il partit et fonda en 1882 une nouvelle
maison avec sôn frère Giâcomo Fontana (1847-1899) qui.
après avoir été plusieurs années employé dans la maison
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
56;
Charles Fontana et C ie , s'était établi en 1877, galerie de
Valois, au Palais-Royal. Sous la raison sociale Fontana
frères, ils restèrent au Palais-Royal jusque vers la lin de
lîScp. époque à laquelle ils transférèrent leur maison, 7. rue
de la Paix, où M. Pierre Fontana (1870L fils de Joseph, leur
a succédé.
U _ ' ____
ORNEMENT DE C O R 5 A (; K .
(Maison Fontana frères, iqooj
Joseph Fontana était depuis membre honoraire
du Conseil de la Chambre Syndicale dont il a lait partie
pendant de longues années et où il s'était acquis l'estime et
la sympathie de tous ses collègues.
Le nom de Linzelef est estimé depuis longtemps dans la
corporation et, coïncidence curieuse, il se trouva trois frères
exerçant la même profession. Nous trouvons le premier ainsi
568 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
désigné dans l'A{ur de 1 833 : « Linzeler aîné, rue Sainte
Honoré, 3g6, orfèvre-jpainîer-bijoutier, tient le change des
Cliché Reutlingtf.
L A itELLE OTKRO PARÉE D 13 SES BIJOUX.
monnaies » ; le second. Charles Linzeler, rue de rAnciennc-
Comédie, 5, « joaillier-bijoutier, tient la curiosité » ; enfin,
le troisième, Eugène Linzeler père, avait fondé en 1840, avec
Laurent, rue C<.K]-Héron. n" <), une fabrîc|iic de « hijoutier-
garnisseur » (flacons, nécessaires, etc.).
DEVANT D E CORSAGE
EN JOAILLERIE, DE LA H E L L E OTERO,
Hauteur : 2 3 cent.
5 7 o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XÏX* SIÈCLE
Eugène Linzeler père (1808- 1888) était un graveur-cise-
leur, avant ira\ aillé anicncu renient chez Joseph LegranJ.
Il était en relations d'affaires suivies avec un bijoutier nommé
Chabrolli qui avait une petite boutique, boulevard de la
Madeleine, n. Ce dernier n'ayant pas réussi* Eugène Lin-
zeler, pour rentrer dans l'argent qui lui était dû, reprit,
en 1845. la boutique de son débiteur et y transporta sa
maison: il ne tarda pas à lui donner plus d'importance en y
adjoignant aussi la bijouterie et la joaillerie. Eugène Linzeler
B U 0 U , t M E B A U D B S L T BRILLANTS DR LA B H L L E O T £ Il O .
Lârgùîjr : 27 cenl,
père avait épousé la fille d'un M. Laurent, qui n'avait aucun
lien de parenté avec son ex-associé* et qui tenait un magasin
de cannes et parapluies connu sous le nom de Yerdier. Très
fréquenté par les élégants, ce magasin, situé d'abord 102.
rue Richelieu, fut transféré, vers 1862, boulevard de la
Madeleine, à quelques pas de celui de Linzeler.
En 1864, Eugène Linzeler père s'associa ses deux fils
aînés : Eugène 1 1834-18981 et Frédéric [836), puis, un peu
plus tard, son troisième lils. Albert m 844-19071. I^e dernier,
Georges « i853l dirigea quelque temps la maison avec son
frère aîné Eugène, dont il prit ensuite le lil>. Ernest 1 1 Sfô .
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
5/i
qui devint son associé. Tous deux sont encore aujourd'hui à la
tête de cette maison de joaillerie d'une excellente réputation.
Eugène Linzelcr père, ainsi du reste que tous les membres
DEVANT DE CORSAGE, PLUMES DE PAON EN JOAILLERIE*
(Maison André Aucoc, içooj
de sa famille, fut très apprécié de ses confrères. Trésorier
très dévoué de la Chambre syndicale pendant de nombreuses
années, il reçut Fhonorariat en i883, au moment où il quitta
les affaires; ses fils y remplirent aussi, à plusieurs reprises,
les fonctions de secrétaires et de membres du conseil. Fré-
=72 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
déric Linzeler, le sympathique vice- président de la Fra-
ternelle, est le père de Robert Linzeler, l'orfèvre érudit,
au goût très sur, dont les productions sont appréciées par
une clientèle d'élite.
Nous avons dit précédemment 1 qu'en 1881, Marc (iuev-
ton, neveu d'Alexandre Gueyton. fondateur de la maison,
s'était vu contraint par la maladie de laissera sa femme le
soin de diriger ses affaires* C'était, pour cette dernière, une
tache rendue plus lourde encore par son inexpérience. Elle
H R A CELET O F I K R I l'AH I. A \ 1 |. L I DU M A V R B A M ■ 1 K Y. L IX l'AIR %\
Exécuté par Camille Gueyton (i8gâ),
dut y renoncer : malgré tous ses efforts, la maison péri-
clitait lorsqu'un î 883 Marc mourut. Ce furent ces tristes
circonstances qui amenèrent un lils d'Alexandre, Camille
(îueyton.à reprendre La maison créée par son père. Camille
Gueyton avait alors 33 ans: ingénieur des Arts et Manufac-
tures, ignorant tout de son nouveau métier, il se mit coura-
geusement à l'œuvre. Un travail assidu, son goût naturel,
lui permirent cependant de devenir bientôt un bijoutier
habile, sachant donner à ses œuvres un cachet artistique.
Ce sont généralement des objets de dimension moyenne,
pour l'ornementation desquels il utilise fréquemment, et
avec élégance, les feuilles de latanier et de palmier qui
i. Voir p. j55.
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
573
constituent en quelque sorte la note caractéristique Je re-
composition >.
En 1895, lorsque Félix Faurc lut nommé Président de la
République, ce lut à Camille Guevton que la Ville du Havre
commanda le bracelet qu'elle offrit à la nouvelle Prési-
dente. Ce bijou, exécuté en huit jours, est décoré des armes
du Havre, accompagnées de branehes de chêne et de laurier,
ainsi que de roseaux svmbolisant la Seine: des saphirs, des
brillants et des rubis figurent les couleurs nationales. Des
ancres s'enlacent avec le monogramme de Félix Faure, rap-
AVEC SAPHIRS, KBILLANTS K T RUBIS,
OilcH pur la ville du Havre a M"« l t aure (i*^). — Exécuté par Camille Gueytou.
pelant ainsi que le député du Havre était ministre de la
marine au moment de son élection.
Le premier Salon auquel li^ura Camille Gueyton fut
celui de 1896. Depuis cette époque, il y participe fidèlement
chaque année, ainsi qu'à la plupart des Impositions, où ses
bijoux, ciselés avec goût et parfois décorés d'émaux, tien-
nent une bonne place.
La maison Auger est aussi parmi les plus connues. Son
fondateur, Alphonse Augeï (1837-1904), avait commencé
par être sertisseur; en 1862, il s'établit joaillier. Il fut pen-
dant de longues années le fabricant attitré de maisons
importantes^ telles que Lemoine et Mellerio-Borynis : il eut
5 7 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
M. Falguières comme associé de 1864 a 1870, puis, demeure
seul pendant huit années
qui virent ses affaires
prendre un essor considé-
rable, il s'associa en 187S
M. GuércU qui le quitta
en 1889,
Son iils aîné, Georges
Auger (18641, son collabo-
rateur depuis 1893, prit
définitivement sa maison
en igoo.
En dehors de la joail-
lerie, la maison Auger exé-
cute de nombreuses pièces
d'art : épées d'honneur,
reliures d'albums, coupes
sportives, etc., qui sont
très appréciées.
La maison Lefcbvrc
fut fondée par François
Lefebvre (1820- 1890) qui,
en 1845, s'établit comme
horloger dans une petite
boutique de la rue Saint-
Antoine; il la quitta plus
tard pour s'installer 106,
rue de Rivoli, où il conti-
nua à s'occuper exclusive-
ment d'horlogerie.
François Lefebvre eut
deux tils. Eugène et Ed-
mond, qui tous deux surent
conquérir dans la corporation une situation des plus esti-
mées. L'aîné, Eugène (1848- 1907) reprit en 1874 la maison
SAUTOIR AUX SI N G fi S
par Camille Gueyton,
BIJOUX DIVERS î BOUCLES D B CEINTURE,
par Camille Gueyton.
BAGUES, ÉPINGLES
5$6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
paternelle et se risqua alors timidement à faire un peu de
joaillerie, à la grande inquiétude de son père que tant d'au-
dace effrayait, mais qui ne tarda pas à être rassure par la
réussite Je son fils. Celui-ci. en ellet. par son intelligence et
son activité, lit rapidement prospérer ses affaires dans les-
quelles la joaillerie tenait une lar ge place et participa brillam-
ment a l'Exposition de 1 889 où il obtint une médaille d'or.
En iSc)5, Eugène Lefebvre acheta le tonds de Rabanit.
BROC H K C 11 A U V E - S O V R F S
par Camille (ïueyton.
rue des Minimes, puis celui de (ilachant, quai des Orfèvres.
L'extension que prit sa fabrication d'orfèvrerie et de bijou-
terie d'argent : articles de fumeurs, pommes de cannes,
boucles Je ceinture, etc.. le détermina à établir, vers
un atelier spécial, rue du Temple. 118, dont il confia la
direction à M. DesmarqueL son associé, créant ainsi une
maison distincte pour son plus jeune fils.
Président de l'Orphelinat delà Bijouterie de 1 8S5 à 0)o3,
Eugène Lefebvre aîné se consacra avec ardeur au dévelop-
pement de cette belle œuvre cl lut un des principaux auteurs
de sa prospérité actuelle. En i8g3, toute la corporation fut
heureuse d'applaudir à sa nomination de chevalier de la
D I a n É II Ê ,
BOUCLES, BROCHES, BRACELET
par Camille Gueytoo,
57* LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Légion d'honneur, récompense de son zèle infatigable et de
son dévouement. Il recul aussi en k)(o la grande médaille
d'or de la Société d'Encouragement de la Bijouterie.
Son fils aine, Charles Lefebvre (1874). entré dès l'âge de
14 an s comme apprenti dans l'atelier de son père^ lui a succédé
de[mis 1904, rue de Rivoli. Son autre fils, Eugène Lefebvre
fils (1876), dirige la maison de la rue du Temple avec \L Des-
marquet, l'ancien associé de son père; il a joint a Forlex reric
et à la bijouterie d'argent la fabrication du bijou d or estampé.
&ROCH 6S t:oikuNNiiS iù s bkil lants i S () O ) .
KARRJiTTIi 1> L COLLII1R U B CUIKN f I S <J -\ ►
[Maison Cli. Marie.)
Le second fils de François Lefebvre. Kdmond (i856u
fit un court séjour dans la maison de son père et s'installa
au Palais Royal en 1881. Il forma plus tard une association
avec Gabriel, successeur de Du pu y et C h au dé et adjoignit
sa maison à la sienne.
Gomme tous ses voisins, il dut quitter le vieux Palais
délaissé du public ; il vint alors rue Royale, 8, où lui
succèdent maintenant MM. Henri Templier et Hallingre.
Grâce a son intelligence, à la rectitude de son jugement.
M. Edmond Lefebvre a rendu de grands services à la corpo-
ration comme membre du Conseil de la Chambre Syndicale.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
?79
dont îl est secrétaire honoraire, ei comme juge au Tribunal
de Commerce, où ses ëminentes qualités lui valurent l'estime
générale et la croix de la Légion d'honneur.
COLLIERS A F K R R E T S , DIAMANTS ET RUIHS CALlUklU.
Nous avons vu que Auguste Marie (1821-1898), ancien
chef d'atelier de Alexis Falize père, l'avait quitté pour
s'établir en î 858 . Très bon fabricant, sachant dessiner, il
prit comme associé, de 1869 à 1877, son gendre Lamargot,
58o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
employé d'Auguste Halphen. La maison travaillait pour les
principaux marchands et fabriquait du bijou soigné 1 entre
autres des boucles de ceinture en argent niellé, du « Cam-
pa n a » jusqu'en 1N70, des parures camées jusqu'en iNy."). A
BRACELET
pût Paul Frey hfcg?).
ce moment, le camée notant plus très en faveur, Marie
cl Lamargot s'adonnèrent plus spécialement à la fabrication
des bagues riches dont ils avaient toujours eu un assorti-
ment important.
Kn 1N77, lors du dépari de Lamargot, (Charles Marie fils
(i858 3 qui a vait lait son apprentissage dans batelier paternel,
entra dans la maison qu'il reprit définitivement en 1887.
Il donna alors plus d'extension à ses affaires, ne se con-
1! H A L L L h I hiillLI- K S [> K M li H 11 h. n U I 1 11 E< I L L A N 1 S»
par J'*uil r rL j y i i ,
tentant pas d'ajouter a sa fabrication de bagues en joaillerie
celle des bagues d'hommes, des épingles de cravate , mais
s'adonnant aussi à la joaillerie de fantaisie : libellules,
insectes, grenouilles, écrevisses. Un peu plus tard, il fît de
très jolies pièces de dimensions restreintes, mais extrêmement
bien traitées, entre autres des broches avec fleurettes en
pierres de cuuleur.
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
A la fin de 1894, il fit des barrettes en joaillerie légère,
qui se portaient sur un large ruban de velours ajusté au
MODES DE [ 8 g 4 .
AJgrette, Heurs en joaillerie dans les cheveux, bracelets.
cou: ces barrette* accompagnèrent les plaques de cou dont
la mode vint peu de îemp> après et qui finirent par les
supplanter. Ces plaques, après s'être portées sur un ruban
de velours, devinrent ensuite le centre de a collier-, de
582 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
chien », composés cTabord de six ou sept rangs, puis de
douze à quinze rangs de petites perles. Vers 1890, Ch. Ma-
rie employa dans sa joaillerie une très grande quantité de
pierres de couleurs calibrées, il en faisait tailler plus de
mille chaque mois. 11 exécuta ainsi des pièces de joaillerie
d'aspect particulier qui eurent, et ont encore beaucoup
de succès. Tout en aug-
mentant sa production
comme joaillier il n'a
pas abandonné la fabri-
cation des bagues qui
avaient tant contribué à
la prospértié de sa mai-
son.
Un excellent fabri-
cant, très bon dessina-
teur, dont les composi-
tions ingénieuses sont
fort appréciées, est Paul
Krey < i855 j. Il fut exercé
dès sa jeunesse aux tra-
vaux de bijouterie, puis,
après s"ètrc mis au cou-
rant de La vente des
belles pierres chez Ha-
melin, il entra comme
associé chez Antoine T< >uvon précédemment maison Bellcau,
puis Touvon et Stensmaght). Cette maison fabriquait des
petits nécessaires de dames, des médaillons, des bouton- de
manchettes, des bracelets, enfin des bijoux de toutes sortes
en or mat, simples et soignés, du genre anglais, très en
vogue a cette époque.
Resté seul a la tète de la maison depuis 1800, Paul Frev
lui imprima une nouvelle impulsion et devint le collabora-
teur des principales maisons de Paris. Constamment à la
A CIGARETTES EN OR
par Paul Frey.
LA TROISIEME RÉPUBLIQUE
5S3
recherche de la nouveauté, il a créé un grand nombre de
AUMONIÏRK HIBOU, CUIR C ÏS lv L É H T OR
par Paul IVcv, (Réjfotolîou J Un tiers,)
bijoux d'une exécution irréprochable et dans lesquels l'ori-
ginalité s'allie à la distinction
fv Médaille d'argent de collaborateur à l'Exposition universelle de iqoo;
médaille d 'or de collaborateur à l'Exposition de Milan, iyo€.
5S4 l-A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE
Son fils aîné. André Frey. a remporté en 1907 le premier
prix du concours de dessinateurs organisé par la Chambre
syndicale. Ardent au travail, il seconde avec succès son
père depuis quelques années et permet
de bien augurer de son avenir.
Déjà, à plusieurs reprises, nous
avons longuement parlé de la maison
Fromenl-Meuriec\ de son ancienne et
légitime réputation, ainsi que du suc-
cès et des récompenses qu'elle obtint
sous le Second Empire : médaille d'or
en jNoy. croix de la Légion d'honneur
B RO Cil R I' tl EN IX
en 1869, à la suite de l'Exposition de
put r. 1 imiKni-Mcnrk-c, l'Union Centrale des Beaux-Arts appli-
qués à Y Industrie. Il nous reste à la
suivre pendant la Troisième République,
Nous retrouvons Emile Froment-Meurice prenant une
part brillante à l'Exposition de 1878. avec des bijoux, des
joyaux, et surtout de l'orfèvrerie
artistique. En 1889. même succès,
constaté en ces termes par le rap-
porteur Lucien Falize : « Il serait
superflu de nous étendre sur les
qualités de goût de ML Froment-
Meurice: la clientèle la plus aris-
tocratique lui est restée fidèle; il a
su garder et agrandir encore la
réputation de son père: il a réalisé
ce difficile problème d'être habile pr i. Jr ,„i-.\u
dans un art où son père avait été
des plus habiles, et son jeune fils s'essaye à des travaux
d'orfèvrerie déjà : en sorte qu'on verra trois générations
de Froment-Meurice, comme on a vu trois générations de
Germain t , »
Cet espoir ne s'est malheureusement pas réalise. Les tils de M, Ë. Kro-
LA TROISIEME RÉPUBLIQUE
585
Peu de temps avant, Froment-Meurice eut à exécuter
une pièce importante, d'un caractère spécial, au sujet de
bbacelet argent ciselé
par K, Froment-Meurice.
Composition de Samuel Vtfafrôt, ÊséCuliptl d'Auguste Ferni (vers 1900}.
laquelle il nous adressa pour la présente étude la note sui-
vante :
« C'était en décembre 1887, La catholicité se prépa-
rait à célébrer le jubilé sacerdotal de Léon X 1 1 1 ; chaque
G 0 L L T K R JOAILLERIE K T KJUIL.
• Mn (m Fniile Fronn-nt-Meunce — Kxposition d e Hjoo.)
nation saisissait l'occasion d'apporter au Pape conciliateur,
enfermé, mais si puissant dans son Vatican, l'hommage de
sa vénération,
ment-Meurice sont : François, conseiller municipal de Paris ; Jacques, sculp-
teur de talent: Marc, rompu aux longs voyages.
586 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
* Les diocèses de France ne se laissaient pas attarder :
celui de Paris, sur l'avis de réminent et très regretté
M 9r dTIulsL se disposait a offrir, en volumes somptueuse-
ment reliés, les chefs-d'œuvre des orateurs et des écrivains
chrétiens du xvif 1 siècle, présent bien fait pour plaire au
lettré que fut Léon XIII.
» Mais quelques esprits pénétrés, alors surtout que
Berlin annonçait l'envoi d'une mitre, de l'opportunité d'im-
primer à l'hommage de Paris un caractère plus symbolique.
OBNEMKNT DE CEINTURA K N OR.
Composition et ciselure de Qninton. — Camée en jaspe sanguin, par David. (Réduction de moitié )
(Maison Froment-Meurice, 1889.)
mirent en avant ridée d'offrir une tiare. MS r l'archevêque
de Paris craignait qu'on ne trouvât point les tonds néces-
saires pour composer une tiare digne de sa destination.
« Essayons ». proposa l'abbé Le Rebours : il essaya et, en
quelques semaines, il récoltait plias que la somme nécessaire.
» Là ne se borna point l'intervention du très intelligent
curé de la Madeleine; îl suivit pas à pas l'élaboration du
plan de l'ouvrage. Devant les quatorze dessins qui turent
patiemment étudiés par \L Henri Caméré, pendant que les
habiles mains d'Auguste et de Léon Férin travaillaient déjà
les parties arrêtées, sous l'inspiration de M. Le Rebours,
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
5S 7
des éliminations successives turent pratiquées : d'un pro-
gramme compliqué, nous arrivâmes ù un plan très simple,
» Sur une coitle de soie Manche brodée, des petites
perles blanches formant un fond damasse, se superposent
les trois couronnes d'or
dont les bandeaux et les
fleurons sont enrichis
de diamants, d'éme-
raudes, de rubis et de
saphirs; au sommet,
une croix d'or dont un
gros brillant fait le
centre et dont les bran-
ches supérieures se ter-
minent chacune par un
rubis cabochon,
> La Mlhoueucélan-
cée a été empruntée à
une fresque de Ghir-
landa jo et l'auguste
destinataire a approuvé
ce retour à l'antique
forme, qu'avaient fait
oublier les formes
ballonnées des tiares
offertes par Napoléon F*
et parla Reine Isabelle.
;> Nombre de dames
avaient oilcrtdes bijoux
ornés de pierres de
toute sorte : améthystes, opales, topazes, turquoises, aiguës-
marines, péridots. Sur la tiare même, nous ne voulions
admettre que les pierres très précieuses et, cependant, on
ne pouvait contrister ces âmes pieuses en leur rendant leurs
dons plus modestes: on imagina donc, et l'effet en fut heu-
reux, de broder d'un semé d'or pailleté de toutes ces pierres,
PENDANT DE CDL.
(Maison Emile Ffomeru-Mturice, igoo.j
5SS LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
le velours blanc qui tapisse le grand coffre revêtu a bexté-
rieur de maroquin blanc, où est
enfermée la tiare et, de cette
façon, les offrandes les plus hum-
bles, mais non les moins tou-
chantes, enveloppent pour ainsi
dire les plus précieuses, et toutes
ont ensemble concouru a glorifier
le Pontife suprême de l'Eglise
Catholique. »
Signalons.: aussi qu'en 1892,
ta Société d'encouragement pour
l'industrie nationale avait décerné
à Froment- Meurice sa grande
médaille d*Qf, dite de Jean Gou-
jon.
Knfm, lors de l'Exposition
de 1900, la plus haute récom-
pense, un grand prix, lui fut
décernée ; et dans le rapport qu'il
fut chargé de terminer, par suite
de la mort de M . Armand ('alliai.
M. Henri Bottilhet, après avoir
déclaré que l'exposition de
M. Kroment-Meurice avait sa
marque bien spéciale et bien
personnelle, ajoute : « Nous
crovnns avoir assez dit sur les
qualités des ouvrages qui sortent
des mains de M. 1-Yoment-Meu-
rice pour en faire comprendre la
valeur et. malgré le reproche
dl m mobilité qu'on lui a adressé,
nous devons lui savoir gré de
cette fidélité aux traditions pater-
nelles ; et ce iVest pas un faible mérite d'avoir su être habile
OR S E M H NT DE CORS AGE.
(Maison Marrct frètes,)
(Exposition de r tjoo.} — Hauteur : o«"r<i
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
et lnuj<>ur> ciud à lui-même, dans un art où son perc avait
PENDANT DE COU.
iMiiison Marret frères, — Exposition de t$ô&>) — Lur^i nr : $ ccnî. i 2.
laisse une trace assez profonde pour que la renommée l'ait
baptisé de son vivant du nom retentissant de l'orfèvre
florentin du xvi c siècle. »
Sgo LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Ces noies seraient incomplètes si nous ne rappellions en
terminant que M. Emile Froment-Meurice, non seulement
a été un orfèvre-joaillier d'un rare talent, mais qu'il possède
un cœur excellent, rempli d une affectueuse sollicitude poul-
ies apprentis, pour
les ouvriers, pour
fi . I H
à
PENDANT DE COU EN JOAILLERIE.
i Maison M a fret frères. — Imposition de kjoo.ï
toutes les œuvres de
notre corporation.
A vee un dévouement
inlassable, il s'est
toujours appliqué à
soulager les infortu-
nes professionnelles,
à encourager le mé-
rite et la vertu, à
stimuler le zèle de
tous, au moyen de
concours, de récom-
penses de toutes
sortes. Il n est resté
étranger à aucune
de> œuvres philan-
thropiques qui, de-
puis trente ans, ont
été organisées et se
sont développées à
l'ombre de notre
Chambre syndicale :
il serait difficile de
décider ce qu'il faut
le plus apprécier en lui, de son goût pour le beau ou de son
amour pour le bien.
Apres toute une vie de travail, d'honneur et de désinté-
ressement. M. Fmile Froment-Meurice s'est retiré a l'écart.
11 vit en solitaire, non sans jeter peut-être en arrière un
regard voilé de mélancolie, mais supportant noblement, avec
LA TR0IS1KMK R I ; IM'K 1 . I n t I
591
ki conscience du devoir accompli, les épreuves qu'il avait
si peu méritées.
Lu maison Cartier a pris, dans ces dernières années, une
ORNJiM KST D K CO [FFL'Rli M N BRILLANTS»
(Maison Marrct IfLics. PlxpQSÎtim) de 1900;)
extension considérable. Ce (ut Louis-Ffançois Cartier qui la
fonda, en 1847. rue M< mtoryucï 1 . 29 : il la transféra houle-
vard des Italiens, a 0 9. en 1 85g, lorsqu'il s'adjoignit le tonds
de Gil lion .
Alfred Cartier succéda en 1874 à son père, dont il était
l'associé depuis deux ans; il s'associa à son tour son fils
502 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE
aîné Louis, en 1898, et transféra sa maison, en 1899, rue
de la Paix, if i3. Bien que notre travail s'arrête, à peu de
choses près, à l'année mjoo, nous devons mentionner que
ISr<MÇ|IK ftfg J <-> M LL l: H I K.
i.Mji s r 1 1 1 Miun i Iïl-ic>. — I ■: x |ios i l rntrj ck j n*o*0
les deux frères, Louis et Pierre Cartier, succédèrent à leur
père en 1906 et continuèrent à faire la belle joaillerie qui
avait lait la réputation de la maison.
COlIi IK j B r> K c; e 1 11 : \ . souplk, plu m r s d B j ■ \ ■ < \ ,
[Maison Coulon, — Exposition de njoc).
Nous avons dit précédemment que MM. J. Début et
P. Coulon, tous deux employés chez Boucheron, s'étaient
établis en 1S79, rue de la Paix, 12, succédant à Samper.
Pendant la durée de cette association qui prit fin en 1S90. la
5t)4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
maison se fil remarquer par le nombre et l'importance de
ses productions. Le succès fut très vif à L'Exposition de 1889
et leur valut une médaille d'or pour des bijoux et des parures
d'une grande recherche et d'une parfaite élégance : des ailes
de colombes formant un diadème de joaillerie; un nœud
a • . ■ .
BROGli K R06K NoiltK
(Million L. Coulon* — Exposition de igoo»)
de diamants chiffonné avec un goût exquis, furent particu-
lièrement admirés.
Le départ de .1. Début laissa M. Coulon diriger seul la
maison pendant cinq années. En i<Sq5, il s'adjoignit M. De-
verdun comme associé, sous la raison sociale L, (Toulon
et C" . Tous deux très actifs, ayant beaucoup de goût, aimant
la fabrication impeccable, les belles pierres, la line ciselure,
ils ne pouvaient manquer de réussir auprès de la clientèle
élégante qui s'adressait à eux; aussi avaient-ils réuni, à
l'Exposition de 1900, « des bijoux et des pièces remarquables,
LA TROISIEME
K E IM," H Lin E E
dit le rapporteur, qui auraient mérité une haute récom-
pense » ; mais la qualité de membre du Jury de M. Coulon
les empêcha Je concourir. M. Souitlot continue ainsi :
4
a I li kS l&'N J m A 1 L LE IM i; .
i Maison Début ci Coulr.ti. J-xpcsition de t$#tj*) — Houkui * >5 cent.
« Une exécution parfaite est la caractéristique des objets de
genre très varié exposés dans cette vitrine, qu'il s'agisse de
joaillerie ou de bijouterie d'or, ou qu'il soit question d'objets
d'art Comme joaillerie, nous citerons notamment une
plume en brillants, sorte de marabout d'une délicatesse
extrême, exécutée en aluminium, métal jusqu'ici peu employé
S$g LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
et que
sa légèreté rcnJ précieux pour les pièces destinées à
être portées dans les cheveux.
L'aluminium ne se soudant pas,
chacun des éléments qui com-
posent cette plume demande un
rapport spécial. Kn menant à
honne lin ce travail, ils ont
vaincu une grosse difficulté.
Mais, à côté de ces ohjets en
joaillerie, nous trouvons une
note artistique très accentuée
dans d'autres pièces exposées-
Qull ^agisse de bijoux, tels que
ces eollicT s, ces broches, en or
ciselé et très délicatement pati-
nes, qu'il s'agisse de ce eolfret
de style si pur et si linement
travaillé, on voit que MM . (Ion-
Ion cl Dcvcrdun peuvent abor-
der tous les genres et que tous
leur sont familiers ».
A la suite de cette brillante
ex portion, M. L. Coulon tut
nommé chevalier de ta Légion
d'honneur.
1 .cuis Aucoe ( i<S5o-, lils et
hère des orfèvres bien connus,
acquit en 1877 la maison Lofe**
jois, fondée en i85o, et ne tarda
pas à conquérir dans la corpo-
ration une situation des plus en
vue, grâce à ses hautes qualités
personnelles. Aussi bon joaillier que bijoutier, il a produit
des œuvres pleines de goût et parfois aussi d'une heureuse
originalité. Dan- cet ordre d'idées, nous citerons ces bijoux
OHNi; M K S T [> B G 0 H S a G B .
(Miiison K. Coulon, iyuu.1
PLUMK A TUiE FLKX1BLK H N DIAMANTS SERTIS SIR ALUMINIUM
(Maison L. Coulon, — Exposition de 1900, j
598 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
B U O tillB *<■ K St'ANTS » *
lias- relief put \ . Becker tiBggf)»
(Maison Louis Aucoc;)
composés de pépttês artificielles en or, retenant enchâssées
des pierres variées, qui eurent beaucoup de vogue en 1S8IÎ
et i88q. 1 -oui s Aucoc fit à
presque toutes les Expo-
sitions des envois très
appréciés. Malgré toute
son importance, la situa-
tion de Louis Aucoc
comme fabricant passe au
second plan, si on la com-
pare ii celle qu'il s'est
acquise dans la corpora-
tion par ses longs et signa-
lés services. Membre du
Conseil de la Chambre syndicale en 1880, il en devint secré-
taire Tannée
suivante, pu is
vice-président et
enfin, en i8c>5,
président. Réélu
c h a que année
jusqu'en 1907,
époque à laquelle
il voulut se reti-
rer, il accomplii
sa lourde lâche
avec tant de gèle
que sa santé en
fut un instant
compromise. Il
s'occupa avec ar-
deur des ques-
tions intéressant
la Chambre syn-
dicale et les œuvres philantrophiques de la corporation, et
organisa la participation de nos industries ù Toutes le> Kxpo-
m u l: c i. k de l k : s i u u t - a b t ni'ii v e \ li fr«
Composition de Landais, j Maison Louis Aucoc, t&qç}<)
LÀ TROISIÈME RÉPUBLIQUE
5gg
H R O C iî E JASMIN -
(Maison Louis Aucoc, iKi>q.}
sitions. presque toujours en qualité de président des Comités
d'admission ou du Jurv des
récompenses. Son activité
sans égale lui permit encore
de remplir brillamment, de
t888 à 1894, les fonctions si
absorbantes de juge au tri-
bunal de Commerce.
Un tel dévouement, de
si éminents services, ont
acquis à Louis Aucoc rés-
ume et La vive sympathie de
toute la corporation; il était
chevalier de la Légion d'hon-
neur depuis iSNq. une péti-
tion spontanée demanda et
obtint pour lui, en igoo. la
rosette d'officier. La Chambre syndicale, après lui avoir
conféré le titre de président
honoraire, a ouvert une
souscri ption c< >rporat i ve ,
dont le montant était fixé
uniformément à dix francs,
pour lui offrir en souvenir
un objet d art inédit et lui
faire hommage d'un livre
cPor, destinés à lui expri-
mer son affectueuse recon-
naissance.
Ce souvenir, œuvre du
sculpteur René Rozet, exé-
cuté par ta maison Chris-
lotie, est un groupe en
orfèvrerie polych reniée ,
représentant la Bijouterie, la Joaillerie et l'Orfèvrerie réunies
pour donner un témoignage de gratitude à leur Président.
BROCHE RM a I L 1. 1: R .
(Maison Louis Auc<x\ (£99.)
§QQ LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
BROCHE fe L U J ; T S .
(Maison Louis Aucoc, rBi)çj.)
Au cours de l'étude faite dans notre premier volume,
nous avons eu déjà l'occasion de citer M. Chaumet, lorsque
nous nous sommes occupé
de la maison Morel K
( lollahorateur assidu de
M. Morel depuis 1875,
M. J. Chaumet ( j 8 5 2)
épousa sa tille. Il devint le
directeur officiel de la mai-
son en iSS5 et, quatre ans
plus tard, elle lui appartint
entièrement.
D'un tempérament très
actif, Mt. Chaumet sut don-
ner une grande impulsion
i\ ses affaires. Non seulement il fabrique d'importantes pièces
de joaillerie, mais il a installé chez lui des ateliers subsi-
diaires de lapida ire rie,
d'émail, de gainerie,
etc., et un laboratoire
dans lequel il s'occupe
avec succès de recher-
ches concernant les
pierres précieuses et
les moyens de les dis-
tinguer aussi bien les
unes des autres que
de leurs imitations ou
reproductions scienti-
îiq ues,
Kn j 900, M. Chau-
met, qui prenait part
pour la première fois
à une Kxposition uni-
verselle, présenta un choix considérable de bijoux, de joyaux
1 ♦ Voir p t 276.
RROC El B J flA ] I. I. K U ] i.
ET P1GR h K S i> K C O V L K l : H t: A L 1 H R K K S ,
[Maison LOUIS Aueoc r tqqo.)
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
601
et d'objets d'art qui lui valurent une médaille d'or. Le
rapporteur s'exprime ainsi à son sujet ; « Nous parlerons
m o d i: s de i 8 C) 5 .
de la maison Chaumet, dont les origines remontent à 1780.
Son propriétaire actuel a réuni dans sa vitrine de très belles
collections de pierres et de perles Jines, notamment un
6o2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
magnifique collier composé d'émcraudes et de brillants, et
un autre collier de perles d'une grosseur remarquable et du
plus grand prix. D'autres pièces de joaillerie, aussi intéres-
santes par leur importance que par la qualité des pierres,
y figuraient également et méritent d'être rappelées : un
devant de corsage et un diadème <* chute d'eau », d'une assez
Ul Ail H M E k l! H A N S H N JUA! LL H U IK .
iVnison Chaumet. — Kxpùhition do iyoo*f
grande difficulté d'exécution, un autre diadème rubmi^ un
collier serre-cou, rubis et brillants, d'une souplesse surpre-
nante, souplesse obtenue â l'aide de multiples emmaille-
ments... » Bref, sa joaillerie, légère et bien disposée pour
mettre en valeur des pierres importantes, tut trè^ remar-
quée.
Des ateliers de M. Chaumet sont aussi sortis des objets
d'art très curieux, véritables monuments par leur impor-
tance (tels le « Via Xïuv » et le « Christus Vincit »), mais
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
6o3
dont l'analyse ne rentre pas dans une étude sur le bijou. La
maison, qui se trouvait depuis 1814 rue Richelieu, n°78, et
COLLIER RUBIS ET H Ft T L I. A S T S .
(Maison Clnmmti, — Kxpo^iiion de tyoo. »
au n° 62 de la même rue depuis 1 83 1 (Fossi-n, successeur de
Nitot). vient d'être transférée par M. Chaumêt dans un hôtel
élégant et spacieux, au n° 12 de la place Vendôme.
6o4 LA BIJOUTERIE: FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Gustave Sandoz (1836-1891), fils d'un horloger suisse,
ne voulut pas embrasser d'autre profession que celle qui
était en honneur dans sa famille depuis plusieurs généra-
tions, H fut guidé dans ses premiers débuts par son père,
praticien émérite, qui sut vite reconnaître et développer ses
dons naturel cî le conîui. à lïige de treize ans, à un horlo-
Dl A t) K MB HAVBT TES BRILLANTS E T P E BLES.
r Maison ChuumeT. — Imposition Je 1900,)
ger de premier ordre, PérusseU qui acheva son instruction
chronométrique ; il f ut aussi plus tard Télex e de Bréguet.
Dès qu'il put travailler pour son compte, Gustave San-
doz s'installa dans une modeste chambre au quatrième, rue
de la Monnaie, puis, en 18Ô1. année de son mariage, dans
un petit appartement du passage Saint-Anne.
Mais le désir de se faire une situation et d'éviter à ses
enfants les heures dures qu'il avait connues dans sa jeunesse.
BOUCLB DE CEINTURE-
(Maison Murât, 19OQ,)
UOUCLE ÛL 0 K I S T U R E
(Maison Chanibin.)
Gob LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIECLE
le poussa à s'établir au Palais-Royal, en 1 865 , malgré son
père et ses maîtres qui, imbus des \ îei lies traditions, regret-
taient de le voir quit-
ter la pratique de
F horlogerie pure.
1 On cou ragé par la
réussite de ses affai-
res, il entreprit éga-
lement la bijouterie
et la joaillerie, res-
tant toujours lldèle
à l'horlogerie, à la-
quelle il ne cessa de
s'intéresser particu-
lièrement; il fit partie
de la Chambre syn-
dicale de l'horlogerie
et contribua avec
Rodanetâ la création
de FEcole d'Horlo-
gerie. C'est comme
horloger qu'il s'oc-
cupa avec ardeur
de l'organisation des
grandes Expositions,
comme membre des
c< uni tés d'admission,
ou du jury; il y par-
licipa aussi très
honorablement en
qualité d'exposant.
Le soin des inté-
rêts de sa maison ne
suffisait pas à son activité infatigable ; il fonda de nombreuses
sociétés d'intérêt général dont il fut le Président : la Société
d 3 encouragement à l'Art et à l'Industrie; la Société d'économie
~ • : ;SîSRRR5
(Maison Moche. Jydft.j
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE-
industrielle et commerciale; le Comité français des Exposi-
tions à Véiranger, etc. Les commerçants du Palais-Royal
BOU(J[,F, D K C K I N T Lf P E l « JBUNK I- I L L K AIX I B [ S » ♦
Maison Savard, tquo,)
s'étant groupés en Syndicat pour essayer de conjurer la crise
qui les menaçait, choisirent Gustave Sandoz comme prési-
l; !-.•• ■. n H K N J Q A 1 L h K R I fc .
<MEii*on Gustave-Roger Sartdoz, iyoo.)
dent, et celui-ci réussit, pendant quelque temps, à retarder
la déchéance de cet emplacement autrefois si favorisé.
En 1889, il avait élaboré le projet d'une Foire de Paris,
destinée à faire de notre capitale un vaste marché occidental
6g8 la BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
l' li N 0 BN TI P .
[Maison Rambonr, unn>.)
de matières premières, analogue
à la Foire de Nijni-Novogorod
et à celle de Leipzig.
Gustave Sandoz était un
homme aimable, d'une intelli-
gence remarquable cl d'une
grande puissance de travail. Na-
turalisé français quelques années
avant sa mort, il avait reçu la
rosette d'otiieier de la Légion
d'honneur en raison des nom-
breux services rendus pendant
sa trop courte carrière.
Son fils, Gustave-Roger San-
doz 11867), est le digne héritier
des éminentes qualités de son
père: il lui a succédé en 1891.
Ln [ 8 9 5 ^ il transféra rue Royale
ses magasins, désormais plus spé-
cialement consacrés à la joail-
lerie. Il ne quitta pas le vieux
Palais auquel s'était tant inté-
ressé son père sans avoir écrit,
en collaboration avec Victor
Champier. un ouvrage apprécié,
te Palais - Royal , édité par la
Société de propagation des Livres
d art.
Membre du jury à F Imposi-
tion de 1900. (L-Roger Sandoz a
brillamment soutenu la réputa-
tion de sa maison en exposant
des pièces de joaillerie et de
bijouterie très remarquées, ainsi
que des objets d'art très intéres- W . ;NDAST ^ cou «i.yri
sants : Y Écueil vaincu, de Bottée ; (Maison g. Roger-Sandoz, içoM
LA TROISIÈME REPUBLIQUE 609
un buste en ivoire : Yseult, de Caron ; un coHïet en
ftéphrit£, etc.
Cliché I*. Nodar,
Al ll * D K M A R S Y ( I 8 tj / ) *
Collier de chien en perles, avec plaque en diamants, broche en joailleiie, savoir de perles.
Secrétaire général du Comité français des Expositions à
l'étranger, il y dépense un zèle sans égal.
6io LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Gustave-Roger Sandoz. qui était chevalier de la Légion
d'honneur depuis 1902 (Exposition de Glasgow), vient
11 r 01: 11 e \:s ,10 a 1 1- L 1-; » ni .
d'être promu officier, à l'occasion de KEx position de Milan.
Nous avons parlé à plusieurs re-
prises dans cette étude de la maison
Rouvenat.
C'est aujour-
d'hui, et depuis de
longues années, un
confrère très estimé
et t rès s y m pathique,
M. Félix Des près,
qui est a la tète de
cette importante
fabrique de joail-
lerie 1 ; nous com-
pléterons ce que
nous avons déjà dit
de lui par les emprunts suivants, faits au rapport officiel
de l'Exposition de 1900 : « En sa qualité de membre du
i. M + André Brasseur, son gendre et collaborateur depuis plusieurs années,
est devenu son associé le i er janvier i<)oj.
l'ENBANT DE COU.
(Maison Desprcs, igoo.
P ES N l > A N T .
I Maison Des près, kjoo.j
6iz LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Jury, M. Desprès ne pouvait prétendre à aucune récom-
pense ; il a tenu néanmoins, par son exposition, à établir
que sa maison était toujours à la hauteur de sa réputation.
li R O G 11 li •
Les bijoux exposés par M* Després ont été remarqués en
raison de leur simplicité. L'objectif qui parait avoir été pour-
suivi dans la composition de ces bijoux a été de présenter
des pierres de belle qualité dans des montures aussi réduites
HROCHK, BRUCMli
[Maison Piel, 1900.1 par Maurice Du frl- ne»
que possible, pour laisser aux pierres toute leur valeur.
Nous rappellerons un collier, composé de quelques pierres
seulement, réunies par un lien en chaîne très fine entourant
te cou, un collier franges en brillants qui a été très admiré,
de jolis pendentifs, un choix de bagues montées avec des
LÀ TROISI KM K I? 1 PI RI MM K
6i3
pierres de première qualité. Le tout d'une heureuse compo-
sition et d une très bonne exécution ».
COLL. I K H A V K C A M K i H TESTES
(Maison HoiKiseron, f jwj.)
Félix Desprès tut nommé chevalier de la Légion d'honneur
en 1897. Pour fêter cet heureux événement, ses confrères
6i 4 I.A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE
lui offrirent un dîner chez Ledoven. Au dessert, l'un des
convives, orfèvre distingué, se leva et donna lecture au
nouveau chevalier de l'amusante lettre d'excuses suivante,
manière de toast fantaisiste dans lequel se retrouvent la plu-
part des noms de ceux qui étaient présents.
« Mon cher ami.
« Empêché d'éle-Vever vous l'hommage de Massin-
pathie, pour le confrère éminent et Labour iau que vous êtes.
I» I, A Q t K l> K COU LOUIS XVI, JOAII.LKKIK SUR Pfc ATINB
par G. Falguièreê,
je pense avec regret aux nombreuses bouteilles que dé-Boii*
cheron en votre honneur des collègues plus favorisés, aux
félicitations qui de Jacta-b\c, seront adressées Aucoc de la
joaillerie, comme il convient de VOUS appeler.
« Mais je tiens à vous assurer que, Desprcs OU de loin,
aujourd'hui comme De bain ^ Bénin-porte en quelle circons-
tance, mon dévouement vous est acquis, et si quelque esprit
jaloux jetait. Chambin savoir pourquoi, une note discordante
dans ce concert amical, eh Boin ! qu'il Chaveton qu'on se
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
6x5
Moche des manifestations d'une basse envie qu'il ne saurait
pro-Paget dans nos cœurs.
« On le lui prouvera au besoin en Langoulant comme il
lï ROCHE LlBELLILi:
par G, Falguières (u^oo).
convient, c'est le plus sur moyen d'avoir raison Du fat. qui
restera aussi Coulon qu'un renard qu'une poule aurait pris.
« Je Marvel et Lefebi>re-aur\ant sans réclamer Marest, je
boucle ma Faille et, sans Rambour ni trompette, je Jile a la
campagne attendre que le Fromenl-Meurice »,
Inutile d'ajouter par quelles salves de joyeux applaudisse-
616 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
ments cette communication fut accueillie. La vieille gaieté
française a conservé ses droits dans la corporation et nous
pourrions citer à l'appui de nombreuses anecdotes.
Notre corporation a aussi ses poètes, et, dans un ordre
dldées tout différent, nous rappellerons les poésies char-
mantes d'un vieil ouvrier bijoutier, correspondant de la
Revue de la Bijouterie [ : qui, sous le pseudonyme de Pierre
RRAi'.RLST DANS F, U S g S ,
(Maison Henri [Ourler. — Exposition de moa.)
Velpauvre, a écrit des pièces exquises se rapportant à notre
métier. Nous donnons ici de lui un sonnet inédit.
LA PIERRE DE TOUCHE
Regarde les ducats rangés sur cette table :
On dirait chacun d'eux à ses voisins pareil ;
D'un aussi vif éclat tous brillent au soleil ;
Leur grandeur est égale et leur décor semblable.
Mais pour apprécier leur titre véritable,
D'un acide brûlant le changeur prend conseil ;
Sur la pierre il les frotte, et marque un trait vermeil
Que Tapre goutte efface ou laisse inaltérable.
Par l'humaine apparence on est aussi trompé :
Tel, qu'on croyait d'or pur loyalement frappé.
N'est qu'en laiton couver! d'une mince dunire.
Si tu veux estimer à leur juste valeur
Le vrai sage et le faux, vois comment du malheur
Ils supportent tous deux l'infaillible morsure.
U Voir i' e année, p. 192; 2 e année, p. 279: 3* année, p. 99 et 162.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
617
Léon Garind est un excellent bijoutier d'un goût délicat,
qui exécute avec une perfection rare de charmantes œu-
p k N r» f: s t 1 F û G v 1* t [ e $ , or <: 1 s r l k rt kmailli;,
| Maison fini ind, ipûf*)
vres, dans lesquelles la ciselure et L'émail jouent un rôle
important.
Sa maison fut fondée en 18D9 par Gaucher et Tonne-
lier. En 1869, Gaucher resta seul à sa tête; il s'associa Gariod
en 1875, et Le laissa chef unique dès 1X84. Pendant un cer-
tain temps il se spécialisa dans la fabrication des bracelets
ôiS LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
souples, chaînes d'or mat rehaussées de pierres ; ces bijoux
simples et riches à la fois, d'une excellente exécution, avaient
un grand succès. Depuis, Gariod s'est fait remarquer par ses
PENDANT DE CHU I
IVOIRE, ÉMAIL, PERLES KT H R T 1, E A N T S .
{Maison Ggjûod, mon.)
jolies broches, ses pendants de cou d'inspiration moderne
ou classique, mais toujours d'une réelle recherche et d'une
distinction parfaite, que modèle et cisèle avec infiniment de
talent M. Gautrait, son fidèle collaborateur.
La maison Templier, fondée à la tin de 1848. rue de
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
619
Rivoli. 66 prit rapidement une place importante parmi les
fabriques de joaillerie de cette époque. Son fondateur,
Charles Templier 11821-1884). actif, laborieux et d'une
grande urbanité, se créa des relations très étendues dans la
clientèle des marchands de Paris, de province, et des com-
J1AGURS EN OR.
Composition Je Th. Lnmlvrt. (Salon de 1901. — Maison Paul Templi«r.j
missionnaires pour l'exportation. Pendant les trente-six
années qu'il exerça notre profession, il forma plus de
soixante apprentis, arrivés en grande partie â des situations
très honorables, comme chefs de maison, dessinateurs ou
chefs d ateliers.
Il laissa deux lils : Hippolyte Templier, l'év entailliste
1, Ella se transféra successivement 0% rue Sainte-Avoye, en [S5o, et rue
MicheMe-Comte, en c8;52.
02o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
connu, et Paul Templier 1 1860), joaillier, place des Victoires,
qui succéda à son père en i<X85. Ses qualités, son caractère
svmpalhiquc, le font estimer de tous SCS confrères. Prési-
dent de l'Orphelinat de la Bijouterie depuis le départ de
M. Eugène Lefebvre, en ïgo3\ il tut choisi, en 1907, pour
remplacer, comme Président de la Chambre syndicale,
M. Louis AUCOC qui, après
de longues années de ser-
vices rendus, désirait se
retirer. Joaillier réputé ,
Paul Templier continue
avec succès les traditions
paternelles \
Charles Templier avait
deux cousins germains,
bijoutiers comme lui. l'un.
Louis Templieri lSSô-iqoô),
établi en magasin, faubourg
Montmartre, de 1 858 à 1 8(38,
eut lui-même trois lils appar-
tenant à la corporation :
l'aîné. Henri Templier, mar-
chand joaillier (aujourd'hui
en société avec M. Hallin^re.
a réuni rue Royale les nui
sons Edmond l.eieb\ re.
Composition de Th. Lâmhert. <S:ilon de jtgôi,
Maison pmi Templier.) Dupuv et Gabriel à la
sienne ) ; Joseph Templier
est fabricant joaillier rue Saint-Honoré. enfin Eugène Tem-
plier est bijoutier en doré, rue Aumaire.
Le second cousin de Charles. Alexandre Templier 1 1 83 1 -
t9i05) 3 a longtemps lait partie, comme associé et directeur,
de la maison Charles Fontana, rue Royale; depuis sa mort,
son (ils Jules lui a succédé.
1. M. Pau] templier \ientde recevoir la crois delà Légion d'honneur a
L'occasion de l'Kxposition de Milan.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
Kn 1S43. François Soufflet (1B21-1902) reprit la maison
de son- patron d apprentissage Henri Martincouru joaillier
rue des Areis (lequel gavait aucun lien de parenté avec le
bijoutier du même nom) et qui s'adonnait principalement à
la petite bijouterie aux « parures » et â la joaillerie à cil et.
pour laquelle on employait les chatons à arcades très appâ-
ts i< 0 G M SS t
CojiijM^itioji de Th. Lambert. [Salon de 1901, — Maison raul Templier.)
rentes dénommés « dahlia », en raison de leur similitude
avec la fleur de ce nom.
Grâce à son intelligence, à ses qualités d'ordre et de
travail et aux ellorts de sa femme, qui appartenait aussi à
la professsion comme polisseuse et le secondait très bien,
SouîHot parvint à faire de ce modeste atelier une importante
maison de bijouterie et de joaillerie, qu'il transporta succes-
sivement, au fur et à mesure des agrandissements néces-
saires : en 1846, rue Quincampoix, puis rue Notre-Dame-
des-Victoires et enfin, en 1871, rue du Quatrc-Septembre.
022 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
11 se retira des allai res en 1873,
après avoir fait partie pendant
quelque temps du Tribunal de
Commerce.
Il avait deux îiR : laine,
Paul So u îllo t . joaillier, lui
associé avec son beau -frère.
M. Henri Robert 1 de 1872 a
[892, et ensuite conserva seul
la maison. Paul Soutllot rem-
plit aussi les fonctions de juge
au Tribunal de Commerce, de
membre de la Chambre de
Commerce, dont il esl secré-
taire, de vice-président de la
Chambre syndicale, de membre
du Jury à Y Ex position de 1889
et de rapporteur à celle de 1900.
Avant d'être nommé cheva-
lier de la Légion d'honneur,
Paul Soutflot avait gagné vaillamment la médaille militaire
pendant le siège de Paris,
en allant porter lui ordre à
Epinay, sous le feti de Ten-
ue mi.
A l'Exposition de 1878,
MM. Soutflot et Robert
obtinrent une médaille d'or
pour leur belle joaillerie : le
rapporteur signale et une tige
de noisetier d'une curieuse
souplesse, dont les fruits,
modelés en or diversement
coloré, ressortent en bou-
quets sur les feuilles en dia- avbc BAS „ ftELIb , lv0UiE
mant finement ajourées ». pirJoefcwcomffe.
PKNIHST D £ COU JOAILLLHIK
pjr Paul Templier (i gui).
LA TROISIÈME RKPÏ'BLIQUK
023
A l'Imposition de 1889,
on remarqua principale-
ment « une magnifique
branche Je bégonia en
diamant , chet d Veu\ re
d'exécution, copie ires
fidèle de la nature. » Ln-
îin. en iqoo, M. Paul
Soutllot avait exposé des
bi joux et des joyaux d'une
fabrication très soignée,
dignes en mus points de
la réputation de la mai-
son. Se retirant des affai-
res, en iqoi , il céda son
fonds à M. René Bai vin-.
Le second Jil s, M, Henri
Soutllot est un orfèvre
très apprécié.
11 0 u a s e « h ii révk »
par Vernon. (Ma^on J. DuvaLj
BRiMilIE k N J O A I L I. K R I K
par !'<miI Souillot ( i y0<i)ï
Nous avons retracé (p. 365
et suiv.i la belle carrière dV\l-
phonse Fouquel comme la h ri -
cant joaillier-bijoutier; son fils
ainé, Georges Fouquet r 1 S62 j
sut à son tour se distinguer dans
la profession que, depuis 1880.
il avait appris à connaître et à
aimer chez son père, dont il
reprit la maison en i8<p.
Mais son tempérament le
poussait vers un autre idéal que
les genres classique et Renais-
sance qui avaient tant contribué
à la réputation paternelle. Le
style moderne l'attira ; i! s'y
adonna résolument et, des 1 898.
LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
CHAINE A V\H: *' Kit RETS u ÉMAUX
BTC Ul'ALES.
i Maison Georges Fouquet, t8$p
droits, on les désigna sous l'appellation de « macaroni
on voyait de lui, au Salon,
des pièces intéressantes où
se manifestait sa volonté
de suivre une voie alors
peu fréquentée.
Travai Heur a m vaincu ,
épris de l'inédit, il le re-
chercha avec ardeur ; il fit
appel à différents collabo-
rateurs aux idées neuves,
entre autres à Desroziers et
à Alphonse Mucha (1860),
dont les compositions
pleines d'originalité pour
t'affiche, le livre, etc., obte-
naient alors une grande
vogue 1 .
A l'Exposition de iyoo,
(ieoriïe- bouquet présenta
un grand nombre de bi-
jqu^de joyaux aux formes
imprévues; des parures
coin plé ics très importan-
tes, destinées à faire partie
i. Sarah Bernhardt était une
grande admiratrice du talent de
Mucha, et lui commanda, en 1894,
l'affiche de Gismonda, qui com-
mença la réputation du jeune ar-
tiste, dont le succès lut bientôt
très grand. On lui reprocha plus
tard, avec quelque raison, d'abuser
3e la formule, ou du procédé carac-
téristique qu'il avait adopté, et qui
consistait à diviser une chevelure
eu une infinité de mèches qui
s'éparpillaient en sinueuses volutes
— l'ironie ne perdant jamais ses
026 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XÏX« SIECLE
intégrante du costume féminin, auxquelles on trouvait bien
en général un peu d'excentricité, mais qui n'en turent pas
moins très justement remarquées.
En i go i, Georges Fouquet
demanda à Mucha de réaliser
une idée qu'il caressait de-
puis longtemps : créer un
magasin dont la décoration
fût en harmonie avec les
bijoux d'art qu'il devait
contenir. I/artiste hongrois
s'acquitta fort bien de cette
lâche et, dès la fin de Tannée.
G. Fouquet put transférer sa
maison rue Royale, dans une
installation somptueuse et
d'une élégance inédite et raf-
finée.
Le joaillier est resté fidèle
a ses tendances premières et
ses compositions, maintenant
moins fougueuses, d'un gout
parfait et toujours d'une tona-
lité charmante, tiennent une
excellente place aux Salons
et aux Expositions ; elles lui
méritent chaque année de
nouveaux succès.
OPALES, MAUX, PIKRfUSRlKS.
(Maison Georges Fbttquét, i^Mt.f
C'est en i N40 qu" Amédëe
Gaillard, dont le père, Auguste Gaillard, avait ele hïjoutier
en or, rue Mandar, de 181 1 à 1821. fonda, rue du Temple,
10 1, une fabrique de bijoux en cuivre doré, puis aussi,
mais plus tard, de bijoux en argent. Vingt ans après, il céda
sa maison à son fils Ernest Gaillard ( i836h Ce dernier aban-
donna la bijouterie en cuivre pour se consacrer complètement
m LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
à celle d'arpent, créant des modèles intéressants, des
broches parfois émaillccs représentant des Heurs, des mar-
guerites, des églantines, des pensées, etc. Vers 1869, il ajouta
à sa fabrication les bijoux en argent niellé : boutons de
manchettes, bracelets, broches, etc., qui jusqu'alors étaient
fabriqués à peu près exclusivement en Russie, en Allemagne
et en Autriche, et par-
vint ii les établir à un
prix très avantageux
pour le commerce fran-
çais. Après la guerre, il
donna beaucoup d'ex-
tension à la petite orfè-
vrerie : flacons, bon-
bonnières, porte-cartes,
porte -cigarettes , pom-
mes de cannes, briquets,
etc. Kn même temps, il
se mit à faire des pièces
d'orfèvrerie de style
japonais, avec incrus-
tation de métaux divers,
ou avec dorures et pati-
nes variées. Les qualités
de sa labri cation lui
valurent une médaille
d'argent à l'Exposition
de 1878.
A l'Exposition de 1S89, la maison fut très remarquée
pour ses bijoux d'hommes en argent, son oi tèvrerie et ses
articles de bureau et de fumeurs. Ernest Gaillard, qui était
membre du Jury, reçut la croix de la Légion d'honneur.
Ernest Gaillard, membre du Tribunal de Commerce, est
un homme d'initiative; il s'occupa activement de l'Ecole
professionnelle de dessin et de modelage de la Chambre
syndicale, à la fondation de laquelle il avait puissamment
PENDANT DJi COU.
(MaÏMm Georges Fouquet, 1900.}
f j R N K M B N T lu . : n \i * ,\ f ; K .| r> \ j j. L ]•: fi I J? , K MAIL I : T P K R I. K S *
(Salon de 1901. — Maison Georges Fouquct )
f
BROCHE F R Ji LON
Composition de Desroziers, {«Maison Georges Fouqtiet.J
63o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIKCLE
contribué. Il en fut pendant plusieurs années le très dévoué
Président et, depuis \Hg5, il en est le Président honoraire.
C'est lui qui, en 1S70, fut le promoteur et l'organisateur du
bal annuel donné par la Chambre Syndicale au profit de son
P O M M K S Ù K (] AS N B S B t P ' Q M B U R L L K S
(Maison Lucien Gaillard, ft^oo.)
Ecole qui en tire des ressources sans lesquelles il lui serait
impossible de subsister.
Ce bal, supprimé en 1871. en raison des tragiques événe-
ments du siè^e et de la Commune, fut rétabli en 1873 ; son
succès fut très vil et ne s'est pas amoindri depuis. C'est une
des têtes de bienfaisance les plus réussies de la saison d'hiver.
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
C'est également pendant qu'Ernest Gaillard en était pré-
sident, que la Chambre Syndicale, dont lesièpe était rue des
modes ni; I 898-
Plaçjueâ do colliers, Ixiudt: de ceinture.
l-Vancs-lîourneois. 3g, depuis de longues années, lut trans-
férée rue de la Jussienne, 2 bi±\ et installée dans l'ancien
hôtel de la Du Bàrry* où tous les services lurent réunis :
63* LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
salle du conseil ? secrétariat ? classes d'enseignement de
dessin et de modelage, ateliers de concours, bibliothèque.
PLAQUE DE COU E N CORNE, À V B C Û M AUX, il I S E L U R Ë , K T C .
(Maison Lucien Gaillard.)
archives, etc. La Chambre Syndicale, dans ce nouvel im-
meuble, put offrir l'hospitalité aux sociétés corporatives,
telles que l'Orphelinat, la Fraternelle, etc.
Ernest Gaillard se retira des affaires en 1892, mais, dans
sa retraite de Taverny, il n'a pas cessé de s'intéresser aux
questions concernant la Corporation et l'Enseignement pro~
6Î4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
fessionnel, La Chambre de Commerce de Paris lui demanda,
pour sa bibliothèque, une méthode complète d'enseignement
professionnel technique, théorique et pratique; ce travail
BOUCLE DE CEINTU RE «ART NOUVEAU »
par G. Le Turcq.
figura à l'Exposition de 1900 et valut un grand prix à son
auteur qui s'était vu décerner en même temps une médaille
d'or, dans la section d'Economie politique, pour une étude
sur les organisations syndicales et la participation aux
bénéfices.
636 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE
Son fils, Lucien Gaillard (i86i) T entra en 1878 dans
l'atelier paternel pour y faire son apprentissage. Désireux de
connaître toutes les branches pouvant se rattachera sa pro-
I' li NU A M D li COU
\m\v Ch. Houiei de Monvd. iSnlon de rgoBj
fession par des applications industrielles ou décoratives, il
compléta son instruction d'orfèvre par une série d appren-
tissages successifs chez différents spécialistes. Aimant pas-
sionnément son métier, chercheur infatigable, il étudia avec
ardeur toutes les questions techniques : alliages, dorures,
patines, etc., et obtint des résultats du plus grand intérêt.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
63 7
À l'Exposition de 1889, Tune des quatre médailles dY>r
PENDANT DE COU ËMAtlJ.E
pur L. Houillon:
décernées aux collaborateurs de la classe lui fut attribuée,
pour ses compositions et ses applications de gravures hélio-
PLAQUE DE COU SIRÈNE
par Henri Dubren
graphiques sur diverses pièces d'orfèvrerie d or et d'argent.
638 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Lucien Gaillard transporta en 1900 sa fabrique rue La
BOUCLE DE CEINTURE VIOLETTES,
Composition de Landois (1899). (Maison Brictcux.)
Boëtie, 107, dans un vaste immeuble où ateliers et services
PLAQUE D H COU S E PORTANT SUR V H VELOURS.
(Maison Cfu Marie, de tÔQ2 à tgvv.)
annexes furent organisés avec les derniers perfectionne-
ments modernes.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 63g
Séduit, des 1878, par le charme des ouvrages japonais,
Cliché Reullmger,
M U * LLTCV IjÉRARD (i8<j8)«
Plaque du tou cil joaillerie sur velour*, colliers de perles, bague*.
il avait résolu de pénétrer les secrets de leur fabrication et
delà composition de leurs alliages; il commença en 1S81
tf 4 o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
des recherches et des essais 1res sérieux 1 . Les objets exécutés
par les ouvriers français, peu préparés a ce genre de tra-
vaux, ne lui ayant pas donné complète satisfaction, il fit
venir de Tôkio, après igoo, quelques artisans ciseleurs.
■ i
PENDANT DE COU
par E. Feu il litre.
laqueurs, bijoutiers, qu'il installa dans ses ateliers, où ils
exécutent sous sa direction non seulement des objets d'or-
fèvrerie, des bijoux fabriqués avec les métaux aux tonalités
i. Nous signalons les pièces exposées au Musée des Arts décoratifs et
exécutées par Lucien Gaillard en iSSi et en 1900, avant qu'il ait employé
des ouvriers japonais.
642 LÀ B I J O U T E R 1 1 1 F K A N Ç A I S E Al XIX* SI EG L Ë
particulières et fort intéressantes , qui étaient demeurés
l'apanage des Japonais, mais encore de ces merveilleuses
pièces de laque dont, jusqu'à présent, était ignorée la tech-
nique en Occident.
Lucien Gaillard, d'abord associé de son père, continua
seul à diriger la maison lorsque celui-ci se retira A l'Expo-
BOUCLE DE CEINT U R E , OR CISELK
iMabon George* Brunct.)
lion de 1900, sa vitrifie fut très remarquée; elle contenu il
peu de bijouterie , mais un choix important de petits
vases et de bibelots en argent, aux patines nouvelles et
dîme note séduisante. A partir dè cette époque, enthou-
siasmé par les œuvres de Lalique. Lucien Gaillard entreprit
les bijoux artistiques et en lit d'un goût délicieux. Il exposa
pour la première fois, au Salon de 1901. des vases et des
objets en métaux patines; à celui de 1902, des bijoux d'une
fantaisie élégante et ratlmee : peignes, pendentils. plaque-
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
r, 4 3
de cnu, etc., qui eurent un grand succès. Ce succès s'est
continué à tous les Salons où Lucien (iaillard s'est vu
décerner une troisième médaille en ïqoi, puis une deuxième
en iqo3 et enfin une première médaille en 1904, [I est
chevalier de la Lésion d'honneur depuis io<>2.
M o b 1: S 1> li i M .
Collier de dififl en perles, avec plaque; diadème.
Que d'anciennes ou nouvelles maisons honorablement
connues seraient encore à citer ! La Gerbe d'or, fondée en
17(17. didgée actuellement par M"" : Chapus et son fils:
Noury 1 Mauboussin successeur}; Alekan frères, les inven-
teurs du patin a hélice pour boutons ; Debacq, Deshayes,
Hagneaux, Renn, Labouriau, joailliers réputés. Les fabri-
cants de chaînes : Rometin et Ancelot ; Bellette, Kamper,
044 l-A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Rcfauvclet, Angenot, Clément ; Moche, justement apprécié
pour ses bourses cotte de mailles ; Froideïon, successeur de
Lion; Mantoux cl Rottemhourg ; (ïross et Lan^oulant, qui
fabriquent chaque année plus de vingt kilomètres de chaincs
lïIÏOCHE JOAILLERIE.
(Maison Lcon Vaguer.)
en or de toutes dimensions et de tous modèles; Chavetun,
Pelletier et Pource, successeurs de Filard, spécialistes
réputés pour les bagues en joaillerie; Mollard, bijoutier-
joaillier et émailleur; Arfvidson, auteur de jolis bijoux en
acier ciselé et bleui rehausses de joaillerie ; Bricteux, Henri
Dôbret, Maurice Du Irène. Ferdinand Fhrard, <i. Familières.
Hersant (ancienne maison Duché;, Patout, Louchct et
LÀ TROISIKM K R i 1M' B L ï (.) V h
Louis Chalon, Solié, Henri Tétenjer iils et élève
d'Hippolyte Téterger ; Saint-Yves, Maurice Robin, Obiols,
COL L[ER EN I V O I R E T (j R K T K M A U X , «PLAISIR CHAMPETRE »
p;ir René Koy. (Exposition de frjQO.)
Laffitte. Joe Descomps. Marcel Bini^ Kdouard Colonna,
Henry Noeq, Deber^he, Paul I -iénarj. etc., qui ont réalisé
BAGUES
pur Paul Ménard (itjcô).
des bijoux charmants dans une note très moderne; Basset
et Moreau; Bensé, successeur de Audiannc; Lemeunîer
r> 4 6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
et Cauvin, Chanibin, Rambour, Gif, Kdmond Lecas,
Lefort, Léon Vaguer, etc., et tant d'autres joailliers ou
par ii, I ";ili;iiuTf<.
bijoutiers pleins de fantaisie , parfois hardis dans leurs
compositions, poursuivant toujours la recherche dYem res
nouvelles excellemment exécutées.
bac u t: s
|M;iison G. I.o Turc^i, 1900,)
Nous devons une mention spéciale à Georges Brunet
(1847-19041, bijoutier habile. Ancien cuirassier de Reichs-
hoffen, il fut choisi par ses anciens compagnons d'armes
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
047
pour être le président de la Société amicale qu'ils avaient
fondée en souvenir de leurs anciens exploits; il avait fait
PLAQKK Dï$ COU, VIOLRTTfiS ÉMAIL
ptir Gaston LofliUe*
toute la campagne de 1870 et s'était battu à Sedan, où il fut
fait prisonnier. Kvadé des prisons de l'ennemi, il revînt en
France pour endosser de nouveau la cuirasse et prit part à
toutes les opérations de l'armée de la Loire, puis à celles de
Iî a r, U B s
iM;ii£on G» Le Turvv], 1 4 r
l'armée de Versailles au moment de la Commune. Nous ne
saunons oublier non plus Paul Hamelin, joaillier, grand
648 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X1X« SIÈCLE
amateur de belles pierres qui, à sa mort (1902), légua à
diverses œuvres de bienfaisance des sommes i importantes,
et en particulier trente-deux mille francs à la Maison de
Retraite des vieux ouvriers bijoutiers.
G O H S A C, H HOLku IC N J < I A I I . I- K R [ \i :
K M t: RAID B S y R 0 u I S , p B U L B S , I U I* V 1 j n i s B S ET I) l a ai a \ r S ,
KxlvuIc pu li r M'" F 3 g u el l e (lyo.l).
Les noms de quelques dessinateurs de talent sont à
ajouter à ceux que nous avons déjà signalés : Henry YolleU
Jules Cbadel, Douy-Pascaull, Landois. mort prématuré-
ment; Georges de Feure; Provost-BlondeL graveur émérite,
auteur d'un recueil de monogrammes très apprécié ;
LA TROT. SI KM K R K PU Bl.l Q U il
Voyelles et Consonnes; Bonvallet, le collaborateur apprécie
de la maison Cardeilhac ; Cossart, Bcllery-Desfontaines,
Collier de chien, rivière, boulons d oreille*, bracelet,
A. Giraldon, Eugène Bel vi lie, M. -P. Verneuil, Lucien
Magne. Chardon, Edme Conty, etc.
65o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE
Un chapitre spécial serait a con-
sacrer à des émailleurs tels que :
Grand homme \H5 4 >) et (iarnier.
deCourcy. Corplet,dont la maison
remonte à 1820; Thesmar. Charles
Jean, Chariot, Soyer, L, llouillon,
technicien parfait, et Tourette qui
fut son élève : Uiquet. lùi^ène
Feuillâtre (1870), qui a composé et
exécuté des pièces émaillées im-
portantes et de fort jolis bijoux
très admirés aux Salons annuels.
De même que nous avons dû
nous
f> ti N H A NT li K COU 0 fi
E T & M i : R A Lî t) I -: S
par E. Colon 11 ii (iyoo).
bor-
ner à
citer
ces noms sans commentaires,
nous devons nous priver de par-
ler de plusieurs de nos contem-
porains qui. bien qu'avant pro-
duit de belles œuvres, n'ont pas
encore donné toute la mesure
de leur talent, car nous crain-
drions de ne pas leur rendre
pleine justice en formulant sur
eux une appréciation préma-
turée.
D'autre part, fort heureuse-
ment pour la Corporation, leur
nombre est assez considérable
Comment faire une sélection
parmi eux, sans risquer de
froisser ceux que nous passe-
rions sous silence ? Nous espé-
rons que, dans un délai plus ou
mjnoant ru; en Lr
(Mai son B ri deux, i - •. ,
[.A TROISIÈME RÉPUBLIQUE
moins rapproché, il se trouvera un
de nos confrères pour continuer
cette étude, en la reprenant au point
où nous nous sommes arrêté, c'est-
à-direaucommencement du xx e siè-
cle. C'est à lui qu'incombera la
tache de parler, avec le développe-
ment que comportent leurs œuvres,
de ceux que nous n'avons pu citer,
de combler les lacunes de ce travail
et de réparer les omissions invo-
lontaires, qu'il v découvrira vrai-
semblablement. Il sera alors en
mesure de juger à sa vé ri table
valeur, la jeune et brillante géné-
PENDANT D li i '(t i .
(Maison Soîié .,
fM: ND A NT 1>K COU EN OR,
ÉMAIL ROUGE ET Œït-D K-CH AT
pur \\ . Colon ita j hkkj i .
ration actuellede bijoutiers,
dont notre profession est en
droit de s enorgueillir. Déjà
plusieurs se sont classés
parmi le^ maîtres, d Vu très
sont en passe de le deveniir ;
le présent est plein .de pro-
messes. Nous sommes per-
suadé que ces jeunes con-
frères sauront sauvegarder
l'honneur de la Corpora-
tif >n,aujourcTh ui entre leurs
mains, et non seulement
maintenir, mais augmenter
encore l'éclat et la renom-
mée de la Bijouterie Kran-
caise.
65a LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
A ce point de notre travail, nous nous sommes senti
particulièrement embarrassé. Kn effet, si au moment d'étu-
dier l'œuvre de confrères actuellement en exercice, nous
avons déjà éprouvé une légitime appréhension, craignant de
ne pas le taire comme il convient, à plus forte raison nous
a-t-il semblé plus ardu encore de parler de notre propre
maison ; nous avions donc pris le parti d'y renoncer.
Avons-nous eu raison de céder aux aimables instances
de plusieurs confrères qui. forts de l'autorité qui leur esl
reconnue, nous affirmaient que. nos travaux de bijouterie
faisant partie de l'œuvre
commune . nous n'avions
pas le droit en nous abste-
nant de les mentionner, de
laisser une lacune, à leur
point de vue regrettable,
dans cette étude sur la Cor-
poration ?
Nous n'avons pas su
rési st e r à ces ra (son il e m e n t s
beaucoup trop bienveil-
lants; mais nous nous
contenterons d'exposer brièvement, par de simples notes
biographiques, l'historique de la maison Yever. et nous
éviterons tout commentaire personnel sur les œuvres qu'elle
a produites, nous bornant à citer à leur sujet les apprécia-
tions des principaux critiques compétents.
En 1(821, Pierre Vever (1795-1 853) lit construire à Met/,
au centre de la ville, rue Fabert. un immeuble où magasin
et ateliers de bijouterie avaient été aménagés avec un soin
tout particulier. ( irace ù sa connaissance du métier, à son tact,
a sa loyauté, il obtint rapidement la clientèle des meilleures
familles non seulement de la vieille cité française et des
régions voisines, mais encore du Luxembourg et des pro-
vinces rhénanes, d'où lui vinrent aussi, attires par sa répu-
tation, des apprentis devenus plus tard, dans leur pays
lîR K L 0 Q U ES.
I's\vl>é, lampe Ç&fCel, huilier, par K. Vevcr
iavaut is^).
B R i: L O Q U E S EN OR ET ARGENT .
Canons, mortiers, caissons, fusils, gabions, etc., par VtYcr {i8fioj.
(Grandeur d'exéculîon.)
65 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
d'origine, des artisans habiles et des maîtres appréciés.
Pierre Yever eut deux lils, qui tous deux montrèrent des
leur jeune âge des dispositions spéciales pour le dessin, mais
c'est à l'aîné, Ernest, qu'était réservée la maison paternelle,
Le plus jeune, Félix suivit la carrière des armes, à laquelle
le prédisposaient ses goûts, sa vive intelligence et ses excep-
tionnelles aptitudes physiques. Sorti de Saint-Cyr, il continua
à étudier avec passion les questions militaires, mais sans
négliger la peinture qui lui réservait de vrais succès; plusieurs
C 0 L L JJE R s 0 U i» L i: , kr AStiiiS P K it L i; $ et h k j l l a HT S,
(Maison Vever. — Exposition Je 1*7*.)
tableaux de lui figurent encore dans la salle d'honneur de
son régiment, dont ils représentent les hauts faits. Félix
Yever était lieutenant aux grenadiers de la (larde Impériale
et officier d'ordonnance du général de Sabram lorsqu'il tut
tué devant Sébastopol.
Ernest Vever (1823-1884) fut préparé, dès sa sortie du
lycée, ù devenir bijoutier.
Son apprentissage terminé, et après être revenu taire
un stage très profitable auprès de son père, il résolut d'aller
se perfectionner en Allemagne et en Autriche, pays dont
la joaillerie avait alors une grande réputation. Plein d'ar-
deur, il partit à pied, sac au dos. comme on le pratiquait
LA TROISIEME REPUBLIQUE
65 S
souvent à cctlc époque où les chemins de 1er étaient encore
bien rares. Avant ainsi visite les eentres de fabrication les
C O 1,1, [ j : u À S S V RIEN EN OR mat.
(Maison Yevtr. Exposition du t&JfS.J Réduction du moitié»
plus importante et séjourné principalement a Hanau et à
Vienne pendant le- années 1S42 et 1843, il revint à Metz,
où il s'occupa très activement des alTaires avec son père et,
en 1848, au moment de >on mariage 1 , il reprit la maison
1. Il ëpousit Iri Jillc a "un htbi icaiU d'urfevreric d'ctiiin l'urt 1i;iImIg dans su
$S6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X I X« SIÈCLE
a laquelle il donna beaucoup d'extension, créant lui-même
les modèles des bijoux dont il dirigeait en personne Texé-
MONOGRAMME OU C ] S K L K .
(Maison Vcvçr, 1891»)
cution, A cette époque, les moyens de communication avec
la capitale étaient moins faciles qu'aujourd hui et, à Paris
COLLIER SOUPLE, PERLES ET BRILLANTS,
(Maison Vcvur.) Réduction du tiers.
même, la spécialisation n existait pour ainsi dire pas dans
la bijouterie. Les bons ateliers de province étaient donc
profession, dont Jules Brateau utilisa les conseils et la vieille expérience,
lorsqu'il entreprit, avec un si grand et si légitime succès, de faire renaître l'orfè-
vrerie artistique d'étain, vers 1880,
LA TROrSIKME REPUBLIQUE
organises de manière à pouvoir entreprendre les différents
travaux qui se présentaient.
lift ANCHE DE MUGUKT EN J 0 A I L L E R L J S .
(Maison Vcver, — Exposition de 1889.)
Tel était le cas de l'atelier Vever, où se trouvaient réunis
le matériel et les outils nécessaires, non seulement pour
fabriquer la bijouterie et la joaillerie, niais pour graver.
42
0B LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
ciseler, mouler, fondre, estamper, tourner, émailler, dorer,
etc. Tous ces appareils, plus ou moins patines par le temps
et l'usage, éyoquaient le décor pittoresque des anciennes
gravures d'Iîticnne Delaune ou autres maîtres du Moyen^
Age. Là, se conservaient et se transmettaient les vieilles
traditions, les tours de
main du métier; là,
chacun savait « faire
de tout a, bijouterie,
joaillerie, orfèvrerie de
table ou d'église, etc.,
sans parler des raccom-
modages si délicats à
bien exécuter. Les ou-
vriers, presque tous
anciens apprentis de là
maison, faisaient pour
ainsi dire partie de la
famille et se montraient
affectueusement indul-
gents pour les jeunes
fils de leur patron qui,
aussi souvent qu'ils le
pouvaient , délaissant
les devoirs du collège,
venaient les regarder
travailler, non sans les
déranger quelque peu.
M;ns au^si que de connaissances nous avons acquises ainsi
tous deux, par la seule ambiance, par les leçons de choses
toujours renouvelées, qui exposaient à nos yeux d entants
attentifs et émerveillés, toutes les phases d'exécution des
bijoux les plus variés, depuis la composition du dessin et le
modelage de la cire par notre père, jusqu'au parachèvement
des derniers détails! Que Ton veuille bien nous excuser de
nous être arrêté à ces souvenirs lointains, mais si vivaces !
BOUCLE t> B CEINTURK.
Glycine eo àriictliysttsaculptèÉs Ht or èmaillè.
(Maison Vever,
LA TROISIÈME RËPUBLIQtJK 65g
Une importante exposition internationale, organisée à
Met2 en 1861, donna à Ernest Vever l'occasion d'augmenter
eneore la réputation qu i 1 s'était acquise dans la région de
BOUQUET DE JOAILLBRIR,
(Maison VcvftfM — Exposition do 18*9.1
L'Est* Toutes les œuvres, tics variées, réunies dans sa
vitrine, avaient été composées et dessinées par lui et exé-
cutées exclusivement dans son atelier; aussi obtint-il la plus
haute récompense attribuée à sa classe.
66ô LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIECLE
La population messine, qui fournit à la France un
nombre si considérable d'officiers distingues, aimait pas-
sionnément tout ce qui touchait à l'armée. Kilo ne manquait
aucunedes nombreusesrevues^ manœuvres. « petites guerres >j
de la garnison ; exercices de mines, de ponts, de sape du
régiment du génie; tirs variés des artilleurs, non [Mus que
lîOUCLIÎ D Ji G E 1 N T V U E .
Iris, cmaux translucides et émaux dépolis, {Maison Vever, 1897,)
les « triomphes » décernes par eux aux adroits pointeurs
qui avaient abattu le « tonneau »\ Ces continuelles mani-
festations militaires entretenaient chez les habitants l'esprit
« cocardier », hélas ! trop démodé aujourd'hui, et qui n'est
au tond qu'une très légère exagération du patriotisme, excu-
1. C'était un tonneau place en haut d'une longue perche et éclairé la nuit
par une lanterne qui servait de but pour le tir des mortiers. 11 fallait beaucoup
d'adresse et un peu de chance, ou inversement, pour envoyer une bombe sur
un but aussi exigu. Aussi ce haut fait était-il joyeusement et bruyamment
célébré; de plus, son auteur rentrait en ville au son de la musique et à la
lueur des torches, dans un char orné de drapeaux et de feuillages.
LA TROIS! KM F- RKPIBLIQUK
sable d'ailleurs dans cette ville frontière jusqu'alors inviolée.
Krnest Vcvcr possédait au plus haut point ce sentiment;
P E I O N K IRIS EN EMAUX TRANSLUCIDES
(Maison Vever, 1897.
nn le verni plus loin. D'une très grande habileté profession-
nelle, il avait exécuté personnellement, avec un soin extrême,
avec amour pourrait-on dire, des breloques en or et en
662 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
argent^ représentant de petits canons de campagne, des
pièces de siège, des caissons, des mortiers, des fusils, des
gabions, etc., qui obtinrent un succès des plus vifs. Ces chefs-
d'œuvre de patience et d'adresse étaient la reproduction, à
une échelle minuscule et avec tous ses détails, du matériel
d'artillerie alors en
usage; bien qu'ayant à
peine trois centimètres de
longueur, affût compris,
ces canons Lilliputiens
pouvaient tirer ; leurs
roues ton ma ient . les
coffres à munitions des
avant-trains s'ouvraient,
etc. 1 .es olïiciers-élèves
de l'Ecole d'Application ! ,
artilleurs ou sapeurs,
séduits par ces petites
merveilles, non seule-
ment les acquéraient pour
eux- m é m es, mais c n
axaient offert des spéci-
mens au musée des mo-
dèles de leur Heole.
Grâce aux connais-
sances techniques de son
chef, à son août très sûr,
F li N D A N T D K COU KMAILLK« ' w
Composition 4e Henri VoHet, (Maison Vcvcr. i^kjJ ^ aiJSSl UUX CXCCptinn-
nelles qualités d'intelli-
gence et de cœur de M ll,L Yever qui secondait admirablement
i. I/Kcole d'application du Génk et de l'Artillerie, couramment appelée
École de Metz, recevait pour deux: ans les élevés sortant de l'école Poly-
technique avec le grade de sous-lieutenant. Cette école a ete transférée à
Fontainebleau depuis 1870.
Metz possédait aussi avant la guerre l'Kcole de Pyrothechnie, aujourd'hui
a Bourges, ce qui procurait à ses habitants l'occasion d'assister à des feux
d'artifice merveilleux,
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
son mari, la maison Vever voyait sa prospérité s'accroître
de jour en jour, lorsque survinrent les tragiques événements
de 1870, si particulièrement douloureux pour la ville de
Metz.
Ernest Vever montra alors qu'il était aussi bon patriote
qu'habile joaillier. Dès
1 868* l'élite de la jeu-
nesse m ess i n e , p roiî tant
des dispositions de la
loi sur la Garde mobile,
s'était constituée enune
compagnie de francs-
tireurs et avait nommé
pour capitaine Krnest
Vèyet , depuis long-
temps adonné avec suc-
cès à la pratique du tir.
Aussitôt ce choix offi-
ciellement ratifié par le
maréchal N ici , alors
Ministre de la Guerre,
le nouveau comman-
dant mena si bien Fin-
struction militaire de
sa compagnie, qu'en
1870 elle fut à même
de prendre part aux
d i f i é rentes o pé r a t i o n s
du siège et d accomplir
utilement son devoir. Cette troupe, composée d'environ
deux cents jeunes gens appartenant aux meilleures familles
de Metz, resta aux avant-postes sans discontinuité, depuis
le début des opérations jusqu'au moment de la capitulation,
et se distingua particulièrement au combat livré le 9 sep-
tembre, autour du village de Vasnv, dont elle délogea a la
baïonnette, et malgré des pertes sensibles, les Allemands
lî O U <; L E D K CEINTURE.
Jasmin ci 'Espagne en éimiux m;its, (Mai>on Vever, ittyH.)
664 M BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE
très supérieurs en nombre 1 . Le lendemain même, Ernest
Vever, qui avait fait preuve d'autant de coup-d'œil que
d'intrépidité, reçut pour lui la croix de la Légion d'honneur
et, pour ses blessés et les plus remarqués de ses francs-
DIADKMF, « MONNAIE-DU-l'APE », OPALES ET DIAMANTS.
'Maison Vcvcr. — Imposition de n»oo.) - Hauteur : 10 cent.
tireurs, des médailles militaires vaillamment gagnées. Le
maire de la ville vint de son côte, âsstsfé d'une délégation
du conseil municipal, le féliciter de sa conduite et de celle
de sa compagnie.
i. Le père d'Ernest Membre, rémaillcur bien connu, s'était enrôlé dans
cette compagnie en qualité de Messin et de patriote et prit part à ce combat.
Il en fut de même de Paul Vever, qui avait alors à peine rg ans.
R R O <; H K S ET PENDANT -S l> R C O U , A V R C Ê M AUX MATS.
M K [ j A I L L E S L> J v L . HOTTK B .
(Maison Vever, iS<jHj ,
666 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
EPINGLE A CHAPEAU,
(Maison Vever, 1900.)
Pendant ce temps, est- il besoin de le
dire, la bijouterie chômait; les ouvriers
avaient rejoint leurs régiments. Seul,
restait à l'atelier un vétéran, inutilisable
pour Tannée, avec qui, pendant les rares
moments que notre service aux ambu-
lances nous laissait libres* nous fabri-
quâmes, tant bien que mal, les étoiles
d argent que les généraux nouvellement
promus gagnaient sur les champs de
bataille. Tels lurent nos débuts personnels
dans la profession !
Apres Tentrée des vainqueurs dans
Metz, les francs-tireurs furent activement
recherchés par eux, et quelques-uns même
durent expier rudement leur patriotisme
dans les forte-
resses alle-
mandes. Er-
nest Vever, averti secrètement
la veille du jour où il devait être
arrêté, ainsi que son fils aîné
Paul, put s'échapper à temps
avec tous les siens et quelques
officiers français pourvus par lui
de vêtements civils et de livrets
d'ouvriers. Le petit groupe, dont
notre mère et nous-meme fai-
sions partie, parvint à gagner
Luxembourg en suivant à pied,
dans une neige épaisse, la voie
du chemin de fer. Elle était
cependant gardée par des postes
ennemis échelonnés, mais nous
réussîmes heureusement à leur
donner le change, non sans
PENDANT DE COU « Lli PARFUM »■
Composition de Jïenc Rozeï-
(Maison Vcvcr t 19004
LA TROISIEME RÉPUBLIQUE
66?
éprouver quelques appréhensions assez compréhensibles.
En t S 7 r , aussitôt que l'annexion de la Lorraine à l'Alle-
magne fut devenue irrévocable. F. Vever, réalisant ou
abandonnant ceux de ses biens qu'il ne pouvait emporter,
P K H D A S T D JE£ COU JOAILLERIE ET EMAUX I R A N S P A R H N T S
SUR OR CISELÉ,
(Maison Vever, — Exposition de 1900.)
quitta définitivement Met/ 1 et vint a Paris où il acheta le
fonds de Raugrand* mort pendant le siège, réunissant ainsi,
19, rtie de la Paix, sa vieille fabrique de province à celle du
célèbre joaillier parisien.
L La sépulture de famille elle-même fut ouverte et les morts, eux aussi,
ramenés en France- Le caveau vide fut donné plus tard pour y inhumer les
officiers français morts pendant le siège.
668 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Vever rencontra un accueil des plus sympathiques à son
arrivée dans la capitale qui, toute palpitante encore des
patriotiques émotions du siège, prenait une part très vive
au deuil des Alsaciens-
Lorrains forcés de renon-
cer à vivre sur le sol natal
pour rester Français. Le
bijoutier messin, dont le
caractère élevé et le bon
sens axaient été grande-
ment appréciés dès
l'abord - 9 fut bientôt
nommé juge au Tribunal
de Commerce de la Seine
où il siégea plusieurs an-
nées, y laissant les meil-
leurs souvenirs. En 1875,
ses contrôles de la Lham-
bre Syndicale lui firent
rhonneur de le choisir
pour leur président,
manifestation spontanée
d'affectueuse estime, dont
il fut extrêmement touché.
Lors de l'Exposition
de 1878, E. Vever, nom tué
membre du Jury, fut
comme tel placé hors
concours, 11 avait tenu
cependant à présenter une
vitrine remarquable, et le rapporteur de la classe, M. Martial
Bernard père, signale parmi les œuvres principales « un
grand bandeau dont toutes les pièces sont ajustées sans
soudure ; un type parfait de collier, du grec le plus pur,
frangé de brillants et de perles, d'une souplesse admirable
D'élégants bouquets en joaillerie, un collier assyrien en or
PENDANT DR COU
Or, ivoire et émaux ; compo
(Maison Vever, — Musée d
POESIE w .
lion de E. Grasset
Arts décoratifs.)
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
669
ciselé, d'un beau caractère, une parure de style classique
composée cTémeraudes magnifiques, aussi rares comme
BROCHE «■ APPARITIONS »,
Or, ivoire, émaux, pierres cabochons. - Composition de E. Grasset.
(Maison Vcver. — .Musée du Luxembourg,)
qualité que comme grosseur, attiraient particulièrement
l'attention au milieu d'un ensemble important et très étudie.
D'une activité sans égale, E. Vever ne cessa de s'inté-
ii u o c H 1; m a r g u k r< l t ]"-: .
Composition de K. Grasset. (Maison Ycver. — Musée de Tokîo,|
resser à toutes les questions professionnelles et corporatives:
il prit une part très grande à la fondation et aux travaux de
6;o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
la Société d 1 Encouragement dont il était vicè-présidëht et
déploya beaucoup de zèle pour l'Ecole de la Chambre
Syndicale; il composa môme, spécialement à l'usage des
apprentis, une méthode élémentaire de dessin pour laquelle
il eut la surprise de recevoir du Ministre de l'Instruction
BOUCLE DE CEINTURE PAON. OR ET ÉMAIL, CORNALINES.
Composition de \i. Grasset. (Maison E« Yever, igoo.)
publique, M. Bardoux, le ruban d'officier d'Académie, dis-
tinction rare à cette époque.
Son intelligence, son autorité, son dévouement, son
caractère franc et loyal, lui avaient acquis sans réserve
l'estime et l'amitié de ses confrères qui le nommèrent à
l'unanimité président honoraire, en iNNi. lorsque, réalisant
son désir déjà plusieurs fois exprimé, il renonça à la pré-
sidence effective de la Chambre syndicale qu'il occupait
depuis sept années. A la même époque il quitta définitive-
P E 1 (i N É CVCLAM Ë N .
Feuilles d ivoire â#ec tâches d'Opales, (leurs en émail Lran&Iudde*
(Maison Vevcr. — Exposition de jr>oo*|
672 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
ment les allai res. cédant sa maison à ses deux (ils, Paul et
Henri.
Ces derniers étaient du reste ses collaborateurs depuis
1874, A cette date, en effet, Paul
Vever (i85i) sortait de l'Ecole
Polytechnique et avait renoncé
aux carrières de L'Etat pour em-
brasser la profession paternelle;
de son côté, Henri Vever ( 1 S 5 4 >
avait terminé son année de
volontariat et son éducation
^mÊ A technique et artistique. Pendant
S^^^M L l ue son a ' n ^ se '' vra ^ ^ l I étude
*Jm des sciences, il avait été mis en
apprentissage dans 1 atelier de
bijouterie des frères Loquet. 9.4,
rue du Temple 1 , où Barberel,
aujourd'hui chef d^ateljer ehe/
Louis Àucoc, fut son « moni-
teur». Plus tard, bien que chez
Loguet il eût obtenu la « patie
de lièvre 0, insigne de son élé-
vation au rang d'ouvrier \ il lit
chez Hallet, <p, rue des Petits-
Champs, un nouvel apprenm-
i, Loguet frères, fabricants de bijou-
terie, joaillerie, parures, demi-parures et
pendeloques en genre fantaisie nouvelle
PKNDANT DE COU.
Femme cil ivoire; émaux et h ri liante.
{ M ai son Vever, 1000.1
2. Autrefois, on avait coutume, dans
La plupart des ateliers de bijouterie, de
passer autour du cou de l'apprenti qui
devenait ouvrier un ruban auquel était suspendue une belle patte de lièvre,
toute neuve et bien fournie. La patte de lièvre, emblème spécial au bijou-
tier, s'utilisait pour balayer doucement les limailles d'or qui restaient sur la
cheville; elle est aujourd'hui remplacée par une prosaïque brasse, Il est à
peine besoin d'ajouter que la cérémonie de la réception se terminait ordinai-
rement par une « tournée » ou par un déjeuner offert par le nouveau dignitaire
dans quelque restaurant réputé du voisinage,
LA T R 01 SI JE .M E RÉPUBLIQUE
^3
sage d'ouvrier joaillier et de sertisseur: il s'initia aussi au
dessin professionnel chez Dufoug, spécialiste apprécié pour
devant u e Corsa g e 1: n j 0 a i l 1. 1: i< 1 e .
Maison Vever, — Exposition de 1900. j — Largeur : o^iy.
son tour de main, et qui ne manquait ni d'invention, ni de
goût.
Tout en employant ses journées à la pratique du métier,
4?
674 UA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Henri Vever suivait chaque soir les cours de dessin, de
modelage et de composition d'ornement ù l'Ecole des Arts
décoratifs où professaient alors Cabasson, Etcx, Rouillard,
Aimé Mil let. Ru prie h Robert,
Admis après concours à
PEcole nationale des Beaux-
Arts, que dirigeait alors
M. Guillaume, il y entra dans
l'atelier de Gcromc et obtint,
comme précédemment à la
« petite école » , de nom-
breuses récompenses.
Ainsi prépare, il fut mis
aux allai res en même temps
que son frère, et tous deux
s'initièrent aux détails de la
maison qu'ils étaient destinés
à reprendre. Ils participèrent
tout particulièrement à la
préparation des mm Tes qui
figurèrent à l'Exposition de
1878 et dont nous avons parlé
plus haut. En 1880, lors de
son mariage, Paul Vever de-
vint l'associe de son père:
Tannée suivante, Henri se
mariant à son tour, Ernest
Vevcr associa ses (ils et se
retira, prenant un repos bien
mérité.
Les deux frères s'ellbr-
cèrent de donner une nouvelle impulsion à leur maison ; ils
y parvinrent, grâce à leurs aptitudes qui se complétaient très
heureusement. La première Exposition à laquelle ils prirent
part, après leur association, fut celle de 1889. De l'aveu
unanime, leur vitrine eut un succès sensationnel, du à
PENDANT D li COU K BRETONNE ».
Joaillerie, émaux, ivoire, corail,
(Maison Vever, 1900,)
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
l'importance et à la variété des pièces qui y étaient réunies.
Klle leur valut un des deux Grands Prix attribués à la
joaillerie 1 . Desobjets
d'art en grand nom-
bre, de la joaillerie
aux formes inédites,
des perles et des pier-
reries de grande
rareté formaient un
ensemble au sujet
duquel le rappor-
teur. M. Krnest Mar-
ret, s'exprime ainsi :
« L'art du joaillier
se révèle encore dans
les contrastes de
pierres qu'il sait réu-
nir : telle collection
de diamants i aussi
rares par la variété
de leurs couleurs que
par leur perfection .
lui commande une
sobriété complète
dans rornementa-
tion de leur mon-
ture : la vitrine de
MM. Ycvcr. qui ont
obtenu un grand
prix, nous en offre
un superbe exemple.
Au milieu des plus
belles collections de perles, se détache un collier de dia-
mants de toutes couleurs, plus rares et plus beaux les uns
que les autres, un diadème soleil-, dont le centre est un
l. L'autre grand prix fut attribué à la maison Boucheron,
PENDANT DE COU « iiftETONNJi ».
Opales sculptées, émaux, diamants.
(Maison Vever, — Ex position de irjioo.)
676 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
diamant jaune d'or de 54 carats, une coquille avec un
brillant de teinte rose, dont la rareté est plus grande encore.
On ne sait si Ton doit préférer aux diamants les perles
noires, et quand on ad-
mire celle de 1 65 grains
qui lait le milieu de ce
joli nœud Louis XVI ?
si calme de mouve-
ment* retenu par une
simple épingle d or ter-
minée par cette superbe
perle, l'on s'étonne que
la nature ait pu la pro-
duire si grosse el si
parfaite.
« Les branches de
fleurs sont d'une très
belle exécution et nom-
breuses dans cette
vitrine; un rameau
fleuri d'amandier, dont
les feuilles sont encore
en boutons, est d'une
grâce parfaite et pris
sur nature ; les bois,
gonflés de sève et un
peu forts comme au
printemps, sont sertis
en or. Un ornement
d'épaule en perles et
diamants, d'une grande légèreté de dessin, est une jolie
nouveauté. Nous aurons à compléter l'examen de cette
vitrine lorsque nous visiterons les bijoux d'or en ciselure et
les objets d*art. »
Deux années plus tard, en 1S91. fut organisée à Moscou
cette Exposition française qui devait avoir des résultats
PENDENTIF « SYLVJA »,
Agate sculptcOp diamants et email.
(Réduction d'un tiers. — Maison Vever, iqoo.j
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
politiques si importants, et que Ton peut considérer à bon
BOUCLE DC CEINTURE fl SYRACUSK J>, OH É SI AILLÉ.
(Maison Vever. — Imposition de ujoo.]
droit comme le prélude de l'alliance franco-russe.
MM. Vever répondirent avec empressement à l'appel qui
DIADÈME PLUME D B PAON, DIAMANTS KT OPALES,
(Maison Vever. — Exposition de 1900). Largeur : 0™i5.
fut fait alors au patriotisme des industriels français, et
678 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
envoyèrent dans la vieille ville des Tzars une vitrine plus
riche encore que celle exposée par eux en 1889. Délégué par
le Comité, Paul Veyer alla procéder à l'installation de la
classe, et les deux frères profitèrent successivement de
cette occasion pour étudier, non seulement les chefs-
PKNDANT D li COU, K MAUX B T P B R 1- B S L O N V, U K S .
i Maison VeVêf, K)oo.)
d'œuvre de la bijouterie et de L'orfèvrerie russes réunis au
Kremlin et dans les « sobors » et les « lavras » des prin-
cipales villes de Russie, mais aussi les richesses d'art oriental
qui composent le trésor impérial de Constantinopîe. Henri
Vever. après avoir visité le Caucase, poussa même jusqu'à
Boukhara et Samarkand, d'où il rapporta des documents
professionnels intéressants. Paul Vever reçut la croix de la
Légion d'honneur à la suite de cette Exposition de Moscou.
PBIGNB l-HUILLKS DK C H A P I) O N , K MAUX TRANSLUCIDES DEPOLIS.
(Miii-jori Vtvi-r, Mu^ol- de* Arts dc-L'orut ils de Hreslaii ■)
S8o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX< SIÈCLE
PENDANT Di: COU OR BM Alt. t Û •
(Maison Vever, moo)
commissaire rapporteur. Se
trouvant au delà de l'Atlan-
tique, il fit, en compagnie de
son ami André Bouilhet,
l'orfèvre cousin et collabo-
rateur de Christofle , une
tournée d'étude aux Ktals-
Unis, en Californie, au
Canada, visitant partout les
maisons de joaillerie et les
principales fabriques de bi-
jouterie et d'orfèvrerie
Ce fut ensuite TKx posi-
tion de Bordeaux, en i8g5;
t. Les observations recueillies au
cours de ce voyage ont été consignées
dans les rapports publiés sous la
direction de M. Camille Krantz, com-
missaire général du Gouvernement
à l'organisation de laquelle il
avait collaboré très active-
ment.
L'Exposition de Chicago,
qui eut lieu en 1898, fournit ù
la joaillerie française une nou-
velle occasion d'affirmer sa
suprématie a l'étranger. La
maison Yever montra à la
« World's Fair » une collection
de joyaux et d'objets d'art qui
furent des plus remarqués.
Henri Vcver avait été nommé
I 1 M îs" DANT U H COU.
Pyon, émaux cl op£ile>. (Maison Ycvcr. nym.)
if
682 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE
Henri Yever étant président du Jury, la maison, malgré
une participation importante^ ne pouvait recevoir aucune
récompense. En 1897, a l'Exposition de Bruxelles, elle se vit
décerner un Grand Prix, eu même temps que Henri Vever
PENDANT ETE C 0 U « h A S I R P. N K K T J. A V A (i I. H » ,
ÉMAUX MÂTS HT TRANSLUCIDES.
(Maison Wvlt, Lgoo,)
était nommé chevalier de la Légion d'honneur, Enfin. Iprs
de la grandiose manifestation industrielle de 1900, la maison
Vever eut pour principale préoccupation de ne produire que
des objets présentant un caractère spécial de nouveauté,
mais restant soumis cependant aux lois immuables d'équi-
libre et d'harmonie nécessaires à toute bonne composition.
français à l'Exposition de Chicago (Comité 24). Paris, Imprimerie Natio-
nale, 1894.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
683
Ses efforts dans cette voie turent heureux, puisqu'ils lui
valurent un nouveau Grand Prix et que les œuvres exposées
PENDANT D K COU 8 A H Ç O L I E S Ô JOAILLERIE KT ÉMAIL ,+
(Maison Vever, --Exposition de rgoo.
furent l'objet d'appréciations louangeuses de la part des
personnes les mieux qualifiées pour les juger.
Dans le rapport officiel de M, Paul Soufflet, joaillier,
nous lisons : et MM. Vever sont entrés résolument dans la
6S 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
voie nouvelle; ils ont voulu rompre avec les anciens erre-
ments en la matière, et se faire les protagonistes d'une
nouvelle conception de la joaillerie. Leurs compositions
hardies, dans un genre encore ignoré du public, leur font
le plus grand honneur Comment ne pas s'intéresser a
ces heureuses compositions, dans lesquelles se retrouvent le
PENDANT DE COU OPALE, EMAUX li T JOAILLERIE.
(Maison Vever, tg&l . i
souci incessant du nouveau, la volonté bien arrêtée de
s'écarter des sentiers battus, et comment, en présence de
celte réussite, ne pas s'associer aux sentiments unanimes
du public, sentiments qui se sont manifestés devant cette
exposition ».
M .Léonce Bénédite, réminent critique d'art, Conserva-
teur du Musée du Luxembourg, s'exprime ainsi : « Il n'y a
pas, derrière les glaces de ces meubles, comme c'est le cas à
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
685
peu près général, quelques pièces de combat limitées, émer-
geant d'un Ilot Je morceaux de production courante. J.cs
PLAQUE DE COU POMMES DE PIN, OR C I S & h K ET É M A I I. L K .
(Maison Vcver, igo2.)
sujets significatifs sur lesquels le bijoutier a voulu affirmer
sa personnalité ne sont pas à compter. Chaque objet marque
PLAQUE Dr-i COU EN JOAILLERIE,
(Muîson Vever, l'yoï.)
une recherche, offre un intérêt particulier; tous ont été
conçus en vue d'une manifestation qui avait pour but de
686 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
mettre la France hors de pair dans un art qui lui appartient
pour ainsi dire de droit par ses qualités essentielles. Et Ton
doit ajouter que, dans ce vaste et imposant ensemble, les
trouvailles de premier ordre ne sont pas isolées.
» C'est une vraie joie pour les yeux de contempler ces
vitrines. Diadèmes,
devants de corsage .
et de clarté, par une grâce distinguée, bien française, où la
nouveauté et la variété sont toujours maintenues par une
forte discipline.
» Vever a eu aussi l'ambition de faire dans la joaillerie
œuvre de vrai artiste et, pour mériter cette gloire, il n'a
ménagé ni la peine, ni le temps, ni les sacrifices.
» Ce qui caractérise la forme de son art, c'est d'abord qu il
pe n d e 1 oq u e s , b r< >c h e s ,
peignes, boucles, vous
retiennent longuement
et vous rappellent en-
core. On n'y est pas
seulement attiré par la
Splendeur d'une prodi-
gieuse joaillerie, par
battrait tout matériel,
la beauté minéralogi-
que de ces diamants
blancs, jaunes et bleus,
de ces rubis, de ces
émeraudes et de ces
saphirs qui mêlent en
un vâste éblouissement
les éclats vifs et mou-
vants de leurs feux
multicolores ; on y est
retenu par le charme
dïinart tout d'élégance
et de goût, de mesure
PENDANT DE COU LOUIS XVI
DIAMANTS E T SAPHIRS.
(Maison Vever.)
LA TROISIÈME RKPUBIJ Q V E
$87
continue à n employer que le
jeu des pierres précieuses ;
c'est ensuite, qu'il est parvenu
à créer un style bien personnel,
remarquable par récriture du
dessin, nette, franche, bien dé-
terminée Je sentiment des justes
proportions entre les divers
éléments du sujet, le rythme
toujours sensible et sans confu-
sion, le travail sobre et peu
chargé. 11 faut que le bijou se
PENDANT DK COU,
ÉMAUX TR.ANSl'ARËNTS,
(Maison Vever )
PENDANT COU f( OXAL1S »,
1Î MAI X TRANSITENT S-
(Maison Vever-j
lise facile ment sur les fronts, sur les
gorges et sur les poitrines,
» La science mélodique des cour-
bes, le sentiment des volumes, des
reliefs et des valeurs, de la dispo-
sition des masses et des vides, des
pleins et des déliés, en somme ce
qui constitue la logique des formes
et des harmonies, toutes ces règles
qui découlent de la plus simple de
toutes : la méthode, cest-a-dire le
jugement et la réflexion, il n"est pas
d'imagination, si elle veut faire
œuvre durable, qui s'en puisse pas-
ser. C'est ce que s'est répété constam-
ment M. Vever, et c'est pour avoir
suivi ces enseignements qu'il a pro-
duit un si bel ensemble de distinc-
688 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
tion, de mesure et de goût, Lalique d'une part, Yever de
l'autre, ces deux noms pourraient nous suffire pour repré-
senter tout l'effort proclamé par l'Exposition universelle
dans Part du bijou K a
Tout en travaillant activement à donner à leurs créa-
tions un caractère artistique, à la fois inédit et personnel.
l'iiNDANT DE COU,
É m aux diîc 0 L 1 S E T J' B Ri-K LONG UÈ*
(Maison Vever*]
MM. \'cver s'intéressent vivement aussi à toutes les ques-
tions professionnelles et aux associations philanthropiques
de la corporation; tous deux ont été, à plusieurs reprises,
vice-présidents de la Chambre syndicale, et membres du
Conseil de la Société d'Encouragement, Il y a de longues
années déjà que Paul Yever préside le groupe des marchands
i. Le Bijou à l'Exposition Universelle, article paru dans Art et Décoration.
septembre 1900.
LA T R O I S I K M K fvKIM \\\ \ nr I
et commissionnaires. Depuis le décès de Boucheron, en 1902,
Henri Vever est président de la Fraternelle. Collectionneur
passionné, membre du Conseil de l'Union Centrale des
Beaux-Ans appliqués à l'industrie, il s'occupe avec beaucoup
d'ardeur, en cette qualité, du Musée des Arts décoratifs.
Récemment. MM. Vever onl transféré leur maison de
El R O <: 1 1 K BMERAUDB ET BRILLANTS.
Réduction d un dixième. fMaisoti Vever.»
commerce dans un immeuble construit spécialement par
eu.x et pour eux. au n° 14 de la rue de la Paix, où sont
réunis, comme a Met/, magasins cl ateliers,
(Test là que prochainement deux des lils de Paul Vever,
André et Pierre, quatrième génération de bijoutiers fournie
par la famille, s'inspirant de ses traditions et soucieux de
maintenir son renom, viendront à leur tour continuer son
effort et, nous l'espérons , avec succès.
44
690 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
BROCHBS OH MAT Kl J O A 1 L L li ft 1 E
Nous niions aborder main-
tenant Fanal y se des œuvres de
i'hôrnme qui , incontestable-
ment, a le plus contribué à la
rénovation du bijou dans la
période qui nous occupe. Si
nous l'avons réservée jusqu'ici,
ce n'est pas seulement par
coquetterie d'au leur, a lin d'as-
surer à la fin de noire travail
le plus d'intérêt et d'éclat pos-
sible, c'est atissi parce que l'im-
pulsion donnée par Laliquc
dans les dernières années du
xix e siècle se continue toujours
active au siècle actuel et que
nous ne pouvions mieux ratta-
cher le Passé au Présent et à
PA venir qu'en consacrant nos
dernières pages à fart i sic dont
le nom est universellement
connu et dont faction tut si
prépondérante et si efficace
pour nos industries.
Laliquc i René-Jules i , lils
d'un commissionnaire en mar-
chandises parisien, établi rue
Chapon, naquit en [860 à A y
Marne!, pavs d'origine de -a
mère. Ramené à Paris quelques
mois après sa naissance, il ne
retourna dans son pays natal
que pour passer de paisibles
vacances dans cette campagne
champenoise qu'il aimait pas-
PENDANT DE COU KN JOAILLERIE
sionnémenL II demeurait de D^s?ïa4èL«jique(i88^,
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
longues heures à révcr devant les plantes, les arbres, les
fleurs, dont il admirait les formes élégantes, les colorations
variées et l'exquise harmonie, absorbé et profondément ému
parla contemplation de ce spectacle toujours renouvelé de
la Nature qui a tant contribué à la formation et au dévelop-
pement de son tempérament artistique.
ït k o <; 1 1 1; s u \: y antaisik, o h a a t kt joaillerie»
Ijessin de Lalique ( i883|,
Il resta jusqu'à l'âge de quatorze ans au collège Turgot.
puis continua ses études à Fontenay-sous-Bois. Son plus
grand plaisir, dans ces deux établissements, était de crayon-
ner tout ce que lui suggérait déjà son imagination ; ses cahiers
et ses livres étaient remplis de croquis, et ses petits cama-
rades d'alors lui demandaient souvent des « bonshommes »
que Lalique leur donnait de la meilleure grâce du monde.
6g2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
C'est à Turgot qu'il commença l'étude du dessin avec
Lequicn père, et, aujourd'hui encore, Lalique se plaît à
reconnaître qu'il lui incul-
qua d'excellents principes.
Les grandes dispositions na-
turelles de l'élève, d'ailleurs
très attentif, lui valurent
de rapides progrès; à douze
ans il obtint le premier prix
de dessin.
Lalique avait a peine
quinze ans qu'il cherchait
déjà a utiliser son jeune
talent d une façon pratique,
car il avait le vif désir d'ar-
river bientôt à se suffire à
lui-même. Pendant une pé-
ril >de de vacances, il s essaya
à faire de la miniature, pei-
gnant à la youache sur des
cartes d'ivoire mince
bouquets de Heurs qu'il
réussit à vendre à de petits
marchands d'Epcrnav ; il
était très heureux et fier
lorsque le travail de sa ma-
tinée lui avait rapporté cent
sous. Stimulé par ces résul-
tats et par le plaisir de trou-
verdesacquéreurs,il prenait
confiance en lui-même pour
l'avenir. « A cet âge, disait-il
en nous donnant ces détails, on est content quand on sent
qu'on est quelqu'un ». Cette fierté d'enfant était pour le pré-
coce artiste le prélude de cette joie si forte qu'il devait plu>
tard éprouver dans toute sa plénitude et sans interruption :
It R A N C H t P KGLANTIKR.
Dcssif] original de Lalique [tiî83j<
HiiuU-ur : 2 2 CèJtt.
[VA f RGiSIÈMË REPUBLIQUE
celle de pouvoir préciser ses rêves, d'innover, de créer. Mais
l'enfant, en dehors de son goût pour le dessin, n'avait pas de
vocation déterminée et il
fallait pourtant qu'il choisît
un état. A sa mère, devenue
veuve en i on avait dit
que le métier de bijoutier
n "était pas fatigant et per-
mettait de gagner largement
sa vie. Elle mit donc son
fils, alors âge de seize ans,
en apprentissage chez
M. Louis AueûC. Pendant
deux ans, il s'initia à la
partie technique de sa pro-
fession, mais continua néan-
moins à se livrer à sa pas-
sion du dessin en s'exerç&nt
à composer des modèles de
bijoux, dont quelques-uns,
exécutés dans l'atelier de
son patron, constituent en
quelque sorte ses premières
œuvres anonymes en bijou-
terie, « mais, dit Lalique
en riant, elles n'étaient pas
fameuses ! »
Vers cette époque, il sui-
vit les cours de l'Ecole des
Arts décoratifs; il dut les
abandonner au bout de
quelques mois, ne pouvant y aller d'une façon régulière,
Lalique quitta l'atelier Aucoc pour se rendre en Angle-
terre. Il y resta deux ans, au collège de Svdenham.où il
travailla avec une nouvelle ardeur, ne négligeant aucune
occasion de se perfectionner dans l'étude du dessin qu'il
M A K fr i; l: J< J L K E N ht A T 1. I. R R t K
0g 4 I A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
préférait à tout. (Test ainsi qu il prit part à presque tous les
concours de composition d'art décoratif que les revues et les
journaux anglais organisaient déjà, devançant de beaucoup
notre pays sur ce point.
A son retour ù Paris,
Lalique entra , comme
dessinateur chez, un de
se s pa ren ts , M , Y u i 1 1 e ret ,
rue de Saintonge, qui
lui man il estait sa sur-
prise de le voir se lancer
dans cette voie : « Tu
veux faire des dessins de
bijoux, lui disait-il, mais
cela ne mène à rien ! Tu
verras que dans deux ou
trois mois tu ne sauras
plus qu'inventer et. ar-
rivé au bout de ton rou-
leau, tu seras bien obligé
de t'arreter ». Il passa
ensuite une année ( 1 88 1 )
chez M. Petit fils .Au-
guste), rue de Chabanais
et le quitta afin de pou-
voir suivre d une façon
[Mus indépendante la fan-
taisie de son caprice; il
se mit alors dessinateur
en chambre.
Tout en continuant à
fournir de dessins ses anciens patrons, il agrandit le cercle de
sa clientèle et composa des modèles pour un grand nombre
de fabricants et de marchands bijoutiers, tels que Jacta.
Aucoc, Cartier, Renn, Gariod, Hamclin, Destape, etc. 1 Kn
i, Lalique dit aujourd'hui que ces dessins étaient à des horreurs ».
BRANCHE DE GERANIUM
Dessin de Laliquv (1884I.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
A R A I G N g R ES JOAILLERIE.
Dessin Je Lui que 1 18S4L
outre, il faisait de temps en temps des gouaches, des éven-
tails, des dessins pour papiers peints, étoffes, etc. 11 profita
de sa liberté pour apprendre
la sculpture et suivit les
cours du statuaire Lequien,
le fils de son ancien profes-
seur de Turgot, qui ensei-
gnait le modelage dans une
école de la ville devenue
depuis Fécole Bernard Pa-
lissy,
A la même époque, Lali-
que s'essaya aussi dans la gravure à Peau-forte, mais,
malgré nos recherches, nous n'avons pu retrouver aucun
spécimen de ses œuvres pendant celte période. La gravure
le séduisait beau-
coup : en [ 883, il
songea à utiliser ce
procédé pour une
publication d'an in •
dustriel qu'il vou-
lait créer et dont il
aurait été a la fois
le directeur, le gra-
veur, l'imprimeur
et l'éditeur, et dans
laquelle les gra-
vures, sans texte,
auraient été accom-
pagnées de légendes
sommaires, gravées
également à l'eau-
forte ; quanta la vente, il suffisait, pensait-il. d'avoir des
abonnés à qui devaient être expédiés les numéros par la
poste. Cette juvénile ardeur eut certes mérité sa récom-
pense, Lalîque était d'ailleurs très encouragé dans cette
r* r* • m m $ % >.* 9 & & $ $ <$>
mm&mmrmmmmm.
è é % ■*> * h é & é » &
HIUCKLKT SOUf'LK 11 N JOAILLERIE,
BROCHE SAUTER K L J- E -
Dessin Je Laliqiie | iâg
orjti LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
voie par notre regretté confrère Charles Arfvidson à qui il
fournissait des dessins cl avec lequel il était en très bons
termes, Arfvidson pensait qu'il y avait là un excellent moyen
de répandre des modèles nouveaux chez un grand nombre
de fabricants; déjà plusieurs
d'entre eux. persuadés par lui,
s'étaient inscrits comme abonnés
de la future publication sans en
avoir rien vu. Mais ce beau projet
ne se réalisa pas, et on ne peut
que le regret tel' pour nos indus-
tries. Entre temps Arfvidson avait
parlé de son artiste à l'éditeur
Rothschild qui de son coté s'oc-
cupait précisément d une revue
analogue également destinée aux
fabricants . mais principalement
aux fabricants étrangers ; il fallait
donc traiter Particte d'exportation*
L'éditeur s'était adressé à des or-
nemanistes peu versés dans le
des>in de bijouterie et par consé-
quent incapables de fournir des
modèles intéressants ou pratiques :
aussi, saisit-il avec empressement
l'occasion qui lui fut offerte de
s'entendre avec Lalique, dessina-
teur parfaitement inconnu d'ail-
leurs, mais déjà spécialisé dans le
bijou* I /accord se lit facilement, à raison de deux plancher
i aquarelles i à livrer par mois, au prix de 5o irancs Tune.
Lalique collabora à cette publication pendant un an environ,
puis, la trouvant dénuée d'intérêt pour lui et ayant d'autres
travaux, il passa la main a un dessinateur nommé Banne-
ville qui travaillait pour Le Saché.
i. Le Bijou j publication mensuelle fondée en 1^74.
EPI DE fi L K K N M j A I L I, E R I K .
Ilessin de Lalique []$&).
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 697
A ce moment. Laliquc contracta une association, Ju
reste peu connue, dans les circonstances suivantes. I n vieil
B R (H! il 1: s EN ÛK i: I S EL K
par Laliqiu: (|8â3|.
ami de sa famille, nommé Yarenne, très brave homme,
possédant une certaine instruction et quelques notions de
BROCHE NŒUD DE TULLE OR HAT, BORDÉ DE JOAILLERIE
pn r I .aligne i SS^j.
dessin^ perdit alors la fortune qu'il avait acquise à Saint-
Etienne comme metteur en carte pour les rubans. De son
6 9 S LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
côté, Lalique composait déjà avec facilité et désirait consa-
crer tout son temps au dessin ; aussi, sur La recommandation
OISEAUX CHANTI l H S
par Lalique 1 i*sq .
de sa mère, et très heureux de pouvoir ainsi venir en aide
à son ami, s"associa-t-il avec lui.
Yarenne fut chargé de placer chez les fabricants bijou-
tiers les dessins du jeune artiste, qui lui remettait géné-
reusement comme rétribution la moitié du prix de vente.
1 1 K S S I N Dfl B R ACEL1 I
pur Lalique
Nous avons eu la bonne îortune de retrouver quelques-uns
de ces dessin- portant au dos la griffe commerciale : La-
lique et Varenne, rue de Vaugirard, 84. Suivant le procédé
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
69g
alors généralement adopté, ils sont sur fond noir, pour mieux
taire ressortir le motif, et, pour bien imiter Tor. exécutés avec
de la gouache d'un jaune vifet cru. Lalique nous demanda de
lui remettre ces dessins a afin de les brûler aussitôt, ainsi
BOUQUHT I> E JOAILLERIE
qu'il avait fait de beaucoup d'autres », ce à quoi nous nous
sommes refusé, bien entendu, estimant qu'ils constituent
pour les jeunes gens un excellent encouragement, et qu'ils
ne font qu'accentuer le mérite de Lalique lui-même, car ils
montrent tout le chemin qu'il eut à parcourir pour arriver
où il est aujourd'hui. D'ailleurs, si parmi ces dessins il en
est d'insignifiants — et se sont ceux qui devaient se vendre
7 oo LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE
HR ri C II E
par Lalîqufc(t8ij$).
le mieux — il s'en trouve d'autres, tels
que le pantin, le ballon, le moulin à
vent, reproduits page 691, dans les-
quels on reconnaît déjà la fantaisie nais-
sante et l'originalité qui se développeront
plu> tard pour arriver à l'éclatante mani-
festation que l'on sait.
I /associât ion I clique et Y a renne,
peu f ructueuse, dura environ deux ans.
A cette époque (1884), on commençait
à parler de l'aliénation des dia-
mants de la Couronne; le Sénat
s'occupait même de la question.
Les précieuses gemmes étaient
exposées au Louvre, dans cette
même Salle des Etats, où elles
furent vendues en 1887, Pour
justifier le droit d'entrée perçu à
ta porte, on y adjoignit une Impo-
sition nationale des Arts indus-
triels, organisée par M. Mu/et.
au profhdcs Ecoles d'art industriel-
H U f 1 0 H H
pat Laïque i iBt>3),
h R o<: 11 k
pat Lahque (iÔq3J<
À cette Exposition avait
pris part, a cote de fabri-
cants de bijouterie-imitation
et de fabricants de perlés
fausses, quelques joailliers,
parmi lesquels M . Alphonse
FOuquet, qui avait tait tïgu-
fer sa a collerette médicis»,
le « diadème aux deux chi-
mères le « diadème pom-
péien » et d'autres œuvres
de joaillerie et de bijouterie.
Dans un coin de la salle émii
modestement accrochée au
& R O G U t& - C M A U lu i S . 0 tî K I H M K R A I l> t; S C t A H 0 Ç HONS
pur Lsilivjuc <
BROCHE MIMOSA EN JOAILLERIE
par I,Eiliqui: (1*92). — Largeur : o"i j.
7 o-î LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIECLE
mur l'exposition de Lâliqtie, composée uniquement de
dessins de bijouterie, parmi lesquels un projet de cadre,
un éventail de (leurs avec sa monture, eie. Ces dessins
n'avaient rien de particulièrement remarquable et n'atti-
raient pas beaucoup le publie; cependant ils ne passèrent
pas inaperçus pour tout le monde. Laliquc se rappelle
encore, et avec plaisir, qu'un confrère s'avançant vers lui
COLLIER «KCLÀBOUSSURESD EN JOAILLERIE
par Làligue (1*91)-
le félicita en ajoutant : « Je ne connaissais pas actuelle-
ment de dessinateur en bijou, enlin. en voïei un! » be
confrère qu'il n'avait encore jamais vu n était autre qu Al-
phonse Fouquet avec qui, depuis, il entretint d'excellentes
relations.
Parmi ceux qui s'adressaient régulièrement à Lalique
pour les dessins dont ils avaient besoin et qui appréciaient la
nouveauté de ses idées, se trouvait Jules Destape 1 qui. après
t. J- Destape avait un frère, Alexandre, qui, d'abord établi graveur, entra
plus tard dans la maison Ravaut, rue de la Paix, i?.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQl'K
avoir été ouvrier, puis chef d atelier chez Baugrand, dirigeait,
place Gaillon,un atelier de joaillerie où la fabrication était très
soignée. Il avait aussi acheté en Algérie des terres qu'il vou-
lait transformer en vignobles \ mais dont l'exploitation ne lui
était pas facilitée par la distance: aussi, vers la fin de t 885 .
BROCHE renais à a N C k
^ar LaJiqtie.
Joaillerie, améthystes, opaks.
(Salon de ify5 \ Largeur : o m i5,
J. Destape, aspirant au repos
et désireux, comme le sage,
de cultiver lui-même sa vigne,
proposa-t-il à Lalique de lui
céder sa maison à des condi-
tions avantageuses.
Lalique fut d'abord très
surprix de cette proposition
aussi flatteuse qu'inattendue, car Destape insistait, en faisant
valoir qu'un homme de sa valeur pouvait tirer un excel-
lent parti de son établissement : « .Pétais ému, troublé, nôtls
dit Lalique, d'entrer dans une voie nouvelle, et j'hésitais
beaucoup à me lier, me demandant avec anxiété si cette
t. Depuis la destruction des vignes françaises par le phylloxéra, on créait
beaucoup de vignobles en Algérie* où ils semblaient réussir.
7 o 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XÏX' SIÈCLE
situation de chef de maison aliénerait ma liberté ou au
contraire m'en donnerait davantage. Enfin, toutes réflexions
faites, je me décidai et. ujouta-t-il, ce tut la conversion
définitive ».
A partir de ce moment (i8S6k affranchi de toute
PENDANT I> H V 0 U K N J 0 A I L 1„ li U I 13 , lï E N RE k K N A I S S A N B
par Lali^uc ( i*rp}.
entrave, n'ayant plus à se sou mettre aux désir- ou aux
exigences de ceux pour qui il faisait des dessins ou de leurs
clients. Lalique put se consacrer librement et entièrement à
des créations personnelles dégagées de la moindre influence
étrangère. Ce ne fut pas encore le grand essor qui devait,
quelques années plus tard, le conduire à rénover Tart de la
bijouterie, mais il commençait à voler de ses propres ailes
P £ 1 G N Jfi RN COIîNK, PAONS SUR ROSACK D'OPALES
par Lalique (189&), (Musée des Arts décoratifs,)
job LA BIJOUTERIE FRANÇAISE À 13 XIX e SIÈCLE
et, pour l'observateur attentif, il faisait déjà naître de belles
espérances.
Pendant plusieurs années, il s'adonna exclusivement à la
joaillerie pure, aux brillantes et blanches parures tout en
diamants. Destape lui avait laissé un atelier bien organisé
& OU CL 8 IRIS £m AlULÙS
par Lalique, Salon de iSy7.f
avec matériel complet, des ouvriers habiles et disciplines,
et enfin un contremaître de grande valeur nommé Brianeom
homme ingénieux, adroit, aimant son métier, dont Lalique
sut apprécier les qualités, et qui est resté son collaborateur
depui> plus de vingt ans. Progressivement, Lalique intro-
duisait plus de liberté et de fantaisie dans ses compositions.
C'est ainsi qu'en 1887, il eut ridée d'une grande parure de
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
joaillerie représentant tout un vol d'hirondelles, dont il
voulait faire sentir la perspective par la dimension décrois-
BRACELET 1 ft I S .
Émaux mauves et viokls nuance* t-ur fond* d'opales, par L£lîque.
(Salon âc 18g-.)— largeur : (i»m:.
santé des oiseaux. Il en fit une maquette et. comme elle
lui donnait satisfaction, il la présenta chez Boucheron pour
lequel, d'ailleurs, il travaillait régulièrement depuis ses
débuts.
Mais on ne sait pourquoi celui-ci, qui cependant en avait
PLAQUE DE COLLIER ÉMAIL ET JOAILLERIE
par Lalique (iKf^i. (Musée du Luxembourg.)
risqué bien d'autres, la trouvant d'une fantaisie excessive,
ne la commanda pas. Néanmoins. Laliquc qui avait foi dans
jô$ LÀ BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX? SIÈCLE
PENDANT D li C O U
par Lui L] ne. (Salon de iSyS.j
la réussite de ce bijou, l'exécuta à ses risques et périls et.
aussitôt terminé, le représentât! Bou-
cheron qui l acheta im médiateinen i
et félicita l'artiste de son originalité
et de son goût. 11 n'eut d'ailleurs
pas a le regretter, car. dans la suite,
il vendit UH grand nombre de ces
parures d'un très joli effet et dont les
oiseaux pouvaient a volonté se por-
ter seuls ou groupés, dans la coiffure
ou au corsage.
Les affaires de Kaliquc prospé-
raient ; des commandes lui venaient
des principaux joailliers de Paris, de
sorte que, voulant agrandir son éta-
blissement, il le transporta, en 1887,
de la place Gaillon au n° 24 de (a
rue du ( )uau -e-Septembre. (Test la qu'il exécuta la plupart
des pièces qui figurè-
rent à l'Exposition de
1889 dans les vitrines
de plusieurs des expo-
sants les plus en vue,
pour qui il fut un col-
laborateur anonyme
et très précieux.*
Entre temps, son
goût de coloriste le
portait vers l email.
11 lit des fleurs et des
papillons charmants,
d'une forme parfaite
et d une fraîcheur de
ton tout à fait sédui-
sante; il fabriqua dans
le même genre, des broches représentant un nueud de satin
PENDANT DE COU*
l\um> email bt&ftC et énieraudes, par LuEuiuc
<Salon de ï8</8*)
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
en émail dépoli de couleur claire qui eurent beaucoup de
vogue. Peu à peu, se consacrant moins exclusivement à la
joaillerie, il se laissa aller à composer de très jolis bijoux dans
lesquels 1 or. L'émail et les pierres se mariaient agréablement,
I/extension qu'il donnait à sa fabrication au moyen de
recherches incessantes et de procédés nouveaux, ramena
DEVANT D i: I Q B S A G B
par Laitue. (Exposition de 1900-
encore à augmenter son atelier, qui com-
portait une trentaine d'ouvriers, et en
1890 il le transporta rue Thérèse, n fJ 20.
au coin de l'avenue de l'Opéra, au troi-
sième étage. Le local était clair, gai. très
bien situé; il s'y installa en artiste, créant
ù cette occasion des modèles de meubles,
de tables, pour son Usage personnel,
décorant les murs et les plafonds de sculptures curieuses :
chevaucher de femmes aux formes harmonieuses, d'un
effet très original, et utilisant le concours de son beau-père
et de son beau-frère, Auguste Ledru père et Auguste Ledru
tils, tous deux sculpteurs de talent, qui furent souvent ses
collaborateurs pour traduire en relief ses compositions.
Lalique passait ses journées assis a sa table de travail, le
pinceau ou 1 ébauchoir à la main, avant constamment autour
de lui en abondance sur les meubles, dans tous les coins.
7 io LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
des fleurs dont il était amoureux depuis sa plus tendre
enfance et qui offraient en permanence à sa vue la délica-
tesse Je leur coloration et l'élégance de leurs formes qu'il
savait analyser avec le goût le plus ratïiné. (Test dans ce
milieu de rêve qu'il créa tant de jolies choses, ou plutôt
de belles œuvres; c'est de là que sortirent les premiers
bijoux qui lurent vérita-
blement <f du I ,alique
Mais avant J'en arri-
\ er à ce point. ] ,alique
dut fournir une somme
de travail énorme. <* Des
1887, nous dit-il, il me
l'ai lut entreprendre un
labeur considérable pour
trouver de la joaillerie
qui fut différente de celle
exécutée jusqu'alors ; en
1889, j'avais franchi cet
échelon, et une fois
obtenu ce que je cher-
chais, le travail me de-
vint facile. Mais en 1892,
c'est un effort vraiment
extraordinaire que je dus
taire pour sortir complè-
tement de ce que ("avais
lait précédemment. Je tra-
vaillai sans relâche, des-
tinant, modelant, faisant des études et des essaie techniques
de tous genres, sans interruption, avec la volonté d'arriver à
un résultat nouveau et de créer quelque chose qu'on n'au-
rait pas encore vu. Ce fut une époque de surmenage qui
me fatigua beaucoup, mais qui aboutit aux Salofis de l%5 5
1 Sqô et aux suivants. »
En i8q3, il prit part à un concours organisé par l'Union
PENDANT D K C O U .
[-'cm me eti agate sculptée, chevelure d or t
iris émail lés, par Lâfiqûe.
(Salon de l Bù8,
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
Centrale des Arts Décoratifs, dont le sujet était un vase à
boire. Le premier prix, de
i,5oo francs, fut attribué à
\L Mouchon, qui avait choisi
pour son œuvre une forme de
gobelet, et le second prixpoo ir. \
il Lalique. Le rapporteur du
concours. M. de Fourcaud,
s'exprime ainsi à son sujet :
« deuxième prix à l'auteur d'un
calice assez élevé, reposant sur
un pied carré dont les arêtes
tendent à s'infléchir en spirales,
a lin de racheter le plan qua-
drangulaire. et se cerclent d'un
anneau sans ornement qui sert
de nœud. Le passage à la forme
ronde est ménagé à merveille,
à ceci près que la bague parait
grêle et sèche dans un ensemble
très nourri. Tout le thème orne-
mental s'emprunte au chardon :
des feuilles déchiquetées tapis-
sent la partie inférieure, des
têtes épineuses l'ont <aillic au-
tour de la courbe, parmi des
entrelacs rubannés. Ce vase,
d'un type religieux, atteste, en
son ingénieux décor, en sa fac-
ture libre et nette, un talent sur
de soi 1 ».
Lalique a beaucoup travaillé
le verre. Il fit aussi un peu de
céramique, mais la terre émaillée était « moins prenante »
pour lui. 11 avait une installation complète de verrier dans
i t Les Arts du métal, p, 228.
R R Ëj T S Jï K G tl A I 4 N K É M A 11 , I . É S
par Lûlique. {Satun dv 1808,]
7 it LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
son local de la rue Thérèse et pendant trois ans il se livra,
en véritable alchimiste, a des études suivies qui l'intéres-
sèrent au plus haut point. Encouragé par tous ceux qui
u H OCH H
par Lûlique (i8gf$|,
s'occupaient des arts du feu et en particulier par MM. Jules
Henri vaux, directeur de la manufacture de SaïnfcGobaia,
et Léon Appert, auxquels il avait montré ses essais, il
continua ses recherches avec une passion toujours crois-
H R A C K L ii T C 1 « A U <■' K - S ( J [ / Ét 1 S K M Ail. M L li t; , K T O 1 I . \ . S l. X U I A M A fiTS
par Ltkliquc (1698).
santé, se relevant la nuit pour surveiller ce qui se passait
dans les fours, examinant avec anxiété s'il y avait lieu
d'augmenter ou de diminuer la chaleur pour obtenir cer-
tains résultats.
Nous avons vu des pièces très curieuses exécutées par
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
7*3
Laliquc pendant cette période (1890 à 1S92) : une petite tete
P E T G N E EN C O H N K A ÛKC Q It D 1 O M BKLLES
p;ir Indique ( 1 8t>K).
de saint Jean-Baptiste décapite, pleine d'expression : des
panneaux décoratifs fondus ù cire perdue, représentant un
7 i4 LÀ BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
centaure, et une centauresse ; des vases en verre diverse-
ment coloré, un gobelet à décor de houblon, etc. Malgré la
grande variété de ses essais. Lalique ne les a pas tous appli-
qués. Les premiers objets en verre qu'il exposa figurèrent
au Salon de 1 8 y 5 ; on y vit entre autres une sorte de grand
camée ovale, dont l'exécution remontait à i8()3 et qui repré-
sentait une femme nue, debout, se eoillant. Cette pièce peu
importante, en verre de plusieurs tons simplement moulé
sans retouche, permettait cependant de se rendre compte
it ( » u C l E m: r.His % u r e
que Lalîque connaissait déjà bien son métier, et était maître
de son procédé : il l'utilisa ensuite dans ses bijoux. Vers 1896.
il fit un ornement de corsage en verre, grande broche repré-
sentant V Hiver, avec des cristallisations sur des arbres nei-
geux d'une grande finesse de coloration; l'invention était
vraiment originale. Celte parure avait été commandée pour
la Russie.
De 1 89 1 a 1894, Lalique composa et exécuta deux impor-
tantes séries de bijoux pour rôles de Sarah Bernhardt
dans Jseyl et dans Gismonda. Il déplore de ne pas avoir été
mis au courant du scénario de Gismonda. parce que ses
UNE PARISIENNE EN
7i6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
créations auraient été plus appropriées au caractère de
l'œuvre, tandisque se souvenant des recommandations qui
lui avaient été faîtes pour Iseyl, d'être très sobre dans les
ornementations et d'éviter le clinquant, il fut amené à com-
poser des bijoux du même genre qui étaient trop fins, trop
atténués pour un rôle tel que celui de Gismonda.
Il prit une brillante revanche au moment où la grande
B R 0 C II B
pyr L&ljqutE i i H
tragédienne reprit à la Porte Saint-Martin le rôle deThéo-
dora, qu'elle y avait créé dix ans auparavant. Ces parures,
de grande dimension, diadèmes, colliers, ceintures, etc.,
destinés à être vus à une certaine distance et sur une vaste
scène, étaient conçus dans un sentiment très décoratif et
somptueux. Ils furent très admirés. Dans le même ordre
d'idées, il exécuta plus tard, en 1899, pour M mc Bartet dans
le rôle de Bérénice, un très grand diadème avec des figures
d'Isis aux ailes jointes, des fleurs de lotus et cinq scènes de
la vie des Courtisanes sculptées en bas-reliefs d'ivoire. Cette
PAR UH H ù i: C O R S A <; K .
Tète êo agate sculptée, dievdnre en or repercé, ornée de fleurs en diamants, p;ir Lalique.
i Salon de i8qb'.)
7 iB LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
pièce, naturellement composée dans le goût antique, ornait
toute la tête. Bien que d'un travail fort délicat et d'un poids
minime pour son importance (il était en aluminium), on
trouva ce diadème généralement trop volumineux, mais la
comédienne Taxait voulu ainsi. Toutefois. Lalique n'était
que médiocrement séduit parle bijou de théâtre qui. disait-
il, tenait le milieu entre le bibelot et le bijou.
une médaille commémorative ; mais, pour une raison que
nous ignorons, il ne l'exécuta pas. Klle fut remplacée au
dernier moment par des réductions du portrait fait par
Lalique, qui donnèrent de charmantes plaquettes.
C'est en 1894. au Salon de la Société des Artistes fran-
çais, au Palais de l'Industrie, que Lalique exposa pour la
première fois sous son nom, non plus des dessins comme il
Pavait fait précédemment, mais des objets terminés. Il avait
envové dans la section de sculpture, une couverture de
carton à musique représentant les Walkyries^ bas-reliel en
B O t T ! \ ï U ET K W G N T » H i : N K M A I L
par Lalique. (Musée des An* IK-irorutino
Lalique lit par la suite
un gtfàîid nombre de bijoux
de ville pour Sara h, dont il
avait fait la connaissance
par l'entremise du peintre
Glairin, son ami. 11 put
donner libre cours à son
imagination et à sa fantaisie
et créa alors des objets d'une
rare originalité. Ln 1890,
Lalique. qui peut tout oser,
avait modelé un portrait de
Sara h Bernhard de profil,
et de grandeur naturelle.
Plus tard, en 1894, croyons-
nous, lors de la fête qui fut
offerte à la grande tragé-
dienne par ses admirateurs,
on avait commandé a Uotv
la troisikmk répUélique
ivoire obtenu par le procédé du tour à réduire. Depuis un
an déjà il utilisait,
pour ses bijoux et pour
l'ivoire, le tour à ré-
duire qui jusqu'alors
n 'avait été employé
que par les graveurs
en médailles. II pou-
vait ainsi faire son
modèle en cire ou en
plâtre d'une assez
grande dimension, en
établir commodément
le modelé et les détails,
lesquels, à la réduc-
tion, devenaient d'une
délicatesse extrême et
paraissaient ciselés
par des ouvriers pro-
digieusement habiles.
On établissait ensuite
un poinçon et une
matrice que l'on por-
tait tout simplement
chez 1 estampeur. Là-
lique préférait ce
moyen à tout autre,
parce que. dit-il,
« ayant modelé le bi-
jou, j'étais sûr d'avoir
la traduction la plus
fidèle des effets que
j'avais cherchés, sans
passer par 1 intermédiaire d'ouvriers ciseleurs ou autres ».
Les bijoux et objets qu'il produisit de cette façon éton-
nèrent tout d'abord et déconcertèrent par la finesse de leur
im-;igni-: p L VOIRE,
JUIRLANDES DIÎ FMiUKS KN ÛR T ÉMAIL
par Lafiqut: (j-Sgty},
/I UT AMANT S
7 20 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
exécution. On se demanda par quel prodige il obtenait un
pareil résultat. Mais lorsqu'on eut découvert le «. truc »,
son exemple fut vile suivi, si bien que Janvier, qui avait un
PENDANT DE COU.
Bas-relief en chrysopnme, pommes de pin en *'mail vert s'IiEirmonisiiiit avec J"or du bijou,
pi» r Lalique (1900). — I! auteur : îor inillini.
vaste atelier et un outillage perfectionné pour ce genre de
réductions mathématiques, usité pour les médailles, lut
débordé par les commandes des bijoutiers et dut agrandir
son établissement. Il fallait parfois attendre longtemps avant
d'avoir une machine disponible. Les premiers bijoux ainsi
faits par Lalique, en i8c>3, furent des broches; il étendit
722 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
ensuite ce procédé à la fabrication de toutes sortes d'objets :
bagues, peignes, bracelets, etc. obtenant, quand il était
nécessaire, un très haut relief* Il s'en servit également pour
rivoirc et pour la corne employés, soit dans des parures,
soit dans Je grandes
pièces d Orfèvrerie :
coupes, calices, cof-
frets, etc.
I /année suivante,
en i8()5, — date à
retenir — la Société
des Artistes français
adjoignait pour la
première fois une
section d'Art déco-
ratif au Salon et y
admettait les Arts
industriels, les Arts
mineurs, qui avaient
été tenus à 1" écart
jusqu'alors, Lalique
y envoya une série
d'œuvres qui. tout
de suite, retinrent
l'attention . «J'ai
résolu d'envoyer au
Salon, nous dit-iL
parce que. lorsque
je présentais mes bi-
joux nouveaux dans
les magasins les plus importants, j étais agacé de nVentcndrc
dire avec un sourire : « Très joli, charmant. Oh ! cela nous
plaît beaucoup, mais cela ne plaira pas à notre clientèle ».
Il semblait qu'on ne souhaitait pas nVencourager dans cette
voie, c'est pourquoi j ai voulu être jugé directement par le
public. » Lalique obtint une troisième médaille pour des
PENDANT 1> E COU
par Lalique <kjoo|,
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
7 i3
bijoux d'un goût vraiment délicat et charmants en tous
points. Il v avait entre aunes, dans sa vitrine, une ravissante
Ornkmj:nt r>£ cor^aob j. i i: a l 1. 1 l k , km aux t r a\s lucides
par Laliquc. (Exposition de 1900.) — Largeur : o ,n 26.
libellule aux ailes tachées d'améthystes et de saphirs jaunes,
qui était une pièce parfaite.
Un bijou, curieux à plus d'un titre, Mourait également
a ce Salon de ]8cp. C'était une grande broche ou agrafe,
de style Renaissance, avec améthystes calibrées, rehaussée
d'émail et de quelques petits diamants aux scintillements
7 2 4 LA BIJOUTERIE KRANÇAISE AU XIX<= SIÈCLE
discrets. Ali milieu du rinceau principal se tenait, ciselée
dans boi\ une femme debout entièrement nue (voir p. 7o3)«
Lalique, admirateur réfléchi des beautés de la femme, de
ses lignes si harmonieuses et si souples, rêvait depuis long-
temps d"en orner ses bijoux. C'est pour la composition de
cette agrafe, exécutée entre et 1N1J4. qu'il entra pour
la première fois dans cette voie: il la suivit longtemps,
faisant de ta femme, nue ou drapée, le sujet principal de
H ROC II Z Û M Al LL L* K
par Lalique fi^qt>), (Musée des Ans décoratifs*)
bon nombre de ses œuvres. Un peu plus tard, il employa la
tète seule et se servit de la chevelure pour composer d'ingé-
nieuses ornementations.
Naturellement, cette tentative suscita de nombreuses
polémiques. Certains la considéraient comme un trait de
génie : d'autres, s'appuyanl sur l'opinion de Charles Blanc
(quelque peu délaissée aujourd'hui), s'insurgèrent contre
Tintroductioii de toute ligure humaine dans le bijou et
n'hésitèrent pas à la trouver déplacée et « malséante
inconvenante même.
LA TROISIÈME RKPUBLIQUK
D'aucuns allèrent jusqu'à reprouver la représentation des
animaux, n'admettant J exception que pour quelques
oiseaux et de rares insectes, déterminés à l'avance ; hiron-
delles, papillons, libellules, etc.
Que Ton veuille bien nous permettre de ne pas partager
O RNEMEN T D K 1 K T K \
ri O o l H S A N I l> A N S S < i N Fi f£ C U S f, R O S DIAMANT
par Lîiliquc*. (Exposiiinn de - Réduction d'un quart.
cet avis et Je considérer comme une erreur de vouloir écarter
a priori tels ou tels sujets; tous les thèmes nous paraissent
bons, tous les matériaux nous semblent admissibles pour qui
sait s'en servir avec adresse et avec goût.
D'ailleurs, en cette circonstance, Lalique ne faisait que
reprendre les traditions îles maîtres Je la Renaissance qui,
dans leurs joyaux, n'hésitaient pas à donner une place sou-
vent importante ù la figure humaine: les sujets sacrés ou
7 2t1 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
profanes, les scènes mythologiques parfois très décolletées,
comprenaient fréquemment plusieurs personnages. Dans
Pagrafe de Lalique. cette femme aux bras tronqués est bien
la continuation de certaines
œuvres d'Kticnne Delaune ou
de IXieereeau. Cette ressem-
blance, manifeste bien qu'invo-
lontaire, prouve qifon peut tout
interpréter à nouveau, tout
rajeunir et. qu'en réalité, se
complaire dan> les pasliches
équivaut à un aveu d'impuis-
sance.
L'exemple de Lalique ne
tarda pas a être sui\ i . et bientôt
les bijoutiers de tous les pays,
même de ceux réputés pour la
rigidité de leurs principes, firent
intervenir le corps féminin,
souvent à peine drapé, en de
charmantes iantai>ies qui con-
tribuèrent à la parure des
femmes, très heureuses dac-
cueillir ces gracieuses images
de leur beauté.
Au Salon de 1896, l'exposi-
tion de Lalique fut plus impor-
tante encore et lui valut une
deuxième médaille. Plusieurs
pièces d'orfèvrerie v figuraient,
dont une potiche à manche pour le grand-duc Alexis, un
vase a boire pour M. Germain Bapst, et un grand colfret
qui fut très critiqué; ce dernier représentait, autant qu'il
nous en souvient, le char de la Fortune ou le Triomphé de
la Richesse; les poignées étaient formées de personnages,
hommes et femmes, en bronze très en relief, etc. Mais la
PliNti.\NT D R CDU K N f) Il
|&f Lui iq ut (î<)00}.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
7*7
grande particularité de cette exposition fut la première
apparition de la corne employée dans le bijou sous la forme
d'un bracelet. A cette époque, il n'existait pas de corne pré-
parée spécialement pour les bijoutiers ou pour les sculp-
teurs; Lalique, qui avait été séduit depuis longtemps par
cette belle matière d'une couleur semi-transparente, avait
V. P I N û L K A C II A t* 15 A tJ ,
(îuepes d émaJ sur un fruit d'opale, par Lalique liuao).
acheté aux abattoirs, pensant l'utiliser un jour, une grande
corne blanche qu'il avait posée en rentrant chez lui à coté
de sa table de travail et qui attirait ainsi fréquemment ses
regards. Bien que ne sachant pas encore travailler cette
matière, il se décida à en découper une tranche assez large
pour faire un bracelet qu'il décora d'applications d'argent.
Ce fut son premier bijou en corne. Enhardi par cet essai.
Lalîque envoyait Tannée suivante à son quatrième Salon une
vitrine complète de peignes en corne et en ivoire, qui eurent
728 I.A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X1X« SIÈCLE
Ci fi A N D 0 H N G II E NT DE C O R S A G li ,
Serpents êthà>Uè$ ei perlea,
pur [.clique (1900). — 1 1 auteur : 5o.
sable parvenait à satisfaire s
ses ateliers devenaient insi
beaucoup de succès. La Ville
de Paris en acheta deux ( î n te—
rossants comme indication de
date, mais qui ne sont pas ses
meilleures œuvres), Fun à
décor de capucines, l'autre à
décor d'ombelles; ils se trou-
vent, croyons-nous, au musée
Galliera. Le musée du Luxem-
bourg lit aussi l'acquisition
d'un i^rand pavot, superbe de
torme et de mouvement, dont
les quatre pétales, supérieure-
ment traités, sont d'or ajouré
aux interstices remplis par un
émail translucide du plus heu-
reux effet, Lne médaille de
première classe tut. attribuée
à l'artiste qui, la même année,
avait envoyé, dans la section
de joaillerie à rKxposition uni-
verselle de Bruxelles, quelques
beaux bijoux qui lui valurent
un grand prix et la croix de
Chevalier de la Lésion d'hon-
neur.
Ce n'était que justice, car
jamais peut-être rénovateur
n'avait causé un émoi aussi
subit, n'avait bouleversé aussi
profondément la routine et
rajeuni les vieilles traditions.
Sa vogue allait toujours gran-
dissant et sa fécondité inlas-
*s nombreux admirateurs: mais
ilïisants : rien que pour ciseler
ORNBUKNT DR CORSAGE l S lï It l J II N "1 S l'i II A I fc I E : : S
par Laliquc. (Kxposilion de \uuo*\ - Hiiuleur : o 2 1 .
7 3o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
ï
■ ■ ■
B A G T.J a
p.ir Unique h f oin
ses pièces, le maître ciseleur De rai s me, dont Thiénot était
alors chef cTateliei\ employait vingt ouvriers de choix.
Chacun des envois de Italique aux Salons
prenait les proportions d'un événement ar-
tistique ; les critiques d'art célébraient son
talent, son génie même et le comparaient
aux plus grands artistes de tous les temps)
sa renommée augmentait chaque jour et
une évolution, soudaine ou lente, mais
incontestable, se faisait dans les idées des
dessinateurs industriels, des artisans et du
publie.
Nous avons déjà dit ailleurs 1 notre sincère admiration
pour Laliqilè, bien qu'à notre avis il ail parfois dépassé la
note juste et risqué des choses bien
audacieuses; quelques citations rap-
pelleront ici avec quel enthousiasme
furent saluées ses œuvres. Jean Lor-
rain, sous la signature de Raitîf de
la Bretonne ", rend compte en ces
termes de sa vitrine au Salon du
Champ-de-Mars :
s Sous la pluie battante, dans le
jour écru des toiles tendues comme
des hamacs au-dessus des vitrines,
cueilli un peu de songe devant l'émer-
veillante exposition de Lalique. Il y
a là des chaînes de cou, où l'orient
de grosses perles et l'eau verte de
péridots aboutissent a des pendentifs
d'une imagination inouïe : l'un d'entre
eux s'épanouit dans une nudité de femme, taillée à même
FLACON
par LaKquô.
i. Vuir dans Art et Décoration : les Bijoux ai/ a* Salons de ï&qSj p, 169
et suiv.
>. Le Journal, 22 mai 1S14S, sous k titre : An Chanip-de-Mars, galerie
des Machines, section des objets d'art.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
7 3i
je ne sais quelle pierre inconnue, une pierre transparente et
rose comme de la chair, et cela au milieu d une floraison
d'hiératiques iris feuillagés d or vert et fleuronnés d'opale...
Aux pieds de la ligure nue larme et roule une grosse perle.
D'ailleurs, la plupart des pièces sont vendues tant dans le
monde du dernier Etnpire
COLLtER NOISKTTES
pur Liilî^ue, {Musée des Arts décorât! fs.)
M l,e Pierson et un curieux diadème, hossué de larges
opales, appartenant à M nic de Béarn ; mai> c 1 é$t à la vitrine
des peignes que s"est surpassé Lalique.
» Neuf peignes énormes, invraisemblables de dimensions
et qu'on voit mal dans une chevelurede femme, mais que se
disputeront demain tous les amateurs de Londres et de
Saint-Pétersbourg, huit d'écaillé ou de corne et un d'ivoire.
Trois surtout me requièrent, le peigne aux paons, le peigne
7 3$ LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE
au poisson et le peigné aux trois Grâces; un vrai motif dê
ba>-relict pompéien, trois figurines, on dirait en bronze
vert, intercalées dans les arabesques en vieil or d'un peigne
d'impératrice.
» Dans le peigne aux paons, les queues ocellées de deux
oiseaux de .limon s'irradient et s éploicnl. l'une en émail bleu
et l'autre en or vert sur une rosace en lazulite ; les deux
oiseaux sont de profil et leurs queues métallisées traînent en
mci:ë El H li 0 C II K
relief sur l'ambre clair du peigne. Dans le peigne au poisson
tout en corne. c"est une découpure de la matière même qui
fournit le motif d'ornementation; ce sont, soulignées par
des laques et des ors de tonalités exquises, les larges na-
geoires et la tête aux béantes ouïes d'une espèce de dauphin,
dont le corps contourné m'est déjà apparu dans les estampes
japonaises... L'animal se cambre et se tord dans la transpa-
rence blonde de la corne que les laques vitrifient.
y> C'est, par le sujet même de l'ornementation, toute la vie
glauque de beau figée dans la matière d'un peigne.
)> Malheureusement, en quittant les vitrines du maître
LA TR01SIK.MK \< K F L M I. [ g V K
7 33
joaillier, on ne peut plus s'arrêter ailleurs, tout paraît lourd,
commun ou bêtement prétentieux, d'un précieux tarabiscoté
et vulgaire. »
PKIl. N ES
par Laljque^
Il est impossible de faire un choix parmi tant d'articles
consacrés à Lalique dans les nombreuses revues d'art de
tous les pays. On pourra les y relire et se rendre compte Je
;1>4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
son influence extraordinaire et de la manière dont tut appré-
ciée, chaque année, l'apparition de ses œuvres nouvelles,
11 est presque superflu de rappeler ici le succès remporté
par Laliq ue lors de Œx position de iqoo : la décoration même
de ses vitrines tranchait sur les installations des autres expo-
sants ; conçue dans une gamme claire, elle présentait un
Et ItOC El E >
rigurc* cil ivoire, serpenis ^mailles, p:3r Lulique (1000).
caractère très personnel, bien fait pour attirer et retenir les
visiteurs,
Nous transcrivons ici, sans y rien changer, les notes
hâtives prises par nous au moment même où Lalique inailglira
sa vitrine : « Ses bijoux, où l'émail domine, sont présentés
sur du verre dépoli reposant sur de la moire blanche* L'ar-
rière-plan de son étalage est limité par une sorte de grille
ornementale en fer forgé, avec de jolies statuettes de femmes
en bronze patiné, du plus heureux effet. Cette grille se détache
sur une gaze claire, plisséc, qui forme rideau de lond. Des
lambrequins de nuance grise, sur lesquels se jouent des
LA VITRINE Uîi LÀLlQÛS A L'EXPOSITION U I f) 0 O .
7 3C LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
chauves-souris en velours applique, décorent le haut des
glaces. A l'intérieur, le tapis, les tentures sont également de
nuance grise. Sur le mur, un grand panneau peint par
Georges Picard, représente des sylphes enfants qui s'ébattent
au clair de lune, parmi les arbres, au bord d'un lac encerclé
de roseaux. C'est d'une harmonie extrêmement distinguée.
Une psyché-miroir, formée d'une glace étroite et haute.
encadrée par deux serpents de bronze de la grosseur du
poignet, complète un ensemble original et raffiné,
» Et que de belles choses exposées : ici vingt peignes en
corne, avec émaux, chrysoprases, améthystes et opales,
dune variété extrême, des colliers, des diadème-: la des
serpents enlacés, sur lesquels L'émail se joue, vomissent de
leurs gueules menaçantes des cascades de perles baroques
et donnent l'impression d'une tète de Gorgone. On en éprouve
comme un frisson, mais Boileau n'a-t-il pas dit :
Il n'est pas de serpent, ni de monstre odieux.
Qui, par l'art imite, ne puisse plaire aux yeux.
)> Partout, une profusion de gemmes, heureusement et
îï R O C H E P AON j'i M A I L I, K
par Lalique (l'^blj. (Musée 4 m Art> décoratifs.)
7 3S LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
habilement agencées et taillées, disposées avec un goût par-
fait g des plaques de cou, des bracelets, mille autres objets
divers. On croit rêver en présence de ces jolies choses, qui ne
plaisent pas toutes également sans doute, mais qui sont si
imprévues, si réussies : ce coq tenant fièrement dans son bec
un endorme diamant jaune; cette grande libellule au corps
féminin, aux ailes diaphanes ; ces paysages d'émail où SCin-
Noiscttes d'opales ii involuerts d'or, feuilles d'aryen:, liges d email violet,
par Laliquc {1902).
tille une rosée de diamants; ces ornements empruntés aux
pommes de pin, que sais-je encore! Il y a là des choses
d'inspiration et d'habileté japonaises et qui sont cependant de
sentiment bien français. Cet homme est un grand artiste, un
chef d*école ? dont l'exposition nous rend tout joyeux et fait
briller au premier rang^ sans conteste, la bijouterie française, »
Laliquc remporta un triomphe sans égal ; une foule
avide et serrée se pressait pour voir ses œuvres, dont on
parlait partout. Il y eut entre leurs admirateurs et leurs
détracteurs des discussions violentes, des exagérations de
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
part et d'autre; cependant, nous l'avons dit, bien rares
furent les critiques d'art hostiles au ^enre nouveau dont
Lalique était le créateur, et beaucoup se montrèrent absolu-
ment enthousiastes. En tous cas, ces œuvres ne trouvèrent
PENDANT DE COU 1 V O l H E f AMETHYSTES, EMAIL
par Lalique (1902).
pas d'indifférents et forcèrent même l'attention des plus
récalcitrants. C'est donc en maître que Lalique fut salué,
acclamé, et il n'est pas douteux que l'impulsion donnée
par lui, l'influence eon-îdérable exercée par ses produc-
tions amenèrent une évolution complète dans la bijouterie
de la iin du xix c siècle. Non seulement il a produit des
œuvres excellentes et ouvert a ses confrères une voie féconde
740 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
que quelques-uns d'entre eux n'ont que trop servilement
suivie, mais où ci autres ont su conserver leur personnalité,
il eut aussi le mérite, peut-être plus important encore, de
violenter, oserai-je dire, le public jusqu'alors rebelle aux
tentatives de nouveauté et de ramener a admettre que le
bijou pouvait, par la beauté du travail, par la recherche
artistique de la forme et de la composition, prendre une
valeur souvent supérieure à celle des matériaux précieux
employés par la joaillerie. Grâce à lui, le bijou est redevenu
un objet d art alliant, par
un travail parlait, la
recherche délicate et gra-
cieuse â la richesse, et
rivalisant par ses attraits
insoupçonnés, avec la joail-
lerie proprement dite. Il a
reconquis une faveur qui
s'est maintenue toujours
croissant depuis eette
époque > bien qu'elle eut
semblé avoir atteint son
D'il OC H B BOURDON. apOgCC
Cristal gravé et émail, par Latiquc (i$o5)> Un grand prix et la
rosette d'officier de la Lé-
gion d'honneur récompensèrent celui qui s'était consacré,
avec une énergie et une persévérance inlassables, à la si
heureuse rénovation de la parure féminine.
Disons encore que ce n'est pas seulement dans la bijou-
terie et la joaillerie que Lalique fut un artiste hors ligne et
un novateur; il avait montré depuis longtemps ce qu'on
pouvait attendre de lui comme orfèvre. Dès 1887, il avait
établi pour Harvey des pièces d'orfèvrerie de toilette :
miroirs, brosses, boîtes à poudre et à savon, flacons, etc.,
et depuis, il avait exécuté des œuvres d'art de toutes sortes :
coffrets, épées, coupes, vases, qui révélaient une fécondité
et une aptitude vraiment surprenantes. Il eut même un
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
74 1
moment la pensée de faire une orfèvrerie de table entière-
ment nouvelle : surtouts, soupières, légumiers, couverts, etc. ;
PEIGNE ft PENSÉE PANÉE EN CORNE SCULPTEE ET OR
par Lalique Uqoi).
mais il hésita à se lancer dans cette voie, en raison du temps
qu'il eût fallu consacrer à ce travail considérable, comme
aussi de la nécessité où il se serait trouvé d'organiser de
toutes pièces un atelier avec outillage complet et spécial,
742 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Peut-être, au fond, rfa-t-il pas tout à fait abandonne ce
projet ; il serait très intéressant d'en voir la réalisation.
Laliquc, surchargé de travaux, ne pouvant plus suffire
aux demandes qui lui étaient faites de tous côtés, dut s'ad-
joindre de jeunes collaborateurs qui, sous sa direction,
participaient à Yc x édition de ses dessins et sculptures. Il en
est deux dont le nom mérite d'être cité. L'un, Hoffmann,
fut un sculpteur d'une habileté extraordinaire et de grande
imagination. Il mourut jeune, il y a peu d'années, L'autre.
H ROCHE.
Guipes et fruits émailtés, sur des panneaux de cristal appliqués sur fond d'or,
par Laliquc (1904).
Chardon, est un dessinateur adroit, lauréat des concours de
la Chambre syndicale.
En dehors de la bijouterie et de l'orfèvrerie, d'autres
travaux étonnamment variés tentèrent au^si Lalique. et il
les entreprit avec succès. Nous axons vu qu'il s'était occupé
avec ardeur de céramique, d^émaih de verre ; il fit égale-
ment des meubles, tables, chaises, vitrines, bahuts : de la
peinture, de la gravure, des portraits au pastel, des broderies
pour robes, des cols de manteaux pour rornementation
desquels concouraient les matériaux les plus divers.
En 1902, Lalique fit construire, cours la Reine, n'4o, un
immeuble aux lignes sobres dont la décoration extérieure,
dessinée par lui, est tout entière empruntée au pin. Les
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
743
vantaux de la porte cochère, en verre moulé avec person-
nages et branches de sapin, produisent un effet très imprévu;
Cliché fteuUinger,
M ILfl CÉCILE SOREL (igoC).
Colliers et sautoirs de perks ; bracelets, broche, bagues avec perks*
l'ensemble est aménagé avec tout le souci du confort et révèle
le sentiment d'harmonieuse distinction que cet artiste apporte
744 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE
dans toutes ses créations. C'est là qu il a installé ses ateliers,
ses bureaux et tous ses services. Enfin, en igo5, n'ayant pu
trouver d'emplacement disponible rue de la Paix, il ouvrit,
place Vendôme, n° 24, un magasin pour la vente de ses
œuvres.
Lalique a pris constamment une part très brillante aux
différentes expositions de l'étranger : son succès y était tou-
BROCHE POISSONS, EMAIL BLEU PALE
par Lalique (igo5). — Longueur 12 cent.
jours certain. C'est ainsi qu'il figura avec éclat à l'Exposition
d'Art décoratif de Turin en 1902, à F Exposition de Saint-
Louis en 1904. à celle de Lic^c en igoS, ou il fut chargé en
outre de faire une frise décorative brodée en ficelle 1 , pour
orner une des salles de la section française. A Londres, en
igo3, une exposition spéciale lui tut consacrée ; elle eut lieu
Crafton Gallery. Lalique en avait décoré les murs au pochoir
1. C'est M m * Ory-Robin qui, la première, avait eu ridée de ce genre de
travail, don: il existe des spécimens intéressants au Musée des Arts décoratifs.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
745
cl indépendamment de ses objets précieux présentés dans
des vitrines avec panneaux de fleurs en verre moulé dont îl
était l'auteur, il avait joint trois cents de ses dessins. Le
succès fut tel qu'une seconde exposition eut encore lieu à
Londres, chez Agnew, en igo5.
PEIGNE PAPILLONS EN CORNE ET ÉMAIL
par Lalique f if>o5).
Nous nous contenterons de rappeler les nombreuses
commandes laites a Lalique, en diverses circonstances, par
l'Etat, la Ville de Paris, des personnages officiels, et en
particulier par le Président Félix Faure lors de la visite
qu'il fit au Tzar et à la Tzarïne à Saint-Pétersbourg, ou ces
spécimens d'un goût bien français furent très appréciés. Les
demandes affluèrent de l'étranger: les Cours d'Angleterre,
746 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
de Russie, d'Italie, d'Espagne, les principaux musées d'Art
décoratif voulurent posséder du « Lalique »,
Nous ne parlerons pas de toutes les notabilités politiques
ou mondaines qui s'adressèrent à lui et ne détaillerons pas
PENDANT D K COU OR V E H 1 B T B MAIL
par Lalique n^oii.
les objets remarquables qu'il composa pour M 11 " WalJcck-
Rousseau, pour la Comtesse de Béarn, pour Sarah Bernhardt
et pour tant d'autres : toujours il fut à la hauteur de sa
renommée. Un de ses admirateurs, M. Gulbênkian. banquier
arménien, établi en Angleterre, et grand amateur de ses
créations, en a collectionné, paraît-H, une centaine.
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
747
Travailleur infatigable, homme de goût merveilleuse-
ment doué, René Lalique a produit un nombre considé-
rable de pièces d'une distinction extrême, qui rehaussent
magnifiquement l'éclat de TArt français. Dans les musées de
l'avenir* ses oeuvres rachèteront, dans une certaine mesure.
BROCHE POISSONS É Jl A [ L L h S
pat LaKque (x£05j> — Longueur : rJ cent.
la faiblesse des productions de l* époque, si triste au point
de vue du bijou, qui commence vers la Restauration pour
s'étendre jusqu'au milieu du second Empire. Ce ne sera pas
là un de ses moindres titres de gloire.
CONCLUSIONS
Nous nous sommes efforcé, dans
cette étude, de suivre l'une après l'autre
les transformations du bijou français
pendant le cours du xix c siècle. Ces
variations étaient du reste intimement
liées aux fluctuations de la mode elle-
même, et il est naturel et logique que
nous ayons retrouvé, dans les oeuvres
de nos devanciers analysées par nous,
la trace du style plus particulièrement
en faveur à l'époque où elles ont été
produites.
Au début du siècle, le bijou, conçu
à l'Antique sous l'influence prépondé-
rante de David, abandonne la grâce
délicate et souple qu'il avait eue au
xvin 1 - siècle, pour devenir correct ci
solennel, mais rigide et froid. A la fin
de la Restauration et sous Louis-Phi-
lippe, le Romantisme le ramène aux
styles gothique et Renaissance, mais
insuffisamment compris et superficiel-
lement interprétés. Vers le milieu du Second Empire, le
développement de la prospérité commerciale et financière
du pays, le goût croissant pour le luxe et la dépense, préci-
pitent les changements de la Mode. Il faut à tout prix trouver
du nouveau, et pour cela s'adresser aux sources les plus
variées, en suivant le courant toujours mobile de 1 actualité
et du snobisme. C'est ainsi que nous avons vu te bijou
devenir successivement égyptien, étrusque, néo-grec, anglais,
sportif, etc. Nous avons aussi constaté un retour assez
PENDENTIF
par G. Le Turcq
75o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X1X<= SIÈCLE
accentué au style Louis XVI et à Interprétation directe
de la nature florale, plus particulièrement pour la joaillerie,,
dont Massin est alors le protagoniste incontesté.
D'autre part ,
l'a ce roi ssement
considérable et
rapide des fortu-
nes privées, le be-
s< lin de meubler et
d'orner comme il
convenait les de-
meures luxueuses
élevées le long des
Voies nouvelles
créées dans la ca-
pitale par Hauss-
mann , a vaien t
ramené, ou plutôt
propagé dans le
public, la passion
du bibelot et des
objets d'art an-
ciens. Paris devint
Le lieu de rendez-
vous des collec-
tionneurs du
monde entier atti-
rés par les ventes
sensatio n n elles
qui se succédaient a l'Hôtel Drouot. Cet engouement pour
les choses du Passé eut une inllucnce marquée, mais non
favorable, sur la production des industries d'art à cette
époque. La recherche et l'initiative personnelles, déjà peu
développées, tirent place à l'érudition : tout devint rétro-
spectif. Les mieux doués de nos décorateurs industriels
bornèrent leur ambition et leurs efforts à parfaire des
PENDANT DE COU OR VBRTj
P li RI. E IS T BRILLANTS
par Laîîtjue (1901).
CONCLUSIONS
imitations ou des reconstitutions d'oeuvres anciennes, Tous
les styles catalogués misa contribution fournirent les cléments
d'une foule d* œuvres, présentant parfois de grands mérites
d'exécution^ mais manquant de spontanéité et ne révélant
aucune émotion artistique chez leurs auteurs.
Cette crise fut longue; heureusement, elle ne fut pas
générale : en France comme à l'étranger, il se trouvait
encore quelques hommes persévérants se refusant à croire
BOUCLE DE CEINTURE
par G, Le Turcq \ i yoi |.
qu'un artiste vraiment digne de ce nom put se contenter
d'un simple travail de compilation et d'arrangements plus
ou moins ingénieux, au lieu de mettre sa fierté à devenir
lui-même un créateur, dans la mesure de ses moyens.
Nous avons déjà signalé, principalement dans les pages
consacrées â Lalique, quels efforts furent tentés un peu
avant 1900, dans toutes les industries relevant de Fart déco-
ratif, pour s'affranchir des formules surannées et de la
tyrannie de la routine.
Cependant, l'importance de cette manifestation artis-
tique fut telle, que nous croyons utile d'en exposer, au
752 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
moins sommairement, les phases principales qui devaient
aboutir à ce que l'on appela chez nous, improprement du
reste, Y Art nouveau.
Il est assez difficile de déterminer d'une manière précise
les origines de ce mouvement auquel, d'ailleurs, plusieurs
causes différentes et presque
simultanées ont contribué.
Le nom de Modem style,
qui fut d'abord donné à
l'ensemble de ses résultats,
semblerait indiquer qu'il
prit naissance en Angleterre,
consécutivement à la propa-
gande ardente entreprise
par le littérateur-esthéticien
John Ru ski n (i 8 19-1900) et
â la faveur obtenue dans ce
pays par le « Préraphaéli-
tisme » ; et certainement, les
peintures des adeptes de
Botticelli, tels que D. -G. Ro-
setti, puis Sir Edw; Dur ne-
Jones (1 833- 1898), Invoca-
teur de la vie légendaire et
symboliste du Moyen-Age,
et quelques autres encore
PENDANT DE COU» A A
vicieux en améthystes et brillants, curent une large part din-
par p;iui ijénard (1904). f lu en ce dans les change-
ments apportés alors à la
décoration et à l'ameublement anglais, conçus avec une
évidente préoccupation de simplicité dans les lignes.
Des artistes convaincus, comme William Morris 1 (18^4-
1S96), Waltcr Crâne (1845). puis, après r 889, R. Anning Bell,
Charles Ricketts, Gaskin, Aubrey Beardsley ( 1872-1898;, etc.,
I. William Morris fonda en i863 une fabrique d'objets d'art et particuliè-
rement de papiers à tenture, à laquelle il fournissait lui-même des dessins.
G CONCLUSIONS
7^3
s'étaient engages résolument dans cette direction nouvelle,
et, grâce à leurs persévérants efforts, avaient réussi a modi-
fier dîme façon très intéressante l'ornementation du mobi-
>
lier, desétotles, des papiers peints, des livres.
Mais il ne faut pas perdre de vue. qu'en France aussi,
BROCHE ÉMAIL K T PERLES
par Georges Fouquet HooiL
parallèlement a ces tentatives anglaises, et même antérieu-
rement, un mouvement analogue s'était déjà dessiné. Viollet-
le-Duc (1814- 1879), avec une ferveur d'apôtre, avait préco-
nisé à la fois l'étude du gothique et le retour, dans l'Art
décoratif, aux saines traditions nationales; il ax ait démontré
que si les Maîtres du Moven-Age sont parvenus à créer un
style véritablement nouveau et magnifique, s'ils ont pu
rajeunir l'ornementation romane, c'est parce qu'ils étaient
48
7 54 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE
revenus résolument à L'étude de la Nature, se contentant
souvent d'agencer avec sagacité et avec goût, presque sans
les modifier, les éléments décoratifs qu'elle fournit.
Les idées émises par Viollet-le-Duc l'avaient désigné,
dès 1 863, pour la chaire d'Esthétique et d'Histoire de TArt
PENDANT l) B COU PERLES ET É M A 1 I.
par Paul Liénard (1903).
à l'Ecole des Beaux-Arts, mais comme elles étaient en oppo-
sition avec les formules académiques alors en faveur, elles
furent mal accueillies et le professeur incompris renonça
bientôt à ses fonctions. Cependant, avec le temps, on finit
par reconnaître la justesse de vues du célèbre architecte;
aussi, lorsque plus tard un autre novateur, Eugène Grasset
(i85o), s'appliqua à sortir des sentiers battus, trouva-t-il,
CONCLUSIONS
7 55
sinon Le grand public, du moins le monde artiste, prépare
déjà suffisamment à le comprendre. Plein d'ardeur et de foi.
l'ElGNE! 0 il 11 K L L K S
pur Lucien Gaillard. (SeiIoii du
Grasset contribua grandement par ses œuvres et par son
enseignement, très suivi et très fécond, à la transformation
du style et à révolution décorative. Faiit-î] rappeler son
7 56 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
admirable illustration de Y Histoire des Quatre fils Aymon,
publiée en 1 883, alors que rien de semblable n'existait encore ?
D'ailleurs, ce livre
magnifique, en a va née
sur son époque, ne fut
apprécié que par une
élite peu nombreuse.
Depuis, il n'est pour
ainsi dire aucune des
branches de Fart déco-
ratif dans laquelle
Grasset ne se soit exercé
et distingué : tentures,
vitraux , ferronnerie ?
c é r a m ïq u è , étoffes,
meubles, bijoux, illus-
tration, affiches, etc.,
il a tout abordé et tou-
jours avec une réelle
originalité et une réus-
site justifiée.
De son côté, Emile
Gai lé ( 1 846- 1 904) pour-
suivrai t également de-
puis plusieurs an nui-
ses recherches de nou-
veauté, tant pour la
forme de ses vases en
verre coloré, que pour
leur décor et leur ma-
tière même. En i883 ? il
installa aussi à Nancy, sa ville natale, un atelier d'ébénis-
terie artistique, d'où sorti rem des meubles d une invention
personnelle. On se souvient du grand succès qu'obtinrent à
fKxposition de 1889, ses créations d'un aspect si imprévu
et d'un goût tres délicat.
liPINGLË DK C O [ F r U R li
pur Paul Lîéftftrd (f^oS).
CONCLUSIONS
7h
Tels sont, à notre avis, les artisans principaux ou tout
au moins immédiats de la transformation qui devait, vers
i8g5, devenir Y Art nouveau.
Mais, selon nous, beaucoup de ces artistes, étrangers ou
Français, avaient subi plus ou moins directement, plus un
COLLIER AUX LIBELLULES, KM AUX TRANSLUCIDES HT JOAILLERIE
par Georges Fouqtict fn.»°-l).— J-argeur Je la plaque : 10 cent.
moins consciemment, l'influence des œuvres japonaises
qui, jalousement conservées dans leur pays d'origine, étaient
peu connues, mais purent enfin se répandre librement après
la révolution de juin 1866, qui bouleversa de fond en comble
les institutions politiques et les mœurs de l'Empire du
Soleil Levant, et ouvrit largement au commerce extérieur
ses portes, jusque-là fermées. Par la suite, les nombreuses
7 .SS LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
Expositions d'Art japonais ancien 1 organisées en Europe,
aidèrent sensiblement à révéler an public la maîtrise insoup-
çonnée des artisans de l' Extrême-Orient,
On a pu dire avec raison que, comme les Grecs dans
l'Antiquité, les Japonais constituent la nation la plus artiste
qui ait jamais existé. En etFet, aux diverses manifestations
cl circonstances de leur vie, ils associent toujours l'Art, qui
ne reste pas seulement le privilège d'une caste supérieure.
Le bas peuple lui-même éprouve si vivement l'amour de la
Nature et de ses beautés que Ton voit, à des dates fixes, la
« I - 14 VOL D R LA PJ E fï R K » -
li roc lie en cristal grave e| émail; saphir blanc : au centre, p;ir Lalicjue i'ukoi.
population tout entière se transportera la campagne, uni-
quement pour v admirer, soit les cerisiers, les iris OU les
chrysanthèmes en fleurs, soit les érables rougis par l'au-
tomne, soit encore un beau clair de lune dans un site
d'élection.
Les Japonais ont été de tons temps des artistes supé-
rieurs, et leurs œuvres — nous ne parlons pas ici de l'article
de bazar, spécialement fabriqué pour l'exportation, —
i. I mposition des Arts du mêlai (1SS0), où figura la collection Ccrnuschi ;
Exposition rétrospective de l'Art japonais r(a\ ri 1 r883), organisée chez Georges
Petit, par M. Louis (jonse, et à la suite Je laquelle il lit paraître son Art
japonais ; publication du Japon Artistique, par Bi'og (.T 888) 5 exposition de la
Gravure japonaise à l'Kcolc des Hcaux-Arts J1S90); vente Philippe lîurty
(1891), etc.
CONCLUSIONS
présentent cette particularité merveilleuse, que plus on les
examine, plus elles donnent la sensation de la perfection-
Toutefois, ce n'est pas comme modèles que ces œuvres nous
ont été le plus réellement utiles; elles ont eu surtout pour
nous le très précieux avantage de nous inciter à reprendre
PEIGNE EN CORNE SCULPTEE ET TEINTE K
par Laliqufc (igo5),
le contact direct avec la Nature que, depuis le Moyen-Age,
nous avions trop négligé de consulter. Il suffit de parcourir
les nombreux albums des Japonais, de voir quelques-uns de
leurs « pochoirs pour constater avec quel amour ils
1. Ce sont les albums, principalement, qui firent le mieux connaître les
éléments décoratifs japonais. Moins dispendieux que les objets de collection,
ils se répandirent facilement dans les ateliers, 011 ils trouvaient des admirateurs
enthousiastes. Nous avons déjà signalé l'influence qu'ils ont eue dès la fin du
7 6o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Tétudient, comment ils savent dessiner un insecte, une
ïlcur ? un brin d herbe, les interprétant d une manière à la
fois simple et précise, sans que les détails, toujours fidèle-
ment rendus, empêchent
d'apercevoir les grandes
lignes. Mais leur habileté
à reproduire la Nature
n'est rien en comparaison
du parti qu'ils savent en
tirer pour la décoration
dont ils ont, pour ainsi
dire, le sens inné; Fingé-
nïosité, la variété et le
goût de leurs arrange-
ments sont admirables.
Aussi habiles à combiner
les lignes qu "à associer les
couleurs, ils ont évidem-
ment beaucoup contri-
bué, bien qu'indirecte-
ment, à révolution de la
décoration moderne, et il
n'est pas téméraire de
penserque* sans l'exemple
de ces maîtres, les étolfes
de Liberty, les papiers
peints de Walter Crâne,
les porcelaines de Copen-
hague n'auraient proba-
blement pas existé,
Iji relations suivies
avec les Japonais par le Pacifique, les Américains leur ont
RU Ô Cfl'B'a EN CRISTAL GRAVE
par Lalique figoGj.
règne de Napoléon 1IJ, pour l'orfèvrerie et le bijou, les bronzes, les meubles
et la céramique.
Les « pochoirs » sont des modèles en papier découpé, qui servent à l'im-
pression des étoffés.
CONCLUSIONS
761
emprunté les premiers éléments de leur décoration, qu^ils
se contentèrent d'abord de copier. On se souvient encore
de l'orfèvrerie martelée de Tiffany vue en 1878, et des
autres objets envoyés par lui à l'Exposition de 1889, et dont
PENDANT CK COU JOAILLERIE ET SAPHIRS
par Vever [igoô).
il avait confié l'exécution à des ouvriers japonais, installés
dans ses ateliers de New-York. Ixs tentatives postérieures
de style moderne faites par les Américains au moment de
l'Exposition de Chicago (1893), témoignaient certainement
d une recherche intéressante et efficace de nouveauté, mais
elles restaient cependant encore influencées, dans une
mesure assez large, par 1 Inde et rKxlrême-Orient.
762 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE
Toutefois, maintenant que nous avons indiqué ce qui,
scion nous, revient au Japon dans révolution artistique de
la fin du xix e siècle, il est juste aussi de reconnaître que les
artistes Européens auxquels nous avons fait allusion au cours
de ces conclusions, de même que nos peintres impression-
nistes, loin d'imiter plus ou
moins servilement les Japo-
nais, se sont inspirés seulement
de leurs procédés généraux de
composition et de mise en
page, et conservent une part
prépondérante d'invention et
de mérite personnels.
D'autres causes, d'ordre
t ré s d i ffé re n t , fa v o r i s è re n t
aussi, mais dans une moindre
mesure, l'orientation nouvelle
du style et du goût ; par exem-
ple, la formation des cénacles
artistiques de Montmartre et
du Chat Noir en particulier.
C'est en i 88 1 que Rodolphe
Salis fonda son fameux caba-
ret, très en vogue jusqu'en
ï8c)5 et qui tut le berceau de
tant d'illustrations parisiennes,
C est là que se forma toute
une pléiade de littérateurs et
d'artistes aux conceptions et aux idées ultra-modernes :
poètes, chansonniers, auteurs dramatiques {dont quelques-
uns portent aujourd'hui l'habit à palmes vertes) ; dessinateurs
détalent, tels que Willette, Canin d'Ache, Henri Rivière.
Georges Auriol. Steinlen, Forain, etc., qui répandaient dans
des périodiques illustrés un art humoristique et aimable
bien français, ou composaient pour le théâtre des Ombres,
des décors pleins de fantaisie et de charme. Puis, vers 1886,
PENDANT DE COU
OPALES ET BRILLANTS
par Henri Tfterger Uya;)*
CONCLUSIONS
763
commencèrent à paraître de claires affiches « jetant sur les
murailles l'éclat llambovant des diaprures » A leur tour,
les programmes, les prospectus, les couvertures et les
illustrations de livres propagèrent le mouvement, et TArt
décoratif, de plus en plus libéré des anciennes formules,
parvint insensiblement à une transformation complète.
BRACELETS SOUPLES ÉM AILLÉS
par K. Fciiillatre.
Dès 1891, la Société Nationale des Beaux-Arts admit à
son Exposition annuelle du Champ-dc-Mars des œuvres
d'Art industriel qui formèrent un groupe particulier, A son
tour, en i8q5. la Société des Artistes français, jusque-là
réfractaire, se voyait contrainte de céder à la pression de
l'opinion publique, et organisait à son Salon des Champs-
Elysées une section spéciale aux objets d'art, dans laquelle
r . H 0 g e r M a r x , les M a it res 'de l affi ch e ,
764 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE
Lalique exposa pour la première fois avec un succès si
régulièrement confirmé dans la suite*
Cependant, les adeptes des tendances artistiques nou-
velles éprouvaient le besoin d'avoir une publication spéciale
qui pût leur servir de trait d'union, en même temps que de
tribune. Aussi le Studio, créé à Londres en i8g3, fut-il
accueilli avec une grande faveur; il servit de point de départ
aux nombreuses revues analogues, parues ultérieurement
en France et à l'Etranger 1 , et contribua avec elles aux pro-
grès du mouvement naissant.
Aux artistes dont nous avons déjà parlé, vinrent s'en
adjoindre successivement d'autres, de talents divers : en
1894, Alphonse Mucha, patronné par Sara h Bernhardt ; puis
Carlos Sch^vabe, cl plus lard. Ci cordes de Feure. pour ne
citer que les principaux ; chacun d'eux apportant sa pierre
ù Pédifice qui s'élevait de jour en jour plus solide*
En 1895, révolution parut assez complète pour que
M. S. Bing, japonisant émérite et homme d'un i^out raffiné,
crût le moment venu de lancer une invitation « aux artistes
et artisans », et de réunir, en une exposition permanente et
internationale, intitulée Salon de l'Art nouveau, « toutes
productions artistiques, arts du décor, du mobilier et de
l'objet utile, qui manifesteraient une conception personnelle,
en accord avec l'esprit moderne ».
En même temps, il chargea l'architecte Louis Bonnier,
de transformer dans ce but l'hôtel de la rue G ha u chat, où il
avait abrité jusqu'alors les plus délicats spécimens de l'art
japonais ancien.
L'appel fut entendu, et les artistes accoururent en foule,
Indépendamment de peintres et de sculpteurs, parmi
lesquels figuraient Bcsnard et Rodin, de nombreux « arti-
sans » firent des envois très intéressants: Lalique. Kmile
Galle, Grasset, DampL Carlos Schwabe, Henri Rivière,
George Auriol, P,-A. Isaac, Alexandre Charpentier, Waiter
1. Art et Décoration, janvier 1S97; die Dekorative Kunst, lê§8 } etc. Rap-
pelons cependant que la Revue des Arts Décoratifs remonte à 1880.
> a
H
* I* p
- Q
J CD
2 <
£ 3
< iî
CONCLUSIONS
Crâne, Brangwyn, Henri Van de Velde, Louis-C. Tifîàny
de verrier, lils de l'orfèvre américain), Benson, Vallgren et
cent autres. Presque toutes les industries d'art lîguraient
dans cette exposition : bijoux, orfèvreries, papiers peints,
reliures, appareils d'éclairage, étoiles, vitraux, gravures,
meubles, affiches, broderies, vases, ustensiles de toutes
fBNDANT DE COU.
Épis d'avoine un joaillerie, centre rubis moulure pliiliin-, par Vovir ( i ^07.1.
sortes, panneaux décoratifs, etc., témoignant d'un effort
vraiment extraordinaire*
Le succès de cette tentative lut considérable; il eut été
complet sans doute, si tous ces objets, dont chacun sépa-
rément offrait un intérêt incontestable, n'avaient formé un
ensemble un peu disparate et manquant d'unité, dans lequel
au^si l'élément étranger, peu conforme a notre tempérament
et à nos goûts, était peut-être trop largement représenté.
Quoi qu'il en lût, il y avait, dans l'empressement même
767
768 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
témoigné par les artistes « et artisans )>, une preuve irrécu-
sable des changements survenus dans les tendances décora-
tives et aussi de l'existence d'un style nouveau.
Dès lors, le mouvement ne lit que s accentuer; chaque
année, les deux Salons, sans parler d'une foule d'expositions
de moindre importance, semaient dans l'esprit public la
bonne graine, hélas! trop souvent mélangée d'ivraie, et la
grandiose manifestation de 1900 acheva et consacra V œuvre
BROCHE EN JOAILLERIE
par Vever (1907). — Largeur : 14 cent.
commencée* La cause était gagnée, et ceux qui résistaient
ou hésitaient encore formaient une minorité intime et
quelque peu disqualifiée, passant pour rétrograde ou dénuée
de toute espèce de goût. Tout le monde voulut faire ou
posséder de F « Art nouveau ». et l'engouement fut presque
général*
Nous pouvons noter en passant, et non sans quelque
fierté, que ce fut certainement dans les objets de bijouterie
que le nouveau style fut interprété de la façon la plus satis-
faisante et qu'il trouva ses manifestations les plus réussies
et les moins contestées.
CONCLUSIONS
7%
Cependant, son triomphe ne fut pas aussi définitif qu'on
aurait pu le croire. Si les amateurs délicats, capables de
faire par eux-mêmes la distinction entre le bon et le mau-
vais, n'ont jamais cessé d'apprécier et d'acquérir les œuvres
nouvelles présentant un véritable mérite, il n'en est pas
moins vrai que le public, dans son ensemble, sentit refroidir
é% 1
P B N D A S T D lv COL P A I' J L L O S S E M E H A L" D li C A R O C II O N y
J O A 1 L L B H I K B 1 K MAIL BLEU PALE.
par Vever (1907).
son enthousiasme que le snobisme ne surchauffait plus, et se
désintéressa progressivement des recherches de nouveauté.
Il faut dire, a sa décharge, que ce revirement n'était pas du
à un simple caprice de sa part, mais à des causes sulïisam-
ment sérieuses, dont voici, selon nous, les principales.
Tandis que les apôtres conv aincus de la première heure,
entraînés déjà par un long travail, poursuivaient leur tâche
avec le même zèle consciencieux , et continuaient à produire
49
7/0 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
des œuvres excellentes, on vit surgir à côté d'eux des nuées
d'inconnus qui, tout à coup convertis à la Réforme artis-
tique en voyant que la faveur du public et des critiques
inlluents lui était acquise, se mirent fiévreusement à la
besogne . produisant hâti-
vement et copieusement
des ouvrages mal étudiés.
Parmi ceux-là, les moins
sûrs d'eux-mêmes, et aussi
les plus avisés, se conten-
tèrent de pasticher les
œuvres marquantes des
bons artistes, mais en les
répétant à l'excès, et en les
défigurant par une accen-
tuation exagérée de ce
qu ils croyaient être les
traits les plus caractéris-
tiques d'une formule nou-
velle.
G o m m e les maître s
réputés avaient tire un
parti agréable des courbes
sinueuses employées seules
ou en combinaison avec la
figure humaine, on ne vit
PENDANT DE COU
EN JOAILLERIE PLATINE
par Vevcr ( 1 907).
bientôt plus dans les déco-
rations que des lignes én
paraphe, en lanière, en
coup de fouet; des femmes
grêles aux chevelure* interminables et ondoyantes. Parce
que de charmantes compositions avaient emprunté leurs
motifs à certains éléments de la flore ou de la faune, on
s empressa de les reproduire à profusion et presque exclusi-
vement. Ce fut une véritable invasion d'iris, de gui. de
pins, d'ombelles, de paons, de cygnes voguant parmi les
CONCLUSIONS
771
nénuphars, etc., qui engendra bientôt la satiété. D'autre
part, en présence des excellents résultats que les vrais maîtres
de 1 art décoratif avaient obtenus grâce au principe de la
stylisation, un grand nombre des nouveaux venus s'étaient
empressés de
1 ' a p p 1 i q u e r .
mais >ans ta-
lent ni mesure,
et. par esprit
de surenchère,
en étaient arri-
vés bientôt à
des formes sè-
ches, dépouil-
lées de tout
charme, et
n'ayant pour
ainsi dire plus
rien de com-
mun avec les
éléments natu-
re 1 s qui leur
axaient servi
de point de dé-
part.
11 s'était
trouvé aussi
des peintres et
des sculpteurs,
dont les envois aux Salons n'avaient pu jusque-là forcer
1 attention du public, et qui pensèrent être plus heureux en
faisant du bijou ou de la décoration industrielle, slmaginant
de bonne foi que réunir dans cet art mineur serait un jeu
pour eux déjà rompus au Grand Art. Sans préparation
d'aucune sorte, sans la moindre notion du métier qu'ils
adoptaient subitement, ils se lancèrent dans des composi-
BROCHE A PLEURS DE CRISTAL K MAIL ET PERLES
par Paul Lténafd. (Salon de 1908*}
772 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
tions inexécutables ou mal appropriées aux exigences et aux
procédés spéciaux de fabrication dont ils ne savaient pas le
premier mot. Encore ceux-là avaient-ils plus ou moins
pratiqué le dessin! Mais combien, qui l'ignoraient complè-
tement, ne s'en crurent pas moins appelés, eux aussi, à
jouer un grand rôle dans révolution en cours, malgré, ou
peut-être grâce à cette
ignorance même qui
les garantissait de
toute attache avec te
Passé, Que pouvaient-
ils produire, sinon des
objets bizarres, ne re-
levant le plus souvent
que de l'excentricité :
Leur maladresse pres-
que enfantine, n'était
égalée que par la bonne
opinion qu'ils avaient
d'eux-mêmes.
Convaincus de leur
talent, ils avaient cru
devoir se distinguer
du commun en se dé-
cernant préalable-
ment la qualité d'ar-
tiste. Ce fut alors
c o m m c u n c é p i d é m i e :
ouvriers d"Art. meubles d'Art, reliures d'Art, broderies
d'Art, jusqu'à cordonnier d'Art et potiches d'Art, tout y
passa. Il n'y eut si mince bibelot, si insignifiant objet qui ne
fût « d'Art » avec un grand A, et ne portât d'une façon osten-
sible et quelque peu prétentieuse la signature de son auteur.
Quel contraste avec la modestie des admirables sculp-
teurs de nos cathédrales gothiques, de ces <c imagiers » du
Moyen-Age, débordant de toi, qui ont créé tant de chels-
>ENDAKT DE COU B QURDONS j Ù R C I S Ji t li
par Vcver (jooS).
CONCLUSIONS
77 3
d'œuvre sans penser un instant à nous révéler leurs noms !
A notre avis, les étrangers ont aussi une lourde pan de
responsabilité dans la défaveur assez marquée qui a succédé,
PENDANT D l£ COU K R A B L B „
ÉMAIL, DIAMANTS, Ë M B lî A U D l J . S ET PB8I. K
par Georges Fouquet (1906).
pour TArt moderne, à l'engouement des premiers temps.
Nous ne parlons pas ici des Anglais qui, ayant contribué
dès l'origine à ce mouvement artistique, se trouvèrent très
bien placés pour le suivre quand le succès lui fut acquis, et
furent d'autant mieux en mesure de produire des œuvres
774 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
intéressantes, qu'ils avaient dépassé la période toujours assez,
longue et ingrate des tâtonnements»
Mais d'autres, et en particulier nos voisins du Nord et
de l'Est, furent pris au dépourvu; désirant cependant
BROCHA LIB K LL U LES âïf A 1 LL I-: B S
par Pàul Liénard. (Salon de jeps.)
profiter de la vogue considérable obtenue par le nouveau
style, ils se mirent fiévreusement à faire — on pourrait dire
à contrefaire — dans leurs ateliers, ou plutôt dans leurs
usines, de Bruxelles, Genève, Munich, Berlin, Pforzheim,
des quantités innombrables de produits d'une exécution très
inférieure, établis commercialement, sans aucune préoccu-
pation artistique, et avec le seul souci du gain à réaliser par
lî R O C H E Ë AI A I L ET PERLES BLANCHES ET NÛ1RKS
par Paul Liénard. (Salon de 1908.)
leur vente. Pour abaisser le prix de revient de leurs articles,
ils arrivèrent bientôt a simplifier, à réduire ou même à
supprimer complètement les jolis détails qui donnent tant
de charme aux compositions bien comprises, et se bornèrent,
pour tout ornement, aux grandes lignes de construction
faciles à interpréter économiquement. Il est vrai que, pour
CONCLUSIONS
assurer à celles-ci un aspect moderne incontestable (condi-
tion alors essentielle pour la vente), ils les tourmentèrent
avec exagération et mauvais goût, produisant ces combi-
nais ms de courbes bizarres dont on a pu dire que, par
leurs sinuosités, elles rappelaient le macaroni. Cest ainsi
que, pour le bijou en particulier, les Belges, les Suisses,
et surtout les Allemands, inondèrent le monde entier de
déplorable « Art nouveau », n avant pris du style naissant
GRANDE BROCHE PLUME DE PAON, ÉMAIL BLANC
par Lucien Gaillard (1906).— Longueur : tti cent.
que les défauts, et renouvelèrent ainsi Terreur artistique
commise par leurs ancêtres sous Louis XV, lorsqu'ils défi-
gurèrent notre charmant style rocaille pour en faire leur
massif et compliqué « rococo »*.
Un autre motif de désalfcction pour le style nouveau
peut être trouvé dans l'emploi abusif et peu logique qu'en
Îï II est curieux de constater que ce style rocaille est désigne dans les
documents du temps par les mots : dans le goût moderne », Sans doute, lors
de son apparition, plus encore que notre « Art nouveau », îl sembla audacieux
aux contemporains ; de même que, plus tard, le contraste dut être saisissant
lorsqu'on face de ses formes mouvementées, de ses coquilles et de ses chicorées
on vit surgir le Louis XVI aux lignes simples et calmes.
LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
firent trop souvent l'architecture et îe mobilier. Sans doute,
il a été exécuté des ameublements et des décorations inté-
rieures tout a fait agréables, de même que plusieurs des
constructions récentes, sagement comprises, sont dignes
d'éloges : niais combien d'autres. dc>ordonnécs. inquiétantes
furent élevées, dans lesquelles la substitution systématique
des courbes aux horizontales et aux verticales (comme si la
direction de la pesanteur avait subitement changé!) nuit à
Timpression nécessaire d'équilibre et de stabilité. On peut
admettre une grande liberté dans la composition et le choix
BROC II E EN JO AILLI-IUE ET PERLES
par Paul Liiinard, (Salon de ifjoS.)
des lignes pour une étoffe de robe, un bijou, ou tout autre
objet de petite dimension destiné à être vu indifféremment
dans plusieurs positions et qu'on peut en tout cas cesser de
regarder à volonté ; mais il ne saurait en élre de même pour
la décoration d'une habitation, ou pour les tentures et les
gros meubles destinés à la garnir, qui s'imposent aux yeux
d'une façon permanente. Dans ce cas, l'absence préméditée
des lignes verticales et horizontales qu'on pourrait appeler
« reposantes », produit un sentiment incontestable d'inco-
hérence et de malaise.
Qui ne se rappelle l'avoir éprouvé, dans les Impositions,
en présence de certaines décorations intérieures évoquant
des idées de cauchemar, ou encore devant ces meubles
CONCLUSIONS
777
tourmentes, d'aspect menaçant, qui semblaient destinés à
figurer dans une salle de tortures de l'Inquisition plutôt qu'à
garnir confortablement et agréablement quelque « home »
moderne }
Toutes les raisons que nous venons d'indiquer justifient
dans une large mesure Téloignement momentané du public
CIGALES OR RT K M A I L
pur Lnlique [tgofti — Largeur : 17 cent*
pour 1" « Art nouveau » et expliquent comment il s'est laissé
ramener docilement aux styles d'antan, auxquels d'ailleurs
le poussaient énergiquement ceux qui, sentant leur incapa-
cité à créer de l'inédit, étaient trop heureux de pouvoir
reprendre les copies ou les faciles arrangements qui leur
avaient si bien réussi autrefois. Dans la plupart des indus-
tries, et dans ta bijouterie en particulier, les impuissants
revinrent donc au style Empire et au sempiternel Louis XVI,
En réalité, ce fut un bienfait, puisque ainsi ils ne continuèrent
778 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE
plus de discréditer l'Art moderne par des compositions
mal venues et sans goût, et laissèrent désormais le champ
libre aux chercheurs convaincus qui n'avaient jamais cessé
BROCHE GUEPES K M AILLE K S ,
AILES TRANSPARENTES) 1 L E U R S BLEU CLAIR
par Lalique. (Salon de 1908.)
de préférer aux banales redites, l'effort, mais aussi la joie
et l'honneur des trouvailles personnelles. C'est à ces vail-
lants et à ces persévérants que, selon nous, l'avenir appar-
tiendra. Ils ont eu déjà une action indirecte, mais trùs
sensible, même sur ceux de leurs concurrents qui les décrient
et ne suivent pas leur voie. Il suffit, pour s'en convaincre.
CONCLUSIONS
779
de se reporter à ce qu'était le bijou avant révolution récente
et de le comparer au bijou actuel : on constate, jusque dans
FMiIGNE HIRONDELLES EN COItNK SCULPTEE ET TEÎNTÉE
par Lalique/ (Salon de 1908,) — Largeur : 20 cent.
les pastiches de l'ancien interprété aujourd'hui différem-
ment, un progrés marqué dû incontestablement aux ensei-
gnements et aux exemples des champions de l'Art moderne.
D'autre part, après l'effervescence inexpérimentée des
premiers temps, beaucoup, parmi les fervents de cet art, se
780 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
sont assagis et savent à présent donner a leurs ouvrages
non seulement le charme de l'imprévu, mais aussi les qualités
d'équilibre et d'harmonie qui font le mérite des œuvres
classiques. Ils continuent ainsi la véritable tradition des
vieux Maîtres qui, à aucun moment, ne songèrent à recom-
mencer ce qu'avaient fait leurs prédécesseurs, mais, au
contraire, eurent toujours l'intention et la conviction de
créer de l'inédit, sagement, il est vrai, sans lièvre, avec la
lenteur nécessaire et surtout en respectant les lois essen-
tielles, immuables, qui sont indispensables à toute bonne
composition.
Il ne faut pas perdre de vue que nous ne connaissons
guère des stvles anciens que les meilleurs spécimens, le
temps ayant balayé les mauvais et les médiocres (car il y en
eut certainement à toutes les époques); n'oublions pas non
plus, qu'avant de devenir classiques et indiscutés, ces styles
lurent tous tenus, par la majorité des contemporains, pour
extravagants et révolutionnaires, et qu'ils ne comptèrent
d'abord qu'un nombre restreint de partisans éclairés, dont
on ne reconnut que plus tard la perspicacité et le bon goût.
Nous avons la ferme conviction qu'il en sera de même
pour l'Art moderne. Aujourd'hui débarrassé des incapables,
des excentriques et des plagiaires du début, il n'est heureu-
sement plus guère pratiqué que par des artistes conscien-
cieux et de conviction robuste, véritables créateurs, dont les
productions, justement recherchées dès maintenant par des
amateurs de plus en plus nombreux, prouveront victorieu-
sement dans l'avenir la puissance et l'originalité d'invention
de nos maîtres contemporains et feront le plus grand hon-
neur à la Bijouterie française de notre époque.
INDEX ALPHABETIQUE
DIS NOMS CIIKS DANS LKS TOMKS II K T III
Les noms précédés d'un astérisque sont déjà cités dans le tome
Àgttâdo (M m *}, p. n>4.
Aguero (Mw), p. 104.
Alckan frères, bijoutiers, p. 6^3
Ancelot, bijoutier, p. 643.
André, bijoutier-joaillier, p. 397.
André (M me Edouard), p, 104.
Angenot, bijoutier, p. 644.
Annîng-Bell (Robert), dessinateur
anglais, p. 7.^2.
Appert (Léon , p. 712.
Arfvidson (Charles), bijoutier, p. 335,
644, %ê.
* Aucoc aîné (Casimir), orfèvre, p. 295.
Aucoc fils (Louis), bijoutier, p. ?tjfi*
; i t S-6oo, Ô14, G 20, 672, 693-694.
* Aucoc aîné (Louis), bijoutier,p. 1 18.
Aucoc (André), orfèvre -joaillier ?
p. 5 7 i.
AuJwmne. joaillier, p. "4 ; .
* Audouard (Louis et Philibert;, cise-
leurs, p. 1 19, 124.
Auger (Alphonse), bijoutier), p. 362,
5 7 3.
Auger Ce orges), bijoutier, p. 574.
Aurïol (George), dessinateur et litté-
rateur, p. 762, 764.
Auxenfants, fondeur, p. 49^.
Babel, joaillier, p, 219.
I iachclet, p. 2? 1 , 2 3 2,
Bâltafd, architecte, p. 128, 284.
Banneville, dessinateur, p. 696,
* Bapst, joaillier, p. ?o, i r3.j, [35,
i3<\, i3S, 141, 142, 145, 216, 219,
!?45. (Voir Bapst ut 1- alizé.)
B;ipsï Alfred . joaillier, p. 1 3 4, i3ô,
498.
Bapst Armand), joaillier, p. 1^4.
* Bapst Charles f, joaillier, p. 1^4.
" Bapst (Constant), joaillier, p. 1^4.
Bapst (Frédéric), joaillier, p. i30.
* Bapst (Germain), orfèvre, joaillier,
écrivain, p, 40, 134,498, 5oo 3 514,
720.
Bapst (Jules), joaillier, p. 134.
* Bapst (Paul), joaillier, p. 134, 1 38,
Bapst et neveu, joailliers, p. L>4,
* Bapst et Falizc, joailliers, p. -04,
52i. Voir Bapst,)
* Barhedienne, fabricant de bronzes,
p. i5p, 10, 49 2 -
Barberel :J.), contremaître, p. 672.
Barré, ciseleur-orfèvre, p, 296,49^.
Barrias, statuaire, p* 504,
Bartet (M**), artiste dramatique,
p. 71Ô, 721.
Baruccï (La), p. 108.
* Barye, sculpteur et ciseleur, p. 120-
Bassano ! Duc et Duchesse de), p. 97,
129.
Basset, dessinateur et joaillier, p. 426,
448, G45. (Voir Moreau.)
* Bassot iLéon), bijoutier, p. 546.
* Baucheron (Louis), bijoutier, p* 296,
3o2, 307, 362, 454, 4^8, 526, ^27.
(Voir Guillain.)
Baudrier (André), bijoutier, p. 5o6.
(Voir Fontana.)
Baudry (Paul), peintre» p. 344.
Baugrand (Gustave), joaillier, p, 40,
120, l33, l39, l82, 228, 2^2, 2>ij,
202, 276, 277, 298, 3oô a. 307, 314,
33rî, 342, 446, 667 j 7o3. (Voir Mar-
ret et Baugrand.)
782 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
* Baugrand père (Victor), joaillier,
p. 3 00,
Beardsley (Aubrey-Vincent), dessina-
teur anglais, p. yS'i.
Béarn (M me la Comtesse de), p. 731,
746.
Beaumont, bijoutier, p. 322.
Becker (Edouard), sculpteur, p. 434,
435? 4^ D » 4*56, 598,
Belleau, bijoutier, p. 582.
Bellery - Desfontaines , dessinateur ,
p. 649.
Bellcttc, bijoutier, p, gfj.
Beltète, ouvrier joaillier, p. 23 i.
Bel ville (Eugène), dessinateur, p, 649,
Bénédite (Léonce), critique d'art,
p. 684.
Bénier, bijoutier, p. 336, 35j, 36o.
Benoist (Louis), bijoutier, p. 454.
Bensé, joaillier, p. 045.
Benson, appareils d'éclairage anglais,
p. 767.
Béranger, émailleur, p. 379.
Bertrand, bijoutier, p. 3o.
Besnard (Albert), peintre, p. 764.
Betouille, bijoutier, p. 122.
Bing (Marcel), dessinateur, p. 645.
Bing père (S.), négociant, p. 635, 758.
764,
Bingen, fondeur, p. 504.
Bismarck (Prince de), p. 344.
Bissinger, caméiste, p, 290, 307.
Blanc (Charles), écrivain, p. 391, 724.
* Bled (Georges), bijoutier-joaillier,
p. 53S,
Boéck, joaillier à Londres, p. 219.
Bognard (John), t^nueur. p. 3 4 à 3*.
Boin (Georges), orfèvre, p. 614,
Boïvin (René), joaillier, p* (>23.
Bonnet, orfèvre, p. 296,
Bonnier (Louis), architecte, p. 704,
Bonvallet, dessinateur, p. 649,
Bordas, émailleur, p. 19Ô.
Bordînck\ , diamantaire - lapidaire ,
p. 420.
Bossard, orfèvre de Lucernc, p + 5 18.
Bottée (Louis), sculpteur, orfèvre, gra-
veur en médailles, p, 562, 6o& $ 665;
Bottentuit et Plisson, bijoutiers,
p. 563.
Boucher de Perthes, archéologue, p* S.
* Boucheron, joaillier-orfèvre, p, 168,
184, 18G, 240, 277, 294 à 298, 3o2,
3o6, 3^4, 341, 346, 34S, 333, 3o2,
395 à 442, 446, 448, 45 ij 452, 434,
4S6 à 460, 4G2, 463, 466, 467, 504,
522, 5i6, 592, 6ï 2, 614, 675, 689^
707, 708.
Bouchon, contremaître, p. 504.
* Bouchot (Henri), écrivain, p. ta8«
Boucicauf iM m,i ),p i 475,
Bouclier, p. 252.
Bouguereau, peintre, p*525.
Bouilhet (André), orfèvre, p, 6§0>
Bouîlhet père ( M enrb, orfèvre, p. 588,
BourJ ier, bi ioutïcr, p, 3 1 4, \ 2 \ .
Bouret et Ferré, bijoutiers, p. 23 1.
Bourgeois, bijoutier, p. 55p.
Boussard, graveur incrusteur, p, 4<>o<
Boutetde Monvel (Charles), bijoutier,
p, 636*
Boutry, ciseleur, p. 2o3.
Brangwyn (Frank), peintre décora-
teur, p. 767*
Branieka ((Comtesse), p, 104,
Brard, ciseleur, p. 383, 469, 49Ç;
Brasseur (André), joaillier, p. 610.
* Brateau Jules), ciseleur, p. 280,
410, 11470, 41*6, 656,
* Bréguet, horloger, p. 604.
Briançon, contremaître, p. 706.
Bricteux, bijoutier, p. 638, 044, 65o
Brïet, émailleur, p. 107, 418.
Brocard (Eugène), bijoutier, p. 3to.
* Bruneau, bijoutier, p, 24.
Brunct (Georges,, bijoutier, p. 642,
040, G47.
Bugnîot(Auguste), dessinateur, p. 44S,
45o.
Burdy, graveur sur pierres dures,
p, 4^4, 460,
Burne-Jones (Edward), peintre an-
glais, p. 752.
* Burty (Philippe), critique d'art,
p. ? 58,
Bury, joaillier, p. 14.
Cabanel (A.), peintre, p. 96.
Cabasson, peintre, p. 674.
Cadet-Picard, bijoutier, p. 309, 314.
INDEX ALPHABÉTIQUE
7 83
Caen (Kdouard), bijoutier, p. 3u), 3^2,
534.
Caillot (Jacques), bijoutier, p. 190,
191.
" Caillot (Pierre), bijoutier, p. i5o,
iSSj 189, 190, 193, 195.
Caillot-Peck, joailliers, p. 191, 192,
iq3, 198, 372, J48.
Calle, bijoutier, p, 190, 549.
Calliat (Armand), orfèvre, p. 5R8.
Calliet, orfèvre, p. 2o3.
Calmus, dessinateur-bijoutier, p. 442,
443, 4^4.
Cameré (Henri), dessinateur, p. r2#,
356, 586.
Campana, antiquaire, p. 144, 145, i5o,
i52, i5j, 176, 252, 272, 3iS8, 490,
iSo.
(Capitaine, joaillier, p. 240.
Caran d'Ache, peintre, p. 762.
Cardeilhac, orfèvre, p. 649.
Carlier (Émîle), sculpteur, dessina-
teur, p. 126, 296, 496, 504,
Carnot, Président de la République,
p. 5i 7 .
Caron (Alexandre), sculpteur en
ivoire, p. 434, 609.
Carrier-Belleuse, sculpteur, page 382,
389, 495.
Cartier (Alfred), bijoutier-joaillier,
p. 591, 592, 694.
Cartier père Louis-François), bijou-
tier-joaillier, p. 252, 591.
Cartier (Louis i, joaillier, p, 592,
Cartier (Pierre , joaillier, p. 592.
De Cassiti, Marquise de Carcano, p.
104.
Castellani, bijoutier, p. i5oà 1 52, i55,
i58, i58.
Castiglione Comtesse de), p. 107,
219.
Cauvain, dessinateur-joaillier, p. 646.
Cellini 1 ttenvenuto}, orfèvre, p. i5i,
418,419.
Cernuschi, collectionneur, p. 758*
Chabaud, peintre-émailleur, p. 122.
Chabrolli, bijoutier, p, 570.
Chadel (Jules), dessinateur, p. 648.
* Chaise Jules}, bijoutier, p. 74, 277,
3 74j 375, 395, 452,
Chalon ( Louis), sculpteur, p. 645.
Chalvet, ouvrier bijoutier, p. 186,
341, 348, 400, 45 L.
Chambin, bijoutier, p. Go 5, 614, 646,
Chambord (Comte de), p. 34.
Cha mpier ( Victor^, publiciste, p. 2, 1 79,
608.
Chapu, statuaire, p. 504,
Chapus (M inc et (ils), bijoutiers, p. 643.
Chardon, contre - maître bijoutier,
p. 49G.
Chardon, dessinateur, p. G49, 742.
Chariot, émailleur, p. 65o.
Charpentier (Alexandre), sculpteur,
P- 764-
* Chartres (Duchesse de), p. 3.
* Chaumet (J.), joaillier, p. 600 à 604,
Chaveton, bijoutier-joaillier, p. 614,
644.
Chédeville, sculpteur, p. 496.
Chenaux frères, dessinateurs, sculp-
teurs, p. 204.
Chéret (Jules), peintre, p. 556, 557.
Chevalier, chaîniste, p. 322.
* Christofle, orfèvre, p. 23, 118, 200,
287, 3i 2, 492, 399.
Clairin (Jules), peintre, p, 718.
Clément, bijoutier, p. 644*
Closson (Félix), dessinateur et joail-
lier, p. 293, 294, 3 7 5,
Coche, ouvrier joaillier, p. 3o2,
CofTignon, bijoutier, p. 192.
Colombier (Marie), p. no.
Colonna (Kd.), dessinateur, p. 635,
G45, 65o, 65 1.
Combier, bijoutier, p, 296, 4S8.
Cora Pearl, p* 106, 270, 277, 309.
Cordonnier, sculpteur, p, 504.
Corplet, émailleur, p. 65o«
Corroyer, architecte, p. 464.
Cossart, dessinateur, p. 649.
Cosson, ciseleur, p. 388, 470.
Coster (Martin), diamantaire, p. r 18,
119.
Coulon (Léon), joaillier -bijoutier,
p. 438,592, 594 a 597,615,
Courcy (de), émailleur, p. 65o.
Couty (Fdme), dessinateur, p. 64$,
Crâne (W al ter), peintre anglais, p. 752,
760, 767.
7 8 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
* Crosville, orfèvre, p. 522.
Crouzet père, bijoutier, p. ïS3 à t%j
3o;, 399, 542.
Crouzet iïls, bijoutier, p. 184, 344,
399.
Crozatïer, ciseleur, p. 46% 470.
* Dafriquc, bijoutier, p. 20, 120.
Dampt (J.), sculpteur, p. 556, 7G4,
* Daras, joaillier, p. i83.
Darcel (Alfred), archéologue, p. 49^
* Daux, joaillier, p. 397, 436, 440,
454.
David, caméiste, p. 58fi.
Debacq, joaillier, p. ^43.
Debain, orfèvre, p. 614.
Deberghe, dessinateur- bijoutier, p.
64Ï.
Début (Jules), dessinateur et joaillier,
p. 294, 296, 341,398, 400 a 403, 40 5,
41 3, 415, 428, 436 à 441) 44*% 45'2f
5i>2, 594, SgS,
De leurc (Georges), dessinateur,
p. ô 4 8, 704.
Dcjazet, comédienne, p. 27.
Delaplanche, statuaire, p. 496, 504.
Deraisme, ciseleur, p, 470, f$m
Derouen, bijoutier, p. 55o.
Désandré (Richard), ciseleur, p. 496*
Desbazeille (Germain), bijoutier, p.
?5i à 558.
Pesbazeille (Louisi, bijoutier, p* 55o
à 554,
* Deschamps, bi joutier-joaillier, p. 3c>*>
à 398, 5 26.
Descomps jJoë), sculpteur et ciseleur,
p + 470, 554, 622, 645.
Des Fontaines (Jules), joaillier, p. 3*)/»
Deshayes (Ku^ène), joaillier, p. &gg,
386, 433, 643.
Dcsmarquet, orfèvre, p. 576, 578.
Desplantes, bijoutier, p. 450.
Desprès Félix), joaillier, p. 610 à 6 14.
Desroziers, dessinateur, p. 024, 629*
Destape (Alexandre , graveur, p. 700.
Destape Jules), joaillier, p. Sù% 408,
^94, joO) 701, 701».
Deverdun, joaillier, p. 5»j4,
Devin, ouvrier joaillier, p. 21^, -n^.
Devine, contre-maître, p. 55o.
* Diéterle, décorateur^ p, 243.
Diomède (Gui Hem in), ciseleur, p. 467.
Doche (M lle ), artiste dramatique p. \ <j.
Douv-Pascault , dessinateur, p. 534,
648.
Dreux, bijoutier, p. 38.
Dubret (Henri), bijoutier, p. 637,
f M4-
Dubufe père (Edouard), peintre, p. 96,
160.
Duché, bijoutier, p. 644.
Du fat, orfèvre, p. 614.
Du faux, ém a illeur, p,
Dufet, bijoutier, p. 3&o.
Du fou g, dessinateur, p. 673.
Dufrène ( Maurice), décorateur, p. h \ 2,
644.
Dugue, ouvrier joaillier, p. 217,
Dumas fils (Alexandre), p. 106.
Dumouza, dessinateur, p. SôO,
Duplcssis, bijoutier, p. 53j>
* Duponchel 1 Charles-Edmond), or-
fèvre-joaillier, architecte, directeur
de l'Opéra, p. liS, 208, 272, 277,
?22. {Voir Mort;! et Dupondicl.
Dupont, chaîniste, p. 3 10, 3jo.
* Dupré, graveur en médailles, p. 470,
Dupuy et Chaud é, bijoutiers, p. $78,
620.
Durbecj bijoutier, p. 44S, 45 t.
* Duron pere (Charles), orfèvre-lujou-
tier, p. 118, 164, 102, 196, 25 1, 177,
278, 3o 7 .
Dutreih, bijoutier, p. i5$, 160.
Dutroy, horloger bijoutier, p. 442.
Duval (Félix , bijoutier, p. 20*4, 20;,
2 Ô8, 2(Hj.
Duval (Julien), bijoutier, p. 558 à 56o,
562 } ûi3.
Duval et Le Turcq, bijoutiers, p. 558.
55o, i6><
Duvelleroy, éventailliste, p. 2 53,
Erazzu (M lk de), p. 104.
Frhart (Ferdinand), bijoulïer-orfèvre,
Esslïng (Princesse à% p. [>/.
Etex, sculpteur, p. Û74.
Fabre frères, bijoutiers à Buenos-
Ayres, p. 3&8.
ÏNDKX ALPHABÉTIQUE
785
Falguières (G/, bijoutier, p. 574, 614,
6 1 5, 644, 646;
* Falîze père (Alexis), orfèvre-joaillier,
p. 60 à St ? 240, 2961 3 t 3, 3a2, 327,
320, 347 à 349, 486, 535, 536, 5 3 S,
Falîze (André), orfèvre -joaillier,
p. 5 18, 519.
Falîze (Guillaume), bijoutier, p. 61,
66,
Falize Hyacinthe), bijoutier, p.. 6l,
66.
Falize (Jean), orfèvre-joaillier, p. 520,
* Falize (Lucien), orfèvre-joaillier,
écrivain, p. 84, 88, 134, 296, 3-4,
390, 416, 4?o } 484 à 524, 526, 528,
53 1. 532, 334, 584, Si 5. (Voir Bapst
et Falize.)
Foiize(Pierrei, orfèvre-joaillier-émail-
leur, peintre, p. 520.
l' alizé frères, orfèvres - joailliers ,
p. 5o6 â 52 1.
* Fannière (Auguste), orfèvre, p. 198,
199, 207.
Fannière (Joseph;, orfèvre, p, 198,
190, 207,
Fannière fils 'Joseph), p. 207.
* Fannière Les frères), orfèvres, p. 41 ,
128, i3i, 198, 199, 200, 201, 2o3j
204, 208, 376, 377.
* Fauconnier, orfèvre, p. 198, 199, 204.
Faure 1 Félix), Président de la Répu-
blique, p. «17, 5 7 2, 5 7 3, 745.
Faure (jSJfc Lucie), p. 731.
Fauré (P.), dessinateur, p. 3oo.
Férin (Auguste), orfèvre, p. 586,
Férîn (Léoix), orfèvre, p, 586*
Ferlct, ciseleur, p. 470,
Ferni (Auguste), ouvrier bijoutier,
p, 585.
Fester (Théodore), joaillier, p, 40,
88, 91, 117, 214, 28 1.
Feuillâtre i Fugène), érnailleur, p. 640,
641, 65o, 763,
Filard, joaillier, p. 296, 644.
Firmin, érnailleur, p, 256.
Mandrin ( l ï ippolyte), peintre, p. 128.
Foisil, médailleur, p. 562.
Fonsèque, bijoutier, p. 532. Voir
Fonsèque et Olive.
* Fonsèque et Olive, bijoutiers-joail-
liers, p. 529, 532, 533, 557.
* Fontana, bijoutier-joaillier, p. 307,
3 12, 3 1 3, 564, 565, 566, §67.
Fontana (Charles), bijoutier, p. 564,
566, 567, 620.
Fontana (Oiacomo), bijoutier-joail-
lier, p. 566.
Fontana (Henri , notaire, p. S64
Fontana (Joseph |, bijoutier, p. 565,
566, 5 07.
Fontana (Pierre), joaillier, p, 567.
Fontana (Thomas), bijoutier, p. 564,
566.
Fontenay (Eugène), bijoutier, p. 85,
147a 181, 18S, 228, 240, 263, 27?,
288, 322, 342, 355, 356, 365, 368,
hh 3 9 3 > 44*.
Fontenay 1 Prosper , bijoutier, p. 1 58.
Forain (Jean-Louis), peintre, p, y6z. é
Fossey (Jules), dessinateur, p, 3oo.
* Fossin père Jean-Baptiste), joail-
lier, orfèvre, peintre et sculpteur,
p. 182.
l'os si n fils Jules k joaillier, p 42, 44,
118, 182. i83, 184, 187, 219, 272,
2j6 a 298, 6o3<
* Foullé (Henry), bijoutier, p. 180,
326.
Fouquet père (Alphonseï, bijoutier,
p. 66, 240, 365 à 3q5, 623, 700, 702.
Fouquet (Georges), bijoutier, p. 623 à
629, 753, j? 7y 773.
Fourcaud (de), critique d'art, p. 71 1.
Fournier (F. de), miniaturiste, p, 5.
Foy René), bijoutier, p. 64?.
Fray, orfèvre, p. 522.
Frémiet, statuaire, p. 496.
Frey André}, dessinateur, p. 584.
Frey Paul), bijoutier, p. 58o, 582,
583,
Friedman, bijoutier allemand, p, 525.
Froidefon, bijoutier, p. 644.
* Froment (François), orfèvre, p. 66.
* Froment-Meurice (Ëmile), orfèvre-
joaillier, p. 34, 122 à i3i, 211, 277,
278 à 280, 283, 284, 356, 440, 446,
484, 522, 584 à 590, 61 S.
Froment- M eu ri ce (François), conseil-
ler municipal, p. 585,
5o
7.8(5 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX< SIÈCLE
* Fromcnt-Meurice père Francois-Dé-
siré), orfèvre- joaillier, p. 8, 21, 27,
f't', 1 1 8, 12 1, 122, 124, 125, fSi,
164, 200, 208, 278, 55o*
Froment-Meurice( Jacques), sculpteur,
p. 585.
Froment- Meuricc (Marc), explora-
teur, p. 585.
Fromont, bijoutier, p, 384.
Gabriel, bijoutier, p. 578, 620,
Gagneré, émaîlleur, p. 496,
Gaillard iAmédée), bijoutier, p. $lf),
Gaillard (Auguste), bijoutier, p. Û16,
Gaillard (Ernest , bijoutier et orfèvre,
p, 020, 028, (>3<> à 034,
Gaillard ( Lucien), bijoutier et orfèvre.
p. 63q, 632, 6"33, 636 à 643, 755, 77?.
Gaime, joaillier, p, 3ôo. (Voir Marret.)
Galbrunner, lapidaire, p. 2S4.
Galland (P.-V,\, décorateur, p. 548.
Galle (Kmileî, maître verrier, p. 517.
75f>, 764,
Gallois, ouvrier joaillier, p. 422-423,
Gambetta, p. 340.
Gariod 4 Léon'!, bijoutier, p. 017, ôiS,
G armer, émail leur, p. 504, fï5o,
Gartner (Charles), architecte, p. 149.
Garnier (Jean), ciseleur, p. 470.
Gaskin, dessinateur anglais, p. fStj
Gaucher, bijoutier, p . « '» 1 7 ,
Gautrait, ciseleur-modeleur, p. 618.
Gautruche, doreur, p. 504.
Gay et Morgan, bijoutiers, p. 342.
Germain, orfèvre, p, 844.
Gérome, peintre, p. 1 38, 074.
*Giacomellj, peintre et dessinateur
en bijoux, p.
Gif, joaillier, p. 373, 646,
Gillion, bijoutier, p. Sgu
Giraldon (Adolphe), dessinateur,
p. 049,
Giraudon, ciseleur, p. 401,469.
* (ii roux, articles de Paris, p. 200, 248.
G lâchant, orfèvre, p. 4 i >b, 5 04, 522,
Gloria, bijoutier, p. 3o2, 358, 35^.
* Goèsîn (E.), dessinateur, p. 53.
Gonse (Louis), écrivain, p 758.
G rail, bijoutier, p. 53g.
Grandhomme (Paul), émail leur, p, 80,
382, 38<jj 4[ijy 504, $$ô m
Grandjean, bijoutier, p. 36a.
Granger, bijoux de théâtre, p. 142.
Grasset (Eugène), peintre, p. oôx m',,,.
(>7o, 754, 755, 750, 7<>4,
Gross, bijoutier, p. 644.
Guéret, bijoutier, p. 574. (Voir Auger.)
Guétary (Jean), publiciste, p. 342.
* Gueudct, bijoutier, p. 444,
Gueyton (Alexandre), bijoutier, p, 21
à 34, 120, 572,
Gueyton (Camille), bijoutier, p. 35,
572 à 577, 7<|3.
Gueyton (M arc], bijoutier, p. 35, 572.
Guillain, bijoutier, p. 20^, 3b2, ^7,
.p8, 526. [Voir Mancheron.)
Guillaume (Eugène), statuaire, p. 356,
''74-
Guillemin jAugustej, joaillier, p. 192-
193.
Guillemin frères, bijoutiers-joailliL ts,
p. 198, 372.
Guillemin (Hippolyte), p. 192.
Guillemin Jean , bijoutier, p. 192.
Guimond (Esther), p. 1 10.
Gulbenkian, banquier, p. 746.
Hagneaux, joaillier, p. 643.
ilallet, joaillier, p. 672.
Mallingre, bijoutier, p. 578, 620.
Halphen (Auguste), bijoutier, p. 204,
26S, 5So>
Halphen 1 Joseph , joaillier-dîaman-
taire, p. 119,, 174, iShS 7 ^33^ -^4,
25 1, 2t53, 204, 3o2.
Hamelin (Paul , joaillier, p. 182, 549,
582, 647, 694,
Marel M*^ Augustin , p. 104.
Hartz, bijoutier, p. 563, {Voir Plisson
et 1 lartz.
liarvev, tablenier-orfèvre, p. 740.
Haussmann (Baron), p. 129, 332, 75n.
Ilenckel de Donner smark, p. uni,
344^ 3*&
llenf: 1 Vietoi . dessinateur. p< 3i 3, 3 14.
Hénin, orfèvre, p. G14.
Henrivaux (Jules*, directeur de Saint-
Gobain, p, 712.
INDEX ALPHABETIQUE
?8?
Herlemont, ciseleur, 470.
Hersant, bijoutier, p. 644.
Hirtz (Lucien), émailleur et dessina-
teur, p. 44s, 450, 504,
Hittorf, architecte, p, 128.
Hoilmann, sculpteur p. 742.
"Honoré Bourdonclel, ciseleur,
p. 210, 270, a86j 496^ 38 g, 430, 450,
4.6a j 460, 467, 40« '.
Horn (Baron de), p + 54<
Houïllon CL.)» émailleur, p, 41 X, 491%
504, 637, o5o.
Hubert (Léopold , orfèvre-ciseleur,
p. 211,4)0,
Hue, graveur sur pierres, p. 400.
Ingres, peintre, p. 120.
[saac l* .-A. } } peintre, £64.
Iselin, sculpteur, p t 284.
Jacobî, chimiste, p. 23.
* Jacquemart, sculpteur, p. 128.
Jacquet, bijoutier, p. 5q3.
Jacquin, perles fausses, p.
* Jacta j Eugène, père), bijoutier, p. 542,
546, ^47,
Jacta (Georges), bijoutier, p. 544,
546 à 550j ^14, f>94.
Janin, bijoutier, p. J04, 482, 522.
* Janisset (M n » c } T bijoutière, p, 72, 74,
70, 78^44.
Janvier, tour â réduire, p. 720.
Jaquet, estampeur, 463.
Jarry ( Eugène 1, bijoutier, p. 3 5 8, 3$0,
(Voir M arrêt.)
Jarry aine (Gabriel, dit Jarry-Callej,
p. 118, 358, 5 48, 549, 55o.
Jarry GtiStstvé)j bijoutier, p. 358.
(Voir Marret.)
Jean (Charles , émailleur, p. ô5o.
Joindy, sculpteur -ciseleur , p. 496,
5r">2.
Joly (Gabriel), dessinateur, p. 448.
Jordan (chimiste), p. 23.
Julienne (Eugène}, dessinateur, p. 239,
241, 243 à 2 5 3, 'i5ô, 2Ôr>, 20 j, 3 12,
375, 444.
Jurawicz (M mû ), p # 104,
* Justin sculpteur-modeleur), p v 27.
Knmper, bijoutier, p. 043,
Kees, éventa illiste, p. 253.
Khalil-Bey, p, 1 10, 112.
* Klagmann (Jules), sculpteur, p. 243.
Kramer, joaillier, p. 40, 117, î83,
i85, 187, 188, 3o 7 , 3 4 ii,
EÇraiitz Camille, député), p. 080.
Kuyl, bijoutier, p. 452.
LabartC, archéologue, p. 490,
"Laborde Comte Léon de , p. 1 1 , 490.
Labouriau, joaillier, p. M4, *»q3.
Lac haussée, ciseleur, p. 3SS.
Lacroix A. t ouvrier joaillier, p. 3oy,
Laffitte (Gaston), bijoutier, p. 645^
("147.
Laisne, dessinateur, p, 3i2.
Lalîque (René), bijoutier- joaillier -,
orfèvre, émailleur, p. 3ot, 042, (jNS,
690 à 747, 750, 7 5 i T 7 58, 759, $60;
j64i jS&'i 777* 77^> 77f-
Lamargot, bijoutier, p. 578, 58o.
Lambert Th.), architecte, p.019 à 621.
Landois, dessinateur, p, 59s, 638, 648.
Langlois, bijoutier, p. 264.
Langoulant, bijoutier, p. Ci 5, 044,
Lantéron, ciseleur, p. 470.
Larchevèque, bijoutier-joaillier, p,ifj3,
53o.
Las M a ri s ma s (Marquise de ), p. 97.
Lassus, architecte, p, 5o
Latour- Maubourg 1 Marquise de .
* Laurent, bijoutier, p. 55o.
Laurcnt-Vcrdier, cari nés, p* 570.
* Lavigne, orfèvre-ciseleur, p. 2o3.
Leblanc (Léonide), p. 107, 3i3, 32S.
Lebrun, orfèvre, p. 200,
Leeas 1 Edmond), bijoutier, p t 539,
540, 542, G46,
Lechevrel, graveur-caméiste, p. 460.
Leclerc, ouvrier joaillier, p. 426.
* Le Cointe fils (Léon), orfèvre-bijou-
tier, p. 1 1 8, 543, 544.
Lerîngrc, bijoutier-orfèvre, p* 119,
193.
Lefebvre (Auguste , joaillier, p» .S48.
Lefcbvre ((Charles), bijoutier, p 5*5$,
Lefebvre (Kdmond), bijoutier, p* 57N,
rÎ20.
7 SS LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE
Lefebvrc aîné (Eugène), bijoutier,
p. 38ô, 574, 571», 6î5| 620.
L e fe 3 ) v re fils Lu ge n e ) , o ri è v re-bi j o u -
tiec, p. 5^6;
Lefebvrc 1 François), horloger, p. ^74,
Lefebvre (Jules), peintre, p. 5 20.
Lefort (À«), bijoutier, p. 5$4, 64^
* Letournter, émailleur, p. 121, 124,
164, tô5, 1,663 3u>.
Lefranc, bijoutier, p. 442.
Lefuel, architecte, p. 344,
Legrand (Auguste), sculpteur, dessi-
nateur, p. 440.
Legrand (Joseph ;, graveur, p.
440, 5-0.
Legrand ;Pau1), dessinateur, p. 252,
201 >, 3Ô2, 420, 42 7, 440 à 44s, 434,
4.56i 4^ s , 4^9-
Lehon (Comtesse Léopokl), p. 104,
Lemeunier, joaillier, p. 045.
* Le moi ne père, hijoutier, p. 5 7 3. (Voir
Ouizille.)
Lenumnier (G.), joaillier, p, 14 à 20,
40 à 42, 4K, I [K, 2 1 f>, 220, 222, 314.
* Lempereur, joaillier, p, 2 eu*
* Lenglet, ciseleur, p. b2i.
* Lepage, armurier, p. 440.
Lepaçe, bijoutier, p. 547.
Lepec (Charles), émaîlleur, p. %o, 277,
200.
Lequien père, dessinateur, p. 6ga,
Lequien (ils, sculpteur, p. 6g5.
* Leroy, ouvrier bijoutier, p. 186, 289.
Le Sache (Emile), graveur en ta î Ile-
douce, p. 524.
Le Sache (Georges), bijoutier-joaillier,
p. 40O, 524 a 528, 53o, 53i, o\>'>.
Le Sache (Jean-Jacques), graveur en
médailles, p. 524.
Letessier (Caroline), p, 107.
Le Turcq (Georges), bijoutier, p. 5?o,
634, 6 4^ ( »4r> 749» 7 5ï -
Levasseur, sculpteur, p, 504.
Levillain, sculpteur modeleur, p, po.
Lezay-Marnezia f V'icomi^" de), p,
Lhomme, hijoutier, p, 40C
Liberty (tissus anglais), p. 738.
"Liênard, dessinateur, sculpteur,
p. 2 4 1L
Mânatd (Paul), dessinateur-bijoutier,
P- 645, 752, 7 ?4, tSC, 771, 774, 776.
Lièvre (Ldouard:, dessinateur, p. i5o.
Lindeneher, sculpteur-orfèvre, p. iô3,
' Linzeler, bijoutier, p. 507, 568, 570.
Linzeler (Albert), bijoutier, p, 570.
Linzeler (Charles), bijoutier, p,
Linzeler [Ernest), bijoutier, p. 570.
Linzeler père (Eugène), bijoutier,
p, HSS; 570, ? 7 i.
Linzeler fils (Lu^ène), bijoutier, p, 570.
Linzeler I rédéric), bijoutier, p; bjo,
5 7 2.
Linzeler (Georges), bijoutier, p. 370.
Linzeler (Robert;, orfèvre, p. 572.
Lion (Auguste/, bijoutier-chaîniste,
p, 3 14 à 322, 537, 644.
Lobjois, bijoutier, p. 5 un.
Lœbnitz (Jules), céramiste, p. $53.
Lœulliard Octave), ouvrier joaillier,
p. 400, 411, 412, 410, 4 rS, 4 5 1.
Loew (A,), bijoutier-joaillier, p. 342.
Loguet frères, bijoutiers, p. Ù72.
Loir, bijoutier, p.
Lolice (Frédéric), écrivain, p. ion,
to8, 100.
Lorrain Jean), littérateur, p. 730.
Loubet (Emile , Président de la Répu-
blique, p. 52t.
I .ouchet, ciseleur, p. 444.
Louvet, estampeur, p. 463,
Louvrier de Lajollais, peintre, p. 53o.
Loussei, bijoutier, p. 296, 454.
Loyer, ouvrier joaillier, p, 302.
4 Luynes Honoré, Duc de;, p* ït, 21,
277.
Lyon-Alemand, p. 386.
Mackay (M ae ), p. 412.
Mac-Mahon (Maréchal de), p, 210,
21 1, 355.
Magne, architecte, p. j3j, 208.
Ma::nc Lucien , architecte, p, û^}.
Maheu, bijoutier-joaillier, p. 16, 18,41.
Maillet, sculpteur, p. 284.
Mainfroy, bijoutier, p. 3 12.
Main rot (Baronne de), p. 07.
Mânes jM m<3 ), p. 104.
Manteullel (Maréchal de), 347, 34$.
Mantoux, bijoutier, p. 044.
INDEX ALPHABÉTIQUE
7 Bg
* Marchand aîné (Edouard), bijoutier,
p. 72, 74, i5q, 160.
Marest (Jules), bijoutier, p. 196, 61 5,
Marie (Auguste), bijoutier, 579, 5So.
Marie Charles, bijoutier-joaillier,
p. 578, 579, 58o, 382, 638.
Marïoton fClaudius 1 , ciseleur, p. 470.
* Marrel ( Les frères j, bijoutiers, p. 20,
74
* Marret frères), joailliers, p. 356 à
3 60, 362, 364, 440, 454, 588 à Sgâ,
61 5.
Marret (Alfred), bijoutier, p. 36ô,
Marret Auguste) , orfèvre, p, 33n.
Marret (Charles), joaillier, p. 3o2, 356,
357, 35o, 5qo, 304,
Marret Ernest , joaillier, p. 3 60, 362,
Marret (Hippolyte , joaillier, p. 356
à 358, 36o.
Marret (Justin , fabricant d'ordres,
p. 358, 36 o.
Marret Pauli, joaillier, p, 3o2, 359,
I6ô, 364*
Marret ( Pierre), bijoutier, p. 35o, 36o,
Marret et Baugrand, joailliers, p. 120,
i5o, 3o2, 359.
Marret et Jarry, joailliers, p. 120,
100, 3i3, 358 à 363, 442, 4:4, 526,
Martel Hippolyte', bijoutier, p. 1S2,
3f>2, 388, 3%;
* Martial-Bernard (Charles:, bijoutier,
p. 414,
* Martincourt, bijoutier, p. 3i2.
Martin court (E.), bijoutier, p. 56 a.
Martincourt (Henri), joaillier, p. 621.
Marx (Roger , critique d'art, p. 763.
'Massin |0.), joaillier, p, 3o, 85, 88,
ûîj 96, 167, iSî, 212 à 243, 25 1 , 252,
263, 296, 3oo à 3 08, 354, 416, 422,
424, 471 à 490, 504, 5o5j 527, 614
75o.
Masson, sculpteur, p. 122,
Mathilde 1 Princesse Bonaparte), p. 6
44, 45, io3, t6o, 320, 496, 544.
Mauboussin, bijoutier, p. 643.
Maudotix, bijoutier, p. 66.
Mauguin, architecte, p. 344.
Meissonier 1 Ernest), peintre, p. 458.
* Mellerio-Borgnis, joaillier, p. 573,
Mellerio-Meller, joailliers, p. 40, 67
à 74, 120, i5o, 180, 277, 287, âojRj
326, 522.
Membré (Ernest), émailleur, p. 664.
Menu (Alfred), bijoutier, p. 362, 3<>7,
442, 443, 440, 447, 4.-4, 4 56.
Menu (Michel), bijoutier, p. 436,
* Mercier, ciseleur -orfèvre , p. 296,
496.
Merson (Euc-Olivierj, peintre, p. 3 16,
520.
Metternîch (Princesse de), p. 104.
* M eu ri ce, orfèvre, p. 66. (Voir Ero-
mcnt-Meurice.)
* Meurice (Paul), littérateur, p. 66.
Meusnier (Henri bijoutier, p. 366.
Meyer Alfred , émailleur, p. 80, 3o2,
373, 496.
* Meyer (Édouard), bijoutier, p. 458,
Meyer-IIeine, bijoutier, p. 264.
Michaut, ciseleur, p T 3S-2 T 460,496.
Mîgnoiet et Baugrand, joailliers,
p. 3 00.
Millet Aimé , statuaire, p. 496, 674.
Moche jJ.), bijoutier, p. 606, 61 5, 644.
.Mol lard, bijoutier et émailleur, p. 418,
419, 644.
Molly, émailleur, p. 296.
Montebello (Comtesse de), p. 97.
Montezer, ouvrier joaillier, p. 16.
Monthiers, bijoutier, p. 549.
Monzer, ouvrier bijoutier, p. 260.
Moreau, joaillier, p. 448, 64?. (Voir
Basset.)
Moreau- Vauthier, sculpteur, p, 502.
" Morel ( Jean - Valêntin . bijoutier,
joaillier, orfèvre, p. 110, 120, 122,
164, 25 1 , 332.
* Morel (Prosper), orfèvre, joaillier,
p. 307, 600.
* Morel (Valêntin), lapidaire, p. iS3.
* Morel et Duponchel, orfèvres-joail-
liers, p. 2^3.
* Morel-I .adeuil Eéonard), p. 27.
Moi^an Edgar , bijoutier, \-, 546,
Morris (William), peintre anglais,
p. p*.
Mouchon, dessinateur, g; 711,
Moue h y (Duchesse de), p. Î5, 104.
790 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Mucha (Alphonse), dessinateur, p. 624
à 627, 764.
Murât (Charles), bijoutier, p. 374, 604»
Mi isard (\P™), p. 106, 270.
Mu/et, député, p. 700.
Nadaud. sculpteur, p. 467.
Nattan (Georges), joaillier, p, 252, 264.
* Nattan (Hippolyte), joaillier, p. 263,
2< '4, 401 .
* Névillé, dessinateur, graveur, p k 243.
Nieolau, bijoutier, p, 264.
* Nitot (Etienne), joaillier, p. 20, 182,
Go3.
Nocq (Henry), sculpteur, bijoutier,
pu M ici sic, p. 55ôj figSv
NodiOt, ciseleur, p. 470.
Noury, bijoutier* p, 643*
Obiols, bijoutier, p. 645.
* Obry (Hubert), ciseleur, p. 38.
* Odiot, orfèvre, p. 128, 407,
Ogez, bijoutier, p. 3 10*
* Olive (Emile), p. 490, SfcS à 534.
(Voir Fonsèque et Olive.)
Oms, ciseleur, p. 49* >.
* Orléans (Duc d')/p. 3.
Orseni, ouvrier bijoutier, p. 496.
Orv-Robin (M mc ), p. 744,
Osterbertî, ouvrier joaillier, p, 479,
482,
Otero <Mi' -, p. jj£8* 56% 5 70.
Ottcrbourg, bijoutier, p. 3 10, 53o.
* Ouîzille et Lernoine, joailliers, p. 40,
Owen-Jones, ornemaniste, p, 490.
Pagerie (Duc et Duchesse de la », p. 1 <>.\ .
Paget, négociant en diamants, p.
Paillet, miniaturiste, p. 416.
Païva (Comtesse de), p, 106, 342, 346.
(Voir llenckel de Donnersmarek.)
* Papegay, bijoutier, p, 440.
Paris (Comtesse de'', p, 144.
Patout, bijoutier et émaîlleur, p. &f4»
Patti (Adelinai, cantatrice, p. 33o,
* Paul frères, bijoutiers, p. 120.
Paul (Eugène), bijoutier, statuaire,
p. 2S6.
Payen, bijoutier, p. 120, 122,
Péconnet, bijoutier, p. 343.
Peçk (Prosperl, bijoutier- joaillier ,
p. 190, Î9S.
Peck -Olivier, fabricant d'ordres,
p. 3ôo.
Pelletier, joaillier, p, 296, 644,
Petit fils (Auguste), bijoutier, p. 694.
Petit (Jacques), bijoutier, p. t8o, 188,
190, 25p f 271, 281.
Petit et Wampllug, relieurs-doreurs,
p. 2Q6.
* Petiteau fils (Eugène,, p. 47, 94, 397.
Peureux, orfèvre et ciseleur, p, 470.
Péyre (Jules), dessinateur, p. 375,
Philippe fils (Cari:, bijoutier, p. 197.
Philippe (Emile), bijoutier, p. 21 1 , 52 2.
Philippi (Frédéric), bijoutier, p. iu3
à 198.
Phillips, bijoutier de Londres, p. i5o.
Picart, bijoutier, p* 180, |Q|>
Picard (Georges), peintre, p, 7^6.
Picot (Théophile), bijoutier, p» 296,
456, 458.
P ici, bijoutier en imitation, p. 347,612.
Pierres (Baronne de), p. 97.
Pierson (M 11 *), artiste dramatique,
p. 7 3 c,
Piétri, secrétaire de l'Impératrice, p. 4.
Pinard, bijoutier, p h 372, 374.
Plessïer (E.), ouvrier joaillier, p. 3t_>7.
Plisson et Hartz, bijoutiers, p, 56ï,
563, 564 k 566.
Point, ciseleur, p. 496,
Poisson (Baronne,, p. 104.
Pommavrac (De), miniaturiste, p* 54»
Popelin (Claudius), émailleur, p. 80,
49<>-
'Pouget, joaillier, p. 219.
Pourée, bijoutier, p. 25 2, 044.
Pourtalès (Comtesse de), p. 104, 3 2 S
7-îi,
* Poussielguc-Rusand, orfèvre, p. 32,
*Pradier, statuaire, p. 22.
Prêgnot, dessinateur, p. 548.
Prévateau, ciseleur, p. 388,
Prouvé (Victor), peintre et sculpteur,
p, 556, 558,
Provost- Blond cl, graveur, p. 648.
'Prud'hon ( P.-P,|, peintre, p. 128,
Pye, ciseleur, p* 496,
INDEX ALPHA UKTlor K
Quillot, lapidaire, p. 200,
Uuinton, sculpteur, ciseleur, p. 304,
586.
Rahanît, orfèvre, p. 570.
" Rambert, dessinateur-graveur, p. 286.
Rambour, bijoutier, p. 608, 61 5, 646.
Radius (Georges), joaillier, bijoutier,
p, 402.
Rault (Louis), ciseleur, p. 401, 459 à
Ravaut (Ch.), joaillier, p. 700.
Rced, p. 406, 40K, (V r oir Tilïany).
Réfauvclet, bijoutier, p. 644.
* Régent Le diamant te), p. i3S,
Reiber (Th.), dessinateur, p. i5o,
Reintjens (Charles), joaillier à Liège,
p. 212.
Reister, dessinateur et graveur d'orne-
ment, p. 182.
Renn, joaillier, p, 643, 694,
Rey, bijoutier, p. 538.
Richard (P.), ciseleur, p. 435, 490.
Riehet, émailleur, p. \ j6.
Ricketts(Charles),des$inateur anglais,
p, 752.
Rïtlault, émailleur, p. inS ? 204, 2oh,
353, 4 is, 4 ir lt
Rinzi, bijoutier, p.
Riondelet, bijoutier, p. 356* 36o,
Riou /M mû veuve), chaîniste, p. 322.
Riquet, émailleur, p. 65o.
Rivaud (Charles), bijoutier, p. 55ô,
5 57, 55s.
Rivet, graveur en médailles, p. 562.
Rivière (Henri), peintre, p. 762, 764.
Robert, ouvrier joaillier, p. 21*.
Robert (Henri), joaillier, p. 622, 6i3;
Robin (Alfred ;, bijoutier (Chabann gis),
p. 444.
* Robin (Aristide, dit Joureau), bijou-
tier, p. 74, 7b, 78.
Robin : Charles) (Gueudet), bijoux,
camées, p. 444, 446.
Robin (Kdouardj, bijoutier, p. 267.
Robin père (Jean- Paul , bijoutier,
p. 200, 24c, 248, 25 1 à 255, 257,
259, 262, 267, 3 10, 538 à 540.
Robin (Maurice), bijoutier, p. 645.
* Robin fils Paul), bijoutier, p. J41,
260, 267, 268, 35o, 357, 462, ~?22
k 524.
Roehefort ( Henri), p. 33i.
Roda net, horloger, p. 606.
Rodier, éventailliste, p. 253.
Rodin (Auguste;, statuaire, p. 764,
Rometin, bijoutier, p, 3 19, 643.
Rosetti (Dante Gabriel), peintre an-
glais, p. "52.
" Rossïgneux (Charles), architecte or-
nemaniste, p. i?o, 280, 404.
Rotiembourg, bijoutier p. G44.
Roty Oscar), graveur en médailles,
P- 557, 558, 718.
* Rouillard (P.), sculpteur, p. 270, bffy
Routhier, émailleur, p. 504.
* Rouvenat (Léon), bijoutier- joaillier,
p. 20, 88, 120, 180, 214 à 216,
25i, 2 88 à 298, 307, 3i2, 37?, 38o,
38 1, 610.
Rouzé (Louis), joaillier, p. 436, 5^2.
Royer, bijoutier, p. 440.
Rozet ( Renéi, sculpteur, p. 599, 666.
' Rudolphi, bijoutier, p. 20, 27,
i5o, 106.
Ruprich- Robert, architecte - dceora-
teur, p. 674.
Ruskin (John), littérateur anglais,
Saint-Yves, bijoutier, p. i">45.
Sainte-Claire De ville, chimiste, p. 2K5-
286.
Salis i Rodolphe), p. 762.
Salmson, sculpteur, p. 522.
Samper, bi joutier- joaillier, p. 233, 5o2.
Sandoz père (Gustave , horloger-
bijoutier, p. 004 à 008.
Sandoz fils \ Gustave- Roger), bijou-
tier, p. 607 à 610.
Sarah-Bernhardt, p. 41b, 624, 714,
7 l8 > 74 r >,
* Savard, bijoutier, p, 607.
Schneider (Hortense), actrice, p. 106,
33o, 335.
* Schuenewerk, statuaire, p. 210,211*
Schwabe (Carlos), peintre, p. 7* Ï4 b
Séguin (Mrâe) 1 p, 104.
Sellieres (Baron), p. 277.
Serres, bijoutier, p. 252.
2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
* Sévin (Constant , décorateur, p. i5o.
Silvano frères, bijoutiers, p. 322.
Simart, sculpteur, p. 128, i3i.
Simone! (Charles!, publiciste, p. 5 S,
334,
Smets (Henri}, bijoutier, p. 180.
Smets fils Léon , bijoutier, p. 1S0.
Smith, bijoutier à Londres, p, 262.
Solîé, bijoutier, 645, 65 1.
* Sollîer frères, cmailleurs, p, 3o2.
Sorel [M^c Cécile:, artiste dramatique,
* Souffiot père (François), joaillier,
p, 621, 622.
SoulHot (Henri), orfèvre, p. 623.
Souihot fils (Pau]), bijoutier-joaillier,
p, 364, 43 1, 5g5, 622, 623, 683.
* Soulens 1 Eugène , p. 3 54, 534 a ; 4°-
Soyer, émailleur, p. 65ô.
Steinlen, peintre, p. 762.
Stern, graveur, p. 32.
Subinger, bijoutier, p. 3o.
Tard, émailleur, p. 80, 3o2, 456,491,
496.
Templier ( Alexandre) > bijoutier, p. 565,
620. (Voir Kontana.)
* Templier (Charles), bijoutier, p. 6iS,
620.
Templier 'Eugène), p. 620.
Templier (Henri), bijoutier-joaillier,
p. 3 1 o, 578, 620.
Templier (Hippolyte), éventailliste,
p. 6 1 0.
Templier (Joseph), joaillier, p. 620*
Templier (Jules), bijoutier, p. 566,
62,01, (Voir Fontana.)
Templier Louis , bijoutier, p. 620.
Templier 1 Paul , joaillier, p. 619 a 622.
Tétcrger fils ; Henri), bijoutier, p. 0 1 6 ,
64.5, 762.
'Téterger père (Hippolyte), bijoutier,
p. 436, 64S.
Thérésa, chanteuse, p* m, 112, 33 1.
Thesmar (Lernand;, émailleur, p t 65u.
Thiénot, ciseleur, p. 73o.
Thiers, Président de la République,
p . 355, 522.
*Thomire, bronzier et ciseleur,
p. 128.
Tillany, orfèvre-joaillier, p. 220, 406,
TilVany fils (Louîs-C), verrier,
p. 767.
Tïssot, graveur, damasquineur, p. 456,
4 5 7 , 4 38.
'Tixier, bijoutier-joaillier, p. 396,
Tonnelier, bijoutier, p. 617.
Topart, perles fausses, p. 1 36.
Tottis, joaillier, p. 219, 220, 306,482,
Touay (Hippolyte), joaillier, p, 3o4,
4S2.
Tourrettc, émailleur, p. 5 04, 65$,
Touyon (Antoine), bijoutier, p. 58i.
Touyon et Stensmaght, bijoutiers,
p + 582.
Traus, contremaître, p. 527.
Trouvé, bijoux électriques, p. 309*
Truchy, perles fausses, p. i36.
Turquet, orfèvre, p. 522.
Vacherot, bijoutier, p. 296, 434.
Vaguer (Léom, joaillier, p. 644* 646.
Vallgren (Victor), sculpteur-ciseleur,
p. 767.
Van de Velde (Henri), décorateur,
Yarangoz, lapidaire, p. 504.
Varcnne, dessinateur, p, 697, 698,
700.
Varlet, dessinateur, p. 1 15, 264.
Vaubourzeix fils (Georges), joaillier,
p. 1S2.
Vaubourzeix (Hippolyte), bijoutier,
p. 182, 296, 38(>.
Vaudet, lapidaire, p. 552.
"Vechte, orfèvre, ciseleur, p. 120.
Verdier, cannes, p. 55o, 570.
Verneuil (M. -P.), dessinateur, p. 649.
Vernier, sculpteur et médailleur,
p. 470, 496, 532, 556 à 559.
Vernon, graveur en médailles, p. 558,
56o, 5 02, T>23.
Vever, bijoutier, joaillier, orfèvre,
p. 3iS, 369, 373 t 374, 4G9, 470, 504,
532, 562, 614, 652 a 689, 76 r, 767
à 7% 77 2 -
Vever (Ernest), bijoutier, joaillier,
p. 3o3, 3 18, 652, 653, 654, 65g à 672,
INDEX ALPHABÉTIQUE
Vever (Henri), joaillier, p. 072, 674,
678* 68o T 682, 68g.
Vever (Paul), joaillier, p. 664, G6<>,
672^ (74, $78, 688, 689.
Vever : Picrre-P. ), bijoutier, p. 102,
* Viennot, joaillier, p. 20, 117, 214.
Viette, joaillier, p. 40, 117. 120, 21 5,
216, 218, 219.
Villain, ciseleur, p. 2o3.
Villain (Victor), sculpteur, p. 3o2.
Viollct-lc-Duc, architecte, p* 5o, 490,
753. 754.
Voisin, éventail liste, p. 2 53,
Vollet (Henry), dessinateur et peintre,
p. 648, 662.
Vuilleret, bijoutier, p. 604.
* Wagner Charles), bijoutier-orfèvre,
p. 27.
Waldeck- Rousseau \ M**), p, 740.
Walewska (Comtesse), p + 104.
Waret (Samuel), dessinateur, p. 585.
* Wièse père (Jules), ciseleur, p. itS,
207, 21 Ij 2l3.
Wièse fils (Louis), ciseleur, p. 211,
470.
Willemsens, p. 4^2.
W illette A.), peintre, p. 7G2.
Winterhalter, peintre, p. 9, 42, ?4, 96,
97, 99, 209, 224, 261, 273.
Wtihlcr, chimiste, p* 285.
\\ oik, ouvrier joaillier, p. 482.
Yencesse, graveur en médailles, 5(>2.
par Ccimillc Gueyton.
TABLE DES GRAVURES
Pages
0 La Force prime le Droit», médaillon > 1^71], par Paul Leijnmd . . . . 33-
Broche à tllets d'émail, perles et brillants 338
Bijoux « Alsace-Lorraine », avec emblèmes et devises pntrïotiqxies, . . . 33q
1 Châtelaine en or repercé. Composition de J, Début, exécution de Chah et
j mai son Boucheron) 341
Médaillon avec émail peint, par F. Fontenay 342
Mèdaiiloïi or mat, avec boutons de roses en perles roses, par Gay
et Morgan 342
.Modes de 1870 343
Bracelet manchette, par Crouzet (maison Boucheron . 344
Parure d émeraudes et brillants, par Bapst 1^72} 345
Croix « Alsace- Lorraine » 34G
Boucle d'oreille émaux cloisonnes, par Falize 347
Médaillon émaux cloisonnés, par Falize 347
Pendant d'oreille en or, genre ferrure, par Chalvet (maison Boucheron). 348
Médaillon émaux cloisonnés, par Falize 348
Pendant de cou joaillerie et or 1 maison 1 Jeshrtyes) 349
Médaillon émaux cloisonnés, par Falize 349
Médaillons, par Paul Robin (1873) 35o
Modes de 1B72 35 1
Chaînes « Léontines » à glands et médaillons (1875) 35a
Collier et demi-parure, avec émaux translucides, par Piffault (maison
Boucheron 353
Pendant de cou or mat et grenat cabochon, par Soulens 354
Pendant de cou coquille (vers 1875 354
Châtelaine, par Fontenay (vers 1S74) 355
Boucles d'oreilles étrusques, par E. Fontenay 356
Bracelet, par Emile Froment-Meurice, Composition de IL Cameré (1S7V1. 365
Bracelets serpents, par Paul Robin 357
Médaillon brillants et perles (maison Marret frères et Jarry) $58
Pendants de cou camées et perles maison Marret frères et Jarry) .... 359
Pendants d'oreilles en joaillerie (maison Marret frères et Jarry) 3oi
Pendant de cou saphirs et brillants {maison Marret frères et Jarry .... 3f>2
Broche joaillerie (maison Marret frères et Jarry 3hi
Bracelets joaillerie et or (maison Marret frères et Jarry 561
Châtelaine joaillerie avec émaux (maison Marret frères) 304
Collier « draperie » or et filigrane, par E. Fontenay [1875) 365
M ltc Latour parée de ses bijoux 3o6
Modes de 1874 367
Châtelaine en or, par E. Fontenay (1^76} 3G8
Bracelets de joaillerie antérieurs à 1880 (maison Vever) 3%
Bracelets rigides, or mat et pierres 370
796 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE
Bracelets avec grenats cabochons 370
M me Billy, en 1874 Î71
Broche et pendants d'oreilles éventail (maison Caillot, Peck et Guillemin . 372
Pendant de cou, émail d'Alfred Meyer (maison Vever) . 373
Pendant de cou joaillerie et turquoise, par Gif 373
Médaillon en émaux cloisonnés, par Lucien Falize $74
Médaillon onyx et joaillerie (maison Vever) 374
Collier d'or, par K. Fontenay 375
Pendant de cou émeraudes, brillants et or émaillé, par les frères Fan-
nière (1878) ■ * . • 376
Bijoux, par les frères Fannière 377
Grande châtelaine « Bianca Capello », par A. Fouquet (1878 . Kmaux de
Béranger 379
Bracelet coquille et dauphins, par A. Fouquet (1878) 38ô
Diadème chimères en joaillerie, par A. Fouquet (1878) 38i
Grande broche Renaissance. Composition d'A. Fouquet 1 1 878 . F ma il de
Grandhomme, sculpture de Carrier-Belleuse, ciselure de Michaut
(Musée des Arts décoratifs) 382
Breloque sphinx en or ciselé, par A. Fouquet I1878 . Ciselure de Brard
(Musée des Arts décoratifs) 3S3
Modes de 187? 385
Diadème, par A. Fouquet ( 1 883) $87
Bracelet Diane, par A. Fouquet ( 1 885 ). Kmaux par Grandhomme, sculp-
ture de Carrier-Belleuse, ciselure d'Honoré (Musée des Arts décoratifs). 3Kq
Bracelet manchette, guipure de Venise, par A. Fouquet (1878) 3o,o
M ll « Doinel 3<>i
Diadème pompéien en joaillerie, par A. Fouquet (i883.) ., 3<>2
Collier et demi-parure or et perles, par F. Fontenay (1878) 393
Bracelet en joaillerie, par A. Fouquet 11889) 395
Bracelet manchette en joaillerie 'maison Boucheron) 896
Bracelet avec médaillon, par Menu (maison Boucheron 397
Châtelaine. Composition de J. Début (1875), pour l'Empereur de Russie
(maison Boucheron) 398
Bracelet, joaillerie, perles et pierres. Genre deCrouzet maison Boucheron). BI99
Boucle d'oreilles en or, travail à la pince par Chalvet (maison Boucheron). 400
Médaillon, par J. Début maison Boucheron, 1878) 400
Châtelaine or ciselé, dessin de J. Début (maison Boucheron, 1870-1886), 401
Pendant de cou, par J. Début (maison Boucheron, 1878) 402
Collier avec partie retombante, par J. Début (maison Boucheron, 1877). 403
Pendant de cou scarabée en grenat (maison Boucheron) 404
Collier, par J. Début (maison Boucheron) 40.S
Pendant de cou grenat cabochon (maison Boucheron) 400
Pendant de cou (maison Boucheron) 406
Modes de 1876 407
Diadème lotus. Composition de Destape (maison Boucheron, vers 1876). 408
Rose épanouie, par Lœuiilard (maison Boucheron) 409
Pendant de cou joaillerie et grenats (maison Boucheron) 410
Bracelet en émail rouge translucide, vers 1875-1880 (maison Boucheron 1 . 410
Branches de capillaire en joaillerie, par Octave Lœuiilard (maison
Boucheron) »... 411
TABLE DES GRAVURES
797
Feuille de bananier, par Lccuillard (maison Boucheron) 412
Grand collier saphirs et brillants. Composition deJ. Début (maison Bou-
cheron, Exposition de 1S7S) 4 f 3
Bracelet joaillerie et cristal de roche maison Boucheron) r . 414
Bracelets à motifs de joaillerie sur émail bleu (maison Boucheron). ... 414
Collier de M mC Sarah Bernhardt, Composition de J, Début (maison Bou-
cheron, 1878) 4i5
Bracelet en émail « queue de paon w (maison Boucheron 416
Bracelet pavé de diamants, avec décor d'émail (maison Boucheron) . . . 416
Bracelet « les Quatre Saisons », miniatures sur ivoire de Paillet (maison
Boucheron, vers 1S75-1SS0) 416
Feuilles en joaillerie, par Lccuillard (maison Boucheron) 417
Bracelet pâquerette en joaillerie, par Octave Lœuillart (maison Boucheron). 41 S
Branche de fuschias (maison Boucheron) . 419
Broches avec diamants gravés, par KL Bordinckx (3 fig,) (maison Bou-
cheron) - , 420
Diadème en joaillerie maison Boucheron 421
Branche de mimosa (maison Boucheron) 422
Grappe de raisin, par Gallois (maison Boucheron, Exposition de 1889) . 423
Diadème rubans (maison Boucheron) 424
Collier platane, avec tour de cou à ressort (maison Boucheron, i8S5) ♦ , 42?
Couronnette à décor de trèfles. Composition de Basset (maison Bou-
cheron y Exposition de 1889; 420"
Couronnette en joaillerie. Composition de Paul Legrand (maison Bou-
cheron, Exposition de 1889) 427
Bijou de cou, Composition deJ. Début 42S
Modes de 1878 ♦ 4^9
Grand pendant joaillerie et perles 1 maison i-ïouchcron. Exposîtionde 19001. 43o
Peigne en or ciselé, émaux et brillants (maison Boucheron, Exposition
de 1900) 4^i
Insecte à ailes d'émail translucide (maison Boucheron) 4^2
Colliers en joaillerie (maison Deshayes, vers iSS5 ) ^33
Boucle de ceinture (maison Boucheron, Exposition de 1900) ....... 434
Châtelaine « le Lierre )>, par E. Becker. Ciselure de P. Richard 435
Boîte d'allumettes en bois et or, par E. Becker (maison Boucheron,
Exposition de 1900) 4-^
Ornement de cou. Composition de J. Début 437
Broche avec diamant bleu et deux poires brillants blancs, valant
950.000 francs (maison Boucheron, Exposition de 1900 438
Modes de 1878 4-fy
Pendant de cou, grenat cabochon en joaillerie (maison Marret frères . . 440
Médaillon onyx et brillants (maison Marret frères, 1 440
Collier de violettes en améthystes et joaillerie, composition de J, Début. 441
Collier et bracelets à facettes en or lapidé, exécutés par Menu, pour
Boucheron . , . . . 442
Broches en or ciselé. Sujets tirés des Fables de la Fontaine de Gustave
Dore (maison Menu) 44^
Epingles de chapeau en or ciselé (maison Menu) * . 444
Bracelets souples en or ciselé (maison Menu) 443
Hpindesde cravaté imaisuri Menu; -, . , . . . 44*3
798 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
Broches Renaissance en or ciselé, avec pierreries (maison Menu) 447
E ping] es à chapeaux en joaillerie (maison Durbec) 44^
Bracelets articulés en or, par Ë, Fonte nay (18S0) 440
Epingles de coillurc, par Desplantes ...... 00
Broches en or (maison Durbec) 4?i
Boucle d'oreille or poli reperce, par Kuvl maison Boucheron 452
Pendant de cou or repercé poli, par Kuyl maison Boucheron) 452
Modes de 1879 453
Boucle d'oreille or rouge poli à maillons souples, par Menu 4S4
Châtelaine or poli à facettes, par Menu (maison Boucheron) 454
Colliers en joaillerie (vers 1880) 455
Médaillon en platine reperce sur émail bleu, par Tissot . . . 456
Vase en acier incrusté d T or, par Tissot (maison Boucheron) 457
Bracelet en acier incrusté d'or, par Tissot (maison Boucheron) 4^S
Clowns en acier ciselé, par L. Rault (maison Boucheron) 459
Epingle de cravate, par L. Rault (maison Boucheron) 0Q
Arlequin en acier ciselé, par L. Rault (maison Boucheron^ | r >"
Bijoux en or ciselé, par L. Rault > * 40 ï
Boutons de manchettes « les Quatre Saisons», par L. Rault (maison
Paul Robin) 462
Le Clown au caniche (acier pris sur pièce), par L. Rault (maison
Boucheron) . 46 3
« Fantasia », par L, Rault. Sculpté dans l'or lin (iSn3; 464
Modes de 1 88 2 465
Bracelet manchette (2 fig.), par J. Brateau (maison Boucheron, Exposi-
tion de 1878) 46^ 4*7
Plat d'étain, avec décor de noisettes, par Jules Brateau
Eventail en or repoussé, par Jules Brateau (maison Vever, (8%) (2 l!g.). 4<><)
Étui à cigarettes, par J. Brateau (maison Vever, Exposition de 1880), . . 470
Bracelet en joaillerie souple, dans le gout des broderies anglaises, par
O. Massin (t-878) 471
Bracelet articulé à palmes, genre persan, travail filigrane par 0* Massin
(1878) , • 4/i
Croissants et arcs, diadème en joaillerie, par O. Massin 472
Broche serpent et perle grise de 14'^ grains, par OU Messin r%:8) .... 472
La vitrine de O. Massin à l'Exposition de 1S78 . . 473
Rose thé en joaillerie, par O, Massin (18/cS) 474
Noeud de dentelle sur tulle en joaillerie, par O. Massin (1878) 475
Eleur de narcisse, joaillerie filigranée, par O. Massin (1878) 476
Modes de 1884 477
Feuilles de chêne et glands perles, application du filigrane à la monture
du diamant, par O. Massin (1878, * 478
Bouquet de primevères. Travail en blanc, par O. Massin îS^gj 479
Broche hibou, par O, Massin (1S7S). Perle noire de 14^ grains _|*o
Les Dentelles de O* Massin à l'Exposition de 187& 4^1
Diadème en joaillerie avec brillants poires, par O, Massin (Exposition
de 187S) 4*2
Collier serpent, perles noire et blanche, par O. Massin (ï;8§g) 4^3
Ornement de coiffure, par O. Massin (1889) 484
Branche de liserons, par O. Massin «$85
TABLE DES GRAVURES
Broche coquille et algue en joaillerie, avec perle noire, par O. iMassin
1SS9) , 486
Devant de corsage, perles et brillants, par O, Massin 487
Ornement de corsage, par O. Massin (1889) 488
.Modes de 188 5 489
Bracelets souples en joaillerie, par O, Massin 490
Médaillons en émaux cloisonnés d'or, genre japonais, par Lucien Ealize
1 S 76), émail lés par Tard ♦ 401
Bijoux en émaux cloisonnés d'or, genre japonais, par Lucien Falize
(1874) f : ■ • 402
Collier à double face, émaux cloisonnés sur paillons, par Lucien Falize
(1S80). . . 4[)3
Châtelaine, émaux cloisonnés d'or, style japonais, par Lucien l'alizé
(1876} i / ' ' \ 4 ^ 4
Diadème avec ferronnière, par Lucien Ealize 11880). 495
Montre en or ciselé : « les Trois Parques », «Apollon et Diane», par
Lucien Ealize (1S82), ciselure de Oms 406
Parure d T or ciselé, par Lucien Ealize (i885 i, émaux de Grandhomme - - 497
Bracelet or ciselé avec médailles antiques, par Lucien Falize 49S
Bracelets à devises, émaux cloisonnés sur paillons, par L. Falize (1890;. 409
Pendants de col Renaissance, or, émaux et pierreries, par Lucien Ealize
(1886) 5oo
Pendants de col, or, émaux et pierreries, par Lucien Falize (Exposition
de 1889) i 5or
Bracelets en or ciselé, par Lucien Ealize [1890) ?o2
Collier de joaillerie et branche de mûrier sauvage, par L. Falize {1889) . 5o3
Bracelet or ciselé, par Lucien Ealize, émaux de Grandhomme (1890) . . $04
Pendant de col, « Saint Georges terrassant le dragon », or, émail et pier-
reries, par Lucien Falize (1890) 5o5
Boucle de ceinture a décnr de lis émaïllés, par Ealize frères (1900} . . . 5o6
Btaceleîs souples (maison Falize frères, Exposition de 1889) 507
Plaque de cou joaillerie et émail bleu (maison Falize frères, iqo3) . . . . ?oS
Modes de 1886 $09
Pendentif* Daphné » maison Ealize frères, 1900) 5 10
Collier et bracelet souple en joaillerie, par Lucien Falize (1892) 5 1 1
Tour de cou, ligure voilée (maison Falize frères, 1899) , . 5i2
Chaîne à Heurs d'ancolie, par Lucien Ealize (1895) 5 1 3
Peigne émail et opales maison Falize frères, Salon de 1902) S14
Peigne gui (maison Falize frères, Salon de 1902) 5i?
Pendentifs Sylphide» (maison Falize frères, 1903} 5x6
Pendentif émaillé, par Lucien Falize 1*901. . . - . « ?iy
Plaque de cou émail et joaillerie {maison Falize frères, kk>3) 5 18
Modes de 1887 5ig
Diadème en joaillerie (maison ÎUeMerio dits Mcller) 5*0
Diadème souple en joaillerie (maison Mellerïo dits Meller) 5ao
Bijoux en or ciselé et émaillé, genre Renaissance, par Louis VViesc ... 5&i
Broche lézard, par Paul Robin >22
Broche hibou, par Paul Robin «- 522
Bijoux divers (maison Paul Robin) .^3
Agrafes de ceinture (maison Paul Robin) . $34
8oo LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XÏX" SIÈCLE
Châtelaine en or ciselé, par G. Le Sache 52 5
Broche en joaillerie, par Le Sache ?i6
Châtelaine, par I .e Sache, ciselure de Bnitean "27
Broche brillants et émeraudes cabochons, par G. Le Sache 5sS
Broches en joaillerie. Composition de E. Olive (maison Fonscque et
Olive) .529
Face-à-main en joaillerie, par G. Le Saché 53o
Liane de Pougy (1802) 53 1
Broche grains de café (i8S5), broche raisin (1S89) (maison Fonscque et
Olive) 53 2
Bracelets souples en joaillerie. Composition d'Emile- Olive (maison Fon-
scque et Olive) 533
Bracelet aux crabes, par A. Lefort (1888) 5 3 4
Bracelet souple « vannerie», par Edouard Caen (1882) 534
Pendant de cou en acier bleui et brillants [maison Arfvidsonj . 535
Groupe de treize fétiches, avec chaînettes . , 536"
Colliers et bracelets, par Auguste Lion 537
Broche brillants et saphir, par Georges Bled 538
Diadème joaillerie et perles, par E. Lecas (1880) 53g
Diadème rubans en joaillerie, par Edmond Lecas 540
Modes de 1892 >4*
Diadème en joaillerie, par E. Lecas (1889) 542
Bagues « modem style » en joaillerie (maison Peconnct, 1898 à 1900) . , 543
Pommes de cannes ciselées et émaillées (maison G. Jacta) 544
Agrafes de manteau en argent ciselé, par Erhart (1890; ^45
Petite trousse de dame, or émaïllé (maison G. Jacta; 540'
Nécessaire de dame, or ciselé, gravé et émaïllé (maison G. Jacta) • . > . 547
Étui à cigarettes en or ciselé, gravé et émaîllé (maison G. Jacta) 548
Diadème (maison Paul Hamelin) 549
Broche, par Henry Nocq (189S). 55o
Chaînes d'hommes dites a Régence» (maison G. Desbazeille) 55 l
Bagues d'hommes ( maison G. Desbazeille) 5 52
Bijoux divers (maison G. Desbazeille. 553
Pendentif druidesse, par Joe Descomps 554
Bagues en or ciselé pour hommes 555
Broche Diane, par Vernier {1886). Broche Parisienne, par Jules GJhiret.
Broche Printemps, par Vernier 55ô
Broche, par Victor Prouvé. Broche ronde, par Dampt et Rivatid (1898).
Broche, par Victor Prouvé (1898) * 556
Bracelet du Centenaire, par O, Uoty s>-<oi Ch. Ri vau J, éditeur j. . . . . ??y
Les Quatre Arts. Composition de Vernier (maison G. Desbazeille). . . . 558
La Nuit (180/1), Gallia (1807), l'Amour (1808). Médailles par F. Vernon.
(J. Duval, éditeur) 558
Bracelet Gaulois, par Duval et Le Turcq (1890) 55y
Développement agrandi du dé de la Reine \\ ilhelmine. Composition de
E. Vernon (1900), (Maison J, Duval) 56o
De de la Reine Wïlhelmine. Id. . . . 5ôo
Broches en joaillerie : Paniers et attributs Louis XVI (maison IMisson
et Hartz) 5ôr
La Vierge des catacombes, par Julien Duval (1891/. (Maison J. Duval et
TABLE DES GRAVURES Soi
Le Turcqï - ÏÏ6&
Broche avec bas-relief d'ivoire» par Vernon . 56?
Bracelet « Faust » (maison G. Le Turcq, 1S95) , . . 563
Broches animaux en joaillerie et pierres de couleurs (maison Plisson et
Hartz) 564
Chaînes & Régences (maison Plisson et Hartz) 5€5
Broches chimères en or ciselé (maison Plisson et Hartz) 566
Ornement de corsage (maison Fontana frères, 1900) „ 56/
La Belle Otero parée de ses bijoux $58
Devant de corsage en joaillerie de la Belle Otcro $0$
Bijou, émeraudes et brillants de la réelle Otero 5-0
Devant de corsage, plumes de paon en joaillerie .maison A* Aucoc, 1900). 571
Braeeïet en or repoussé et ciselé, offert par la ville du Havre à M me Félix
Faure ( iSo5). Exécuté par Camille Gueyton (2 fig) . . . . 5*2, 50
Sautoir aux singes, par Camille Gueyton 574
Bijoux divers : boucles de ceinture, bagues, épingles, par C, Gueyton, , ?y?
Broche chauve-souris, par Camille Gueyton fafj
Diadème, boucles, broches, bracelet, par Camille Gueyton 377
Broches couronnes en brillants (1890). Barrette de collier de chien (1S94)
(maison Cru Marie) 3 78
Colliers à ferrets, diamants et rubis calibrés 1 maison Ch. Marie) 570
Bracelet, par Paul Frey {1895) 380
Bracelet feuilles de lierre, or et brillants, par Paul Frey (189?) 58o
Modes de 1894 38 1
Ktui à cigarettes en or, par Paul Frey £82
Aumônière hibou, cuir ciselé en or, par Paul Frey 583
Broche Phénix, par E. Froment-Meurice 384
Broche François I er , par E. Froment-Meurice 584
Bracelet argent ciselé, par E. Froment-Meurice. Composition de Samuel
Waret, exécution d'Auguste Ferni (vers 1900) 585
Collier joaillerie et émail (maison Emile Froment-Meurice, Exposition
de [900] 5g|
Ornement de ceinture en or. Composition et ciselure de Quinton. Camée
en jaspe sanguin, par David (maison Froment-Meurice, 1880; 58<j
Pendant de col (maison Emile Froment-Meurice, 1000) 587
Ornement de corsage [maison Marret frères, Exposition de 1900) .... 588
Pendant de cou (maison Marret frères, Exposition de 1900} 58q
Pendant de cou en joaillerie maison Marret frères, Exposition de igbo). 5ûo
Ornement de coiffure en brillants (maison Marret frères, Exposition
de 1900) s ( j r
Broche en joaillerie maison Marret frères, Exposition de 11*00) b<fi
Collier de chien, souple, plumes de paon (maison Coulon, Exposition
de 1900) |q2
Collier rubans joaillerie (maison Marret frères, Exposition de njoo). . . 5«j3
Broche rose noire (maison L. Coulon, Exposition de rgoo) 5oi
Ailes en joaillerie (maison Début et Coulon, Exposition de 1880) Sq5
Ornement de corsage 'maison L. Coulon, 1900) 5^0
Plume à tige flexible en diamants sertis sur aluminium ( maison L. Cou-
lon, Exposition de igoo) 597
Broche « enfants m. Bas-relief par E. Becker(i89o) (maison Louis Aucoc). 598
5i
802 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
Boucle de ceinture «art nouveau». Composition de Landois (maison
Louis Aucoc, 1899) 5q8
Broche jasmin (maison Louis Aucoc, 1899] 5gg
Broche émaillée (maison Louis Aucoc, 1899) 5jJ9
Broche bluets (maison Louis Aucoc, 1899) f>oo
Broche joaillerie et pierres de couleur calibrées (maison L. Aucoc, 1900). 600
Modes de 189? 601
Diadème rubans en joaillerie (maison Chaumet, Imposition de 1900). . 602
(Collier rubis et brillants (maison Chaumet, Imposition de 1900) 6o3
Diadème navettes brillants et perles (maison Chaumet, Exposition de 1900). ùoj.
Boucle de ceinture (maison Murât, 1900) 6.0S
Boucle de ceinture maison Chambin) 6o5
Réticule maison Moche, 1900) 606
Boucle de ceinture : «Jeune fille aux iris » (maison Savard, 1900) .... 607
Broche en joaillerie (maison Gustave-Roger Sandoz, 1900) 607
Pendentif (maison Rambour, 1900) 608
Pendant de cou « Ivre » (maison ( iustave- Roger Sandoz, 1900) 608
W l * Demarsy (1897) 009
Broche en joaillerie (maison Desprès, 1900) 610
Pendant de cou (maison Desprès, 1900) 6x0
Pendant (maison Desprès, 1900) <>i ( >
Broches et pendants de cou en joaillerie maison Desprès, 1900). .... 611
Broche (maison Desprès, 1900) O12
Broche maison Piel, 1900) f>i2
Broche, par Maurice Dufrène (~>12
Collier avec améthystes, olivines calibrées et brillants (maison Bou-
cheron, 1900) 61 3
Plaque de cou Louis XVI, joaillerie sur platine, par G, F aiguières. ... 614
Broche libellule, par G. Falguieres (1900) 61 5
Bracelet danseuses (maison Henri Tétcrgcr, Exposition de 19001 616
Pendentif égyptien, or ciselé et émaillé 1 maison Gariod. 1901) 617
Pendant de cou : ivoire, émail, perles et brillants (maison Gariod, 1900). 6t8
Bagues en or. Composition de Th. Lambert (Salon de 190 1, maison
Paul Templier) 619
Boucle de ceinture. Composition de Th. Lambert (Salon de 1901,
maison Paul Templier) 620
Broches. Composition de Th. Lambert (Salon de 1901, maison Paul
Templier) 021
Pendant de cou joaillerie, par Paul Templier (1901) 622
Broche avec bas-relief ivoire, par Joé Descomps 622
Broche en joaillerie, par Paul Soufflot (1900) 6a3
Bourse ci le Rêve », par Vernon (maison .1. Duval) ûi3
Chaîne avec fèrrets d'émaux et opales maison Georges Fouquet, l S i>9) ♦ 624
Grande broche, émaux et pierres, avec breloques, par Georges Fouquet.
Composition de A. Mucha (1900: 625
Pendant de cou : opales, émaux, pierreries (maison G. Fouquet, iS<»< v . 626
Intérieur du magasin de M. G. Fouquet. Décoration par Mucha 11901) . G27
Pendant de cou (maison Georges I ouquet, 1900) 5i8
Ornement de corsage joaillerie, email et perles Salon de 1901, maison
Georges Fouquet) ^29
TABLE DES GRAVURES 8o3
Broche frelon. Composition de Desroziers (maison Georges Fouquet: - . 629
Pommes de cannes et d'ombrelles (maison Lucien Gaillard, 1900) . . . . 63o
Modes de 1898 63 1
Plaque de cou en corne, avec émaux, ciselure, etc. (maison L, Gaillard ). 632
Plaques de collier (maison Lucien Gaillard) 632
Peigne fleur de pécher, peigne platane, peigne pavot (maison L. Gaillard), 633
Boucle de ceinture « art nouveau », par G. Le Turcq 634
Broches, flacon «art nouveau », par E. Colonna (10,00) (maison Bing) , . 635
Pendant de cou, par Ch. Boutet de Monvel (Salon de igo3) 6$6
Pendant de cou émaillé, par L. Houîllon . 637
Plaque de cou sirène, par Henri Dubret 637
Boucle de ceinture violettes. Composition de Landois (1S99') ! maison
Bricteux) fi 638
Plaque de cou se portant sur un velours (maison Ch. Marie, de iS$2 à
1900) 63 8
M ,Ju Luc y Gérard ( 189S1 , 639
Pendant de cou, par E. Feuilhltre 640
Spécimens de motifs émaïllés pour sautoirs, par E. Eeuilhïtre {1000) , . 641
Boucle de ceinture, or ciselé (maison Georges Brunct) 642
Modes de [900 643
Broche joaillerie (maison Léon Vaguer) . 644
Collier en ivoire, or et émaux, « plaisir champêtre », par René Foy
(Exposition de 1900) 64 5
Bagues, par Paul Liénard (ioo5) 645
Plaques de cou glycines, par G. Falguières 646
Bagues (maison G. Le Turcq, 1900) 646
Plaque de cou, violettes émail, par Gaston Lai fine 647
Bagues (maison G, Le Turcq, 1900 647
Corsage boléro en joaillerie : émeraudes, rubis, perles, turquoises et
diamants, exécuté pour M ,la Faguette (ic,oi) 64S
M 11 * Trouwahowna (1904) 649
Pendant de cou or et émeraudes, par E. Colonna (1900) 6S0
Pendant de cou (maison Bricteux, ($99] SSq
Pendant de cou en or, émail rouge et œil -de-chat, par E. Colonna 1900). 65 1
Pendant de cou (maison Solié 65 1
Breloques : psyché, lampe Carcel, huilier, par E. Vever (avant 1 85 5) . . 652
Breloques en or et argent : canons, mortiers, etc., par E, Vever f 1K60) , 653
Collier souple, franges perles et brillants maison Vever, Exposition
de 1S78) 654
Collier assyrien en or mat (maison Vever, Exposition de 1878) . . + . . , 6S5
Monogramme or ciselé (maison Vever, 1891) 656
Collier souple, perles et brillants 1 maison Vever) 656
Branche de muguet en joaillerie (maison Vever, Exposition de 1889), . . 657
Boucle de ceinture : glycine en améthystes sculptées et or émaillé
(maison Vever, 1897) 6>s
Bouquet de joaillerie (maison Vever, Exposition de 1889) SB$
Boucle de ceinture : iris, émaux translucides et émaux dépolis (maison
Vever, 1897) 660
Peigne iris en émaux translucides (maison Vever, 1897) 661
Pendant de cou emaille. Composition de IL Vollet (maison Vever, 1899), 662
804 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE
Boucle de ceinture ; jasmin d'Espagne émaux mats (maison Vever, 1S9S). 653
Diadème * Monnaie-du-pape », opales et diamants (maison Vever,
Exposition de 1900) 004
Broches et pendants de cou, avec émaux mats. Médailles de L. Bottée
(maison Vever, 1S9S) , 665
Epingle à chapeau (maison Vever, i960) 660
Pendant de cou «le Parfum». Composition de René Rozet 1 maison
Vever, 1900) C66
Pendant de cou joaillerie et émaux transparents sur or ciselé (maison
Vever, Exposition de 1900) ( >'>7
Pendant de cou « Poésie » : or, ivoire et émaux. Composition de
E. Grasset (maison Vever, Musée des Arts décoratifs) tô#8
Broche « apparitions » : or, ivoire, émaux, pierres cabochons. Composi-
tion de E, Grasset (maison Vever, Musée du Luxembourg) Ctùtj
Broche Marguerite. Composition de E, Grasset (maison Vever, Musée
deTokio) ,
Boucle de ceinture paon, or et email, cornalines. Composition de
E t Grasset (maison E. Vever, 1900)
Peigne cyclamen : feuilles d'ivoires avec taches d T opales, Heurs en émail
translucide (maison Vever, Exposition de 1900) , . . ; 671
Pendant de cou : femme en ivoire, émaux et brillants (maison Vevcr^ 1900). 672
Devant de corsage en joaillerie (maison Vever, Exposition de 1900) . . . 173
Pendant de cou « Bretonne a : joaillerie, émaux, ivoire, corail (maison
Vever, 19001 674
Pendant de cou « Bretonne t> : opales sculptées, émaux, diamants
(maison Vever, Exposition de 1900) s 675
Pendentif « Sytviau : agate sculptée, diamants cl émail : maison Vever, t ■, 00 *~çû
Boucle de ceinture 8 Syracuse y, or émaille (maison Vever, Exposition
de 1900} u 77
Diadème plume de paon, diamants et opales (maison Vever, Exposition
de 1900) , - . * *>77
Pendant de cou, émaux et perles longues (maison Vever, 1900) 07S
Peigne feuilles de chardon, émaux translucides dépolis (maison Vever,
Musée des Arts décoratifs de Breslau) 679
Pendant de cou or émaillé (maison Vever, 1900; <>8o
Pendant de cou : paon, émaux et opales (maison Vever, 1900) CSo
Grand ornement de corsage libellules, diamants ui rubis .:n;ns<m Vcvcr,
Exposition de 1900) 6Bi
Pendant de cou «la Sirène et la Vague», émaux mats et translucides
(maison Vever, 1900) 6§£
Pendant de cou « ancolics «Joaillerie et émail (maison Vever, Exposition
de 1900} * r, S3
Pendant de cou opale, émaux et joaillerie (maison Vever, 190 i l Û84
Plauuc de cou pommes de pin., or ciselé et émaillé (maison Vever, 1902 6§2>
Plaque de cou en joaillerie (maison Vever, 1901) 685
Pendant de cou Louis XVI, diamants et saphirs (maison Vever) 686
Pendant de cou, émaux transparents (maison Vever, 687
Pendant de cou « oxalis », émaux transparents (maison Vever) 687
Pendant de cou, émaux dépolis et perle longue (maison Vever)
Broche émeraude et brillants (maison Vever) < s 9
TABLE DES GRAVURES 8o5
Broches or mat et joaillerie. Dessin de Lalique (18S2) Ù90
Pendant de cou en joaillerie. Dessin de Lalique (i883) ùqq
Broches de fantaisie, or mat et joaillerie. Dessin de Lalique ( 1 883). , s 4 fïgi
Branche d'églantier. Dessin original de Lalique (i883) . , . Ô92
Marguerite en joaillerie. Dessin de Lalique (1SS4). gkg
Branche de géranium. Dessin de Lalique (1884) §04
Araignée en joaillerie. Dessin de Lalique (1884) Qg$
Bracelet souple en joaillerie, broche sauterelle. Dessin de Lalique (1884). Qg$
Epi de blé en joaillerie. Dessin de Lalique ( 1 SS5) gnÇ
Broches en or ciselé, par Lalique (1888) Qg*
Broche nœud de tulle or mat, bordé de joaillerie, par Lalique (1889), . . 697
Oiseaux chanteurs, par Lalique (18S9) gg|
Dessin de bracelet, par Lalique (1891) goS
Bouquet de joaillerie, par Lalique (1890,1 fthg
Broches, par Lalique (tBq3) (3 fig.l -00
Broche chardon, or et émeraudes cabochons, par Lalique (1894) 701
Broche mimosa en joaillerie, par Lalique 11892) t - n[
Collier » éclaboussures » en joaillerie, par Lalique ( 1894) 702
Broche Renaissance, par Lnlique : joaillerie, améthystes, opales iSalon
de i8q5) . 7 o3
Pendant de cou en joaillerie, genre Renaissance, par Lalique ([895). . . 704
Peigne en corne, paons sur rosace d'opales, par Lalique {1898) (Musée
des Arts décoratifs ? j 0 5
Boucle iris émuilles, par Lalique (Salon de 1897) 706
Bracelet iris : émaux mauves et violets nuancés sur fonds d'opales, par
Lalique (Salon de 1897) -07
Plaque de collier émail et joaillerie, par Lalique (1898) (Musée du
Luxembourg) j Q y
Pendant de cou, par Lalique (Salon de 1898) 70S
Pendant de cou : paons émail blanc et émeraudes, par Lalique (Salon
de 1898) 708
Devant de corsage, par Lalique (Exposition de 1900) 709
Pendant de cou : femme en agate sculptée, chevelure d'or, iris émaillés,
par Lalique (Salon de 1898) 710
Eerrets de chaîne émaillés, par Lalique (Salon de 1808 711
Broche, par Lalique (189S) 7 I2
Bracelet chauve-souris émail bleu, étoiles en diamants, par Lalique (1898), 712
Peigne en corne à décor d'ombelles, par Lalique (1898) 713
Boucle de ceinture, par Lalique *Î4
Une Parisienne en 1900 715
Broche, par Lalique (1899) ^ifj
Parure de corsage : téte en agate sculptée, chevelure en or repercé,
ornée de Heurs en diamants, par Lalique Salon de 1 Sr>S) 717
Boîtier de montre en émail, par Lalique \ Musée des Arts décoratifs). . . 718
Peigne d'ivoire, guirlandes de fleurs en or, émail et diamants, par
Lalique (1898) 710
Pendant de cou : bas-relief en chrysoprase, pommes de pin en émail
vert s'harmonîsant avec l'or du bijou, par Lalique (1900} 720
Grand diadème en aluminium, avec bas-relief en ivoire. Exécuté en ÏÈqq
par Lalique pour M**-' Bartet (rôle de Bérénice 721
Sofï LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE
2.>
Pendant de cou, par Lalique (1900)
Ornement de corsage libellule, émaux translucides, par Lalique ("Expo
sition de 1900)
Broche émaillée, par Lalique (1899) (Musée des Arts décoratifs) 724
Ornement de tete : coq tenant dans son bec un gros diamant, par
Lalique (Exposition de 1900) 72?
Pendant de cou en or, par Lalique U900) 720
Épingle à chapeau : guêpes d'émail sur un fruit d'opale, par Lalique tooo , 727
Grand ornement de corsage : serpents émaillés et perles, par Lalique (1900). 728
Ornement de corsage : serpents émaillés, par Lalique (Exposition de 1900), 729
Bague, par Lalique (1900) 730
Flacon, par Lalique 730
Collier noisettes, par Lalique (Musée des Arts décoratifs) ... a 701
Bague et broche, par Lalique 732
Peigne, par Lalique 7^3
Broche: figures en ivoire, serpents émaillés, par Lalique (1900) ..... 7^4
La vitrine de Lalique à l'Exposition de 1900 7^ 3
Broche paon émaillé, par Lalique (1901) (Musée des Arts décoratifs). . . j?3'<S
hague en corne de rhinocéros sculptée, par Lalique (1901). ....... 7^7
Bracelet : noisettes d'opales à involucres d'or, feuilles d'argent, tiges
d'émail violet, par Lalique (4902) 738
Pendant de cou ivoire, améthystes, émail, par Lalique (1902) 739
Broche bourdon : cristal gravé et émail, par Lalique (1905) 740
Peigne « pensée fanée », en corne sculptée et or, par Lalique (1901) . . , 741
Broche : guêpes et fruits émaillés, sur des panneaux de cristal appliqués
sur fond d'or, par Lalique (1904) 742
M»« Cécile Sorel 11906) 7 q3
Broche poissons, émail bleu pâle, par Lalique (if)o5) 744
Peigne papillons en corne et émail, par Lalique non?) 74?
Pendant de cou or vert et émail, par Lnlique ( tooi) 740
Broche poissons émaillés, par Lalique ( 1 00?) . 747
Pendentif, par G. Le Turçq (1902) 749
Pendant de cou or vert, perles et brillants, par Lalique (1901) . . . . . . 750
Boucle de ceinture, par (L 1-e Tureq 1901) 7?!
Pendant de cou : violettes en améthystes et brillants, par l\ Liénard (19041. 7^2
Broche émail et perles, par Georges Fouquet (1901) 753
Pendant de cou perles et émail, par Paul Liénard [ujo3) -?.\
Peigne ombelles, par Lucien Gaillard (Salon de 1904) 755
Epingle de coiffure, par Paul I liénard 11 90 5) 756
Collier aux libellules, émaux translucides et joaillerie, par G. Kouquet
(1904)' - ■ - - ^. ............. ■ f?-
f Le Vol de la pierre » : broche en cristal gravé et émail, saphir blanc au
centre, par Lalique (1904) 758
Peigne en corne sculptée et teintée, par Lalique (1905) 759
Broche avec cristal gravé, par Lalique (1906) 700
Pendant de cou joaillerie et saphirs, par Vever j roofi) , . 70 1
Pendant de cou opales et brillants, par Henri Tétergçr (1907; . 7O2
Bracelets souples émaillés, par E, Feuillatre - , , . . 7^3
Broche aux libellules, or émaillé, bas-relief en verre 11903); broche à
feuillage d'émail et fruits de cristal mat (tgo3) t par Lalique 70 j
TA M L K DKS GRAV I KKS
Pendant de cou : épis d'avoine en joaillerie, centre rubis, monture
platine, par Vever (1007) 7' 7
Broche en joaillerie, par Vever (1007] 7^8
Pendant de cou papillons : émeraude cabochon, joaillerie et émail bleu,
par Vever (1907) 76g
Pendant de cou en joaillerie platine, par Vever (1907) 770
Broche à lleurs de cristal email et perles, par P. Liénard 1 Salon de 190S . 771
Pendant de cou bourdons, or ciselé, par Vever (1908) 772
Pendant de cou érable, émail, diamants, émeraudes et perle, par Georges
Fouquet (1006 773
Broche libellules émaillées, par Paul Liénard (Salon de 190S) 774
Broche émail, perles blanches et noires, par Paul Liénard (Salon
de 1908) 774
Grande broche plumes de paon émail blanc, par Lucien Gaillard (1906)* 77?
Broche en joaillerie et perles, par Paul Liénard jSalon de 190S) 776
Cigales or et émail, par Lalique ( 1907) 777
Broche guêpes émaillées, par Lalique 1 Salon de 1908) 778
Peigne hirondelles encorne sculptée, par Lalique {Salon de igé8). ■ « . 77 Ni
Boucle de ceinture, par Camille Gueyton 7^3
TABLE DES MATIERES
LA TROISIEME REPUBLIQUE
Pages
Lâ guerre et la Commune. — Plus de parures, plus de numéraire* —
Les bijoux personnels de l'Impératrice et la Païva , comtesse de
Donnersmarck . — Bijoux patriotiques; un défi de Manteuflel. —
Vitalité de la France ; les étrangers reviennent à Paris .... 33j à 35o
Apparition des diamants du Cap ; la transformation de la joaillerie. —
Quelques joailliers : les M arrêt ; Alphonse Fouquet ; scènes de la vie
d'atelier 3 do à 3ç>5
Boucheron et ses collaborateurs : les dessinateurs Jules Début, Paul
Legrand, Lucien Hirtz. — Lomlliart, — Menu. — Tissot . . à 4G1
Les maîtres ciseleurs : Louis kault, Jules Brateau 461 à 470
Massin et la joaillerie aux Expositions de 1K78 et de . . . . 470 à 4S4
Lucien P alizé. — Ses préférences pour rémail et la ciselure. — 11 s'asso-
cie avec Germain Bapst. — Les frères Falize. — Quelques collabora-
teurs de Falize : Le Saché ; Olive 484 à 534
Soulens : Jacta ; Jarry; Desbazeille. — La médaille remplace le camée
dans les bijoux. — Duval et Le Turcq. — Les graveurs en médailles :
Vernon, Vernier, Bottée, etc 334 à 5 G 3
Plîssonet Hartz; le bijou fantaisie.— Les Fontana.— Les Linzeler, 563 à 5ji
Quelques bijoutiers : Gueyton, Auger, les Lefebvre, Marie, Frey. 572 à 584
Emile Froment-Meurice. — Cartier. — Début et Coulon. — Louis
Aucoc 584 à 5<K)
C h au m et. — Sandoz. — Després. — Un toast fantaisiste 5 00 à h:5
Georges Fouquet et Alphonse Mucha 622 à 626
Ernest Gaillard. — Lucien Gaillard 62G à 643
.Maisons anciennes et nouvelles; impossibilité de mentionner toutes
celles qui le méritent. — Quelques dessinateurs et émailleurs 643 à 65i
Vever à Metz, puis à Paris après 1870 65 1 à G89
Lalique. — Ses débuts. — 11 reprend la maison Destape. — Son
ardeur au travail. — Sa joaillerie. — Essais d'émail, de verre et
de céramique. — Travaux pour Sarah Bernhardt. — Le Salon de i8o5.
— Le tour à réduire. — La corne, les perles ba roques, l'opale, les
pierres secondaires. — La figure humaine employée dans les bijoux. —
Succès de Lalique à l'Exposition de n>oo ; sa vitrine. — Influence de
Lalique sur la bijouterie de notre époque. — Ses imitateurs. 689 a 747
TABLK DES MATII-R ES
CONCLUSIONS
Copie des styles anciens. — Tentatives faites pour rénover l'Art déco-
ratif, — Le « Modem Style» et Y «Art Nouveau». — Leurs origines
et leur évolution en Angleterre et en France ; les Préraphaélites. -
Vïollet-le-Duc. — Eugène Grasset* — Emile Gallé. — Influences de
l'art japonais, des cénacles de Montmartre, des affiches en couleurs.
— Salon de T « Art Nouveau », chez Bing en 1895. — Apogée de la
vogue du nouveau style lors de l'Exposition de 1900. — Tout le
monde veut faire de Y a Art Nouveau «. — En France, et surtout à
l'Etranger, les exagérations d'une foule d'artisans improvisés amènent
une réaction ; beaucoup reviennent au style Empire et au Louis XVL
— Cependant les vrais artistes persévèrent et progressent. — La créa-
tion personnelle remportera sur le pastiche 747 à 7S0
ACHEVE D'IMPRIMER
LE TROIS OCTOBRE MIL NEUF CENT HUIT
SUR LES PRESSES
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L'IMPRIMERIE GEORGES PETIT
J L: Li: S AUf.RY, DIRECTEUR
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PARIS
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I) K 1 . À
MAISON CUEILLE & BOUCHÉ
I